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Eco sceptiques

Il y a quelques jours, j’étais chez des amis, et un article dans un magazine consacré à l’automobile ouvert sur la table du salon a attiré mon attention. Son intitulé était « A contresens sur l’autoroute de la pensée unique« . Pour l’essentiel, il contenait une interview d’un professeur des universités français, M. Yves Roucaute, qui niait les causes humaines du réchauffement climatique, et qui minimisait les risques de pénurie d’énergies fossiles à l’avenir. Il dénonçait en outre des intentions anti-démocratiques de la « dictature verte », et les atteintes à la liberté individuelle dont les mouvements écologistes se rendaient selon lui coupable. Il a écrit entre autres ouvrages « L’obscurantisme vert.  La véritable histoire de la condition humaine« , éditions du Cerf, 2022.

Le discours m’a intéressé, pas du tout pour les opinions qu’il défendait, mais par son appartenance à cette mouvance éco sceptique qui ne fait pas énormément de bruit, mais qui reste toujours sous-jacente et bien représentée dans l’opinion publique. Beaucoup de décideurs, et non des moindres, tendent à se retrouver dans ce genre de discours, même si le plus souvent ils rechignent à l’admettre en public. De fait, ce monsieur est loin d’être isolé dans ses opinions; même si l’on peut mettre en doute ses compétences en climatologie (il est professeur de philosophie et de droit, et a été conseiller technique dans plusieurs ministères), le nombre de scientifiques éco sceptiques est relativement conséquent, comme tend à l’indiquer cette liste des scientifiques qui ne croient pas aux causes humaines du réchauffement climatique.

La liste en question n’est probablement pas exhaustive, et contient par ailleurs quelques références discutables, à l’exemple de Claude Allègre, qui traîne une réputation sulfureuse en matière scientifique, notamment pour ses prises de position discutables à l’époque des scandales liés à l’amiante. On y trouve aussi M. Didier Raoult, le microbiologiste ayant proposé un traitement pour le moins controversé à base d’hydroxychloroquine pour le traitement du Covid-19. Mais il y a aussi des noms accompagnés d’un pedigree (pardon, d’un curriculum vitae) impressionnant : comment peuvent ils nier ce qui semble pourtant constituer une évidence scientifique ?

En réalité, la démarche scientifique ne laisse que peu de place à la notion d’évidence; c’est ce qui fait sa plus grande force, mais c’est aussi sa faiblesse. Alors qu’un argument basé sur une croyance ne supporte aucune contradiction (comment contredire un créationniste, qui postule qu’il a raison a priori ?), un argument scientifique est par nature contestable, et toute démarche scientifique doit l’être. Et même lorsqu’une série de faits semble parfaitement avérée, un fait nouveau peut survenir qui va profondément modifier la donne et bousculer ce qui apparaissait jusqu’alors constituer une certitude. C’est particulièrement vrai dans le cadre de l’étude de systèmes très complexes, où les modèles mathématiques sont par nécessité incomplets et contiennent des lacunes où la contestation a beau jeu de s’insinuer. Et si l’on parle de systèmes complexes, quoi de plus difficile à appréhender que la climatologie d’une planète comme la Terre ?

Il est donc licite qu’un scientifique éco sceptique mette en doute les causes humaines du dérèglement climatique, même si ses théories vont à l’encontre des affirmations de la plupart de ses collègues; et les arguments qu’il va présenter pour étayer ses théories devront être réfutés par ses adversaires, ce qui va renforcer finalement les arguments des climatologues et démentir ses allégations, ou au contraire infirmer gravement la théorie en vigueur défendue par les experts climatologues, conduisant ainsi à terme à une révision en profondeur du modèle. Ce genre de contestation scientifique est nécessaire aux progrès de la science : une science qui n’aurait pas de contestation s’apparenterait fort à une religion et de ce fait n’aurait plus droit à l’appellation de science, justement. Bon nombre de scientifiques éco sceptiques sont des chercheurs tout à fait honnêtes, qui doutent du bien-fondé des hypothèses sur lesquelles sont basés les modèles sur lesquels se fondent la grande majorité des climatologues actuels, dont les membres du GIEC. Mais la réciproque n’est à l’évidence pas vraie : il ne suffit pas de douter pour être un scientifique, et ce ne sont pas les distinctions prestigieuses qui valident une théorie, aussi commode soit-elle.

Quant aux personnages comme M. Yves Roucaute, ils font souvent montre d’un profil similaire : carrière riche de titres plus pompeux qu’efficaces qui leur confèrent une certaine respectabilité, âge qui implique un avenir plus orienté vers la retraite que vers la promotion professionnelle, compétences déclinantes… Ce genre de personnage ne risque plus grand-chose à endosser une cause douteuse, dans la mesure où cette implication lui assure une retraite dorée dans une villa de luxe au bord de la mer, le tout financé par un grand groupe pétrolier en échange de quelques ouvrages de désinformation. Désinformation sur le tabac, la pollution électromagnétique, la responsabilité des énergies fossiles dans le dérèglement climatique… Même combat, mêmes solutions.

Pour la destination de sa retraite dorée, je conseillerais bien à monsieur Roucaute The Pearl, à Doha (Qatar). Je crois avoir ouï dire qu’il y avait encore des disponibilités à l’adresse suivante (Je vous rassure, je ne parle pas arabe, mais Google, oui) :

En français, on pourrait traduire ça par « rue des Corps Rompus ». Il devrait y trouver des voisins francophones; peut-être M. Gianni Infantino ?

Qa-marre !

Il devient de plus en plus difficile d’échapper aux discussions sur le Mondial de football au Qatar, qui est programmé du 21 novembre au 18 décembre 2022. Ce ne serait pas vraiment tragique si tous les intervenants ne disaient et ne répétaient pas en substance la même chose, à savoir que ce championnat du monde de football ne devrait pas avoir lieu parce que :

  • Il n’y a pas de culture sportive au Qatar
  • Les dates sont aberrantes et perturbent les calendriers sportifs des pays participants
  • Il fait trop chaud, il faut climatiser les stades (!). En même temps, chez nous en novembre, il fait trop froid : profitons en pour supprimer les « fan zone« , ça fait toujours ça d’économisé dans le budget communal.
  • C’est un désastre écologique, les spectateurs devront en partie venir par avion pour voir les matchs parce qu’il n’y a pas d’hôtels (je me demande si c’est vraiment mieux en organisant ça en Russie ou aux Etats-Unis, d’ailleurs)
  • Les Droits de l’Homme ne sont pas respectés (Ca n’a pas empêché d’organiser des manifestations similaires en Chine, en Russie ou en Argentine à l’époque). Et les femmes sont discriminées, ainsi que les LGBTQ+. D’ailleurs, les supporters qui iront voir des matchs doivent s’attendre à une certaine surveillance… Et qu’en est-il des droits des supporters alcooliques dans un pays où la consommation d’alcool est prétendument prohibée, alors ? (En fait il semble qu’il y ait des autorisations spéciales pendant la manifestation; la religion la plus sévère peut s’assouplir quand il y a de l’argent en perspective).
  • La construction des stades et des hôtels s’est effectuée à l’aide de travailleurs sous-payés, dans des conditions proches de l’esclavage. Mais on nous assure que c’était pire avant…
  • Le Qatar a été choisi en raison de la corruption des dirigeants du football mondial, au détriment des Etats-Unis favoris (c’est vrai que l’amour-propre des States a dû en prendre un coup : battus par des Arabes musulmans…)

En j’en oublie certainement ! La seule chose dont ne parle que modérément, c’est le football dont on s’attendrait pourtant à ce qu’il constitue l’argument principal.

