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Pénuries !

Il y a quelques jours, j’étais allongé sur une chaise, la tête au-dessous du niveau des pieds, et deux personnes tentaient par tous les moyens d’insérer divers outils dans mon orifice buccal en vue de m’administrer des soins dentaires. Une fraise de dentiste, à qui je n’avais pourtant rien fait de mal, s’ingéniait à creuser dans mon maxillaire supérieur avec des effets rien moins qu’agréables pour votre serviteur. C’est à ce moment que je me suis demandé ce qui se passerait si un génie malfaisant (ou exagérément facétieux, c’est selon) coupait l’alimentation en électricité du cabinet dentaire.

Contrairement aux blocs chirurgicaux hospitaliers, les sites de soins dentaires sont peu protégés contre des interruptions d’alimentation, car souvent situés dans des appartements réaménagés à cet effet. Une coupure de l’alimentation interrompt donc instantanément le fonctionnement de tous les outils du cabinet dentaire, ce qui eût laissé le patient (moi-même en l’occurrence) littéralement bouche bée. Il y a de nombreuses autres circonstances qui pourraient s’avérer cocasses, ou critiques selon les cas. Comment cela se passe-t-il dans un ascenseur, par exemple ? Qu’en est-il du nombre de plus en plus élevé de transactions en ligne (bancaires, commerciales, de téléachat) qui se trouvent interrompues dans un état pas trop déterminé, même si l’on utilise un ordinateur portable muni d’une batterie : le routeur d’accès est rarement protégé, lui. Et ne comptons pas trop sur nos chers et indispensables intelliphones : le réseau 4G ou 5G ne résiste pas très longtemps à une panne de courant. Les opérateurs parlent d’une heure d’autonomie pour les antennes, je peux imaginer qu’après la moitié de ce temps surgissent les premières défaillances. On ne fera que mentionner les feux tricolores de circulation souvent commandés par un système de régulation informatique complexe depuis une centrale truffée d’ordinateurs et d’écrans de visualisation du plus bel effet…

Cette problématique a toujours été présente ; mais on avait fini par la cacher sous le tapis. Fin juin 2022, le conseiller fédéral Guy Parmelin demandait aux Suisses de se préparer à baisser le chauffage en raison de pénuries prévisibles de gaz à partir de l’hiver prochain. Les citoyens suisses, confiants dans la sagesse de leur gouvernement, l’ont cru; mais comme les Suisses sont apparemment aussi assez frileux, ils ont pris proactivement d’autres mesures pour se préparer à l’hiver : ils ont fait l’acquisition massive de radiateurs électriques. Et dans le même temps, les autorités mettaient en garde la population contre les canicules à venir, ce qui a incité les gens à l’acquisition de climatiseurs bon marché et puissamment énergivores.

Le petit problème, c’est que les distributeurs d’électricité se font aussi du souci pour l’approvisionnement en énergie électrique cet hiver. L’annonce du conseiller fédéral Parmelin est un véritable appel à la surconsommation électrique, et donc au black-out que l’on voulait en principe éviter. On ne peut s’empêcher de penser que le gouvernement a un peu perdu la maîtrise du sujet, si tant est qu’il n’ait jamais possédé cette maîtrise d’ailleurs. Il n’est que de se souvenir du discours de madame Leuthard sur l’abandon des centrales nucléaires qui fut certes applaudi dans le contexte de Fukushima, mais qu’aucune mesure de remplacement ne vint compléter. Concrètement, on a décidé de supprimer plus de 30% des sources d’approvisionnement en énergie électrique du pays sans se donner la peine de réfléchir à ce qui allait remplacer ce déficit. Quelque part, l’inconscient collectif a imaginé que l’on pourrait acquérir l’énergie auprès de la France voisine, qui n’a pas encore jeté ses centrales nucléaires au rebut et ne s’apprête pas à le faire ; mauvaise pioche (indépendamment du caractère cynique de la réflexion) , car pas mal de centrales nucléaires de nos voisins sont en révision technique, actuellement.

Je sais, je me répète (l’âge, sans doute…), mais « Gouverner, c’est prévoir… » (Emile de Girardin). Mais pour un politicien, gouverner, c’est avant tout parler; pour agir, on verra plus tard, éventuellement après les élections; ou après la législature en cours; peut-être que le successeur aura le bon goût de s’en occuper, ou n’aura pas le choix de ne pas s’en occuper. Dans l’immédiat, il suffit de parler, occuper la scène oratoire et les médias par un discours qui sera jugé adéquat par la majorité électrice soucieuse de son confort.

De nombreuses personnalités de tous bords ont développé sur ce sujet une pathologie bien connue, mais assez mal documentée : l’incontinence verbale, plus difficile à contenir que l’incontinence urinaire, car une couche-culotte plus ou moins discrète ne suffit pas. Elle se manifeste par une logorrhée surabondante, et souvent assez nauséabonde et dépourvue d’intérêt pratique. Dans le domaine qui nous intéresse, il s’agit de marteler au consommateur le message selon lequel il consomme trop (de gaz, d’eau, d’électricité, d’essence, de viande, de fuel, d’air respirable, d’espace) et de lui donner de bons (?) conseils pour économiser. Ce n’est pas propre à la Suisse d’ailleurs ! Pour illustrer le discours, on va proposer des mesures cosmétiques, histoire de laisser à penser que l’on « fait quelque chose ». On va encourager les gens à installer des pompes à chaleur, alors que tout le monde est en rupture de stock; on va proposer l’installation de panneaux solaires, alors qu’ils ne sont pas livrables, ou respectivement que l’on ne peut les raccorder au réseau faute d’onduleurs.

Dans le domaine des mesures cosmétiques peu efficaces, nos voisins de France ne sont pas beaucoup plus inspirés ; le gouvernement français lutte contre le renchérissement du prix des carburants en finançant l’essence sur les deniers publics : une politique qui favorise les véhicules à grosse consommation (qui récupèrent proportionnellement plus de financement de l’Etat), et accessoirement les frontaliers genevois qui vont faire le plein en France voisine. On conseille aux gens de prendre les transports publics, on veut favoriser la mobilité douce, mais on n’a guère de scrupules à importer des véhicules affichant une puissance absurde et capables de vitesses délirantes, totalement inadéquates sur une route ouverte.

Selon diverses sources, Internet serait le plus gros pollueur de la planète (ou est en passe de le devenir). Bien sûr, ce n’est pas Internet par lui-même qui est pollueur, c’est les applications que l’on développe sur l’infrastructure; mais beaucoup tendent à confondre les deux aspects. Un courriel ne consomme pas grand-chose; un million de messages réclament déjà un peu plus d’énergie. Mais quand on sait que 70 à 80% de ces messages sont des messages non sollicités (pourriels, spams), on se demande pourquoi personne ne fait rien pour les bloquer à la source ! On se contente de les bloquer à l’arrivée, lorsqu’ils ont déjà consommé des ressources; et il n’y a même pas de législation envisagée pour limiter le phénomène, alors même que ces pourriels convoient également la quasi totalité des arnaques sur Internet.

