Tous les articles par Markus

Pour une immigration modérée

L’initiative lancée par l’UDC sera proposée à la volonté populaire suisse le 27 septembre 2020. La radio-télévision suisse romande a diffusé une émission sur le sujet (Infrarouge) où figuraient quatre personnalités suisses :

La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, en charge du Département Fédéral de Justice et Police (DFJP). Elle représente l’avis du conseil fédéral, pas le sien propre (mais tout porte à croire que son avis concorde sur la plupart des points avec celui qu’elle doit véhiculer). Une politicienne extrêmement brillante, supérieurement intelligente, mais véhiculant une certaine image de froideur; les partis écologistes ont d’ailleurs envisagé de l’accueillir dans leurs rangs pour sauvegarder les glaciers et la banquise. S’ils ont finalement renoncé c’est qu’ils ont eu peur que cela marche, et que l’on n’aie plus besoin d’eux…

Le président de l’Union Syndicale Suisse Pierre-Yves Maillard, un remarquable négociateur qui a démontré à l’envi ses compétences dans le cadre de son ministère de la santé au gouvernement vaudois. Il se bat contre l’initiative, mais en fait il se soucie peu de l’immigration et des accords bilatéraux; il craint en revanche l’abandon des mesures compensatoires liées à la libre circulation, et c’est sur ce sujet qu’il argumente.

La conseillère nationale UDC Céline Amaudruz, un spécimen de la race linotte cacophonique (linaria convicia), passereau fringillidé parent de la linotte mélodieuse (linaria cannabina). Cette espèce a pour particularités de ne démontrer son éloquence que lorsqu’elle se tait, et son intelligence lorsqu’elle est absente. La linotte en question se fait l’écho d’un mentor (en l’occurrence, le bientôt cacochyme tribun zurichois Reblochon) et demande l’appui de tonton Guy (pourtant personnellement opposé à l’initiative de son parti) lorsqu’elle a quelques ennuis éventuellement liés à un goût moyennement modéré pour les boissons euphorisantes.

Le journaliste et essayiste François Schaller, un ancien de l’AGEFI, qui tend à confondre réflexion et feuille Excel. Chaque fois qu’il prend la parole, il a des chiffres à faire valoir, chiffres qui lui servent d’argument, peut-être parce qu’il en manque ? « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément » a dit Nicolas Boileau. Dans le cas de M. Schaller, les explications de ses chiffres sont aussi claires qu’une bouillabaisse oubliée trop longtemps dans un placard, et probablement aussi digestes.

Le débat (il paraît que cela s’appelle ainsi) n’avait que peu d’importance. Toute personne sensée peut remarquer que le taux de chômage ne varie pratiquement pas entre un régime de libre circulation et « avant », si ce n’est de manière non corrélée ou sur des secteurs industriels bien précis (de manière aussi bien positive que négative d’ailleurs). Il est toutefois intéressant de constater que certains des principaux intéressés étaient exclus du débat. Ainsi, la Suisse possède essentiellement deux richesses : son savoir-faire (matière grise) et l’eau de ses montagnes. Pour l’eau des montagnes, cela semble compromis dans un futur qui se rapproche inexorablement : les glaciers fondent.

Dans le cas de la matière grise, on peut distinguer recherche et enseignement supérieur. Pour la recherche, la première initiative de limitation de l’immigration de masse (9 février 2014) avait déjà envoyé les chercheurs suisses sur les strapontins des grands projets européens; un renoncement aux accords bilatéraux verrait se clore tous les accès aux financements européens ainsi que la participation aux grands projets de recherche du continent. Je ne suis pas certain que l’on puisse obtenir une collaboration aussi étroite avec les Etats-Unis de Donald Trump ou de Joe Biden, même en achetant des F/A 18 Super Hornet. Quant à la collaboration avec la Chine de Xi ou la Russie de Vladimir, Reblochon ne serait probablement pas d’accord. Pour les étudiants, cela signifie la fin de la participation au programme Erasmus, ce programme qui a tant fait pour permettre à la jeunesse de ce pays d’ouvrir ses perspectives et diffuser le rayonnement de la Suisse en Europe. N’oublions pas que les crises écologiques qui sont déjà là vont demander une coopération de plus en plus accrue avec nos voisins. Se priver d’accords qui facilitent les collaborations semble suicidaire, en l’état.

Je considère donc cette initiative comme extrêmement néfaste, bien que je ne sois pas forcément le plus concerné. Les gens qui ont participé à ce débat ne sont pas non plus les principaux concernés, ayant tous atteint un âge dit mûr (Mais le terme de maturité peut prendre des sens différents selon la personne à laquelle on l’applique). Ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui devront vivre avec les aberrations du vieux Reblochon, à une époque où il ne sera plus concerné depuis longtemps…

Malgré ces arguments, je crains que cette initiative, tout comme celle de 2014, ne finisse par passer; nombre de votants qui n’oseraient pas publiquement se déclarer hostiles aux étrangers déposeront un « oui » apeuré et un peu honteux dans l’urne le 27 septembre 2020. Le célèbre sketch de Fernand Raynaud (l’étranger) reste plus que jamais d’actualité ! L’inquiétude complaisamment orchestrée par l’UDC constitue un moteur dont le dindon hypertrophié Donald Trump sait se servir à merveille : les gens inquiets vont voter plus que les autres, donc, paniquons les gens ! Quand à la véracité ou la pertinence des arguments… On fait de la politique, pas de la science, bordel !

Bestiaire politique

On parle souvent de « bête politique » pour désigner une personne particulièrement active dans le milieu en question. Avec le concours précieux bien que posthume du regretté professeur Burp, nous avons cherché à identifier quelques-unes des espèces qui pourraient entrer dans cette catégorisation. Cette étude ne sera, selon toute attente, pas conclue de sitôt, car il appert que le terme de bête politique semble recouvrir de très nombreuses variantes et sous-espèces.

Premier sujet d’étude :

Le dindon hypertrophié (meleagris ingens)

Variété très provisoirement cantonnée en Amérique du Nord, meleagris ingens est une sous-espèce de dindon (famille des Phasianidae) de taille exceptionnelle apparue spontanément dès 1946, avec toutefois des observations antérieures d’individus qui pouvaient laisser envisager une évolution vers le résultat actuel. De caractère assez autonome, susceptible de comportements déraisonnables pour démontrer sa supériorité, meleagris ingens n’a toutefois pas les capacités nécessaires pour être auto-suffisant, et dépend dans une relativement grande mesure du soutien de ses proches, même si techniquement ces derniers ne sont pas (encore ?) de la même race.

Contrairement à nombre de gallinacés, meleagris ingens se caractérise par une tête proportionnellement plutôt volumineuse; malgré le nombre relativement restreint d’indications scientifiques confirmées, il semblerait que le cerveau lui-même n’a pas suivi la même croissance dans l’évolution de cette sous-espèce, ce qui laisserait un vide dans la boîte crânienne. Ce vide a apparemment été rempli par un « sous-cerveau » complémentaire et probablement indépendant dans une large mesure, adapté à la communication multi-destinataire. Cet organe très spécialisé est chargé de l’émission de « touits« , sorte de petits messages très nombreux, parfois complexes, sans contexte sémantique apparent, et de signification souvent nébuleuse qu’il produit en s’aidant d’une plaquette de verre et de matière plastique qu’il porte en permanence sur lui. On n’est pas persuadé que lui-même soit conscient du sens de ces « touits », car il semblerait que deux messages successifs soient fréquemment partiellement contradictoires, voire carrément antinomiques. Ceci laisse à penser que meleagris ingens n’a pas la faculté de mémoire à moyen terme, puisque apparemment il ne se souvient pas de ce qu’il vient de dire. Accessoirement, cela semble confirmer que l’organe « touiteur » (nos excuses pour le néologisme) est dans une assez large mesure indépendant du fonctionnement conscient du cerveau. Si tant est qu’un fonctionnement conscient puisse être avéré, ce qui est encore incertain à l’heure de publier ces lignes.

Ce dindon encombrant est aussi relativement agressif. Allergique aux couleurs sombres (surtout le noir, un peu moins le brun et le rouge), il a aussi des problèmes d’intolérance avec tout ce qui extérieur à sa sphère de confort. Lorsqu’il se sent menacé de l’extérieur, il réagit assez étonnamment en édifiant de très grands murs : enfin, il essaie, parce qu’à notre connaissance, il n’a (encore ?) jamais été capable de fabriquer quoi que ce soit.

Malgré la petitesse de son cerveau, meleagris ingens a la capacité de fabriquer pratiquement à volonté des endorphines, et ceci sans aucun effort physique : en effet, son organisme est ainsi constitué que le simple fait de s’écouter parler ou de se regarder dans un miroir, voire simplement de penser aux incomparables qualités que concentre sa propre personne suffit à générer des endorphines. L’endorphine constituant une récompense, cela aura pour conséquence de le satisfaire plus encore, donc de produire encore plus d’endorphines, etc… On peut dire que meleagris ingens est en général très satisfait de lui-même; il se qualifie lui-même de beau, séduisant même, remarquablement équilibré, et d’une intelligence hors normes. Par corollaire, tout ce qui pourrait ne pas le satisfaire est forcément à reléguer aux oubliettes : une femelle qui se refuserait est forcément une stupide houri indigne de l’attention qui lui est portée; un interlocuteur qui ne serait pas d’accord est totalement incompétent. Sachant cela, il est assez aisé de manipuler ce dindon par la flatterie et la flagornerie, ce que certains dresseurs ont pu démontrer à de nombreuses reprises.