Il me semble, au vu de ce déluge de récriminations de toutes sortes, que la réaction la plus adéquate serait de supprimer les retransmissions télévisées, ce qui permettrait à nos télévisions nationales de réaliser une belle économie, et éventuellement de se servir de ces fonds pour améliorer la qualité des programmes. Accessoirement, cela ferait sans doute réfléchir les organisations internationales (la FIFA, pour l’essentiel, et son dirigeant pour le moins ambigu) : pas de retransmissions télévisées, pas de droits TV. Qui paiera les pots-de-vin ?

Autre avantage pour ceux qui souhaitent sanctionner le pays organisateur, la visibilité du Qatar serait nettement dégradée. Les stades climatisés construits à grands frais ne seraient plus visibles que par les autochtones et les visiteurs ayant fait le déplacement physique (et accessoirement par les travailleurs ayant construit les stades, mais là, je ne crois pas qu’ils soient invités aux matchs).

D’un autre côté, l’absurde démesure de la dépense pour un pays à peine grand comme la Corse serait peut-être moins évidente. Et puis, il y a les supporters qui se sentiraient frustrés de ne pas pouvoir encourager leurs favoris une canette à la main, vautrés sur le canapé du salon devant la TV super grand écran acquise pour l’occasion, Corollairement, il y aurait les fabricants de ces grands écrans qui verraient leur chiffre d’affaires diminuer. Sans parler de beaucoup d’autres acteurs bénéficiaires de la chaîne…

En fait, cette situation montre s’il le fallait encore à quel point le sport moderne s’est éloigné de la notion de sport telle qu’elle était envisagée à une époque pas si lointaine. L’important c’est de participer ? La belle foutaise, désormais ! On a plutôt envie de dire que l’important serait justement de ne pas participer, pour éviter de se rendre complice en trempant dans ce macrocosme bourré de fric, de magouilles et de mafieux qu’est devenu le sport international.

Vieux ? moi ?

Voici quelques jours, je sortais d’un marché avec mes emplettes à la main, quand un adepte de trottinette circulant à bonne allure sur le trottoir, malgré la fréquentation faillit percuter une dame proche de moi. Dans son mouvement d’évitement un peu désespéré, il faillit me percuter moi aussi, ce qui entraîna une remarque agacée de ma part, genre « Ca va pas, non ? », ou quelque chose de similaire. Cette remarque eut pour résultat de la part du jeune chauffard la phrase « Pousses ton cul, vieux con ! » lancée par-dessus son épaule. Il esquissa même un doigt d’honneur, mais faillit perdre le contrôle de son deux-roues en lâchant le guidon, le rebord du trottoir le forçant à utiliser ses deux mains pour le contrôle de son engin. Inutile de dire qu’il continua ensuite son chemin, et je n’ai pas eu de nouvelles de cette personne, ce qui me convient parfaitement.

La vulgarité de la phrase de ce pré-adolescent ferait penser à un jeune pithécanthrope éduqué par un couple de phacochères asociaux, si un président de la République Française n’avait, en son temps utilisé une expression similaire à l’égard de l’un de ses administrés. Mais bon, je ne connais pas non plus les personnes qui se sont chargées de l’éducation de M. Nicolas Sarkozy. Peut-être suis-je injuste envers les phacochères ? Et puis, on est toujours le con de quelqu’un (Pierre Perret), si bien que cette épithète n’a plus grand-chose de vexatoire, en réalité. Je dirais même qu’il peut être jubilatoire et gratifiant d’être traité de con par certains ; en ce qui me concerne, si je me faisais traiter de con par M. Trump, je me dirais que je ne peux pas être complètement déraisonnable. Je dis Trump, mais il y a de nombreux autres exemples.

« Vieux » ? Voilà un qualificatif qui m’interpelle davantage. Probablement parce que le fait de mettre un « 7 » à la place des dizaines dans le nombre d’années qui représente mon âge m’a déjà rendu sensible au temps qui passe ? Quand est-on « vieux » ? C’est vrai que ma dégaine n’est plus vraiment d’actualité : Blue-jean même pas troué, polo presque propre et pull de coton jeté sur l’épaule, cheveux blancs se raréfiant avec un look de baba cool des années 80 et une silhouette qui tend à s’empâter sous l’effet conjugué des bons petits plats préparés par ma chère épouse, du rosé généreux élevé par mes amis vignerons, et d’un exercice physique pas toujours optimal… Et au fil des années, je me suis mis à préférer nettement l’épicurisme au stakhanovisme, et le rock des années 80 au rap du 21ème siècle. Le résultat doit faire un peu ringard, je suppose. Voire carrément «has been».

Malgré cela, je ne me sens pas vieux. Même si je recompte mes petites pilules le matin au petit déjeuner, même si je préfère lors des randonnées parcourir les montées à la descente, même si mon corps est maintenu en état de fonctionnement par un petit bidule implanté sous mes muscles (enfin, ce qu’il en reste), je n’ai pas l’impression d’être trop décrépit. Je ne me reconnais pas dans les vers de Jacques Brel qui a écrit une chanson particulièrement sombre sur le sujet, si les paroles ne vous font pas peur… Alors, mon jeune pithécanthrope à la trottinette peut me traiter de vieux con à sa guise, cela ne me traumatise pas exagérément; quant à lui, s’il n’est provisoirement qu’un jeune con, il risque, sauf à évoluer radicalement, de devenir assez rapidement un sale con, puis un gros con, un pauvre con et au bout de la route, un vieux con lui aussi.

D’ailleurs, avec l’âge viennent l’expérience et la sagesse (enfin, pas chez tout le monde, mais on l’admet généralement); dans de nombreuses civilisations (asiatiques et amérindiennes, par exemple), les Anciens étaient les conseillers respectés des jeunes et vigoureux chefs à qui ils apportaient cette expérience faisant défaut aux guerriers. Dans nombre de civilisations modernes, cette coutume a perduré, parfois à l’excès, avec l’élection ou le maintien de dirigeants cacochymes ou carrément séniles, comme récemment en Algérie, avec M. Abdelaziz Bouteflika, qui a passé les dernières années de son mandat gouvernemental dans son fauteuil roulant, grabataire suite à un accident vasculaire cérébral.

Pour ceux de nos dirigeants qui se targuent de leur âge pour mettre en avant leur expérience et une potentielle sagesse afin de se faire élire aux plus hautes responsabilités, qu’ils se méfient : un âge avancé est effectivement réputé pour être le domaine privilégié de l’expérience et de la sagesse; mais c’est aussi l’antichambre de la sénescence, et le marchepied vers la sénilité.

Il en va bien sûr de même pour moi; mais je n’ai ni les pouvoirs, ni les responsabilités de certains dirigeants; si, du fait d’une pathologie, de l’âge ou par simple distraction, je me trompe de bouton, c’est la lumière de la salle de bains qui s’allume au lieu de celle de la cuisine, alors que… Au fait, Vladimir, mon presque contemporain : ce diagnostic de démence sénile précoce aggravée, c’en est où ?

Barre à tribord !

Giorgia Meloni en Italie, Jimmie Åkesson en Suède se sont récemment invités dans une liste beaucoup trop longue de démocraties occidentales dirigées ou fortement influencées par un parti d’extrême droite.