Les principaux responsables de la surconsommation d’Internet seraient le streaming et les data center. On oublie peut-être un peu facilement les cryptomonnaies, qui représentent un poids considérable dans la consommation des infrastructures Internet; mais quelqu’un parle-t-il de réglementer la diffusion de « House of the Dragon » ? Des « Anneaux de Pouvoir » ? Pas si bête, cela rapporte bien trop d’argent…

Il y aura probablement des pénuries, certaines aboutiront peut-être à des situations cocasses ou tragiques. Mais ce sera votre faute, vous autres qui consommez trop et ne posez pas de couvercle sur la casserole pour chauffer l’eau; ce ne sera pas la faute des responsables politiques qui n’ont rien entrepris à l’époque pour favoriser une transition en douceur, alors même que le contexte géopolitique était favorable. Alors que maintenant, en situation de guerre en Europe, le problème est forcément d’un abord plus délicat…

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Nice Nancy

Je ne connais pas personnellement madame Nancy Pelosi; mais c’est une dame que je serais très honoré de connaître, et avec laquelle je serais passionné d’échanger diverses idées. Imaginez qu’à 82 ans, vous soyez capable, par votre seule présence, de faire peur au Parti Communiste chinois, présidé (?) par monsieur Xi Jinping. A tel point que, pour se rassurer (et calmer ses faucons guerriers, et aussi les vrais plus nombreux), M. Xi se sente obligé de sortir la toute grosse artillerie, le stade juste avant les ogives nucléaires. Si je suis capable de faire ce qu’a fait Mme Pelosi par sa seule présence, dans dix ans, alors je serai fier. Très. La mauvaise nouvelle, c’est que cela ne m’arrivera pas, et cela consolide mon admiration inconditionnelle pour madame Pelosi. J’avais déjà admiré, sans conditions, son geste spectaculaire à l’endroit du président en exercice Donald Trump. Mais à Taiwan, elle a fait fort, très fort. Une magnifique mise en évidence de l’absurdité d’un gouvernement comme la Chine, dépendant inexorablement d’un sans-faute permanent (réel ou imposé par la force) de ses dirigeants pour assurer un semblant de crédibilité, quitte à défendre une politique comme le zéro-COVID vouée à l’échec et abondamment confirmée comme telle. Une peur du ridicule poussée à l’obsession, et propre à justifier tous les excès d’un gouvernement qui n’a d’autre légitimité que celle qu’il se confère lui-même… On ne souhaite pas longue vie à une personne de plus de 80 ans; mais j’aimerais bien la remercier et lui dire que lorsqu’elle nous quittera définitivement, aussi tard que possible, elle laissera beaucoup de regrets et de vide; peut-être pas chez tout un chacun, mais bon… Personne ne plaît à tout le monde.

Madame Pelosi est une personne qui n’hésite pas à donner son opinion, que ce soit pour fustiger les mensonges de son propre président, ou pour dénoncer les visées impérialistes chinoises, qui considèrent Taïwan comme partie de la Chine alors même que historiquement, elle n’a jamais fait partie de l’Empire du Milieu. C’est une distorsion de l’histoire courante chez certains dirigeants, à l’instar de Poutine qui considère l’Ukraine comme partie de la Russie; encore que dans ce cas précis, il a peut-être moins tort que son homologue chinois, puisque l’Ukraine a effectivement fait partie de la défunte URSS.

Nancy Pelosi est gênante pour tous ceux qui refusent de se mouiller, comme certains patriotes suisses (souvent milliardaires) qui craignent pour la neutralité de la Suisse après sa prise de position contre l’attaque de l’Ukraine et les sanctions appliquées. L’un des plus connus d’entre eux est en train de concocter une initiative qui sera vraisemblablement soumise au vaillant peuple helvétique dans quelque temps. L’essentiel du texte consiste à marteler qu’il ne faut rien dire, rien faire, quoi qu’il arrive, sauf s’il y a unanimité des Nations Unies. Apparemment, la formule « Qui ne dit mot consent » n’a pas de signification pour certains ténors (riches, un peu cacochymes il est vrai) du plus grand parti de Suisse. Ses fidèles lieutenants (qu’ils soient de Genève ou de Zürich) le soutiennent activement, eux qui ont leurs entrées dans les partis d‘extrême droite des pays voisins. Ces mêmes partis qui sympathisent parfois ouvertement avec les dictateurs ou les autocrates de tout poil, ceux-là même que madame Pelosi dénonce.

Il faut dire que pour une certaine catégorie de gens, la neutralité inerte et passive qu’ils souhaitent maintenir a fait ses preuves : combien de fortunes ont vu le jour et persistent grâce à la neutralité suisse lors du second conflit mondial ? Quelles bonnes affaires ont pu être faites à l’époque, lorsque l’on pouvait profiter du commerce de guerre avec l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler en détournant impudiquement les yeux des exactions pourtant bien connues de nombreux dirigeants ! Il serait vraisemblablement intéressant pour ces milliardaires (et leurs supporters fidèles) de pouvoir à nouveau, à la faveur de l’agression de l’Ukraine par la Russie, profiter des roubles des oligarques chassés par le reste de la communauté européenne ! Etonnamment, ces personnes sont les premières à s’insurger quand un politicien étranger épingle la Suisse parce qu’elle bénéficie des services de l’Europe et de l’OTAN sans en faire partie, et sans y contribuer, ou si peu. Comment ces gens peuvent ils encore s’étonner du fait que la Suisse soit désormais tenue à l’écart d’un nombre grandissant de projets européens, en particulier dans le domaine de l’enseignement et de la recherche ? Cet isolement est d’ailleurs assez préoccupant, en ces temps de pénuries; à l’époque, on avait tablé sur les importations en provenance de l’Europe; mais cela pourrait s’avérer assez difficile, pour un tas de raisons, parmi lesquelles le vieillissement des centrales nucléaires françaises, mais aussi l’absence d’accord-cadre entre la Suisse et l’Union Européenne..

La neutralité ne devrait en aucun cas brider les opinions, publiquement et politiquement assumées, et au besoin assorties de sanctions. La liberté d’expression existe aussi au niveau des Etats; enfin, il me semble que cela devrait être le cas. Sinon, autant déménager en Chine ou dans l’Amérique dont rêvent Trump et son parti républicain.

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Saas Fee, clair/obscur

Cela fait bientôt soixante ans que je visite à intervalles plus ou moins réguliers la vallée de Saas au-dessus de Viège, en Haut-Valais. Cette vallée latérale à la vallée du Rhône abrite la célébrissime station de Zermatt dans l’affluent occidental, et les stations de Saas Grund, Saas Almagell et Saas Fee (« le rocher des Fées« ) dans l’affluent oriental de la vallée.

Saas Fee se voulait autrefois rivale de sa voisine Zermatt; mais des investissements pas toujours judicieux, ainsi qu’une concurrence malsaine entre les stations de la vallée ont failli causer la perte de la station qui s’est trouvée proche d’un dépôt de bilan à une certaine époque. Le recours à des prix cassés (actuellement, la station est membre actif du groupe « Magic Pass« ) a permis de retrouver une clientèle nombreuse, mais peut-être plus populaire que le profil du touriste ciblé il y a une ou deux décennies.