Cette auto-satisfaction générée par une surproduction d’endorphine a des conséquences assez remarquables sur ce dindon : Il est dépourvu d’empathie pour tout ce qui ne concerne pas sa propre personne; il peut à l’occasion témoigner d’une certaine empathie pour ses admirateurs, surtout s’il a besoin de leur soutien à un instant donné, mais cette empathie est forcément temporaire parce que conditionnée par la nécessité qu’il a de ce soutien. Bref, on constate tous les symptômes du narcissisme le plus fondamental. Bien sûr, de nombreuses personnes présentent des caractéristiques narcissiques, mais cela ne pénalise pas forcément leur aptitude à coexister avec leurs contemporains; il n’en va hélas pas de même pour notre dindon.

L’absence d’empathie ajoutée à une autosatisfaction omniprésente a d’autres conséquences sur le comportement de notre dindon : il a forcément toujours raison ! Comment pourrait-il se commettre dans un compromis avec des interlocuteurs qui sont par définition stupides et incompétents parce que d’un avis différent du sien ? Ceci n’implique pas que la décision soit forcément inappropriée, mais le processus relèvera davantage de l’initiative du dindon que d’une quelconque concertation.

Meleagris ingens est incapable de véritable concertation : c’est un dictateur né, et qui ne peut concevoir de perdre son pouvoir de décision un jour. Dans un contexte politique plus ou moins démocratique, c’est sans doute une mauvaise idée d’élire un dindon hypertrophié à la tête de l’Etat, car il pourrait être compliqué de le virer…

Le professeur Burp a, par le passé, longuement étudié des mutations de gallinacés qui semblent s’apparenter à celle de la variété qui nous préoccupe, meleagris ingens. Ses conclusions très intéressantes sur une variété ayant connu brièvement la notoriété en Grande-Bretagne dans les années 1975-1990 ont malheureusement été classées d’intérêt stratégique par le gouvernement pour des raisons politiques; des fuites ont toutefois permis à un chanteur français de composer une chanson (Miss Maggie, 1985) ayant connu une belle réussite, mais aussi quelques polémiques. Un autre spécimen sur le continent nord-américain a été identifié par le professeur Burp, ce qui a conduit par la suite à des spéculations intéressantes sur un président français. Dans ses conclusions, le professeur Burp met toutefois en doute l’appartenance de ces divers spécimen à l’espèce meleagris, et penche plutôt pour une hypertrophie de Gallus gallus domesticus, de la famille des Phasianidae : une poule et un coq, pour dire simplement les choses.

Toute ressemblance de meleagris ingens avec un locataire de la Maison Blanche à Washington serait une pure calomnie. Mais pas forcément dépourvue de pertinence…

Gravé dans…

Valais. Gravé dans mon cœur est le maître-slogan de la communication touristique du canton du Valais (Suisse).

Août 2020, val d’Anniviers, hôtel Weisshorn, 2337 mètres d’altitude. Une journée radieuse après deux jours de pluies et de neiges au-dessus de 2200 mètres. Une fréquentation inhabituelle de cet endroit magique qu’est l’hôtel Weisshorn : si vous n’avez pas réservé, inutile de chercher une place sur la terrasse qui surplombe le val d’Anniviers. Tout au plus pourrez-vous essayer de trouver un siège sur le replat servant de coin pique-nique cent mètres plus loin. Nous avons la bonne fortune de trouver un siège à proximité d’une remorque servant de petit self-service pour ceux qui occupent le coin pique-nique.

Le self-service propose quelques boissons (vins, eaux minérales, sodas) et quelques en-cas (saucisses de veau, cervelas, sandwiches) ainsi que la célèbre tarte aux myrtilles de l’hôtel Weisshorn, une « carte » qui semble à priori assez raisonnable. J’ai eu la mauvaise idée de commander un verre de vin blanc, du Fendant plus précisément. Le verre en plastique est d’une propreté très douteuse, ce qui laisse songeur en ces périodes de Covid-19. La bouteille qui va remplir le verre est une bouteille capsulée d’un litre ouverte probablement la veille, et dont l’aspect laisse augurer défavorablement de la fraîcheur (et la dégustation confirme l’impression anticipée). Quant au contenu… Aucun goût, sinon une certaine acidité. A vue de nez, 51% de raisin déclassé, histoire de pouvoir légalement marquer « Fendant » sur l’étiquette, et 49% de je ne sais quoi (de l’antigel, peut-être) pour compléter le volume. Oui, ben à CHF 6.50 le verre, c’est bien vendu ! Que va penser le touriste de passage qui désire goûter à un verre de Fendant valaisan dans un cadre somptueux ? Il pensera logiquement que le vin valaisan est dégueulasse et hors de prix.

Comment les excellents vignerons-encaveurs valaisans parmi lesquels je compte quelques bons amis (et aussi fournisseurs !) peuvent-ils tolérer que certains hauts lieux touristiques du Valais leur fassent une pareille « publicité » ? Comment le canton peut-il tolérer de pareilles pratiques qui décrédibilisent la production viticole du Valais ?

Valais. Gravé dans ma déception…

Montana-Crans, Cry d’Er, 2258 mètres, juillet 2020

Une belle promenade estivale relie l’arrivée de la télécabine de Cry d’Er à la cabane des Violettes, elle aussi accessible en télécabine. On peut stationner son automobile au départ de Cry d’Er (CHF 8.- à 10.-), et prendre une montée simple en télécabine (CHF 15.-). Il n’est pas possible de prendre un billet aller-retour : il faudrait alors prendre une carte journalière, beaucoup plus chère, mais donnant droit à un rabais dans les restaurants d’altitude (ceux qui, incidemment, appartiennent à la société de remontées mécaniques CMA). Mais bien entendu,on ne décourage pas les pique-niqueurs ! Ben voyons !

Arrivés, après une magnifique promenade d’une grosse heure à la cabane des Violettes, l’accueil est excellent, bien que la terrasse soit pleine :on nous sert hors terrasse avec le sourire, et le vin est ici très correct. Après la collation, nous décidons de revenir sur nos pas plutôt que d’infliger à nos genoux une descente le long des pistes de ski. A Cry d’Er, nous demandons un billet pour descendre. Lorsque je dégaine ma carte bancaire, le préposé me déclare sans rire qu’il n’a pas de quoi lire une carte de crédit ! Il n’a guère de monnaie non plus, mais je parviens à réunir tant bien que mal les 2 fois CHF 15.- qu’il me demande. En échange, je reçois deux petits bouts de carton où la date et le prix sont écrits au crayon à papier !

Bon, vous me direz que ce n’est qu’une anecdote mineure, mais qui vient tout de même après le scandale de l’arrêt brutal des remontées mécaniques lors des vacances de Pâques 2018, et qui s’ajoute à une situation très délicate dans le cadre de deux méga-projets immobiliers (« Lodge de la Reine » et « Aminona Luxury Resort and Village« ) sur le site voisin de Aminona.

Montana-Crans, hôte d’un tournoi international de golf, candidate à l’organisation de Championnats du Monde de ski, après avoir été candidate (avec Sion) à l’organisation de Jeux Olympiques (au fait, j’espère qu’ils ont enlevé le tonneau de mazout au sommet du Cervin depuis), n’accepte pas les cartes bancaires lorsque l’on emprunte les remontées mécaniques à la descente depuis Cry d’Er. Et ceci en pleine pandémie Covid-19 où l’on encourage pourtant fortement le paiement sans espèces et sans contact.

Valais. Gravé dans ma consternation…

La Sage, Val d’Hérens, un 31 décembre…

Le 31 décembre, c’est le réveillon traditionnel de fin d’année. A cette occasion, on a parfois envie de « mettre les pieds sous la table », Surtout lorsque l’on ne dispose pas, dans un logement de vacances, de facilités permettant de se préparer une soirée confortable et gourmande. Après réservation préalable, nous commandons un apéritif, et la patronne nous propose de commander directement le repas, ce qui simplifiera le travail de la cuisine et limitera nos délais d’attente. Bien que pas pressés en l’occurrence, nous obtempérons. L’apéritif arrive quelques minutes plus tard, en même temps que l’entrée ! Nous en faisons la remarque à la patronne, qui rétorque que nous n’avons qu’à boire l’apéro tranquillement, et ensuite nous attaquerons l’entrée. Bon, on veut bien. Sauf que nous n’avons pas encore fini l’apéro que déjà arrive le plat principal ! Et cela va continuer de la sorte puisque l’addition arrive sur la table en même temps que le café. Résultat des courses, nous quittons le restaurant à 21h30. Visiblement, les patrons ont envie de fermer boutique au plus tôt. Comme soirée de réveillon, on a vu mieux !

J’ai renoncé à donner des références précises dans ce cas, car les propriétaires ont changé depuis, et on espère très fort que l’accueil est dorénavant à la hauteur de la vue réellement exceptionnelle que l’on a depuis la terrasse de ce restaurant.