Les clivages politiques deviennent de plus en plus nombreux; Bolsonaro s’avère plus résilient que ce que prévoyaient les sondages au Brésil; Donald Trump aux Etats-Unis rêve de réitérer son élection de 2016, mais cette fois sans le soutien de Cambridge Analytica. Marine le Pen a réalisé un score de plus de 40% au deuxième tour de la présidentielle de 2022, alors que afD obtient des pourcentages intéressants en Allemagne. Le FpÖ de Jörg Haider a pour sa part déjà gouverné l’Autriche, et on oublie les cas hongrois ou autres pour ne pas allonger une liste déjà nauséeuse par sa longueur.

La question est régulièrement posée : d’où provient cet engouement pour l’extrême droite, pourtant réputée sulfureuse depuis les années 1930 et la guerre qui s’en est ensuivi ? Parallèlement, on constate un effondrement des partis politiques traditionnels de droite et de gauche; lassitude des électeurs vis-à-vis de politiciens qui s’avèrent incapables d’ajuster leur discours à une réalité plus complexe que la simple lutte des classes ? Incompréhension des citoyens à qui l’on promet une vie meilleure, mais qui voient les taxes augmenter, l’énergie se raréfier, leurs conditions de travail se péjorer et le confort matériel se dégrader ? En Suisse, pour ne citer que cet exemple, les assurances maladie augmentent de près de 10% localement, le coût de l’énergie (pour autant qu’il y en ait encore suffisamment) devient prohibitif, les femmes devront travailler jusqu’à 65 ans (pour autant qu’elles trouvent encore de l’emploi), et l’accès à la propriété est devenu pour beaucoup illusoire.

Face à ces dégradations des conditions vitales, les populistes de tout poil ont beau jeu de dire « le pouvoir a failli, nous pouvons mieux faire, c’est de la faute des autres (surtout s’ils sont étrangers)« . Ils ne proposent rien de nouveau, leur discours est négatif et délétère, mais il correspond au sentiment de frustration présent dans de nombreuses couches de la population, à qui le modèle de société actuel ne semble laisser que peu de perspectives. Ces mouvements d’opposition sont par ailleurs souvent largement financés par des intérêts extérieurs (en l’occurrence, Moscou, mais il y en a certainement d’autres du côté du Golfe) ou des milliardaires locaux (Donald Trump, voire Reblochon en Suisse) qui estiment qu’un gouvernement plus fort et plus conservateur servirait davantage leurs intérêts… America First ! (and Donald Trump is the First American !).

Que faut-il encore pour que les partis politiques traditionnels (Verts compris) s’asseyent enfin ensemble autour d’une table pour proposer un modèle de société cohérent, démocratique et crédible ? Un modèle qui tiendrait mieux compte de la globalisation et des réalités européennes sans laisser de côté le citoyen qui se reconnaît mal dans un modèle géopolitique global ?

En France, certaines tentatives dans ce sens ont été faites; par François Bayrou et son mouvement démocrate (MoDem); il y avait eu auparavant le Centre des démocrates sociaux (CDS), Force démocrate (FD), l’Union pour la démocratie française (UDF), tous présidés par Bayrou, et toujours dans un esprit centriste et se voulant rassembleur; mais le candidat Bayrou (sans doute un peu trop professoral dans son attitude) n’a pas pu faire mieux que quatrième lors de l’élection de 2002, celle-là même qui avait vu Jean-Marie le Pen arriver en deuxième place devant le socialiste Lionel Jospin et derrière Jacques Chirac. Plus tard, Emmanuel Macron a fait beaucoup mieux avec son mouvement En Marche!, puisqu’il a gagné l’élection de 2017, favorisé il est vrai par l’effondrement cataclysmique des Socialistes, par l’affaire Fillon qui discrédita durablement le candidat républicain et le mouvement politique auquel il appartenait, et par la piètre prestation de Marine le Pen lors du débat contradictoire entre les deux candidats du deuxième tour. Mais le président Emmanuel Premier va se prendre les pieds dans le tapis à plusieurs reprises, trébuchant sur les crocs-en-jambe tendus par les gilets jaunes, la pandémie du coronavirus et Vladimir Poutine, entre autres. Surtout, Emmanuel Premier ne remet pas en question le fonctionnement de la Cinquième République, à l’origine (1958) fait par Charles de Gaulle pour Charles de Gaulle. Il estime son rôle de président monarchique fort commode et somme toute très gratifiant, secondé qu’il est par un Premier Ministre pouvant faire office de fusible en cas de surtensions (sociales) et pouvant aussi jouer le rôle de successeur le cas échéant. On en oublierait presque de prendre les avis d’autres personnes, tellement on est bien, là-haut, dans cette tour d’ivoire…

L’un de ses principaux rivaux, Jean-Cul Méchenlon, président de « la France Insoumise » avait proposé en son temps de former une Constituante pour changer le système; proposition pour le moins intéressante; on peut toutefois douter de la sincérité du bonhomme, celui-là même qui clamait « La République, c’est Moi » devant les policiers venus perquisitionner chez lui. Eh non, monsieur Méchenlon, le mot « République » est d’origine latine, res publica, qui signifie chose publique. Ce n’est donc pas vous, mais tout le monde (y compris votre interlocuteur agent des Forces de l’Ordre); mais on admettra que l’énervement ait pu vous faire dire des bêtises; bon, il ne faudrait pas que cela devienne une habitude, surtout quand vous citez votre ami Vladimir, n’est-ce pas ?

Il n’y a pas que Méchenlon qui soutienne à demi-mot le dictateur russe, d’ailleurs; son adversaire farouche, Marine Le Pen, a même un découvert dans une banque russe ! En Suisse (où la politique de la proportionnalité est une institution), certains ne s’interdisent pas non plus une vision -disons compréhensive- des agissements du tsar Vladimir; Roger Köppel, dans la Weltwoche (dont il est rédacteur en chef), parle d’ailleurs explicitement de compréhension dans ses articles concernant le président russe. Il est vrai que cet illustre journaliste est aussi un fer de lance de l’UDC, dont la frange la plus à droite reste l’instrument de guerre du bientôt cacochyme Reblochon.

Ce sont des indices qui ne laissent pas que d’inquiéter : les partis extrémistes essaient de remplacer les démocraties occidentales par des régimes qui leur paraissent plus commodes, mieux à même de satisfaire leur appétit de pouvoir et de biens matériels. Leur discours simpliste et direct plaît davantage aux électeurs que les argumentations alambiquées de la droite et de la gauche traditionnelles (d’ailleurs souvent contradictoires et par conséquent peu claires), qui restent souvent sans effet, ou se neutralisent mutuellement (bien évidemment, les argumentations de l’extrême droite ne mènent nulle part non plus, mais comme ils ne font que démolir les autres, c’est moins préoccupant). Quand un parti propose un projet, quel qu’il soit, il a ainsi très peu de chances de s’imposer rapidement, puisque les autres partis vont s’y opposer, souvent par principe

Le président de l’Union Syndicale Suisse Pierre-Yves Maillard a ainsi récemment aidé l’extrême droite suisse à torpiller un projet de coopération européenne, apparemment pour sauver des salaires qu’il eût probablement été possible de protéger différemment. Le torpillage du projet, en revanche, va coûter des sommes considérables à un grand nombre d’étudiants et de chercheurs, ceux-là même qui devront assurer la masse salariale à moyen et long terme en construisant les outils de production des années à venir. La Suisse s’éloigne de l’Union Européenne, ce qui correspond bien au credo de l’UDC. Décevant, de la part d’une personne par ailleurs brillante.

La crise énergétique actuelle est emblématique : plutôt que de se poser de véritables questions sur l’avenir énergétique de la Suisse et de l’Europe, on parle de réinjecter des millions dans des centrales nucléaires menacées d’obsolescence, au lieu de financer des projets plus susceptibles de durabilité; le PLR, en Suisse, prend fidèlement le parti de la frange la plus à droite de l’UDC, au lieu d’essayer de proposer quelque chose de plus novateur, comme à l’époque (1848) où ce même PLR avait construit la Suisse que nous connaissons. C’est bien loin tout ça !