J’ai fait deux courts séjours à Saas Fee cette année (2022), en fin mars et au début de juillet; dans les deux cas, cette station se révèle caractéristique des effets du réchauffement climatique. Je n’avais plus skié sur les pistes du glacier de Fee depuis plus de dix ans, je pense. J’ai été surpris par l’aspect du sommet emblématique de la station, l’Allalinhorn (4027m) qui est normalement complètement enneigé au début du printemps, mais qui présentait de nombreuses zones grises dénotant la glace vive apparente; un aspect qu’on lui connaît habituellement au mois d’août; pour ne rien dire des nombreux rochers apparents en bordure de glacier, à plus de 3000 mètres d’altitude…

Allalinhorn, fin mars 2022

Nous nous sommes étonnés des travaux de terrassement dans la glace, le long des téléskis sur le glacier. Bien qu’ayant souvent skié sur le glacier, sur piste et hors-piste, je n’avais jamais constaté ce genre de travaux les fois précédentes (il est vrai que cela commence à dater !). On nous avait expliqué que le glacier avançait de plus en plus vite, et qu’il était nécessaire de creuser la glace pour éviter que le téléski ne soit mis en danger; il fallait aussi régulièrement réaligner les pylônes du téléski en raison de l’avance rapide de la glace. Les conditions de neige étaient bonnes (neige dure et accrocheuse) et nous avons pris du plaisir à skier. Un plaisir souligné par un excellent accueil à l’hôtel, mais terni par quelques expériences de restauration médiocres, comme à la Schäferstube, un endroit magnifique, mais où il est préférable de se contenter du cadre, ou le restaurant d’altitude Morenia que l’on voudrait bien éviter (et que l’on devrait éviter), mais il n’y a pas grand-chose d’autre à disposition pour s’asseoir un moment ! Dans ce dernier cas, l’accueil et le contenu de l’assiette sont proprement consternants. Par souci d’équité, j’ajouterai que le restaurant situé de l’autre côté du glacier, à la Längfluh, est à peine moins décevant…

Au début juillet de la même année, on est immédiatement frappé par les quantités impressionnantes d’eau qui dévalent depuis le glacier sur les rochers à nu en direction de la vallée. Le glacier qui parvenait -il n’y a pas si longtemps puisque je l’ai vécu- à hauteur de la station intermédiaire de Spielboden (voire plus bas) sur l’itinéraire de montée de la télécabine vers la Längfluh peine à dépasser les rochers de la Längfluh en aval de l’arrivée de la télécabine. Un regard à une affiche touristique de 1985 peut confirmer mes dires; en dépit du fait que la photo sur l’affiche semble avoir plutôt été prise en arrière été, comme semblent l’indiquer les mélèzes en train de virer sur le jaune.

Saas Fee, début juillet 2022
Extrait d’une affiche de 1985

Nous avions un hôtel fort confortable et très bien situé. La vallée de Saas est un magnifique terrain de promenades; la promenade de Hannig à Saas Fee en passant par le restaurant Gletschergrotte est particulièrement sympathique, et le restaurant constitue une très agréable surprise, tant du point de vue de l’accueil et de la qualité que du prix raisonnable. Autre promenade incontournable dans la vallée, la « promenade des fleurs » au-dessus de Saas Grund est magnifique, mais il faut absolument éviter de se restaurer à la station de Kreuzboden : les rares mets proposés semblent certes comestibles, mais on ne commentera pas au-delà, de peur de sombrer dans la vulgarité.

Une expérience touristique somme toute assez mitigée. J’ai pris Saas Fee comme station de référence, parce que j’ai pu la visiter deux fois dans un intervalle de temps assez bref. Mais d’autres lieux de vacances auraient vraisemblablement conduit à des constats similaires (hypothèse que j’ai pu vérifier malheureusement à de nombreuses reprises). Des efforts méritoires sont entrepris par les stations pour améliorer la fréquentation; les infrastructures sont mises à disposition à prix cassés, voire gratuitement pour les hôtes. L’hébergement est souvent très correct, mais l’accueil reste trop souvent le parent pauvre de l’offre touristique en Suisse. L’évolution climatique impose de radicales modifications dans la manière d’envisager l’activité touristique dans les stations de montagne; il ne suffit plus de proposer des activités dont le déroulement est rendu aléatoire par des conditions météorologiques de plus en plus extrêmes. Le skieur préfère peut-être, après avoir skié sur une neige dure tout le matin, se reposer et goûter au soleil et à la belle vue sur une terrasse confortable avec un verre de Petite Arvine du Valais, pas avec un breuvage d’importation que le producteur ne parvient pas à boire lui-même ! Le promeneur, lassé de la chaleur après la rando du matin, préfèrera passer l’après-midi à l’ombre avec un verre de Rosé de Gamay de qualité plutôt qu’avec un douteux Fendant estampillé Château Consternation, sans doute dopé par des produits d’importation. On s’attend à ce que la fondue que l’on choisit imprudemment dans certains restaurants d’altitude soit confectionnée avec du fromage, et non pas préparée à l’aide de produits lyophilisés. On supposerait que l’assiette valaisanne ou la planchette vaudoise soit composée de viandes locales, ce que la présence de chorizo ou d’autres charcuteries exotiques et peu coûteuses semble formellement démentir. Et j’en passe, et des pires.

Ce qui est nécessaire et urgent, c’est un changement de l’état d’esprit des acteurs dans les stations touristiques : le client ne vient pas seulement pour des activités, mais aussi, et probablement de plus en plus souvent à l’avenir, pour être accueilli et choyé. Certains de nos voisins (Autriche, Italie et France) ont compris ceci depuis belle lurette, et ont adapté leur comportement en conséquence. Certains établissements dans nos stations helvétiques (pas tous, bien heureusement !) montrent qu’il reste du travail pour parvenir à une compréhension équivalente. Beaucoup de travail. Mais le temps commence à manquer.

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QR-prune

Une personne de ma connaissance s’est récemment vu infliger un procès-verbal pour un stationnement jugé inadéquat par l’autorité locale. Jusque là, rien de très original, sauf que le procès-verbal se réduisait à un papier format carte postale agrémenté d’un code QR et d’une légende que je reproduis ci-dessous (les zones masquées de rouge vif sont de mon fait, de manière à assurer l’anonymat de la personne en question).

Amende d’ordre QR

L’utilisation de codes QR pour tout et pour rien n’est certes pas une nouveauté, et l’usage risque de se généraliser à d’autres cantons ou régions dans le proche futur (ou, plus probablement, c’est déjà fait !). Je ne connais pas les diverses implémentations qui ont pu être effectuées, mais celle de Neuchâtel appelle tout de même quelques commentaires.

La personne qui a reçu cet avis d’infraction a tout d’abord cru qu’il s’agissait d’un code QR de facturation, comme les codes figurant sur les bulletins de versement, et qui seront bientôt (à l’automne 2022) les seuls utilisables; cette personne a donc tenté de le lire avec son logiciel de paiement, ce qui bien sûr a échoué avec un message d’erreur sibyllin, genre « Code QR invalide« . Cet échec l’a poussée à se renseigner auprès d’un spécialiste (enfin, supposé tel), en l’occurrence votre serviteur, les explications données sur le site mentionné dans le bulletin d’amendes ne lui ayant apparemment pas permis de répondre aux questions qu’elle se posait.