Valais. Gravé dans ma frustration…

Saas Grund, Hohsaas, juillet 2020…

Comme de nombreux Chablaisiens, je suis détenteur d’un « Magic Pass« , Un forfait vraiment sympathique, qui donne envie de fréquenter les magnifiques sites couverts par cet abonnement saisonnier. En 2019, Saas Fee rejoint les stations associées à ce forfait régional : excellente nouvelle ! Sauf que la station de Saas Grund, à 2 km de Saas Fee, décide de faire cavalier seul et n’adhère pas au Magic Pass. Que pensera le touriste muni de ce forfait quand il s’aperçoit, au plus tard dans le tourniquet d’accès de la télécabine, que son forfait valable à Saas Fee ne l’est pas à 2 kilomètres de là, dans la même vallée ? Surtout s’il vient d’Autriche ou des Dolomites italiennes, où les forfaits ont une portée quelque peu différente…

Quel message veut donc véhiculer l’Office de Tourisme de la vallée de Saas en tolérant ce genre de pratique ? Quels magouillages peuvent rendre possible une situation aussi clairement négative pour l’image de marque de cette belle région ?

Valais. Gravé dans mon incompréhension…

J’arrête ici les anecdotes, de peur de lasser le lecteur. Je crains malheureusement, que d’autres touristes que moi pourraient en rajouter de nombreuses. L’accueil est hélas le plus souvent à mettre en cause, peut-être en raison d’une recherche pour le moins maladroite d’un profit à très court terme…

Ceci dit, cela fait des dizaines d’années que je parcours le Valais, et cela reste une région merveilleuse par ses sites et ses paysages, lorsqu’ils ne sont pas trop dégradés par des constructions inappropriées. Les déceptions accumulées en Valais se retrouvent aussi dans nombre de stations des Alpes Bernoises : le Valais n’a pas l’apanage d’un accueil des touristes parfois déplorable. Il faut avoir fréquenté les Alpes dans les pays voisins, Val d’Aoste, Dolomites et Vorarlberg pour ne citer que les plus proches, pour se rendre compte de la différence que représente un véritable accueil pour le plaisir d’un séjour de vacances.

Alors, Valais, gravé dans mon cœur ? Euh… oui, quoique…

Swiss Covid

L’application pour téléphones mobiles « Swiss Covid« , censée permettre un suivi de la pandémie en détectant la proximité de personnes ayant installé l’application pendant un laps de temps significatif ne rencontre pas l’unanimité. Elle est même nettement en perte de vitesse en cette première moitié du mois d’août 2020. Pourtant, sur le papier, elle rend un service réel et ceci de manière aussi discrète que l’on puisse le souhaiter. Pourquoi donc ce manque d’enthousiasme ?

Dés le départ, cette application a suscité une certaine méfiance de la part de divers milieux politiques comme l’UDC et d’autres partis en Suisse. On a beaucoup tergiversé et raconté nombre d’âneries sur cette application, qui ont contribué à retarder sa diffusion, et à entretenir les doutes parmi les utilisateurs les moins avertis. Ainsi, certains (comme Kevin Grangier sur l’antenne de la Radio Romande) n’ont pas hésité à qualifier l’application d’outil de traçage intrusif qu’ils n’allait en aucun cas installer. Soit dit entre parenthèses, cet élu UDC a une page Facebook et un compte Twitter, il utilise probablement What’s App et peut-être Instagram ou que sais-je encore… Du coup, il peut installer n’importe quoi en restant assuré de ne pas publier plus d’informations qu’il ne le fait déjà ! On a même entendu un conseiller fédéral dire qu’il ne « savait pas à quoi cela sert » (Ueli Maurer). Pour ce dernier, il faut espérer tout de même que son collègue Berset a pu éclairer sa lanterne.

D’autres ont pris le relais, comme le rédacteur en chef adjoint du journal dominical « Le Matin Dimanche », en sous-entendant que le seul effet visible de cette application était de vider la batterie plus vite en activant Bluetooth : sur la grande majorité des smartphones, Bluetooth LE est déjà activé par d’autres services (oreillettes, stockage, applications de paiement comme Apple Pay ou Twint) et la surconsommation est donc nulle. Et pour économiser la batterie, il vaut beaucoup mieux désactiver What’s App ou Facebook, par exemple, dont le protocole de communication est nettement plus énergivore.

Nombre de ceux qui auraient souhaité installer l’application en ont été empêchés par l’obsolescence programmée chère à Apple et complaisamment imitée par la majorité de ses concurrents : leur smartphone était trop vieux. Ils en ont conclu que l’application était mal conçue et inutilisable, alors que c’est les concepteurs de smartphones qu’il faudrait pénaliser une fois pour toutes : mais là, c’est plus difficile… Parmi les mesures prises pour garantir l’obsolescence des smartphones, il y a les changements des interfaces de programmation, qui permettent de rendre les nouvelles applications incompatibles avec les anciens systèmes d’exploitation, qui eux ne sont plus mis à jour après trois ou quatre ans…

Actuellement, certains se plaignent de ce que cette application ne permette pas de savoir combien de personnes ont été effectivement signalées comme ayant été en contact avec une personne infectée. Ben oui, c’était justement une des conditions mises à l’application pour un respect de la vie privée : pas de stockage de données centralisé.

En réalité, la méfiance à l’égard de cette application est largement injustifiée : rarement une application pour smartphones a été aussi peu intrusive. C’est – pour une fois, et une fois n’est pas coutume – une application qui fait exactement ce qu’elle prétend faire, ni plus, ni moins. Sans doute souffre-t-elle peut-être de l’un ou l’autre défaut de jeunesse, ou probablement est-elle pénalisée par l’utilisation de Bluetooth qui n’a jamais été conçu pour ce genre d’applications, et qui de plus souffre de nombreux défauts conceptuels; mais pour l’essentiel, l’application Swiss Covid est une application fonctionnelle, gratuite, non intrusive et de surcroît non polluée par des publicités inadéquates, voire débiles.

Le plus gros défaut de cette application provient, à mon sens, de ses origines. L’application a été conçue par des académiciens, et cela se voit immédiatement dés l’activation. Un académicien sait résoudre des problèmes, et ici, le problème posé semble correctement résolu. Mais un académicien ne sait pas vendre son produit; or, ceci aussi est un métier. L’utilisateur qui installe une application (s’il y parvient, car son iPhone est peut-être obsolète) qui ne fait apparemment rien aura tendance à se sentir frustré : si on fait quelque chose (télécharger et installer du code, en l’occurrence), on attend un retour, et un retour qui soit de préférence valorisant pour soi-même, pyramide des valeurs de Maslow oblige ! Telle quelle, Swiss Covid ne peut qu’occasionner frustration et doute chez l’utilisateur non averti qui ne peut même pas être assuré qu’elle fonctionne tant elle est discrète. D’autant que des personnalités politiques proclament ouvertement leurs doutes et leurs méfiances le plus souvent injustifiés (mais bon, en politique, il paraît que l’utilisation d’informations non vérifiées est légitime…)

Un vendeur eût sans doute demandé au développeur d’ajouter quelques fonctionnalités, sans doute non pertinentes eu égard au problème posé, mais qui offrent une valorisation (un sucre !) à celui qui prend la peine d’installer le produit. N’étant pas vendeur moi-même, je serais bien embarrassé pour émettre des propositions sensées, mais il me semble qu’une indication géographique des risques, par exemple, pourrait être utile.

Dans un autre ordre d’idées, il est devenu nécessaire dans de nombreux établissements publics de laisser ses coordonnées. Cela se fait au pire sur présentation de la carte d’identité avec report des coordonnées sur un morceau de papier qui finira à la poubelle. A la rigueur, on peut développer une application qui permet le traçage plus aisé; ainsi, certaines régions ont fait développer une application générant un code QR que les établissements requérant le traçage de l’identité peuvent lire. Bien sûr, cette application n’est utilisable que localement, et les critères de confidentialité et de stockage sécurisé restent souvent très opaques, si toutefois ils existent ! Un créneau potentiellement intéressant pour une meilleure valorisation de Swiss Covid ?

Je suppose qu’un bon vendeur ou un entrepreneur imaginatif aurait parfaitement su exploiter l’opportunité offerte par une application appelée à être installée sur 3 à 4 millions de smartphones. Mais cet aspect du problème n’intéresse guère l’académicien qui se concentre sur un problème précis sans prendre le recul nécessaire qui lui permettrait d’anticiper les attentes de l’utilisateur. Malgré une résolution excellente du problème, le produit réalisé n’a que peu de succès, et s’attire des critiques injustifiées parce que les utilisateurs ne comprennent pas vraiment les finalités du produit. C’est une des leçons essentielles du marketing : un excellent produit, aussi novateur soit-il, que l’on ne parvient pas à vendre n’a aucune utilité pratique. Ce qui explique au passage pourquoi tant d’entreprises à succès délèguent le développement de nouveaux produits à d’autres.

On peut aussi se demander pourquoi l’OFSP n’a pas jugé bon de contribuer à ce développement qui donnait pourtant une chance unique de doter une portion significative de citoyens d’une application permettent de se renseigner sur le coronavirus et les diverses spécificités cantonales. Mais il est vrai que dans le cadre de cette administration, on travaille encore avec le fax et les courriers écrits pour correspondre avec le personnel médical, et on a parfois quelque peine à interpréter correctement les données acquises; on peut supposer que les smartphones constituent un outil un peu trop avant-gardiste pour les fonctionnaires de l’OFSP…

A l’inverse, certains produits peu innovants et bourrés d’erreurs ont pu profiter de la période de confinement pour se positionner comme des blockbusters technologiques. Un seul exemple : ZOOM est une application qui a connu peu de développements majeurs (sinon quelques gadgets cosmétiques) depuis son introduction en 2011. En 2020, le nombre d’utilisateurs de cet utilitaire de vidéoconférences croît de 67% à la faveur du confinement, en dépit du fait que cette application est décriée un peu partout pour ses problèmes récurrents de sécurité et de non-respect de la confidentialité (Il semble que dans les versions distribuées jusqu’en mai 2020, il était relativement aisé de s’immiscer de manière anonyme dans une conférence, en toute discrétion. Ceux qui ont discuté de secrets d’entreprise ont pu avoir quelques surprises !).