Les démocraties occidentales doivent absolument se réinventer, sous peine de disparaître. Les partis qui ont construit ces démocraties doivent imaginer un nouveau modèle socio-économique, sous peine de voir les oppositions extrémistes les remplacer, et mettre le dialogue démocratique sous la sourdine d’autocraties ou d’oligarchies qui auront de plus la légitimité d’une élection ayant toutes les apparences démocratiques voulues. Comme celle de Trump en 2016, fortement influencée par Cambridge Analytica. Comme celle du chancelier de la République de Weimar en janvier 1933, mais vous vous souvenez certainement encore de lui : son prénom était Adolf…

Les salauds vont-ils en enfer ?

Les dictateurs et les ploutocrates en tous genres ont toujours été nombreux, mais ces dernières années, ils semblent avoir gagné en puissance et en présence, au moins médiatique. Ceci tend à poser une fois de plus la question de savoir s’il y a une punition pour les actes criminels de ces dirigeants. On emprisonne, avec raison me semble-t-il, à perpétuité (incompressible) Salah Abdeslam pour sa participation aux attentats du 13 novembre 2015 (dits du Bataclan) qui ont fait 130 morts en région parisienne. Mais les dictateurs qui se rendent responsables ou à tout le moins complices de dizaines ou de centaines de milliers de morts risquent ils une punition similaire ? Peu probable: on voit mal Bachar al-Assad ou Xi Jinping comparaître devant un tribunal, sauf changement radical (le terme est probablement mal choisi dans le contexte politique suisse) de régime gouvernemental dans leurs pays respectifs.

La dichotomie évidente entre la justice appliquée aux simples citoyens que nous sommes et celle appliquée aux dirigeants de tout poil interpelle. « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » écrivait déjà La Fontaine au dix-septième siècle, dans les Animaux malades de la Peste.

La Justice est une institution dont l’invention se perd dans la nuit des temps; en principe, son but était de régler les litiges entre citoyens de manière aussi équitable que possible, et sans les motivations passionnelles que peut inspirer la notion de vengeance ou de haine. Souvent exercée par l’autorité en place (le Roi Salomon dans son palais, ou Saint Louis sous son chêne), on peut légitimement douter de l’impartialité des condamnations prononcées par des potentats souvent juge et partie. La Grèce antique avait fait mieux en instaurant l’Héliée, sorte de tribunal du peuple qui siégeait sur l’agora d’Athènes. La république romaine disposait de structures similaires, mais mieux hiérarchisées. Mais toutes les structures que l’on peut imaginer restent contrôlées par des humains faillibles et corruptibles, avec leur opinions et leur propre notion de ce qui est « juste ». Il n’est que de voir les dérives rétrogrades actuelles de la Cour Suprême des Etats-Unis pour s’en persuader, encore que certains politiciens suisses qualifieraient ces décisions différemment.

Dans le cas de dirigeants politiques, il peut être très compliqué d’amener un dictateur devant un tribunal, aussi impartial soit ce dernier. Si le procès de Nuremberg a pu condamner nombre de hauts dirigeants du IIIème Reich (un procès dirigé par les vainqueurs de la guerre, donc pas vraiment impartial), que Saddam Hussein a été jugé et condamné, et que Ratko Mladic, le boucher des Balkans a pu être jugé par le tribunal pénal international, combien de dictateurs sanguinaires ont évité la justice, soit par leur mort (souvent violente, comme pour Hitler, Kadhafi ou Ceaucescu), soit par leur disparition des radars (par exemple ceux qui ont échappé au procès de Nuremberg à l’époque) ? Et même pour les condamnés de Nuremberg, la peine prononcée (fût-ce la mort) peut-elle être proportionnée à l’enfer vécu par les prisonniers de Bergen-Belsen, d’Auschwitz ou de Dachau ? Et que dire des Staline (peut-être empoisonné ) ou Mao (probablement responsable de plus de morts que la Seconde Guerre Mondiale) et tant d’autres, jamais jugé, et parfois vénérés en dépit de leurs crimes contre l’humanité ?

Espérer voir Poutine en personne devant un tribunal risque de s’avérer très compliqué… D’autant que de la part du dictateur russe, le pire risque d’être encore à venir, comme il le dit lui-même ! Bon, ceci dit, il est vrai que Poutine dit tellement de mensonges qu’il devient difficile de le prendre au sérieux.

Il y a donc probablement peu de chances que nos grands méchants actuels finissent un jour devant un tribunal et n’aient à répondre de leurs crimes, n’en déplaise à Madame del Ponte. Pas de justice pour les grands criminels; ou en tous cas moins que pour les plus modestes criminels de droit commun que nous connaissons. Les Poutine et autres ont de bonnes chances de finir leurs jours bronzés sur la terrasse de leur datcha. Tant pis pour le justice des hommes…

Bien sûr, il y a la Justice de Dieu, dans la mesure où l’on y croit, bien sûr.

Les religions ont de tous temps fondé leur « enseignement » sur l’existence d’un lieu infiniment bienheureux et d’un autre infiniment maléfique (le paradis et l’enfer) ou les bons et les mauvais seront dispatchés à leur décès, selon leurs mérites ou leurs péchés (et selon ce que l’on considère comme mérite ou péché, bien sûr !). Ceci a permis de maintenir une partie significative de la population en quasi esclavage dans l’espoir d’une « existence » meilleure après la mort, sous réserve de bonne conduite, définie par un dogme arbitraire,. De plus, le petit peuple maintenu dans l’ignorance ne se posait pas trop la question de savoir à quoi pouvait bien ressembler une existence éternelle bienheureuse, du moment que c’était « mieux » que ce que l’on leur faisait subir. Les Musulmans avaient bien imaginé un « paradis d’Allah » où l’on promet 72 vierges aux combattants du djihad (au fait, comment une femme peut-elle se proclamer musulmane dans ces conditions ?). Les djihadistes ont exploité ce filon en promettant le paradis d’Allah à ceux qui s’engageaient dans les troupes combattantes de l’Etat Islamique. Soit dit entre parenthèses, l’éternité, ça doit être long, et 72 devient un nombre assez modeste du coup, surtout si on tient compte cyniquement du fait qu’une vierge ne peut « servir » qu’une fois. Ceux qui se sont laissé tenter par cette promesse ne sont pas très malins de s’être laissé ainsi berner, en fait. Tant qu’à jouer dans la muflerie la plus sordide, autant le faire jusqu’au bout !

Inversement, les mauvais, les mécréants, les méchants allaient éternellement griller dans les tourments éternels des flammes de l’enfer. On devrait pouvoir en conclure que Poutine ira griller en enfer. Avec Xi, Loukachenko, Erdogan, et tant d’autres… Encore que le patriarche orthodoxe de Moscou et de toutes les Russies Kirill (habitué de la Suisse, d’ailleurs !) verrait plutôt Poutine au paradis avec tout plein de roubles à disposition, lui qui, milliardaire, ne cesse d’encenser le dictateur pour son invasion de l’Ukraine, au nom de Dieu et de toutes les Russies. Quand le patriarche dépositaire de la Foi Chrétienne est lui-même un oligarque corrompu…

Ce matin, le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine a prononcé un discours martial dans lequel il décrète une mobilisation partielle, sous prétexte que la Sainte Russie est en danger, menacée de destruction par les puissances occidentales. Il essaie ainsi d’arrêter l’avancée des troupes ukrainiennes, mais il justifie aussi implicitement le recours à toute arme qu’il jugera bon d’engager pour la sauvegarde du pays. Au vu de l’arsenal (certes vieillissant, mais tout de même) nucléaire dont dispose l’ex-URSS, on peut se faire quelque souci…

Les salauds ne vont pas en Enfer. En tous cas pas dans cette existence. Après…

Pénuries !

