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Sporty New Year !

Bonne année à tous !

Cette année 2022 sera marquée par deux évènements sportifs majeurs : les Jeux Olympiques d’hiver à Pékin (4 au 20 février), et le championnat du monde de football au Qatar (21 novembre au 18 décembre); les sportifs ont de quoi se réjouir !

Personnellement, je ne suis pas vraiment ce que l’on appelle un sportif, même si je pratique et adore le ski, et que j’ai pas mal parcouru la haute montagne en des temps meilleurs. La notion de compétition ou de confrontation liée au sport me passionne en effet modérément. J’aime bien suivre les compétitions de ski, mais le sport-canapé s’arrête à ce niveau pour moi. Ces deux évènements ne sont donc pas faits pour troubler de manière radicale mon emploi du temps pour l’année qui débute. En dépit de mon intérêt tout relatif, il y a tout de même quelques interrogations qui me viennent à l’esprit concernant ces deux manifestations.

Un championnat du monde de football dans un pays ne comptant pas de grande équipe (si l’on ne compte pas le Paris St. Germain) n’est pas forcément très pertinent, mais ce n’est pas interdit non plus; on est en revanche plus intrigué par les multiples « affaires » qui ont secoué les préparatifs de ce championnat du monde (Corruption ayant présidé à l’attribution de la Coupe du Monde, soupçons de maltraitance des ouvriers, perturbation des calendriers des championnats du monde entier, et on en passe).

Il est vrai qu’au vu des sommes engagées dans le football, la corruption paraît difficilement évitable; au seul critère des salaires incriminés, on se prend à rêver ou à cauchemarder : Ainsi, le Paris Saint-Germain, détenu par un groupe du Qatar, affiche-t-il des salaires totalement délirants pour ses joueurs de Ligue 1. Le Brésilien Neymar, selon les sources référencées ci-dessus, toucherait un salaire annuel de près de 50 millions d’euros; le nouveau venu Lionel Messi dépasserait ce chiffre, et Kylian M’Bappé naviguerait dans les mêmes ordres de grandeur. Chaque jour, chacun de ces joueurs reçoit près de deux fois le salaire annuel d’une infirmière française qui travaille dur pour soulager les souffrances de malades et mettre parfois sa vie en danger au contact de pandémies mal maîtrisées. Cela fait tout de même cher le coup de pied dans une baballe… A ce tarif, MM. Blatter et Platini, impliqués à leur corps défendant dans les rumeurs de corruption, font figure de très petits joueurs !

Je critique, je critique… Mais au vu du yacht de M. Abramovich, possesseur du club de football britannique Chelsea FC (et, partant, acteur majeur de la scène footballistique internationale), je suis moi-même, avec mes petits problèmes de chauffage, un très très très petit joueur.

Un de mes amis tentait de relativiser en disant que la carrière d’un footballeur est finalement assez courte, et que les salaires exorbitants seraient ainsi justifiés : tu rigoles ? 15 ans à 50 millions et la retraite à la clé, moi, je signe tout de suite ! Et je connais plusieurs des infirmières citées plus haut qui contresignent. Ces salaires ne sont pas l’apanage de quelques joueurs de très haut niveau : un Xherdan Shaqiri, joueur excellent mais ayant visiblement atteint depuis longtemps tous les objectifs fixés par son ambition gagne tout de même plus de 4 millions d’euros par année.

Mais je m’égare un peu. Beaucoup même, sans doute. Il me semble tout de même que ces sommes délirantes tendent à démontrer que la Coupe du Monde (le « Mundial« ) est avant tout un évènement financier. Le sport n’est pas le moteur essentiel dans cette organisation, c’est l’argent. Et l’argent attire la convoitise, donc la tentative -réussie, apparemment- de corruption. Si les motivations avaient été uniquement sportives, on aurait choisi une autre période de l’année, plus propice, et un autre endroit, où les gens sont plus passionnés par le football.