L’idée du code QR est de rediriger l’utilisateur vers un site web qui permettra d’accéder à l’avis d’infraction; la démarche correcte est donc de scanner le code QR, d’en extraire l’adresse (URL) de la page web correspondant au paiement d’infractions, de visiter cette page et de régler le montant dû. Parfait. Mais il y a quelques détails d’implémentation qui dérangent. Tout d’abord, ce n’est pas n’importe quel smartphone qui peut scanner et interpréter un code QR; des modèles plus anciens nécessitent un logiciel spécialisé, comme le vénérable Barcode scanner pour Android. Et pour les réfractaires à l’informatique mobile, il faut donc introduire à la main l’URL mentionnée dans le texte au-dessous du code QR, puis, arrivé sur la bonne page web, introduire son numéro d’immatriculation et un numéro de référence (appelé maladroitement « référence web » sur le bulletin) relativement malaisé à manipuler. Ce n’est d’ailleurs qu’à ce stade que l’on peut prendre connaissance de la somme à payer. Il semble que cette information eût pu être donnée plus tôt, mais bon…

Même en disposant d’un smartphone de dernière génération, les ennuis ne sont pas terminés pour autant. Comme mentionné précédemment, le montant à payer n’est pas mentionné sur le bulletin d’amende d’ordre; il ne peut être connu qu’au travers du site web. Arrivé sur ce site au moyen de son smartphone, le malheureux contrevenant sera donc amené à payer le montant de l’infraction, probablement au moyen de ce même smartphone. Il devra donc ouvrir une deuxième session, scanner un deuxième code QR dans une deuxième application pour effectuer son paiement, par exemple avec une application comme TWINT. Les interfaces utilisateurs de smartphones ne sont pas vraiment conçus pour faciliter la gestion du multitâches, même si ce dernier est supporté de manière native par les systèmes d’exploitation; il y a donc quelque chance pour que l’une des sessions actives se ferme intempestivement, au grand dam de l’utilisateur ! Au mieux, il peut tout recommencer; au pire il abandonnera, ou pensera avoir effectué un paiement et recevra un rappel surfacturé dans quelques jours. Voilà une source d’erreurs pour l’utilisateur qu’une procédure plus intuitive eût sans doute permis d’éviter !

Il y a un autre souci, beaucoup plus préoccupant, celui-là. L’URL contenu dans le code QR n’est pas identique à celui qui est proposé pour l’accès « manuel » au site. La différence qui interpelle, c’est que le site défini par le code QR est un site « http » (donc non sécurisé et ne proposant aucun certificat garantissant son authenticité), alors que le site indiqué pour l’accès manuel est un site en « https » (donc sécurisé !). Voilà qui n’est pas fait pour inspirer confiance, surtout quand votre smartphone vous gratifie d’un avertissement péremptoire du genre « Attention, vous allez visiter un site non sécurisé, êtes-vous sûr de vouloir prendre ce risque ? » ou similaire. Il n’y a aucune raison valable pour utiliser un site non sécurisé alors qu’un pendant sécurisé existe, à moins qu’une erreur de programmation ne se soit glissée dans le développement, ou que le « s » de https n’aie rendu l’URL trop longue pour la capacité du code QR (ce qui ne constitue en aucun cas une raison valable, bien sûr). Cette erreur est loin d’être bénigne, et témoigne d’un manque de rigueur dans le développement et dans les tests qui laisse perplexe.

Une autre question que je me pose, c’est de savoir quand un petit futé amateur de programmation web s’amusera à créer de fausses amendes d’ordre sur ce modèle, redirigeant la procédure vers un site qu’il contrôle, lui (site de phishing ou Hameçonnage) et développé sur le modèle du site original; c’est beaucoup plus facile à réaliser que ce que l’on veut bien prétendre : un de mes diplômants (brillant, certes) avait en son temps réalisé un tel site en deux heures pour les besoins d’une démonstration lors de sa défense de diplôme, et l’expert n’y avait vu que du feu… S’il réalise ceci, il n’aura plus qu’à imprimer de fausses « prunes » à placer de ci, de là sur des pare-brise en ville de Neuchâtel, et attendre que son compte en banque se remplisse.

Je continue à penser que l’on doit aller vers une plus grande numérisation des procédures; mais cette numérisation devrait simplifier la vie des utilisateurs, et leur garantir une meilleure sécurité des transactions. Dans le cas présent, j’ai quelques doutes.

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Les femmes de Stepford

Les femmes de Stepford est un roman d’Ira Levin (1972), adapté à au moins deux reprises au cinéma ou à la télévision, et qui décrit une ville imaginaire (Stepford, que l’auteur situe dans le Connecticut) où les femmes sont réduites à un rôle de très belles potiches préoccupées uniquement par leurs tâches ménagères et l’agrément de leurs époux.

Je n’avais plus relu cet ouvrage (bien que j’apprécie beaucoup Ira Levin, à qui nous devons également (entre autres) un Bonheur Insoutenable ou un bébé pour Rosemary, (ce dernier plus connu en Europe en raison du film qu’en a tiré Roman Polanski) depuis au moins quarante ans. Il a fallu les récentes décisions de la Cour Suprême des Etats-Unis pour engendrer les associations d’idées m’ayant conduit à me remémorer cet ouvrage. La Cour Suprême a en effet retiré aux femmes la garantie du droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) conférée par l’arrêt Roe v. Wade en 1973 par cette même Cour Suprême. L’argument utilisé (en substance, c’est que ce n’est pas le rôle de l’Etat Fédéral de statuer sur cette question) remet en question un droit conféré aux femmes américaines depuis une cinquantaine d’années, et laisse craindre d’autres décisions allant dans le même sens; onze Etats ont d’ailleurs immédiatement mis en vigueur des lois anti-IVG préparées de longue date. Dans la même logique, la Cour Suprême pourrait renoncer au droit à la contraception ou à la dépénalisation des relations homosexuelles, par exemple.

Il s’agit d’une victoire importante pour le clan républicain conservateur, celui-là même qui a élu Donald Trump à l’époque. Donald Trump avait renvoyé l’ascenseur en élisant trois juges ultra-conservateurs à la Cour Suprême, faussant ainsi le processus démocratique (mais il a fait bien pire par la suite !). Les Etats-Unis apparaissent de plus en plus divisés entre une frange technocratique essentiellement démocrate contrôlant les côtes Est et Ouest ainsi que le secteur des Grands Lacs, et un centre et des Etats du Sud très conservateurs, religieux et persuadé que la théorie de l’Evolution selon Darwin constitue un blasphème.

Cette scission, manifeste lors des élections présidentielles, semble se creuser de plus en plus, faisant craindre à certains une nouvelle sécession. On ne peut que souhaiter que les femmes s’insurgent enfin contre les pertes de droit auxquelles elles sont soumises par les conservateurs, ce qui permettrait éventuellement de rétablir une majorité plus évidente, et accessoirement éliminerait quelques politiciens traditionalistes. Ces mêmes dirigeants politiques qui disent agir selon une inspiration religieuse, au nom de la vie, mais défendent le droit de se promener avec des armes à feu dans la rue et de se procurer des armes de guerre, histoire de faire un carton dans une école ou un supermarché…

Curieusement, alors même que les républicains conservateurs bafouent régulièrement les droits des femmes, un nombre significatif d’entre elles votent néanmoins républicain. Donald Trump méprise et insulte les femmes en public, et récolte néanmoins leurs votes et leur approbation. Ce sont littéralement les femmes de Stepford décrites par Ira Levin, heureuses de la servitude imposée par le mâle. Un rêve pour beaucoup de machos, je suppose.