Il y a quelques jours, j’étais allongé sur une chaise, la tête au-dessous du niveau des pieds, et deux personnes tentaient par tous les moyens d’insérer divers outils dans mon orifice buccal en vue de m’administrer des soins dentaires. Une fraise de dentiste, à qui je n’avais pourtant rien fait de mal, s’ingéniait à creuser dans mon maxillaire supérieur avec des effets rien moins qu’agréables pour votre serviteur. C’est à ce moment que je me suis demandé ce qui se passerait si un génie malfaisant (ou exagérément facétieux, c’est selon) coupait l’alimentation en électricité du cabinet dentaire.

Contrairement aux blocs chirurgicaux hospitaliers, les sites de soins dentaires sont peu protégés contre des interruptions d’alimentation, car souvent situés dans des appartements réaménagés à cet effet. Une coupure de l’alimentation interrompt donc instantanément le fonctionnement de tous les outils du cabinet dentaire, ce qui eût laissé le patient (moi-même en l’occurrence) littéralement bouche bée. Il y a de nombreuses autres circonstances qui pourraient s’avérer cocasses, ou critiques selon les cas. Comment cela se passe-t-il dans un ascenseur, par exemple ? Qu’en est-il du nombre de plus en plus élevé de transactions en ligne (bancaires, commerciales, de téléachat) qui se trouvent interrompues dans un état pas trop déterminé, même si l’on utilise un ordinateur portable muni d’une batterie : le routeur d’accès est rarement protégé, lui. Et ne comptons pas trop sur nos chers et indispensables intelliphones : le réseau 4G ou 5G ne résiste pas très longtemps à une panne de courant. Les opérateurs parlent d’une heure d’autonomie pour les antennes, je peux imaginer qu’après la moitié de ce temps surgissent les premières défaillances. On ne fera que mentionner les feux tricolores de circulation souvent commandés par un système de régulation informatique complexe depuis une centrale truffée d’ordinateurs et d’écrans de visualisation du plus bel effet…

Cette problématique a toujours été présente ; mais on avait fini par la cacher sous le tapis. Fin juin 2022, le conseiller fédéral Guy Parmelin demandait aux Suisses de se préparer à baisser le chauffage en raison de pénuries prévisibles de gaz à partir de l’hiver prochain. Les citoyens suisses, confiants dans la sagesse de leur gouvernement, l’ont cru; mais comme les Suisses sont apparemment aussi assez frileux, ils ont pris proactivement d’autres mesures pour se préparer à l’hiver : ils ont fait l’acquisition massive de radiateurs électriques. Et dans le même temps, les autorités mettaient en garde la population contre les canicules à venir, ce qui a incité les gens à l’acquisition de climatiseurs bon marché et puissamment énergivores.

Le petit problème, c’est que les distributeurs d’électricité se font aussi du souci pour l’approvisionnement en énergie électrique cet hiver. L’annonce du conseiller fédéral Parmelin est un véritable appel à la surconsommation électrique, et donc au black-out que l’on voulait en principe éviter. On ne peut s’empêcher de penser que le gouvernement a un peu perdu la maîtrise du sujet, si tant est qu’il n’ait jamais possédé cette maîtrise d’ailleurs. Il n’est que de se souvenir du discours de madame Leuthard sur l’abandon des centrales nucléaires qui fut certes applaudi dans le contexte de Fukushima, mais qu’aucune mesure de remplacement ne vint compléter. Concrètement, on a décidé de supprimer plus de 30% des sources d’approvisionnement en énergie électrique du pays sans se donner la peine de réfléchir à ce qui allait remplacer ce déficit. Quelque part, l’inconscient collectif a imaginé que l’on pourrait acquérir l’énergie auprès de la France voisine, qui n’a pas encore jeté ses centrales nucléaires au rebut et ne s’apprête pas à le faire ; mauvaise pioche (indépendamment du caractère cynique de la réflexion) , car pas mal de centrales nucléaires de nos voisins sont en révision technique, actuellement.

Je sais, je me répète (l’âge, sans doute…), mais « Gouverner, c’est prévoir… » (Emile de Girardin). Mais pour un politicien, gouverner, c’est avant tout parler; pour agir, on verra plus tard, éventuellement après les élections; ou après la législature en cours; peut-être que le successeur aura le bon goût de s’en occuper, ou n’aura pas le choix de ne pas s’en occuper. Dans l’immédiat, il suffit de parler, occuper la scène oratoire et les médias par un discours qui sera jugé adéquat par la majorité électrice soucieuse de son confort.

De nombreuses personnalités de tous bords ont développé sur ce sujet une pathologie bien connue, mais assez mal documentée : l’incontinence verbale, plus difficile à contenir que l’incontinence urinaire, car une couche-culotte plus ou moins discrète ne suffit pas. Elle se manifeste par une logorrhée surabondante, et souvent assez nauséabonde et dépourvue d’intérêt pratique. Dans le domaine qui nous intéresse, il s’agit de marteler au consommateur le message selon lequel il consomme trop (de gaz, d’eau, d’électricité, d’essence, de viande, de fuel, d’air respirable, d’espace) et de lui donner de bons (?) conseils pour économiser. Ce n’est pas propre à la Suisse d’ailleurs ! Pour illustrer le discours, on va proposer des mesures cosmétiques, histoire de laisser à penser que l’on « fait quelque chose ». On va encourager les gens à installer des pompes à chaleur, alors que tout le monde est en rupture de stock; on va proposer l’installation de panneaux solaires, alors qu’ils ne sont pas livrables, ou respectivement que l’on ne peut les raccorder au réseau faute d’onduleurs.

Dans le domaine des mesures cosmétiques peu efficaces, nos voisins de France ne sont pas beaucoup plus inspirés ; le gouvernement français lutte contre le renchérissement du prix des carburants en finançant l’essence sur les deniers publics : une politique qui favorise les véhicules à grosse consommation (qui récupèrent proportionnellement plus de financement de l’Etat), et accessoirement les frontaliers genevois qui vont faire le plein en France voisine. On conseille aux gens de prendre les transports publics, on veut favoriser la mobilité douce, mais on n’a guère de scrupules à importer des véhicules affichant une puissance absurde et capables de vitesses délirantes, totalement inadéquates sur une route ouverte.

Selon diverses sources, Internet serait le plus gros pollueur de la planète (ou est en passe de le devenir). Bien sûr, ce n’est pas Internet par lui-même qui est pollueur, c’est les applications que l’on développe sur l’infrastructure; mais beaucoup tendent à confondre les deux aspects. Un courriel ne consomme pas grand-chose; un million de messages réclament déjà un peu plus d’énergie. Mais quand on sait que 70 à 80% de ces messages sont des messages non sollicités (pourriels, spams), on se demande pourquoi personne ne fait rien pour les bloquer à la source ! On se contente de les bloquer à l’arrivée, lorsqu’ils ont déjà consommé des ressources; et il n’y a même pas de législation envisagée pour limiter le phénomène, alors même que ces pourriels convoient également la quasi totalité des arnaques sur Internet.