L’argent n’est selon toute probabilité pas la raison principale (mais elle reste vraisemblablement significative) pour avoir choisi un endroit comme Beijing pour organiser des Jeux Olympiques d’Hiver. Un endroit très sec où les sports d’hiver ne sont guère populaires, les installations (stades de glace, pistes de ski, etc…) inexistantes, moins encore qu’en Corée du Sud où, quelques années plus tôt, se sont tenus des Jeux Olympiques dans la relative indifférence des spectateurs locaux.

Alors, sur quels critères Pékin a-t-il obtenu les Jeux Olympiques d’Hiver ? La Chine avait obtenu en 2008 l’organisation des Jeux Olympiques d’Eté : cela avait été l’occasion de montrer au monde entier que la nation était devenue forte, moderne. Le message sera sans doute différent en 2022. La Chine se veut une grande puissance, la première puissance mondiale, et le message que proposera la cérémonie d’ouverture sera sans doute intéressant à ce point de vue, même si le coronavirus perturbe quelque peu le spectacle. La Chine a usé de toutes ses influences (en particulier auprès des Africains qui ont beaucoup de voix au Comité International Olympique) pour obtenir cette tribune mondiale, et le fait que personne en Chine ne s’intéresse au ski ou au hockey sur glace est totalement secondaire.

Des situations analogues ont déjà été expérimentées par le passé, mais sans doute jamais de manière plus évidente que lors des Jeux Olympiques de 1936 à Berlin, où le IIIème Reich voulait démontrer au monde entier que l’Allemagne s’était relevée de sa défaite de 1918, et qu’elle entendait faire payer aux vainqueurs l’humiliation du Traité de Versailles en 1919.

De manière intéressante, on peut tirer quelques parallèles (parmi d’autres possibles) entre la situation en Allemagne en 1936, et la Chine en 2022. Bien sûr, « Comparaison n’est pas raison » (Raymond Queneau), mais cela donne tout de même des indications qui peuvent se révéler instructives:

  • L’Allemagne de 1936 tolère assez mal la contradiction et la critique; on a ainsi modifié le rôle de la police criminelle (Kriminalpolizei) pour en faire une police politique. De son côté, le Parti Communiste chinois a depuis longtemps réprimé sévèrement la contestation, comme l’avait fait avant lui les empereurs. Ainsi a-t-on pu constater récemment la disparition momentanée de divers personnages (Fan Bingbing, Jack Ma, Peng Shuai pour ne citer que les plus connus et les plus récents), qui revenaient parfois après plusieurs mois d’absence sur le devant de la scène en tenant des propos nettement différents de ce qui avait pu être dit par le passé. Pour la joueuse de tennis Peng Shuai, le gouvernement a dû improviser une conversation de l’intéressée avec le directeur du CIO Thomas Bach pour que ce dernier puisse se dédouaner vis-à-vis de la presse internationale ! Par ailleurs, le gouvernement tente souvent maladroitement de corriger l’histoire en éliminant les souvenirs d’épisodes désagréables comme les incidents de Tian An Men.
  • L’Allemagne de 1936 utilisait déjà les camps de concentration (instaurés dès 1933) pour se débarrasser des personnes ou de groupes indésirables. Apparemment, les autorités chinoises utilisent ce genre de moyens pour contrôler des minorités encombrantes comme les Ouïghours au Xinjiang; certains médias n’hésitent pas à parler de génocide en la matière, un peu à la manière de la solution finale de l’Allemagne nazie dès 1942. Les dénégations assorties de protestations outrées du gouvernement chinois sont décrédibilisées par la censure sévère et omniprésente exercée par ces mêmes autorités.
  • Les visées hégémoniques du gouvernement chinois menacent la paix en Extrême-Orient. L’annexion violente du Tibet (actuellement Xijang) dans les années 1950 peut être mise en regard de l’Anschluss de l’Autriche planifié dès 1935 par le Reich. Les prétentions chinoises sur l’île de Taïwan et la république de Chine font craindre l’escalade en mer de Chine. On peut tracer un parallèle entre le Taïwan actuel et la ville de Dantzig (ou Gdansk) à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale. L’annexion de Dantzig en 1939 avait marqué le début de l’invasion de la Pologne et initié le conflit de 1939-1945.