Incidemment, lors du Journal télévisé en Suisse Romande, des images de manifestations après la décision sur l’IVG par la Cour Suprême avaient fait ressortir une curieuse opposition de style. Une manifestante pour le droit à l’IVG, cheveux ébouriffés, en T-shirt et jeans fatigués avait violemment protesté contre la décision (I’m a woman, not a womb), alors que dans le camp opposé, une blonde platinée, soigneusement maquillée et en robe bleu roi impeccable clamait sa satisfaction de voir la vie et Dieu enfin respectés. L’héroïne (la photographe Joanna Eberhart) du roman d’Ira Levine face à une femme typique de Stepford, en somme.

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Bien sûr, mais…

Je ne sais pas si vous avez déjà expérimenté cette situation, où l’on parle d’un quelconque scandale ou situation violente, et quelqu’un intervient en disant « Oui, bien sûr, mais Machin à l’époque a fait aussi grave, voire même pire« .

Actuellement, un des thèmes de discussion qui se prête le mieux à ce genre de réaction, c’est Vladimir Poutine et la guerre en Ukraine. Enfin, l’opération militaire spéciale de dénazification pour utiliser les circonlocutions du dictateur russe. Vous discutez avec des amis sur cette guerre tout de même relativement proche de nos frontières, et dont nous ressentons certains effets, et vous critiquez l’agression dont s’est rendu responsable Poutine, et très souvent l’un des participants fait remarquer « Oui, bien sûr, mais en Irak, les Amerloques de George W. Bush n’ont pas fait beaucoup mieux« . Et un autre de renchérir « D’ailleurs, il (Bush) l’a dit lui-même« , faisant référence à ce qui devrait constituer le lapsus de l’année 2022. Par ce genre de remarques, l’invasion de l’Ukraine par Poutine se trouve relativisée : puisqu’il y a eu d’autres envahisseurs avant lui, cela devient moins grave. Comme si un crime devenait moins « criminel » simplement par le fait qu’un autre a commis un acte similaire par le passé !

Dans cet exercice, certains sont devenus virtuoses; ainsi, Guy Mettan n’a-t-il pas hésité de parler, sur les ondes de la RTS, de la « paille dans l’œil de Poutine et des poutres dans les yeux des Occidentaux« . On peut comprendre que la russophilie de M. Mettan le pousse à défendre ce cher ami Vladimir, mais parler de paille(s) au sujet de l’agression de l’Ukraine, des crimes de guerre associés, et auparavant du soutien sanguinaire au copain non moins criminel Bachar Al-Assad, voire des actions de mercenaires au Mali, cela ne fait pas sérieux. Et si les Occidentaux ont fait aussi moche, voire pire, cela ne dédouane en aucune manière le dictateur criminel qu’est Poutine ! Tout au plus cela finit il de discréditer M. Mettan et les causes qu’il souhaite défendre.

Si l’on suit ce raisonnement, il me semble que plus rien ne devrait nous étonner ou nous scandaliser : après tout, quoi que fasse un dictateur ou chef d’Etat, on pourra toujours dire « Oui, bien sûr, mais Hitler (Staline, Mao, etc…) ont fait bien pire« .

On peut également étendre ce genre de réaction à d’autres thématiques. Je me demande comment on aurait accueilli, après les attentats de Charlie Hebdo ou les massacres de l’Etat Islamique en Syrie, une remarque du genre : « Oui, bien sûr, mais à l’époque, l’Inquisition d’Isabelle la Catholique a fait bien pire« . Et la Suisse n’a pas échappé à ce genre d’exactions !

Je doute toutefois qu’un juge au tribunal considère avec bienveillance un assassin ou son avocat qui argumenterait « Oui, bien sûr, mais Landru a fait bien pire…« 

Vous aurez sans doute compris que je ne suis pas très enthousiasmé par ce genre de remarque : en fait, cela aurait plutôt tendance à m’irriter. Le passé peut parfois expliquer le présent, mais non pas l’excuser ni le justifier. Une action criminelle n’a pas à être relativisée ou justifiée, mais simplement jugée, indépendamment d’éventuelles actions, peut-être similaires, qui ont pu avoir lieu par le passé.

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Une motion émanant surtout de partis de droite (et soutenue par le Conseil Fédéral ) veut majorer le budget de la défense nationale suisse de 2 milliards de francs d’ici 2030. L’argument est de se protéger contre des agressions étrangères à l’exemple de l’agression russe en Ukraine. Malgré la situation préoccupante, on se demande tout de même qui seraient ces vilains étrangers qui souhaiteraient venir nous envahir. La Russie semble peu susceptible d’agression envers la Suisse, car pour parvenir à nos frontières, il faudrait commencer par vaincre l’OTAN, et même si cela ne semble pas impossible, cette éventualité rendrait assez symbolique les hypothétiques volontés de résistance suisse.

Alors qui ? La France de Ramene Ta Peine à l’horizon 2030, décidée à annexer la Suisse Romande pour raison de compatibilité culturelle ou pour rembourser sa dette russe ? Jean-Luc Méchenlon pour faire plaisir à son copain et modèle Poutine? (J’avais à l’origine utilisé d’autres pseudonymes, mais j’essaie de ne pas sombrer trop dans le grossier…). Je leur souhaite bien du plaisir avec les Valaisans, déjà qu’ils n’arrivent pas à s’entendre avec la Corse…

L’Allemagne du parti «AfD», qui annexerait la Suisse Alémanique et l’Autriche pour des raisons linguistiques et culturelles ? Je vois mal l’Allemagne se reconnaître dans la langue et la culture de la Suisse Alémanique ; le journal télévisé de la ZDF passerait probablement mal en Züritütsch.

L’Italie d’un successeur de Matteo Salvini, décidé à accaparer les ressources en eau du Tessin au profit de la Lombardie ? Mais ils jouissent déjà de ces ressources, alors pourquoi se battre ?

Une autre question que je me pose, c’est ce que deviendrait cette somme de deux milliards attribuée à la Défense Nationale. Un expert à qui on a posé la question sur les ondes de la Radio Suisse Romande s’est montré quelque peu évasif. Après avoir signalé l’obsolescence de certains outils de notre armée, il s’est montré plus hésitant lorsque l’on l’a questionné sur la nature des investissements à prévoir. On aurait pu songer à une flotte de camions à hydrogène, ou un renouvellement du parc de véhicules dans la même optique. Il a finalement parlé de chars de combat à renouveler ; mais je n’ai guère été convaincu. Un char de combat a une durée de vie en engagement réel relativement limitée ; cela me paraît donc cher payé pour un moyen de défense visiblement peu efficace. Une proposition apparemment sérieuse est de retaper les vieux chars de combat « Leopard » dont il reste quelques 100 exemplaires dans une poubelle de luxe quelque part en Suisse Alémanique. Selon les dires de M. Vautravers, colonel, rédacteur en chef de la Revue Militaire Suisse et spécialiste de l’armement, ce char n’aurait rien perdu de sa modernité et resterait actuellement un outil tout à fait efficace et en aucune façon obsolète, voire même très actuel. Un bidule mis en service en 1979 encore d’actualité quarante ans après ? Les dameuses de piste, tracteurs et autres engins agricoles multifonctions se sont massivement équipés en informatique, GPS, algorithmes de mise en réseau des machines pour le travail collaboratif, drones d’accompagnement, capteurs pour analyser le terrain ou la neige, et un char de combat ne disposerait pas de ces outils pour gérer sa progression ? Je n’ai aucune raison de douter des affirmations de M. Vautravers, donc, on peut en déduire que le développement des chars de combat a été abandonné à la fin des années 1970 à l’échelle mondiale, ce qui semble confirmer la vulnérabilité de ce type d’engins en engagement.