Il existe de nombreuses alternatives gratuites ou modiques qui ne présentent pas ces problèmes, mais leur succès n’a pas suivi un accroissement comparable. Dans le même ordre d’idées, Skype ne vaut guère mieux, et de surcroît constitue un écosystème propre très opaque : personne ne sait exactement ce que fait réellement skype au cours d’une conversation téléphonique. La qualité technique, la confidentialité, la sécurité informatique ne constituent pas des arguments de vente, ni d’utilisation… Dans une pyramide de Maslow adaptée aux technologies de l’information, ce sont des besoins qui se trouvent tout en bas de la pyramide. Ils tendent donc à être considérés comme implicites, et l’utilisateur considère un peu facilement qu’il n’a pas à s’en soucier.

En l’état, Swiss Covid est un échec. Dommage, parce qu’en dépit de nombreux défauts non directement liés au développement de l’application, les buts poursuivis étaient louables. Mais il ne suffit pas qu’un produit soit de bonne facture : il faut qu’il plaise aux gens. Et ceci n’est pas un problème technique…

Chassez l’avion

Madame Viola Amherd a entamé sa campagne de promotion en vue de l’achat de nouveaux avions de combat pour l’armée suisse. Une initiative visant à renoncer à cet achat, ou à tout le moins à diminuer le montant budgété avait préalablement été déposée, et a abouti : le peuple suisse se prononcera sur cette initiative au début de l’automne 2020. Le sujet de la votation fédérale, lui, ne porte pas sur le type ou le nombre d’avions de combat, mais sur un montant global de CHF 6 milliards, auquel il convient d’ajouter par la suite les coûts d’exploitation actuellement passés sous silence, mais estimés par certaines sources à un montant largement équivalent au prix d’achat.

Cette dépense arrive à un moment assez peu judicieux, après des dépenses massives pour soutenir l’économie durement impactée par la crise liée à la pandémie COVID-19. La décision d’achat est néanmoins soutenue par le conseil fédéral, département militaire en tête bien sûr. Cette dépense est également soutenue par les partis de droite, mais combattue par les partis de gauche et les partis écologistes. Le motif invoqué pour le crédit de 6 milliards est l’usure de la flotte actuelle composée de FA-18 et de Tiger, arrivant doucement en fin de vie.

Il y a bien sûr pas mal de questions à se poser sur ce type d’achat pour un pays comme la Suisse dans le contexte géopolitique mondial actuel. En particulier, on se demande à quoi peut bien servir un avion supersonique dans un territoire de moins de 42000 kilomètres carrés (pour comparaison, la France métropolitaine, c’est 552000 km2). Je suppose que les pilotes au moins ont du plaisir à manipuler ces jouets, à ce prix-là, c’est la moindre des choses… Des machines moins performantes ne pourraient-elles pas convenir, voire être plus adéquates ? Bien sûr, je n’y connais rien, mais comme nombre de mes congénères, j’aimerais qu’on m’explique, et les arguments que l’on me présente sont le plus souvent du genre « C’est ainsi… ».

Pour les rôles de police aérienne, on a tout de même l’impression (malgré les dénégations de Mme Amherd) que des avions moins prestigieux devraient suffire; en revanche, pour défendre l’espace aérien suisse, on peut se demander si même ces avions ultra-sophistiqués sont suffisants. On peut aussi se demander contre qui il conviendrait de défendre cet espace aérien : il paraît assez peu probable que nos voisins immédiats nous agressent prochainement, encore que l’instabilité politique actuelle dans le monde, avec la montée rapide du souverainisme (Bolsonaro, Trump, Erdogan) et de l’extrême-droite puisse inquiéter. Mais si une agression a lieu de ce côté, il paraît plus que probable qu’elle ne sera pas simplement militaire : il existe actuellement des méthodes plus sophistiquées et moins coûteuses pour déstabiliser un pays que l’usage de la force brute. Le mensonge, la désinformation ou le sabotage logiciel ne coûtent pratiquement rien et ont démontré leur efficacité à maintes reprises. Mais c’est vrai que c’est moins spectaculaire qu’un jet au décollage…

Un argument qui a aussi été mis sur le tapis est que des avions moins sophistiqués ne voleraient pas assez haut. On ne sait pas ce que signifie « pas assez« ; mais on n’est pas persuadé de l’intérêt d’une intervention au-dessus de 5 à 6000 mètres d’altitude. On n’est pas non plus persuadé de l’intérêt d’une intrusion à cette altitude sur un pays comme la Suisse…

Les considérations écologiques mériteraient également d’être prises en compte; quel est l’impact sur la santé des émanations toxiques d’une flotte d’avions de chasse militaire ? La sécurité apportée par quelques avions de chasse en cas de conflit armé hypothétique contrebalance-t-elle les dommages écologiques et sanitaires (hélas certains, ceux-ci) causés par cette même flotte ?

Par ailleurs, les logiciels contrôlant ces avions ne sont pas vraiment « Open Source« , et sont de ce fait difficilement vérifiables par des experts internationaux. Il y a fort à parier (en réalité, il s’agit d’une certitude !) que la plupart de ces avions ultra-sophistiqués disposent de portes dérobées (backdoors) dans leurs logiciels de gestion, activables à distance et permettant de prendre le contrôle de tout ou partie de l’appareil en cas d’intérêts divergents entre fabricant et utilisateur; je ne parierais de ce fait pas exagérément sur l’apport de sécurité inconditionnel d’un appareil fourni par un pays tiers, fût-il un « ami » de longue date. Comme le dit justement Mme Amherd, la situation géopolitique peut changer rapidement, et l’ami d’hier peut ne plus le rester demain.

Le peuple suisse n’aura pas la possibilité de se prononcer sur le type d’avions. Raisonnable. Mais les modèles envisagés incluent le Rafale , l’Eurofighter, le F/A 18, et le F-35A. Est-il vraiment raisonnable d’envisager d’acquérir des avions américains, alors que nos voisins européens (qui assurent aussi notre défense, soit dit en passant) en fabriquent d’excellents, et que nous avons tout intérêt à entretenir de bonnes relations avec nos voisins immédiats, plutôt que de flatter l’ego surdimensionné d’un Donald Trump qui n’a rien à fiche de tout ce qui ne s’appelle pas « United States of America » (ou plus exactement, ses électeurs) ? Ou alors, pourquoi n’avoir pas aussi envisagé, neutralité oblige, un jet comme le Soukhoï SU-57 ou similaire : après tout, on peut aussi faire un petit plaisir au tsar Vladimir Poutine, n’est-ce pas ?

Finalement, la question la plus brûlante d’actualité a peut-être été initiée par la cheffe du département militaire, madame Amherd elle-même, lorsqu’elle a affirmé (en substance) qu’il n’y avait pas de plan B, et qu’en cas de refus de ce crédit par les votants, il faudrait repenser le rôle de l’armée en Suisse. Cela fait plus de trente ans que l’on se pose régulièrement la question de savoir quel rôle l’armée doit jouer en Suisse. Refuser le crédit serait l’occasion rêvée de forcer nos politiciens, fervents adeptes de la procrastination en la matière, à se poser sérieusement la question et à redéfinir ce rôle. Bon, c’est vrai que c’est du boulot, mais nous les payons pour ce faire, après tout. Peut-être y a-t-il mieux à faire avec la jeunesse de ce pays que d’apprendre à tirer au fusil et à marcher au pas. Peut-être que les cyberattaques et le terrorisme peuvent être combattus autrement qu’avec un avion de combat supersonique (lui-même susceptible d’être rendu inopérant par une cyberattaque) ? Peut-être que la notion même de sécurité a un peu changé depuis la deuxième guerre mondiale ? L’émergence des unités de combat robotisées et dopées à l' »intelligence » artificielle rend peut-être à terme certains types d’armements lourds inefficients ?

Je voterai contre ce crédit de CHF 6 milliards, pour de nombreuses raisons; pour ceux qui me connaissent un peu, ce n’est pas un scoop. Je remercie néanmoins Mme Amherd de m’avoir fourni une raison supplémentaire de refuser ce crédit, afin d’essayer d’initier une réflexion plus fondamentale sur le rôle de l’armée dans ce pays qui se proclame neutre qu’est la Suisse.

Télécom…

Le 14 février 1876 était inventé le téléphone, par Alexander Graham Bell et Elisha Gray. Le second déposa le brevet deux heures après, et perdit donc le bénéfice de ses recherches; il se consola avec l’invention du télégraphe musical, sorte d’ancêtre du synthétiseur. Le téléphone constitua l’un des plus importants développements techniques du dix-neuvième siècle, et fut l’un des grands moteurs de la révolution industrielle au vingtième siècle. Il eut également une influence très significative dans les grands conflits de la première moitié du vingtième siècle.

Très tôt, on se rendit compte qu’il n’était guère envisageable de relier tous les utilisateurs entre eux par des connexions filaires permanentes, et en conséquence on développa la notion de réseau avec des nœuds de commutation d’abord manuels, puis automatiques à partir de 1891 et l’invention de l’autocommutateur par Almon Strowger, un entrepreneur de pompes funèbres (!).