Les principaux responsables de la surconsommation d’Internet seraient le streaming et les data center. On oublie peut-être un peu facilement les cryptomonnaies, qui représentent un poids considérable dans la consommation des infrastructures Internet; mais quelqu’un parle-t-il de réglementer la diffusion de « House of the Dragon » ? Des « Anneaux de Pouvoir » ? Pas si bête, cela rapporte bien trop d’argent…

Il y aura probablement des pénuries, certaines aboutiront peut-être à des situations cocasses ou tragiques. Mais ce sera votre faute, vous autres qui consommez trop et ne posez pas de couvercle sur la casserole pour chauffer l’eau; ce ne sera pas la faute des responsables politiques qui n’ont rien entrepris à l’époque pour favoriser une transition en douceur, alors même que le contexte géopolitique était favorable. Alors que maintenant, en situation de guerre en Europe, le problème est forcément d’un abord plus délicat…

Nice Nancy

Je ne connais pas personnellement madame Nancy Pelosi; mais c’est une dame que je serais très honoré de connaître, et avec laquelle je serais passionné d’échanger diverses idées. Imaginez qu’à 82 ans, vous soyez capable, par votre seule présence, de faire peur au Parti Communiste chinois, présidé (?) par monsieur Xi Jinping. A tel point que, pour se rassurer (et calmer ses faucons guerriers, et aussi les vrais plus nombreux), M. Xi se sente obligé de sortir la toute grosse artillerie, le stade juste avant les ogives nucléaires. Si je suis capable de faire ce qu’a fait Mme Pelosi par sa seule présence, dans dix ans, alors je serai fier. Très. La mauvaise nouvelle, c’est que cela ne m’arrivera pas, et cela consolide mon admiration inconditionnelle pour madame Pelosi. J’avais déjà admiré, sans conditions, son geste spectaculaire à l’endroit du président en exercice Donald Trump. Mais à Taiwan, elle a fait fort, très fort. Une magnifique mise en évidence de l’absurdité d’un gouvernement comme la Chine, dépendant inexorablement d’un sans-faute permanent (réel ou imposé par la force) de ses dirigeants pour assurer un semblant de crédibilité, quitte à défendre une politique comme le zéro-COVID vouée à l’échec et abondamment confirmée comme telle. Une peur du ridicule poussée à l’obsession, et propre à justifier tous les excès d’un gouvernement qui n’a d’autre légitimité que celle qu’il se confère lui-même… On ne souhaite pas longue vie à une personne de plus de 80 ans; mais j’aimerais bien la remercier et lui dire que lorsqu’elle nous quittera définitivement, aussi tard que possible, elle laissera beaucoup de regrets et de vide; peut-être pas chez tout un chacun, mais bon… Personne ne plaît à tout le monde.

Madame Pelosi est une personne qui n’hésite pas à donner son opinion, que ce soit pour fustiger les mensonges de son propre président, ou pour dénoncer les visées impérialistes chinoises, qui considèrent Taïwan comme partie de la Chine alors même que historiquement, elle n’a jamais fait partie de l’Empire du Milieu. C’est une distorsion de l’histoire courante chez certains dirigeants, à l’instar de Poutine qui considère l’Ukraine comme partie de la Russie; encore que dans ce cas précis, il a peut-être moins tort que son homologue chinois, puisque l’Ukraine a effectivement fait partie de la défunte URSS.

Nancy Pelosi est gênante pour tous ceux qui refusent de se mouiller, comme certains patriotes suisses (souvent milliardaires) qui craignent pour la neutralité de la Suisse après sa prise de position contre l’attaque de l’Ukraine et les sanctions appliquées. L’un des plus connus d’entre eux est en train de concocter une initiative qui sera vraisemblablement soumise au vaillant peuple helvétique dans quelque temps. L’essentiel du texte consiste à marteler qu’il ne faut rien dire, rien faire, quoi qu’il arrive, sauf s’il y a unanimité des Nations Unies. Apparemment, la formule « Qui ne dit mot consent » n’a pas de signification pour certains ténors (riches, un peu cacochymes il est vrai) du plus grand parti de Suisse. Ses fidèles lieutenants (qu’ils soient de Genève ou de Zürich) le soutiennent activement, eux qui ont leurs entrées dans les partis d‘extrême droite des pays voisins. Ces mêmes partis qui sympathisent parfois ouvertement avec les dictateurs ou les autocrates de tout poil, ceux-là même que madame Pelosi dénonce.

Il faut dire que pour une certaine catégorie de gens, la neutralité inerte et passive qu’ils souhaitent maintenir a fait ses preuves : combien de fortunes ont vu le jour et persistent grâce à la neutralité suisse lors du second conflit mondial ? Quelles bonnes affaires ont pu être faites à l’époque, lorsque l’on pouvait profiter du commerce de guerre avec l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler en détournant impudiquement les yeux des exactions pourtant bien connues de nombreux dirigeants ! Il serait vraisemblablement intéressant pour ces milliardaires (et leurs supporters fidèles) de pouvoir à nouveau, à la faveur de l’agression de l’Ukraine par la Russie, profiter des roubles des oligarques chassés par le reste de la communauté européenne ! Etonnamment, ces personnes sont les premières à s’insurger quand un politicien étranger épingle la Suisse parce qu’elle bénéficie des services de l’Europe et de l’OTAN sans en faire partie, et sans y contribuer, ou si peu. Comment ces gens peuvent ils encore s’étonner du fait que la Suisse soit désormais tenue à l’écart d’un nombre grandissant de projets européens, en particulier dans le domaine de l’enseignement et de la recherche ? Cet isolement est d’ailleurs assez préoccupant, en ces temps de pénuries; à l’époque, on avait tablé sur les importations en provenance de l’Europe; mais cela pourrait s’avérer assez difficile, pour un tas de raisons, parmi lesquelles le vieillissement des centrales nucléaires françaises, mais aussi l’absence d’accord-cadre entre la Suisse et l’Union Européenne..

La neutralité ne devrait en aucun cas brider les opinions, publiquement et politiquement assumées, et au besoin assorties de sanctions. La liberté d’expression existe aussi au niveau des Etats; enfin, il me semble que cela devrait être le cas. Sinon, autant déménager en Chine ou dans l’Amérique dont rêvent Trump et son parti républicain.

Saas Fee, clair/obscur

Cela fait bientôt soixante ans que je visite à intervalles plus ou moins réguliers la vallée de Saas au-dessus de Viège, en Haut-Valais. Cette vallée latérale à la vallée du Rhône abrite la célébrissime station de Zermatt dans l’affluent occidental, et les stations de Saas Grund, Saas Almagell et Saas Fee (« le rocher des Fées« ) dans l’affluent oriental de la vallée.

Saas Fee se voulait autrefois rivale de sa voisine Zermatt; mais des investissements pas toujours judicieux, ainsi qu’une concurrence malsaine entre les stations de la vallée ont failli causer la perte de la station qui s’est trouvée proche d’un dépôt de bilan à une certaine époque. Le recours à des prix cassés (actuellement, la station est membre actif du groupe « Magic Pass« ) a permis de retrouver une clientèle nombreuse, mais peut-être plus populaire que le profil du touriste ciblé il y a une ou deux décennies.