Plus généralement, on peut se demander pourquoi les pays s’encombrent encore de chars d’assaut vu la facilité avec laquelle ils peuvent être détruits. Quant à moi, je ne vois qu’une explication possible : c’est pour justifier le fait de s’équiper de défenses antichars. Pas de chars, pas de missiles antichars, donc moins de chiffre d’affaires. Conclusion, il faut persuader les gouvernements et leurs départements militaires à s’équiper de chars de combat, et ensuite on peut leur vendre l’antidote : CQFD. En informatique, on a des programmeurs à Saint-Pétersbourg (et ailleurs) qui travaillent à la fois dans une boîte de logiciels anti-virus et dans une autre boîte plus discrète, souvent gouvernementale, qui fabrique des virus. C’est un peu le même principe.

Il y a pourtant un ennemi qui est en train de nous envahir, depuis pas mal de temps déjà, et qui va très probablement gagner sa guerre à défaut d’une action rapide et massive. Contre cet ennemi, des chars de combat ou des avions aussi sophistiqués soient ils, nourris d’hydrocarbures de la meilleure qualité fournis par Poutine ou autre Mohamed Ben Salmek ne peuvent rien et sont au contraire largement contre-productifs. Je veux parler du réchauffement climatique. C’est un exploit de communication de Poutine qui est parvenu en quelques semaines à étouffer le dialogue de transition énergétique, beaucoup plus efficacement que le COVID ou les Jeux Olympiques sans neige de Pékin. Deux milliards pour l’Armée, c’est deux milliards de moins pour la recherche et pour la transition énergétique: c’est se tirer une balle dans le pied. Les faucons de droite (qui a dit «et les vrais de gauche», au fond de la classe ?) feraient bien d’y songer avant de dilapider l’argent du contribuable dans des joujoux à l’utilité pour le moins discutable, alors que la catastrophe annoncée depuis soixante ans frappe à la porte de l’Humanité.

La seule utilité que je pourrais voir à un investissement de ce genre pour l’Armée en Suisse, c’est pour contrôler les manifestations qui vont probablement voir le jour dans un futur proche, lorsque les ressources alimentaires et énergétiques commenceront réellement à manquer partout dans le monde. Un char de combat, même datant d’il y a quarante ans, reste redoutable en l’absence d’armes antichars. La répression d’émeutes populaires fait aussi partie des missions exceptionnelles de notre armée, et de toutes les armées du monde. Vous vous souvenez ?

Tank Man, Tian Anmen, (JEFF WIDENER / AP / SIPA)

Si la situation se dégrade jusqu’à la pénurie de ressources essentielles, des situations d’émeute vont alors se produire. L’armée pourrait alors se révéler utile : cela s’est produit par le passé, il y a longtemps il est vrai. Verra-t-on un jour une image similaire sur une place dans une ville de Suisse ? L’un ou l’autre de vos enfants ou petits-enfants en sera-t-il un acteur ? Et de quel côté du canon sera-t-il ?

Ne serait-il pas plus sage d’investir dans des moyens qui permettraient d’éviter d’en arriver là en contrôlant, tant que faire se peut, les effets du réchauffement, plutôt que de prévoir d’emblée les moyens de réprimer la colère des citoyens nécessiteux ?

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Obsolescence programmée


J’ai déjà eu l’occasion de parler de mes préoccupations de chauffage à domicile. Ces préoccupations ont été à l’origine motivées par une information en provenance du constructeur de ma chaudière à gaz actuelle, ELCOTHERM pour ne pas le mentionner. En bref, il m’annonçait que la platine de commande de la chaudière ne pouvait plus être réparée en cas de panne car il était impossible de trouver des pièces de rechange pour cette platine (qui se résume à un simple circuit imprimé avec quelques composants électroniques soudés dessus).


Malgré le bon état de la chaudière proprement dite, cela m’avait incité à entreprendre des démarches en vue de passer à un système plus moderne et basé sur des énergies à priori renouvelables, en l’occurrence une pompe à chaleur air-eau qui après expertise semblait constituer la solution la plus appropriée pour mon cas spécifique. Le fabricant de ma chaudière à gaz actuelle, ELCOTHERM donc, a jugé utile de me faire une offre pour une solution de ce type. A cette occasion, je n’avais pas manqué de pointer du doigt l’attitude quelque peu cavalière du constructeur, qui décide de ne plus proposer de remplacement à une simple platine de commande alors que la chaudière proprement dite fonctionne encore de manière optimale. Le représentant du constructeur m’avait alors assuré que les pièces de rechange étaient totalement irremplaçables (« vous savez, l’électronique, c’est si vite périmé, …« ), qu’ils n’y étaient pour rien, que c’était comme ça et que je n’avais qu’à changer ma chaudière. Je lui avais tout de même fait remarquer que son excuse était peu vraisemblable, surtout vis-à-vis de quelqu’un qui n’est certes plus en activité professionnelle, mais qui a tout de même travaillé dans le domaine de l’électronique et de l’informatique pendant toute sa carrière. A l’heure actuelle, redessiner un circuit dont on connaît le schéma est un jeu d’enfant (que l’on donne à traiter à un ordinateur), et l’utilisation de circuits intégrés spécifiques à une utilisation particulière (ASIC, Application Specific Integrated Circuit) et autres PLD (Programmable Logic Device) ou FPGA (Field Programmable Gate Array) ainsi que de systèmes tout-en-un (SOC, System On a Chip) permet de créer un nouveau design en très peu de temps et à peu de frais; mais soit on n’est pas au courant de ces évolutions chez ELCOTHERM, soit on aime bien se moquer des clients. Et en dépit du fait que le constructeur se permette de forcer la main du client pour changer de système, il ne consent aucun rabais sur le système neuf.


Bien évidemment, j’ai choisi en conséquence un autre constructeur et une autre offre, en dépit de l’installateur qui m’avait fait une offre qui semblait raisonnable et qui donnait une certaine impression de sérieux, mais basée sur du matériel provenant d’un constructeur que j’ai jugé peu soucieux de sa clientèle.


Entretemps, la guerre en Ukraine (ou l’opération militaire spéciale de Poutine, si vous préférez) a fait grimper les prix du gaz, et fait craindre à terme pour l’approvisionnement. La demande en pompes à chaleur air-eau a explosé, si bien que les principaux constructeurs ne parviennent plus à suivre la demande. ELCOTHERM, entre autres, est en rupture de stocks. L’un de mes voisins, qui possède le même équipement que moi, s’est vu proposer il y a peu le remplacement de sa platine de commande pour un prix (certes exagéré) de quelques milliers de francs; cette même platine qu’il y a trois mois, on m’avait certifiée irremplaçable.


Bien sûr, nécessité fait loi. Mais apparemment, la nécessité n’est pas la même selon que c’est le client ou le fournisseur qui l’éprouve. La loi non plus, d’ailleurs.