Au cours du vingtième siècle, on développa le réseau téléphonique qui devint petit à petit automatique, au niveau mondial; on lui ajouta, de manière indépendante, un réseau télex pour la transmission de textes écrits et plusieurs réseaux semi-privés de transmission de données. Le terminal téléphonique était alimenté à distance de sorte que la fonction téléphonie reste utilisable en cas de panne du secteur : une fonctionnalité jugée de première nécessité en ces périodes de guerre froide et de menaces nucléaires, ainsi que dans des régions pas toujours alimentées en énergie de manière fiable.

Dans les années 1990, on se trouve dans une configuration assez hétéroclite en Suisse, ainsi d’ailleurs qu’en Europe Occidentale. Le réseau téléphonique est largement numérique (Réseau Numérique à Intégration de Services RNIS, réseau à commutation de circuits) mais il reste encore beaucoup de raccordements analogiques conventionnels. Le trafic de données est assuré par un réseau indépendant (Telepac, commutation de paquets) basé sur le protocole X.25, et compatible avec les réseaux de données des pays voisins (en particulier le français TRANSPAC, support du célèbre MINITEL). Le réseau mobile numérique nouvellement introduit (NATEL-D, correspond à ce que l’on appellerait 2G aujourd’hui) remplace progressivement le réseau mobile analogique (NATEL-C). Le réseau télex est en voie d’abandon, remplacé par l’application téléfax sur le réseau téléphonique. Il y a encore très peu d’utilisateurs raccordés directement à Internet; la majorité utilise des modems de connexion pour accéder, via le réseau téléphonique analogique ou numérique, à une passerelle de raccordement. La vitesse de connexion à Internet est limitée à 14.4 kbit/s sur raccordement analogique (56.6 kbit/s en mode compression) et 64 ou 128 kbit/s sur raccordement RNIS. Certains privilégiés expérimentent des raccordements à plus haut débit (2 Mbit/s) par ADSL, mais le réseau en arrière-plan (backbone) n’est pas toujours à la hauteur.

Il faut insister sur le fait que ces divers réseaux sont indépendants; les éventuelles interactions (par exemple un utilisateur RNIS téléphonant à un utilisateur avec un ancien téléphone analogique) nécessite une passerelle de conversion. La loi sur les télécommunications garantit à l’opérateur national l’exclusivité des infrastructures de télécommunications. Le coût de connexion est prohibitif, les performances peu brillantes. La maintenance du réseau fait l’objet d’un réseau indépendant, de manière à garantir la possibilité d’intervention en cas de défaillance de l’un ou l’autre des réseaux d’exploitation.

En 2020, il ne reste pratiquement plus qu’un réseau semi-public, basé sur le protocole fondateur d’Internet, IP, et qui intègre les services de voix (fixe et mobile, à partir de la 4G) et de données sur un réseau à commutation de paquets. Les services liés à la téléphonie ne constituent plus qu’un type de données parmi d’autres. D’un opérateur national, on est passé à une multitude d’opérateurs disposant (ou pas) d’une infrastructure matérielle de connexion pour les utilisateurs. Le matériel est largement homogène, partagé grosso modo entre quelques opérateurs majeurs qui privilégient chacun leurs fournisseurs préférés (à l’exemple de la 5G qui s’appuie sur Ericsson pour Swisscom et sur Huawei pour Sunrise).

L’intégration de tous les services sur un seul et même réseau a des avantages économiques évidents; en particulier au niveau organisationnel et pour la maintenance. Un opérateur peut s’appuyer sur un seul fournisseur, il a moins d’interlocuteurs, le matériel largement composé d’éléments identiques lui permet d’entretenir des équipes de maintenance plus restreintes et de négocier des prix plus avantageux. Les incompatibilités dans le réseau qu’il doit gérer sont inexistantes ou à tout le moins rares.

L’intégration massive des services alliée au développement de câbles à fibre optique de très grande capacité permet aussi de faire évoluer la structure du réseau. De largement maillé, il évolue vers une structure étoilée, plus facile à mettre en oeuvre, moins gourmande en travaux de génie civil pour enterrer les câbles, et aussi plus en adéquation avec la philosophie d’adressage et de routage du protocole Internet. Corollairement, le réseau est devenu moins coûteux et plus facile à gérer.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, avec une maximisation des bénéfices et un service de qualité (offre de débits très élevés à la clé) pour l’opérateur.

Sauf que… l’informatique moderne a pris l’habitude de livrer des produits pas toujours très bien finis. Les possesseurs de matériel informatique sont accoutumés aux « mises à jour » généralement intempestives; il n’en va pas différemment des divers équipements de télécommunications modernes, comme les routeurs IP, par exemple. Les routeurs ne sont d’ailleurs que des ordinateurs dédiés avec des systèmes d’exploitation similaires à celui de votre PC ou smartphone favori. Que ce soit pour améliorer les fonctionnalités ou mettre à jour les piles de protocole, ces éléments sont fréquemment soumis à des correctifs logiciels. Dans un réseau homogène, pratiquement tous les éléments reçoivent le même correctif au même moment. Si la mise à jour présente un problème, il sera répercuté dans tout le réseau, conduisant dans certains cas, heureusement rares il est vrai, à la panne totale de tous les services. Comme pour certaines pannes récentes de Swisscom (tout de même à trois reprises entre janvier et juin 2020), où même le 144 (urgences médicales), le 117 et le 118 (police et pompiers, respectivement) sont parfois devenus inatteignables: une panne gravissime.

Ce genre de panne affectant un réseau homogène est de fait très complexe à gérer : les outils de télémaintenance ne peuvent plus être utilisés sur un réseau inopérant; et puis, comment communiquer avec les équipes de maintenance alors que ni le téléphone (fixe ou mobile), ni Internet (email, What’s App, etc…) ne fonctionnent ? A l’ère de la 2G (GSM) le réseau mobile était indépendant du réseau fixe ou du réseau IP, mais actuellement, tous les services de communication transitent sur le réseau IP… Même les canaux qui devraient servir à la maintenance du réseau !

Dans un autre ordre d’idées, un pirate informatique a plus de possibilités de nuire dans un réseau homogène. Attaquer un réseau implique l’attaque de composants vulnérables du réseau, or, il est difficile de mettre au point un virus informatique capable de perturber le fonctionnement de composants différents : un virus pour Macintosh est généralement inopérant sur des machines Windows et vice-versa. Mais un réseau largement homogène offre des perspectives à l’informaticien malveillant. Un virus informatique pourrait potentiellement infecter un très grand nombre d’éléments d’un réseau composé d’une grande proportion de dispositifs identiques. Mettre à genoux un réseau de télécommunications (ou du moins sérieusement le perturber) est devenu envisageable pour une équipe de hackers désireux de déstabiliser un état ou une région. Paradoxalement, un tel exploit est devenu plus facile à réaliser que trente ans plus tôt.

La structure étoilée du réseau a aussi montré ses lacunes lors de la panne ayant affecté la région de Bulle en avril 2020 : une maladresse d’un opérateur de pelleteuse mécanique a privé de communications une région entière pendant plus de 24 heures. Une structure maillée -donc possédant des liens redondants entre les nœuds du réseau- aurait sans doute permis un service certes réduit, mais utilisable au moins pour les communications urgentes…

Moins efficace, un réseau hétérogène est généralement moins vulnérable aux pannes totales; la diversité des composants fait qu’il y en a toujours quelques-uns qui restent fonctionnels. Cette constatation ne se limite pas aux seuls systèmes de traitement ou de transmission de l’information : de manière tout à fait générale, les grands systèmes composés de nombreux éléments hétérogènes font preuve de davantage de résilience que des systèmes de dimensions comparables mais plus simples (et éventuellement plus performants). Ainsi, un grand domaine agricole qui ne concentrerait sa production que sur une culture unique se verrait à la merci d’une période de mauvais temps lors de la germination, ou de l’attaque d’un parasite spécifique. Dans cette optique, la baisse drastique de la biodiversité constitue un risque probablement inacceptable pour la vie sur notre planète.

Les systèmes que nous avons mis sur pied ne sont pas libérés de ces « contraintes » Nous avons crée un réseau de télécommunications incroyablement performant, mais qui se révèle aussi plus fragile que ce dont nous disposions jusqu’ici. L’un des grands principes directeurs ayant présidé à la création de nos systèmes d’information (KISS, Keep It Simple and Stupid) est-il finalement inapproprié, ou l’avons-nous mal interprété ? La privatisation des services de télécommunications a-t-elle entraîné une négligence de critères sécuritaires jugés – peut-être à tort – un peu excessifs ?