J’ai fait deux courts séjours à Saas Fee cette année (2022), en fin mars et au début de juillet; dans les deux cas, cette station se révèle caractéristique des effets du réchauffement climatique. Je n’avais plus skié sur les pistes du glacier de Fee depuis plus de dix ans, je pense. J’ai été surpris par l’aspect du sommet emblématique de la station, l’Allalinhorn (4027m) qui est normalement complètement enneigé au début du printemps, mais qui présentait de nombreuses zones grises dénotant la glace vive apparente; un aspect qu’on lui connaît habituellement au mois d’août; pour ne rien dire des nombreux rochers apparents en bordure de glacier, à plus de 3000 mètres d’altitude…

Allalinhorn, fin mars 2022

Nous nous sommes étonnés des travaux de terrassement dans la glace, le long des téléskis sur le glacier. Bien qu’ayant souvent skié sur le glacier, sur piste et hors-piste, je n’avais jamais constaté ce genre de travaux les fois précédentes (il est vrai que cela commence à dater !). On nous avait expliqué que le glacier avançait de plus en plus vite, et qu’il était nécessaire de creuser la glace pour éviter que le téléski ne soit mis en danger; il fallait aussi régulièrement réaligner les pylônes du téléski en raison de l’avance rapide de la glace. Les conditions de neige étaient bonnes (neige dure et accrocheuse) et nous avons pris du plaisir à skier. Un plaisir souligné par un excellent accueil à l’hôtel, mais terni par quelques expériences de restauration médiocres, comme à la Schäferstube, un endroit magnifique, mais où il est préférable de se contenter du cadre, ou le restaurant d’altitude Morenia que l’on voudrait bien éviter (et que l’on devrait éviter), mais il n’y a pas grand-chose d’autre à disposition pour s’asseoir un moment ! Dans ce dernier cas, l’accueil et le contenu de l’assiette sont proprement consternants. Par souci d’équité, j’ajouterai que le restaurant situé de l’autre côté du glacier, à la Längfluh, est à peine moins décevant…

Au début juillet de la même année, on est immédiatement frappé par les quantités impressionnantes d’eau qui dévalent depuis le glacier sur les rochers à nu en direction de la vallée. Le glacier qui parvenait -il n’y a pas si longtemps puisque je l’ai vécu- à hauteur de la station intermédiaire de Spielboden (voire plus bas) sur l’itinéraire de montée de la télécabine vers la Längfluh peine à dépasser les rochers de la Längfluh en aval de l’arrivée de la télécabine. Un regard à une affiche touristique de 1985 peut confirmer mes dires; en dépit du fait que la photo sur l’affiche semble avoir plutôt été prise en arrière été, comme semblent l’indiquer les mélèzes en train de virer sur le jaune.

Saas Fee, début juillet 2022
Extrait d’une affiche de 1985

Nous avions un hôtel fort confortable et très bien situé. La vallée de Saas est un magnifique terrain de promenades; la promenade de Hannig à Saas Fee en passant par le restaurant Gletschergrotte est particulièrement sympathique, et le restaurant constitue une très agréable surprise, tant du point de vue de l’accueil et de la qualité que du prix raisonnable. Autre promenade incontournable dans la vallée, la « promenade des fleurs » au-dessus de Saas Grund est magnifique, mais il faut absolument éviter de se restaurer à la station de Kreuzboden : les rares mets proposés semblent certes comestibles, mais on ne commentera pas au-delà, de peur de sombrer dans la vulgarité.

Une expérience touristique somme toute assez mitigée. J’ai pris Saas Fee comme station de référence, parce que j’ai pu la visiter deux fois dans un intervalle de temps assez bref. Mais d’autres lieux de vacances auraient vraisemblablement conduit à des constats similaires (hypothèse que j’ai pu vérifier malheureusement à de nombreuses reprises). Des efforts méritoires sont entrepris par les stations pour améliorer la fréquentation; les infrastructures sont mises à disposition à prix cassés, voire gratuitement pour les hôtes. L’hébergement est souvent très correct, mais l’accueil reste trop souvent le parent pauvre de l’offre touristique en Suisse. L’évolution climatique impose de radicales modifications dans la manière d’envisager l’activité touristique dans les stations de montagne; il ne suffit plus de proposer des activités dont le déroulement est rendu aléatoire par des conditions météorologiques de plus en plus extrêmes. Le skieur préfère peut-être, après avoir skié sur une neige dure tout le matin, se reposer et goûter au soleil et à la belle vue sur une terrasse confortable avec un verre de Petite Arvine du Valais, pas avec un breuvage d’importation que le producteur ne parvient pas à boire lui-même ! Le promeneur, lassé de la chaleur après la rando du matin, préfèrera passer l’après-midi à l’ombre avec un verre de Rosé de Gamay de qualité plutôt qu’avec un douteux Fendant estampillé Château Consternation, sans doute dopé par des produits d’importation. On s’attend à ce que la fondue que l’on choisit imprudemment dans certains restaurants d’altitude soit confectionnée avec du fromage, et non pas préparée à l’aide de produits lyophilisés. On supposerait que l’assiette valaisanne ou la planchette vaudoise soit composée de viandes locales, ce que la présence de chorizo ou d’autres charcuteries exotiques et peu coûteuses semble formellement démentir. Et j’en passe, et des pires.

Ce qui est nécessaire et urgent, c’est un changement de l’état d’esprit des acteurs dans les stations touristiques : le client ne vient pas seulement pour des activités, mais aussi, et probablement de plus en plus souvent à l’avenir, pour être accueilli et choyé. Certains de nos voisins (Autriche, Italie et France) ont compris ceci depuis belle lurette, et ont adapté leur comportement en conséquence. Certains établissements dans nos stations helvétiques (pas tous, bien heureusement !) montrent qu’il reste du travail pour parvenir à une compréhension équivalente. Beaucoup de travail. Mais le temps commence à manquer.

QR-prune

Une personne de ma connaissance s’est récemment vu infliger un procès-verbal pour un stationnement jugé inadéquat par l’autorité locale. Jusque là, rien de très original, sauf que le procès-verbal se réduisait à un papier format carte postale agrémenté d’un code QR et d’une légende que je reproduis ci-dessous (les zones masquées de rouge vif sont de mon fait, de manière à assurer l’anonymat de la personne en question).

Amende d’ordre QR

L’utilisation de codes QR pour tout et pour rien n’est certes pas une nouveauté, et l’usage risque de se généraliser à d’autres cantons ou régions dans le proche futur (ou, plus probablement, c’est déjà fait !). Je ne connais pas les diverses implémentations qui ont pu être effectuées, mais celle de Neuchâtel appelle tout de même quelques commentaires.

La personne qui a reçu cet avis d’infraction a tout d’abord cru qu’il s’agissait d’un code QR de facturation, comme les codes figurant sur les bulletins de versement, et qui seront bientôt (à l’automne 2022) les seuls utilisables; cette personne a donc tenté de le lire avec son logiciel de paiement, ce qui bien sûr a échoué avec un message d’erreur sibyllin, genre « Code QR invalide« . Cet échec l’a poussée à se renseigner auprès d’un spécialiste (enfin, supposé tel), en l’occurrence votre serviteur, les explications données sur le site mentionné dans le bulletin d’amendes ne lui ayant apparemment pas permis de répondre aux questions qu’elle se posait.