ELCOTHERM n’est pas le premier, et sans doute pas le dernier, à user de l’obsolescence programmée pour tenter de booster ses ventes, à l’image de Apple qui avait été un précurseur dans l’utilisation de ce procédé à large échelle. Pour Apple, cela continue à marcher plutôt bien; je ne suis en revanche pas certain que ce qui fonctionne pour des smartphones (des intelliphones, corrigeraient les Québécois, des bises au Québec !) marche aussi bien pour des systèmes de chauffage. En ce qui me concerne, je ne leur ferai certes pas de publicité, sinon négative.

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Crime de guerre

Le 8 avril 2022, un missile touchait la gare de chemin de fer de la ville de Kramatorsk, faisant plusieurs dizaines de victimes parmi des civils qui attendaient le train pour fuir la région du Donbass en Ukraine. Alors que les pays occidentaux fustigeaient unanimement cette « agression russe » et parlaient de « nouveaux crimes de guerre », les Russes, après un premier communiqué annonçant un bombardement réussi réfutaient toute responsabilité de leur part et accusaient la partie adverse de bombarder ses propres concitoyens. En Suisse, le président de la Confédération a déclaré de manière très péremptoire que c’était à un tribunal de définir si c’était un crime de guerre ou non, et si oui, qui doit être mis sur le banc des accusés, et de quelle manière. Comment botter en touche au nom de la neutralité…

Qu’est-ce qu’un crime de guerre ? Cette question a été posée à maintes reprises dernièrement, et de nombreuses réponses ont été données, toutes renvoyant au droit international de la guerre, régi par des accords entre les nations, des accords dont les fondements datent de la Seconde Guerre Mondiale. Mais en dernière instance, il appartient à un tribunal de qualifier de crime une action de belligérants. Incidemment, il est assez troublant de constater que l’on a mis sur pied une règlementation extrêmement complexe à appliquer de la guerre, mais que l’on n’a jamais envisagé de mettre la guerre hors la loi.

Si les guerres précédentes nous ont abondamment montré que l’être humain est capable du pire et même au-delà, on avait pourtant « oublié » (de fait, la majorité d’entre nous autres, occidentaux se disant civilisés et nés après la fin de la Seconde Guerre Mondiale ne l’ont jamais vécu) qu’un conflit armé est lié à des exactions meurtrières. Le meilleur commandant d’une section de combat aussi expérimentée et disciplinée qu’on peut le souhaiter aura tendance à se muer en machine à tuer motivée par la haine après quelques semaines passées dans la boue, mal nourri sous les bombardements ennemis à transporter des amis blessés ou enterrer des camarades tués au combat. L’armée américaine ne s’est pas comportée de manière très glorieuse à Abou Ghraib, par exemple. En Syrie, les troupes de Bachar Al Assad (déjà activement soutenues par Moscou à l’époque) n’ont guère hésité à frapper (et parfois gazer) leur propres concitoyens : la logique des militaires, de quelque bord soient ils, ne laisse guère de place aux sentiments.

Ainsi, massacrer des civils constitue un crime de guerre. Encore faut-il étudier les conditions dans lesquelles le massacre a eu lieu, et déterminer les responsabilités tout au long de la chaîne de commandement. Si la définition de ce qui constitue un crime de guerre est relativement simple et facile à comprendre, la mise en application de la définition s’avère souvent complexe, voire impossible. Et la définition s’arrête à des exactions commises en situation de combat; il n’est guère question de crime de guerre pour des dommages consécutifs à une situation de conflit; ainsi, priver la population civile d’abris et de subsistance suite à une agression ne constitue pas un crime de guerre, même si la détresse des réfugiés privés de leurs moyens d’existence est bien réelle, et le sort des réfugiés parfois bien aléatoire.

La guerre engendre des destructions, et donc, des réfugiés fuyant les exactions commises par les belligérants. L’Europe (et la Suisse s’est mise à l’unisson, pour une fois, malgré les objections de l’UDC) a choisi d’accueillir généreusement les victimes civiles ukrainiennes. Au fait, vous connaissez la différence entre un réfugié malien et un réfugié ukrainien ? Le réfugié malien parcourt plus de mille kilomètres de désert, puis traverse la Méditerranée sur une coquille de noix, et dans le cas improbable où il parvient en Suisse, il se fait renvoyer chez lui avec les sarcasmes d’un conseiller national UDC habitué de la télévision suisse romande, et accessoirement admirateur des mouvements d’extrême droite français. Le réfugié ukrainien se fait chercher à la frontière polonaise dans un VAN affrété par des Suisses, et reçoit à l’arrivée un permis S, un appartement et les bisous du président de la Confédération en guise de prime d’accueil. Le point commun ? Au départ, c’est le même type de missile de fabrication russe qui a détruit leur maison, tué leurs proches et les a contraints à prendre la route de l’exil. Vaut mieux être ukrainien, blanc et blond aux yeux bleus que… A ce sujet, une de mes connaissances proches me rapportait qu’elle s’était trouvé au café un samedi matin avec des amies et une réfugiée ukrainienne plutôt âgée qui avait un fils en Allemagne, fils qui avait, lui, refusé de l’héberger. Pas si bête, le fils, je suppose ! Pourquoi s’infliger une personne à charge alors que la communauté peut remplir ces bons offices gratuitement ?

Je ne désire absolument pas limiter la dynamique d’accueil des réfugiés en provenance d’Ukraine; mais la compassion n’est effectivement pas la même selon le génotype des personnes envers lesquelles elle s’exerce. Mais le fait que contraindre des personnes non responsables de l’état de fait à abandonner leur maison, leur région, leurs proches pour se lancer dans une fuite hasardeuse ne soit pas considéré comme un crime me laisse perplexe.

En bloquant les récoltes et les capacités d’exportation de céréales d’un pays, l’agresseur condamne indirectement à la famine de nombreuses populations qui dépendaient, parfois cruellement, de ces exportations pour survivre. Faire mourir de faim des gens n’est donc pas un crime de guerre ? Apparemment pas. Mieux même, de nombreux pays d’Afrique souffrent actuellement de manque de céréales (qu’ils avaient coutume d’importer d’Ukraine), mais paradoxalement, ils refusent de sanctionner la Russie pour cet état de fait, bien que cette dernière soit de son propre aveu responsable de cette « opération militaire spéciale » (selon la rhétorique poutinienne, dont la transparence n’est plus à discuter).

Pendant ce temps, la lutte contre le réchauffement climatique est au point mort ou régresse. La pénurie de gaz et de charbon russe va inciter de nombreux pays à réactiver leurs mines de charbon et importer du gaz liquéfié. La flambée des prix du pétrole incite les gouvernements à subventionner les carburants (surtout en période électorale) au lieu de promouvoir le renouvelable. Le dernier rapport du GIEC parle d’un délai de trois ans pour réagir. Il implique une réaction au niveau mondial. Vous croyez franchement que Poutine va installer des panneaux solaires au Donbass l’an prochain, au lieu de batteries de missiles ? La guerre en Ukraine est devenu un facteur retardateur dans la lutte contre le réchauffement climatique. Et pourtant, on n’en avait guère besoin ! Il est possible que dans quelques années, certains gouvernements soient jugés pour crimes contre l’humanité dans un contexte de catastrophe écologique : cela contribuera sans doute à redéfinir la notion de crime à l’encontre de « Homo Sapiens« , si peu sapiens soit-il. Si cela devait se produire, nul doute que les acteurs majeurs de la guerre en Ukraine auraient quelques comptes à rendre !