La réponse à ces questions dépasse le cadre de cet article, ainsi que les compétences de l’auteur. Mais les questions restent, et sont quelque peu préoccupantes. Surtout en ces temps difficiles où le coronavirus à l’origine de Covid-19 (Coronavirus Disease 2019) confère une nouvelle portée aux systèmes de télécommunications : téléconférences au cours desquelles des secrets d’entreprises ou des options politiques peuvent être discutés, télétravail imposant le partage et la mise à jour de documents potentiellement confidentiels, utilisation intensive de structures de cloud dont la sécurité peut parfois poser problème, et tout ceci sur des infrastructures dont la fiabilité laisse à désirer…

On a longtemps espéré pouvoir développer le télétravail pour de multiples raisons : économie pour les entreprises, moins de pollution dues aux transports, amélioration de la qualité de vie des usagers… Mais une panne générale du réseau dans une entreprise fonctionnant en télétravail peut représenter des pertes considérables. Cette société de télétravailleurs vers laquelle un virus au doux nom de SARS Cov 2 tend à nous faire basculer ne pourra se faire sans une infrastructure de télécommunications certes très performante, mais également fiable et sûre. En l’état, ce n’est pas encore gagné…

Bureau en désordre

Au cours de ma carrière, et maintenant encore, j’ai eu régulièrement des querelles avec des proches au sujet de l’organisation (ou la désorganisation) de mon bureau. Mon bureau, outre un clavier d’ordinateur, une souris et un écran, comprend en effet plusieurs piles de livres et de documents divers qui sont « gérés » comme suit : Le dernier document consulté est remis systématiquement au sommet de la pile; lorsque je cherche un document, je regarde dans la pile et en retire le document voulu qui va après utilisation se retrouver au sommet de la pile. Si un document ne se trouve pas dans la pile, une recherche fastidieuse dans la bibliothèque ou une armoire permettra de le localiser et de le mettre à son tour au sommet de l’une des piles après utilisation. Si la pile devient trop grande et menace de s’écrouler, il deviendra alors nécessaire d’interrompre l’activité en cours (avec un soupir de lassitude) pour mettre quelques livres ou documents dans l’armoire ou la bibliothèque (je choisis ceux qui sont au bas de la pile), de préférence en les rangeant dans un ordre plus ou moins prévisible dans l’armoire.

On m’a régulièrement vanté tel ou tel collègue dont le bureau est parfaitement net, ou même le clavier et la souris sont rangé sur un support intégré à l’écran, en me disant qu’il fallait prendre exemple sur cette personne, qu’elle était organisée, « elle », et puis que le bureau était du coup plus facile à nettoyer. Sur ce dernier point, je n’ai aucune objection. Sur les autres reproches possibles, je me permettrai toutefois une timide objection.

Le problème du classement de l’information a été de tous temps une des tâches élémentaires de l’informatique, et de nombreuses théories et de plus nombreux algorithmes ont été développés dans ce sens. L’idée était de retrouver rapidement un document sur la base d’un critère quelconque. A cela s’ajoutait le fait, toujours actuel d’ailleurs, que le lieu de stockage n’est pas innocent. Tel document très actuel devrait idéalement être accessible immédiatement, alors que tel autre pourrait aisément être archivé dans une localisation externe, quitte à devoir faire un effort considérable pour le retrouver. Ainsi s’est développée la notion de mémoire hiérarchisée : les documents les plus utiles sont accessibles rapidement, alors que les moins utiles demandent un temps parfois considérable (serveur éloigné, voire banque d’archivage offline) pour devenir consultables. Mais comment décider quel document est plus utile que les autres ?

Différentes stratégies ont été développées, en particulier en relation avec la notion de mémoire cache, que l’on retrouve dans tous les ordinateurs modernes, smartphones compris. La méthode la plus efficace pour la gestion de ce genre de mémoire répond au doux nom de LRU ou Least Recently Used. Le document le moins souvent consulté est chassé de la mémoire cache et remis dans une mémoire moins performante, mais probablement plus volumineuse. Difficile à implémenter pour de grandes quantités de documents, cet algorithme semble en moyenne le plus performant. Coïncidence, une pile de documents où le dernier document consulté est remis au sommet, et où on range dans une armoire les documents situés en bas de la pile implémente grosso modo une stratégie LRU.

Mon bureau, relativement à l’armoire, est comparable à une mémoire cache : je peux accéder aux documents qui y sont empilés beaucoup plus rapidement que s’ils étaient dans la bibliothèque ou aux archives. Ma méthode de « classement » sur mon bureau est du point de vue de l’informatique, l’une des meilleures. Mon bureau en désordre est donc beaucoup plus efficace que le bureau bien rangé de mon collègue.

Bon, reste à persuader mon entourage… Mais heureusement, je suis à la retraite, alors c’est moins urgent.

Cookies

Lors de la campagne présidentielle américaine de 2008, qui allait conduire à l’élection de Barack Obama comme 44ème président des Etats-Unis, la récolte de fonds par le biais du site web du candidat Obama s’avéra être un succès remarquable, puisque les sommes récoltées avoisinèrent les 57 millions de dollars. Pourtant, le design du site violait plusieurs des règles graphiques communément admises pour ce genre de site. En particulier, le bouton qui incitait les partisans de Barack Obama à un don en espèces pour sa campagne était un gros bouton rouge vif ! La couleur rouge étant considérée un peu partout comme la couleur de l’interdit, cela semblait a priori peu judicieux. Mais cela s’est finalement avéré nettement plus efficace qu’un traditionnel bouton vert, ou de toute autre couleur. Comment le designer du site est-il parvenu à ce résultat peu intuitif ?

Le designer en question n’était pas n’importe qui : Dan Siroker était un transfuge de Google qui a aujourd’hui fondé sa propre entreprise (Scribe.ai). Il a utilisé une technique abondamment utilisée chez Google, qui est le le Test A/B, ainsi que ses dérivés (Test A/Z, Test MVT, etc…). Ces tests sont actuellement utilisés de manière quasi systématique par les sites professionnels et consistent à comparer les résultats de plusieurs pages au design légèrement différent, et de garder celle qui engendre les meilleurs résultats. En l’occurrence, le gros bouton rouge s’avéra à l’usage le plus judicieux.

Depuis, les infrastructures de mise sur pied de sites web ont abondamment repris cette technique, et l’ont affinée. Le problème n’est plus seulement de proposer la page qui génère le plus de « clics » favorables, mais de proposer une page personnalisée qui incitera l’individu que vous êtes à effectuer le « clic » rémunérateur; mais ceci implique que l’on puisse déterminer qui vous êtes, ou à tout le moins vous classer dans un groupes d’utilisateurs identifiable, sur lequel on pourra composer une page optimisée. L’utilisateur est-il démocrate ? Est-ce une personne de sexe féminin, et de surcroît mère ou future mère ? Est-ce une personne aisée ? Est-il noir ? A-t-il déjà fait une contribution ?

Le problème de profilage de l’utilisateur est délicat, car il touche la sphère privée; pour éviter d’avoir à collecter ces renseignements de manière trop intrusive, on va essayer de déduire les informations de profilage du comportement de l’utilisateur, et comme on ne peut guère consulter son historique de navigation, on va essayer de la reconstituer en déposant des « traces de connexion » sur l’ordinateur personnel de l’utilisateur; ceci permettra de se souvenir ultérieurement que cette personne est déjà passée par ce site, et de reconstituer ainsi son parcours sur le site.

Vous connaissez tous les cookies; pas les petits gâteaux, mais ces petits fichiers texte que tous les sites commerciaux déposent sur votre disque système, qu’on appelle aussi parfois des témoins de connexion. Parfois (souvent), vous recevez un avertissement à ce sujet lors de la première visite d’un site donné, du genre :

L’exemple ci-dessus est relativement explicite (encore faut-il avoir la patience de le lire et de comprendre ce qui se cache derrière les mots), mais certains sont plus laconiques. Ces avertissements sont relativement récents: pendant de longues années, les sites ont utilisé des cookies sans en avertir leurs utilisateurs, et maintenant encore, un tel comportement peut être justifié si on peut démontrer que ces fichiers sont indispensables au fonctionnement du site (exemple d’un site de télé-achat où le fonctionnement du panier d’achat est lié à l’existence d’un cookie de session, voire d’un cookie multi-sessions). L’avertissement doit (en principe, il n’y a pas de législation en la matière) être donné à la première visite d’un site par un utilisateur si ces témoins de connexion (ou certains d’entre eux) n’ont pour seul but que d’apporter des « services » ajoutés (aide à la navigation, personnalisation du site, récolte de données statistiques, par exemple). Il faut être conscient qu’il n’y a guère de contrainte légale à l’introduction d’un tel avertissement, Internet restant dans une large mesure une zone de non-droit, ou à tout le moins une zone « grise » du point de vue de la législation.

Par eux-même, ces cookies sont relativement inoffensifs : le fichier texte de quelques kilo bytes déposé sur votre disque système ne saurait contenir de virus ou de programme malveillant risquant de mettre en danger votre ordinateur ou vos données personnelles. Mais une phrase de la figure ci-dessus devrait toutefois vous alerter : on y parle de partenaires de médias sociaux, et de combiner les informations collectées. En clair, si vous cliquez « Ok », vous autorisez le site web à collecter des informations sur votre utilisation du site et sur les renseignements que vous donnez, et de combiner ces données avec celles que d’autres sites « partenaires » auraient collectées précédemment, ou au cours de la même session grâce à ce que l’on appelle des cookies partenaires (third party cookies, une technique utilisée par exemple à l’importation d’un bouton « Like » de Facebook). Quelle utilité ? A cette question, la réponse est généralement « améliorer l’expérience utilisateur » en mettant en place des aides à la navigation et en composant des pages plus dynamiques et mieux adaptées à votre profil utilisateur. Ce n’est pas faux. Mais ce n’est pas non plus une explication exhaustive, tant s’en faut.