L’idée du code QR est de rediriger l’utilisateur vers un site web qui permettra d’accéder à l’avis d’infraction; la démarche correcte est donc de scanner le code QR, d’en extraire l’adresse (URL) de la page web correspondant au paiement d’infractions, de visiter cette page et de régler le montant dû. Parfait. Mais il y a quelques détails d’implémentation qui dérangent. Tout d’abord, ce n’est pas n’importe quel smartphone qui peut scanner et interpréter un code QR; des modèles plus anciens nécessitent un logiciel spécialisé, comme le vénérable Barcode scanner pour Android. Et pour les réfractaires à l’informatique mobile, il faut donc introduire à la main l’URL mentionnée dans le texte au-dessous du code QR, puis, arrivé sur la bonne page web, introduire son numéro d’immatriculation et un numéro de référence (appelé maladroitement « référence web » sur le bulletin) relativement malaisé à manipuler. Ce n’est d’ailleurs qu’à ce stade que l’on peut prendre connaissance de la somme à payer. Il semble que cette information eût pu être donnée plus tôt, mais bon…

Même en disposant d’un smartphone de dernière génération, les ennuis ne sont pas terminés pour autant. Comme mentionné précédemment, le montant à payer n’est pas mentionné sur le bulletin d’amende d’ordre; il ne peut être connu qu’au travers du site web. Arrivé sur ce site au moyen de son smartphone, le malheureux contrevenant sera donc amené à payer le montant de l’infraction, probablement au moyen de ce même smartphone. Il devra donc ouvrir une deuxième session, scanner un deuxième code QR dans une deuxième application pour effectuer son paiement, par exemple avec une application comme TWINT. Les interfaces utilisateurs de smartphones ne sont pas vraiment conçus pour faciliter la gestion du multitâches, même si ce dernier est supporté de manière native par les systèmes d’exploitation; il y a donc quelque chance pour que l’une des sessions actives se ferme intempestivement, au grand dam de l’utilisateur ! Au mieux, il peut tout recommencer; au pire il abandonnera, ou pensera avoir effectué un paiement et recevra un rappel surfacturé dans quelques jours. Voilà une source d’erreurs pour l’utilisateur qu’une procédure plus intuitive eût sans doute permis d’éviter !

Il y a un autre souci, beaucoup plus préoccupant, celui-là. L’URL contenu dans le code QR n’est pas identique à celui qui est proposé pour l’accès « manuel » au site. La différence qui interpelle, c’est que le site défini par le code QR est un site « http » (donc non sécurisé et ne proposant aucun certificat garantissant son authenticité), alors que le site indiqué pour l’accès manuel est un site en « https » (donc sécurisé !). Voilà qui n’est pas fait pour inspirer confiance, surtout quand votre smartphone vous gratifie d’un avertissement péremptoire du genre « Attention, vous allez visiter un site non sécurisé, êtes-vous sûr de vouloir prendre ce risque ? » ou similaire. Il n’y a aucune raison valable pour utiliser un site non sécurisé alors qu’un pendant sécurisé existe, à moins qu’une erreur de programmation ne se soit glissée dans le développement, ou que le « s » de https n’aie rendu l’URL trop longue pour la capacité du code QR (ce qui ne constitue en aucun cas une raison valable, bien sûr). Cette erreur est loin d’être bénigne, et témoigne d’un manque de rigueur dans le développement et dans les tests qui laisse perplexe.

Une autre question que je me pose, c’est de savoir quand un petit futé amateur de programmation web s’amusera à créer de fausses amendes d’ordre sur ce modèle, redirigeant la procédure vers un site qu’il contrôle, lui (site de phishing ou Hameçonnage) et développé sur le modèle du site original; c’est beaucoup plus facile à réaliser que ce que l’on veut bien prétendre : un de mes diplômants (brillant, certes) avait en son temps réalisé un tel site en deux heures pour les besoins d’une démonstration lors de sa défense de diplôme, et l’expert n’y avait vu que du feu… S’il réalise ceci, il n’aura plus qu’à imprimer de fausses « prunes » à placer de ci, de là sur des pare-brise en ville de Neuchâtel, et attendre que son compte en banque se remplisse.

Je continue à penser que l’on doit aller vers une plus grande numérisation des procédures; mais cette numérisation devrait simplifier la vie des utilisateurs, et leur garantir une meilleure sécurité des transactions. Dans le cas présent, j’ai quelques doutes.

Les femmes de Stepford

Les femmes de Stepford est un roman d’Ira Levin (1972), adapté à au moins deux reprises au cinéma ou à la télévision, et qui décrit une ville imaginaire (Stepford, que l’auteur situe dans le Connecticut) où les femmes sont réduites à un rôle de très belles potiches préoccupées uniquement par leurs tâches ménagères et l’agrément de leurs époux.

Je n’avais plus relu cet ouvrage (bien que j’apprécie beaucoup Ira Levin, à qui nous devons également (entre autres) un Bonheur Insoutenable ou un bébé pour Rosemary, (ce dernier plus connu en Europe en raison du film qu’en a tiré Roman Polanski) depuis au moins quarante ans. Il a fallu les récentes décisions de la Cour Suprême des Etats-Unis pour engendrer les associations d’idées m’ayant conduit à me remémorer cet ouvrage. La Cour Suprême a en effet retiré aux femmes la garantie du droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) conférée par l’arrêt Roe v. Wade en 1973 par cette même Cour Suprême. L’argument utilisé (en substance, c’est que ce n’est pas le rôle de l’Etat Fédéral de statuer sur cette question) remet en question un droit conféré aux femmes américaines depuis une cinquantaine d’années, et laisse craindre d’autres décisions allant dans le même sens; onze Etats ont d’ailleurs immédiatement mis en vigueur des lois anti-IVG préparées de longue date. Dans la même logique, la Cour Suprême pourrait renoncer au droit à la contraception ou à la dépénalisation des relations homosexuelles, par exemple.

Il s’agit d’une victoire importante pour le clan républicain conservateur, celui-là même qui a élu Donald Trump à l’époque. Donald Trump avait renvoyé l’ascenseur en élisant trois juges ultra-conservateurs à la Cour Suprême, faussant ainsi le processus démocratique (mais il a fait bien pire par la suite !). Les Etats-Unis apparaissent de plus en plus divisés entre une frange technocratique essentiellement démocrate contrôlant les côtes Est et Ouest ainsi que le secteur des Grands Lacs, et un centre et des Etats du Sud très conservateurs, religieux et persuadé que la théorie de l’Evolution selon Darwin constitue un blasphème.

Cette scission, manifeste lors des élections présidentielles, semble se creuser de plus en plus, faisant craindre à certains une nouvelle sécession. On ne peut que souhaiter que les femmes s’insurgent enfin contre les pertes de droit auxquelles elles sont soumises par les conservateurs, ce qui permettrait éventuellement de rétablir une majorité plus évidente, et accessoirement éliminerait quelques politiciens traditionalistes. Ces mêmes dirigeants politiques qui disent agir selon une inspiration religieuse, au nom de la vie, mais défendent le droit de se promener avec des armes à feu dans la rue et de se procurer des armes de guerre, histoire de faire un carton dans une école ou un supermarché…

Curieusement, alors même que les républicains conservateurs bafouent régulièrement les droits des femmes, un nombre significatif d’entre elles votent néanmoins républicain. Donald Trump méprise et insulte les femmes en public, et récolte néanmoins leurs votes et leur approbation. Ce sont littéralement les femmes de Stepford décrites par Ira Levin, heureuses de la servitude imposée par le mâle. Un rêve pour beaucoup de machos, je suppose.

Incidemment, lors du Journal télévisé en Suisse Romande, des images de manifestations après la décision sur l’IVG par la Cour Suprême avaient fait ressortir une curieuse opposition de style. Une manifestante pour le droit à l’IVG, cheveux ébouriffés, en T-shirt et jeans fatigués avait violemment protesté contre la décision (I’m a woman, not a womb), alors que dans le camp opposé, une blonde platinée, soigneusement maquillée et en robe bleu roi impeccable clamait sa satisfaction de voir la vie et Dieu enfin respectés. L’héroïne (la photographe Joanna Eberhart) du roman d’Ira Levine face à une femme typique de Stepford, en somme.