Le seul véritable crime de guerre, c’est la guerre elle-même.

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Le clown et le dictateur

J’avais une dizaine d’années quand j’assistai à mon premier spectacle de cirque, et que je découvris pour la première fois un clown. C’était lors d’une représentation du Cirque National Knie, qui faisait halte dans le Chablais Vaudois, place des Glariers à Aigle. Le clown ne me fit pas vraiment rire, pour autant que je me souvienne : il me paraissait plutôt inquiétant. Il fallut plusieurs années pour que je comprenne qu’il existe différents clowns, qu’ils peuvent être drôles, tristes, voire maléfiques ou inquiétants. Et que le déguisement ne fait pas le clown : le plus grand clown que j’aie jamais admiré ne se déguisait pratiquement jamais : c’était Raymond Devos, empereur de l’absurde; il a trop rarement été approché par Coluche, prince de la dérision. J’ai aussi appris à faire la différence entre le clown et l’humoriste, même si les deux rôles peuvent à l’occasion être incarnés par une même personne.

A l’époque, on ne parlait pas trop d’histoire aux très jeunes, si ce n’est l’histoire suisse, le serment des Waldstaetten, le Morgarten et tout ce genre de choses. J’appris les exactions du régime nazi un peu sur le tas (il n’y avait pas Internet, à l’époque ; Sergey Brin n’était pas encore né pour développer Google !), sans vraiment parvenir à imaginer la personnalité des protagonistes de cette immense tragédie que constitua le Seconde Guerre Mondiale. La première fois que j’ai réellement perçu l’énormité de ce que peut être un dictateur, c’est à l’occasion de la retransmission d’un vieux film de 1940 à la télévision. « The Great Dictator« , de Charlie Chaplin, me bouleversa profondément et changea durablement certaines de mes conceptions de la société mondiale. D’ailleurs, quand il m’arrive de revoir ce monument du cinéma, je reste effaré par son incroyable actualité. Prenez l’immortelle scène du globe, et mettez aujourd’hui Poutine à la place de Hynkel : il vous sera difficile de réprimer des frissons d’angoisse. Le personnage d’Adenoid Hynkel n’est pourtant pas qu’inquiétant : son discours initial (en un langage incompréhensible, mais remarquablement semblable à des discours d’Adolf Hitler) est comique, drôle même. Ses confrontations avec son homologue transalpin Napoloni sont clownesques. Voilà, le mot est lâché, la dualité entre un dictateur et un clown est illustrée par Chaplin.

Ce film m’incita à m’intéresser à Adolf Hitler et au troisième Reich, ainsi qu’à la seconde guerre mondiale. Si vous faites l’effort d’étudier le personnage au-delà de ses caractéristiques fascistes et profondément malveillantes, le caractère clownesque du personnage ne vous échappera pas, encore qu’il puisse paraître plus évident chez Benito Mussolini qui avait servi de modèle pour le personnage de Napoloni dans le film de Chaplin. Je manque d’images d’archives de Napoléon Bonaparte, mais certains des récits se rapportant au personnage semblent également laisser paraître un côté clownesque. Khadafi et sa tente plantée dans le parc Marigny à Paris ou ses réceptions de dirigeants du monde assis sur un tracteur n’est pas en reste, et il a fait de nombreux émules depuis, quoique peut-être un peu moins extravagants.

La bande dessinée a aussi produit quelques chefs d’œuvre dans le genre, comme par exemple « Le dictateur et le champignon » du génial André Franquin (probablement inspiré de Chaplin d’ailleurs) ; le côté clownesque et gaffeur du dictateur de la Palombie, Zantafio, ramène aux discours de dictateurs sud-américains comme Pinochet ou Fidel Castro. La scène du discours belliqueux que tout le monde acclame (motivés par des barbouzes armés) mais que personne ne comprend parce que les micros n’ont pas été branchés vaut également son pesant de cacahuètes ! Elle fait irrésistiblement penser aux discours fleuve de Fidel Castro auxquels tout le monde devait assister mais que personne n’entendait vraiment. Je crois que je ne peux actuellement pas m’empêcher de considérer un dictateur comme une espèce de clown malfaisant. Ridicule, irrationnel, grotesque et insensé. Le pompon est probablement détenu par Kim Jong Un, le dictateur obèse nord-coréen qui se fait filmer sur un cheval en pleine nature sauvage et indomptable. Pauvre bête ! (Je parle du cheval)

Qu’on ne s’y trompe pas : le côté clownesque n’atténue en rien le caractère dramatique et criminel de ces dictateurs : il met plutôt en évidence leur déraison et le caractère débile de leur personnalité, caractère qui pourrait être comique s’il n’était si tragique et générateur de tant de malheur et de larmes. Le clown dictateur peut faire beaucoup de mal, et il ne s’en prive généralement pas d’ailleurs.

Vladimir Poutine qui se promène torse nu, à cheval sur un ours, ou occupé à pêcher (peut-être à mains nues, je ne suis pas allé vérifier) dans une rivière est aussi clownesque que le discours inaudible de Zantafio ou le combat de hauteur de fauteuils entre Hynkel et Napoloni. Ses parties de hockey sur glace où le gardien adverse cherche désespérément à manquer le puck quand le président adresse un tir timide en direction de la cage sont si ridicules que l’on se demande pourquoi elles ne sont pas censurées, à l’instar d’informations beaucoup moins compromettantes ! Ses « réunions » attablé à 6 mètres de son interlocuteur font penser à Zantafio seul, juché sur un trône au fond d’une salle si étendue que ses interlocuteurs mettent plusieurs minutes à la traverser.

Le conflit qui oppose l’Ukraine et la Fédération de Russie pose en antagonistes Volodymyr Zelensky, un ancien clown devenu chef d’Etat, et Vladimir Poutine, un dictateur qui s’avère être aussi un clown que le ridicule n’a pas réussi à tuer. Je ne connais pas assez bien les deux pays incriminés pour décider de manière péremptoire qui est le « bon » et qui est le « méchant ». Par ailleurs, je me méfie énormément des jugements binaires, catégorisant un protagoniste comme définitivement mauvais et l’autre comme infiniment bon. La guerre en Irak (et ailleurs) a montré que les bonnes intentions affichées ne résistent pas au conflit armé ! Et de toutes façons, en période de guerre, les informations vraies diffusées par les combattants sont aussi rares que les promesses données et réellement tenues dans un discours électoral. Mais il est certain que brider l’information par une censure aussi sévère qu’impitoyable ne fait rien pour crédibiliser les dires d’un dirigeant, quel qu’il soit. Et à ce jeu-là, Vladimir Poutine a perdu toute la crédibilité qu’on aurait encore pu naïvement lui accorder après son inqualifiable agression.

En tous cas, si les armées de Poutine arrivent en Suisse après avoir aplati deux pays de l’OTAN en chemin, je doute que ce soit quelques F-35 alimentés au kérosène russe qui fassent la différence. Madame Viola Amherd aurait pu éviter une interpellation douteuse aux instigateurs de l’initiative contre l’achat de nouveaux avions de combat. C’était maladroit, et probablement méprisant pour les processus démocratiques suisses. Se rendre indépendant du pétrole russe pour assécher les ressources qui permettent à Poutine de maintenir son armée serait probablement plus efficace. C’est ce que l’Allemagne (et l’Europe avec elle) est en train de constater.

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