Se voir proposer systématiquement une publicité pour un produit pertinent dans l’état physique, moral ou social dans lequel on se trouve présentement constitue sans doute une « amélioration » de l’expérience utilisateur; mais cela implique aussi une connaissance très précise de l’individu ciblé. Connaissance qui peut d’ailleurs s’avérer erronée ou à tout le moins biaisée. Ainsi, j’ai récemment effectué une recherche Internet pour mon épouse, et depuis, lorsque je consulte le Huffington Post , Google insère dans les pages critiquant l’impéritie de M. Macron des publicités pour de la lingerie féminine…

Ceci dit, il n’est pas forcément à la portée de n’importe qui d’exploiter ces cookies et de combiner de manière pertinente les informations que l’on peut en extraire. Les géants de l’Internet, surtout Google et Facebook, ont acquis une véritable expertise dans ce domaine, ainsi que quelques entreprises spécialisées comme Cambridge Analytica qui se servent généralement d’informations collectées par Google ou Facebook. Mais cette difficulté n’est pas forcément rassurante…

Au fait, pourquoi a-t-on introduit ces fameux cookies ? Pourquoi les systèmes d’exploitation tolèrent-ils qu’un site web inconnu dépose quelques bytes d’information sur le disque système ? La réponse est trop longue et trop technique pour être développée ici, et remonte aux années 1980. Mais essayons d’abréger en quelques phrases. Les télécommunications dans le monde étaient alors déchirées entre deux modèles, l’un mis en avant par l’Europe Occidentale, et basé sur une interprétation plutôt stricte du modèle OSI, l’autre prôné par les Etats-Unis d’Amérique, fort d’une implémentation déjà relativement large basée sur la pile de protocoles d’Internet, TCP-IP. Cette pile de protocoles est beaucoup plus simple, et n’implémente pas de service de session, pourtant indispensable à l’implémentation, par exemple, d’un caddy dans un site de télé-achat. Vous savez quelle pile de protocole a finalement gagné : en l’absence de soutien politique de la part de nos dirigeants éclairés, TCP-IP a balayé les systèmes de télécommunications européens et les fabricants de centraux téléphoniques, détruisant au passage nombre de grandes entreprises européennes au profit d’entreprises comme Cisco Systems. Le réseau de télécommunications mondial est désormais homogène, routé au lieu de commuté, et… nous avons des cookies sur nos ordinateurs.

Les applications ont été en effet condamnées à bricoler pour implémenter le paradigme du panier d’achats; le protocole HTTP, probablement le plus simpliste des protocoles de la famille TCP-IP qui en compte pourtant de nombreux, n’offre en effet aucun secours en la matière. La solution adoptée a été de déposer ces petits fichiers contenant un identifiant de connexion, lisibles par un serveur éloigné et qui permet de récupérer la liste des requêtes précédentes (le panier d’achats). Et accessoirement, ces témoins de connexion permettent, on l’a vu, de récupérer bien d’autres choses et de poursuivre des résultats peu avouables, sans que cela soit forcément voulu de la part de l’utilisateur, ni même des développeurs chargés de l’implémentation du service.

Comme influencer le résultat d’une élection que l’on pensait parfaitement démocratique…

Quoi de neuf, docteur ?

Traditionnellement, la médecine, le droit et dans une moindre mesure la chimie sont des filières d’étude où l’obtention d’un titre de docteur est presque indispensable. N’appelle-t-on pas « docteur » son médecin ? Même si ce titre peut cacher diverses variantes, il est devenu tellement implicite que l’on a pris coutume d’aller « chez le docteur ». D’aucuns vont même « au » docteur, mais il s’agit là d’une impropriété. De langage, généralement…

De manière intéressante et un peu surprenante, on a constaté depuis la fin du vingtième siècle une assez nette recrudescence des candidats au titre de docteur (le plus souvent PhD) dans des filières de formation où ce titre n’était requis que pour briguer des postes dans des instituts de recherche privés ou affiliés à des universités prestigieuses. Quel intérêt peut-il y avoir pour un jeune étudiant de prolonger ses études de quelques années pour obtenir un titre qui ne lui rapportera vraisemblablement rien, ni du point de vue salarial, ni (ou si peu) du point de vue des opportunités professionnelles ? A moins bien sûr que le jeune universitaire ait un plan de recherche bien établi, et l’ambition de finir comme chercheur de haut niveau; mais les places sont fort chères, et mon expérience ne parle guère en faveur de motivations de ce genre… Alors, pourquoi entreprendre un doctorat ?

A la fin du vingtième siècle, on a cherché à uniformiser quelque peu les grades universitaires de manière à ce qu’ils deviennent comparables, et que les détenteurs de diplômes d’étude supérieure puissent être reconnus comme tels dans d’autres pays. Alors que jusque là, l’ingénieur micro-mécanicien ETS de l’école technique de Saint-Imier (Suisse, canton de Berne) devait expliquer parfois péniblement à un employeur potentiel de Besançon (France, Doubs, à moins de 100 km de Saint-Imier) à quoi correspondait sa formation, il peut désormais postuler comme bachelor ou master en ingénierie, orientation micro-mécanique. Le principe d’équivalence devrait lui permettre de voir sa formation considérée à l’égal de son homologue français tout droit sorti de l’ISIFC (Institut supérieur d’ingénieurs de Franche-Comté).

A priori, on peut considérer qu’il s’agit d’une bonne idée; mais en y regardant de plus près, on remarque que ce changement est accompagné d’effets de bord pas tout à fait anodins. L’employeur potentiel pour commencer, qui engageait jusqu’alors des ingénieurs, et qui va désormais engager des bachelors ou des masters. Mais un bachelor en provenance d’une HES (par exemple la HES-SO) n’a pas les mêmes potentialités qu’un bachelor en provenance d’une université ou d’une EPF ! Le bachelor HES dispose d’une formation professionnelle, alors que la formation de l’universitaire est théorique. Engager un bachelor universitaire dans une entreprise n’a guère de sens, alors que le bachelor HES peut représenter une alternative intéressante. De manière similaire, un titulaire de master EPF devrait en principe être considéré comme équivalent au possesseur d’un titre homonyme délivré par une HES, ce qui fait grincer des dents du côté des EPF… Comme me le disait très sérieusement et péremptoirement un collègue de l’EPFL alors que j’enseignais à la HEIG-VD :  » Tu formes les futurs subordonnés de mes étudiants « . Peut-être, mais avec une équivalence des titres, cela devient difficilement défendable ! Il est vrai que j’ai également entendu quelqu’un de mon entourage (incidemment titulaire d’un doctorat PhD délivré par une institution universitaire, mais non chercheur lui-même) décréter l’incompétence globale de l’EPFL et de ce genre d’écoles. Je n’ai jamais demandé à ce personnage son avis sur les HES, et cet avis ne m’intéresse d’ailleurs que médiocrement.

Il y a également un malaise du côté des étudiants : à quoi bon fréquenter une université prestigieuse, souvent éloignée de son chez-soi, alors que le titre que l’on obtiendra sera équivalent à celui conféré par la HES sise à trois cents mètres de son domicile ? Et comment ensuite valoriser un titre de « master » décerné par une école plutôt que par une autre ?

Un autre effet de bord, auquel on pouvait s’attendre, provient des institutions universitaires elles-mêmes. Comment se démarquer désormais, si l’on délivre des titres équivalents à ceux que décernent les écoles concurrentes, parfois plus petites ou moins réputées ? Une partie de la réponse réside dans le ranking des universités et des écoles supérieures. Un classement qui permet aux institutions de niveau universitaire de se comparer à de prestigieuses enseignes du monde entier. Mais qui dit classement dit critère de comparaison, et c’est la recherche qui est ici chargée de servir de référence pour l’établissement du classement. La recherche est caractérisée (à tort ou à raison, mais ce n’est pas le débat) par la publication d’articles dans les revues spécialisées; il faut donc publier un nombre aussi élevé que possible d’articles; mais pour cela, il faut disposer de chercheurs… On va donc tendre à encourager les étudiants à entreprendre un travail de doctorat, même si l’étudiant n’est visiblement pas un chercheur dans l’âme, même si le futur maître de thèse a déjà bien trop de doctorants sous sa responsabilité pour être en mesure de les « coacher » de manière crédible. Souvent, on « persuade » l’étudiant avec la complicité des parents ou des proches, conquis par l’idée d’avoir une progéniture affichant « PhD » sur sa future carte de visite. Voilà donc formée une petite armée de doctorants qui vont régulièrement pondre des articles pour un salaire de miséreux dans le but d’améliorer le ranking de l’institution. Soyez sans crainte, ils finiront par obtenir leur titre : c’est à la portée de l’immense majorité des étudiants qui parviennent au grade de master. Mais quant à savoir ce qu’ils vont faire de ce titre… De chercheur passionné qu’il était il y a vingt ans, le doctorant devient un tâcheron sans génie et avec des débouchés incertains !

Hormis de prestigieux instituts de recherche déjà abondamment fournis, le besoin en chercheurs de haut niveau est en effet très limité. Un nouveau débouché qui s’est présenté dans les dix dernières années en Suisse est l’enseignement en HES : à tel point que dans certains instituts ou départements, on impose le titre de doctorat comme condition à l’engagement comme enseignant : on préfère engager de jeunes doctorants sans expérience et sans contacts avec le tissu socio-économique local plutôt qu’un homme de métier expérimenté et disposant d’un réseau de relations locales bien fourni; et ceci en dépit de la vocation pratique et proche du tissu industriel local affichée de la HES… La stratégie d’engagement basée sur le titre académique réalise parfois des détours que la raison a quelque peine à appréhender. Bref…

Même avec le quelque peu discutable mais providentiel débouché des postes d’enseignants HES, beaucoup de doctorants ne trouvent pas de travail. Une vaine fuite en avant leur permet parfois de trouver une bourse pour réaliser un post-doc de durée limitée dans une université étrangère (avec toujours le souci du ranking de ladite université !). Sur-qualifiés, mais incapables d’assumer le rôle que leur institution ou leurs proches ont voulu leur assigner, ils sont conscients qu’ils ont coûté très cher à la société et à leur famille, mais n’ont que peu d’espoir ou de motivation de rentabiliser cet investissement afin d’apaiser leur malaise… Au mieux, ils finiront obscurs profs de physique/chimie dans un lycée d’une agglomération provinciale (à condition toutefois de suivre un cours complémentaire pédagogique); au pire…

La recherche de l’excellence a de tout temps été mise en avant comme une chose souhaitable. « Le mieux est l’ennemi du bien ». Mais un titre académique de fin d’études, aussi prestigieux soit-il, ne saurait être un objectif, mais au mieux une porte d’entrée dans la vie professionnelle. Actuellement, on a un peu l’impression que les institutions universitaires et/ou les proches de l’étudiant tendent à oublier cette évidence pour d’autres critères moins favorables ou carrément contre-productifs à l’étudiant. Et on n’insistera pas trop sur le coût prohibitif (pour la société, pour les proches, et pour l’étudiant lui-même) d’un tel cursus académique finissant en queue de poisson… A commencer par la nécessité pour le jeune PhD d’obtenir un poste avec un salaire permettant de se constituer plus tard une retraite décente, sachant que la période de cotisation a été nettement plus restreinte !

What’s up, Doc ? aurait pu demander Bugs Bunny à ces titulaires de doctorats coûteux et à l’utilité pour le moins discutable. La réponse serait probablement à l’unisson de la conclusion des dessins animés du célèbre lapin : That’s all, Folks !

Maslow, toujours

Abraham Maslow (1908-1970) était un psychologue américain connu pour son expression humaniste des besoins de l’homme. Ces besoins sont souvent représentés sous la forme d’une pyramide à 5 niveaux, la pyramide de Maslow, aussi appelée pyramide des besoins.

Pyramide de Maslow

  1. Les besoins physiologiques : respirer, manger, boire, dormir; besoins vitaux, pour l’essentiel.
  2. Les besoins sécuritaires : un environnement prévisible, un cadre de vie stable.
  3. Le besoin d’appartenance : affection des autres, amour, bien-être en société des autres.
  4. Le besoin d’estime : confiance et respect de soi, reconnaissance et appréciation des autres.
  5. Le besoin d’épanouissement : Besoin d’accomplissement de soi, de progression.

Ce modèle bien connu, et souvent enseigné, en particulier dans le cadre du management, est critiqué pour son excessive simplicité; par corollaire, la communauté scientifique le considère actuellement comme erroné; néanmoins, il définit une hiérarchie intéressante qui peut être rapidement mise en évidence par quelques éléments très concrets. La hiérarchisation sous-entend que les besoins « élevés » sont mieux considérés que les besoins « élémentaires ». Cette hiérarchie peut être illustrée par la réticence que l’on peut avoir à payer ses impôts ou son assurance maladie alors même que l’on n’hésite pas trop à acheter un véhicule dont les performances excèdent probablement l’usage que l’on va en faire. Pourtant, les impôts servent (ou devraient servir, mais c’est là un autre débat) à satisfaire des besoins vitaux, alors que le gros SUV qui passe 90% du temps au garage… Ici, c’est clairement le besoin d’estime qui prend le pas sur les besoins physiologiques et sécuritaires. Quant à discuter du bien-fondé de l’utilisation d’un véhicule automobile, aussi prestigieux soit-il, comme signe de valorisation personnelle… c’est une question qu’on laissera à l’appréciation de chacun.

Le besoin d’estime et le besoin d’accomplissement de soi sont souvent liés, dans l’esprit des gens, à la puissance que confère la possession d’importants biens matériels. Ceci peut peut-être expliquer le désir immodéré et irrationnel d’enrichissement de certains, déjà tellement fortunés qu’il n’ont pratiquement aucune chance de parvenir à profiter de leurs richesses dans le temps qu’il leur reste à vivre.

La pyramide de Maslow permet aussi de fournir de précieux indices sur le comportement des consommateurs, en particulier dans le secteur des technologies de l’information. Les réseaux sociaux tablent sur le besoin d’appartenance, dans un premier temps (si t’es pas sur Facebook, t’es rien), puis, lorsque vous vous êtes fait des « amis », sur le besoin d’estime en fournissant aux utilisateurs des outils pour se mettre en évidence. Apple vend ses iPhone haut de gamme 5 ou 6 fois plus cher que certains appareils fonctionnellement équivalents, et d’une espérance de vie similaire parce que conditionnée par l’obsolescence programmée justement développée à un niveau presque artistique par ce même constructeur californien… Mais l’image d’Apple reste depuis Steve Jobs une image valorisante et innovatrice, même si l’entreprise n’a pratiquement jamais innové, se contentant de racheter et d’intégrer (remarquablement bien, il faut le souligner) des technologies novatrices introduites par de jeunes start-up en mal de financement. Un consommateur qui achète un iPhone participe à cette image valorisante que met en avant Apple.

De fait, on peut transposer la pyramide de Maslow dans le monde des technologies de l’information; plusieurs propositions ont été faites (comme par exemple celle-ci), mais il n’y a pas de consensus sur ce sujet. Tout au plus retrouve-t-on généralement les éléments physiques d’Internet en bas de la pyramide, les systèmes d’exploitation et les éléments de sécurité au deuxième niveau, puis (dans un ordre disparate, mais en remontant vers le haut de la pyramide) les systèmes de développement, les applications, les infrastructures de publication web et les réseaux sociaux.

Comme l’intérêt des utilisateurs est plus orienté vers les fonctionnalités valorisantes (en haut de la pyramide), il est logiquement plus avantageux de développer un applicatif qu’une infrastructure de communications ou un système d’exploitation : ces deux composants sont en effet considérés comme implicites par les utilisateurs, et leur utilisation n’est guère valorisante. Il n’en a pas toujours été ainsi; longtemps, le système d’exploitation et la connexion réseau ont été des éléments revêtant une importance certaine pour l’utilisateur. Actuellement, les fonctionnalités proposées par les rares acteurs survivants étant équivalentes, le système d’exploitation n’a plus qu’une importance marginale. Ainsi, après avoir bâti sa fortune sur Windows et Office, Microsoft s’est désormais mué en entreprise de services dans le domaine du « cloud computing ».

Pourrait-on appliquer aussi le schéma de Maslow à des Etats ? Des Etats pourraient-ils privilégier des investissements à l’utilité peu évidente pour des raisons de prestige ? Les Jeux Olympiques de Sotchi à la gloire du tsar Vladimir sont encore dans les mémoires et semblent malheureusement confirmer l’hypothèse si besoin était. Et il n’est pas jusqu’à un petit Etat comme la Suisse qui ne se laisse tenter par des investissements inutilement dispendieux. Le peuple suisse va prochainement voter un budget (six milliards de francs tout de même, investissements d’entretien non comptabilisés, mais d’envergure équivalente) pour l’achat de nouveaux avions de combat, mais les machines envisagées sont-elles réellement adéquates pour un pays si restreint que les avions les plus rapides ont tout juste le temps de décoller de leur base avant de virer pour éviter de violer l’espace aérien d’un pays voisin ? Une alternative moins onéreuse ne permettrait-elle pas de remplir les missions envisagées avec une pollution bien moindre ? Une initiative dans ce sens a été lancée et devrait aboutir. Mais le coronavirus est venu interrompre ce processus, et il n’est pas sûr que les évidences de l’hiver 2020 restent d’actualité à la sortie de la crise dans laquelle le monde entier se trouve plongé.

La pyramide de Maslow constitue un modèle pas très encourageant pour notre société. Mon ego passe avant tout… Aux Etats-Unis, un président improbable a fait de ce postulat un argument électoral imparable : America First ! La crise mondiale du coronavirus pourrait, selon les modèles les moins optimistes (que chacun espère erronés), causer des dizaines de millions de morts, des personnes comme l’auteur de ces lignes, par exemple, doublement personne à risques… Mais cette même crise pourrait aussi déboucher sur une prise de conscience sociale qui permettrait de placer la solidarité au-dessus de la promotion personnelle. On peut rêver.

On peut rêver d’une pyramide de Maslow inversée, du moins en partie. Ou les valeurs essentielles prennent plus d’importance en regard des objectifs de valorisation personnelle. Il y a eu plusieurs visions de la société qui ont tenté, par le passé, de modifier l’ordonnance de cette pyramide. Marx et Engels, pour ne citer que les plus connus, avaient imaginé le communisme, en renversant simplement la pyramide, avec le résultat que l’on connaît.

Finalement, est-il nécessaire de hiérarchiser les besoins de l’être humain ? Ne suffirait-il pas de les mettre pêle-mêle dans un nuage d’où on pourrait les faire émerger en fonction des situations rencontrées ? Il paraît évident que pour la génération à laquelle j’appartiens (1945-1960, peu après la guerre), une telle attitude relève de l’utopie, sauf conditions exceptionnelles comme une guerre ou une pandémie, par exemple. Mais la génération 1995-2010 ? Celle de Greta Thunberg, et d’autres pas encore suffisamment médiatisés… on ne peut que souhaiter qu’ils parviennent à changer de paradigme de société. Au nom du climat, au nom de l’équité sociale, au nom de l’humanité, au nom de la planète et de son écosystème… au nom de leur propre bien-être, simplement.