De Berlin à Pékin. La rime est assez pauvre, mais un peu inquiétante. Souhaitons que le pouvoir en place à Pékin ne fasse pas rimer 2022 avec 1936.

Encore une fois : Bonne année à tous !

Métavers

Plusieurs acteurs du domaine des technologies de l’information (Facebook, Google, Amazon, Apple, Microsoft, etc… ) s’intéressent de près au métavers, à tel point que Mark Zuckerberg a décidé de modifier en Meta le nom de la société qu’il dirige et qui gère les services de Facebook. La perception de ce qu’est effectivement un métavers varie fortement selon les acteurs : cela va de la réalité augmentée à la complète dystopie en transitant par les réseaux sociaux ou les logiciels de télétravail. De fait, la démarche n’est guère originale, puisque Second Life, un monde virtuel crée par Linden Lab comme un jeu existe depuis 2003 et reste pour l’instant actif, bien que la crise de 2008 ait plombé sa popularité. Jusque là, ce métavers avait eu un succès indéniable; de nombreuses entreprises avaient d’ailleurs « ouvert boutique » sur Second Life, à l’exemple de la BCV, pour ne citer que cette entreprise se voulant pourtant « sérieuse »; bien que nombre d’entre elles aient désormais cessé leur activité, il en reste encore quelques-unes, ainsi que de nombreux services dont on peut obtenir la liste exhaustive sur le site dédié. Dans Second Life, chaque « joueur » est représenté par un « avatar« , et ce sont les avatars qui interagissent – de manière très basique, il faut l’avouer – entre eux; c’est apparemment sur ce principe que devrait se fonder le métavers de Facebook, en intégrant 20 ans de progrès technologique, des capacités de calcul cent mille fois plus performantes permettant entre autres le rendu 3D en temps réel et l’appui de connexions mille fois plus rapides. D’ailleurs, le réseau social Facebook est lui-même une sorte de métavers, assez primitif, mais il permet néanmoins aux utilisateurs de s’abstraire d’un environnement qui les dérange pour se retrouver dans un cadre où tous leurs interlocuteurs sont d’un avis convergent.

Le concept de Métavers a probablement été introduit par l’auteur de science-fiction Neal Town Stephenson dans le cadre de son roman « Le samouraï virtuel » (1996). Du moins, c’est ce que lui prétend. Dans une certaine mesure, à raison; mais j’ai souvenir de certains romans de science-fiction (ou films, comme le révolutionnaire Tron de Walt Disney, en 1982) antérieurs qui auraient pu correspondre à la thématique sans toutefois introduire le terme « métavers ». Peu importe, après tout.

Le métavers représente vraisemblablement la prochaine évolution du concept de réseau social; mais que peut-on attendre de ces nouveaux services appelés à bouleverser les habitudes de la société ?


Les espoirs ?

  • Celui qui implémente un métavers espère généralement en tirer un certain profit. Le métavers de Zuckerberg, par exemple, devrait permettre de vendre des casques de réalité augmentée qui permettront de se déplacer dans le métavers; des réseaux de capteurs devraient autoriser des interactions « naturelles » entre les avatars qui peuplent cet univers bardé de publicités pour des entreprises aussi bien réelles que virtuelles. Les avatars devront se vêtir dans des boutiques du métavers, fréquenter d’autres avatars dans des restaurants, des parcs ou des salles d’exposition de ce même métavers et acheter divers biens de consommation comme c’est déjà le cas dans Second life où les transactions se font en Linden dollars. Il n’est pas encore très clair sur la manière dont sera gérée l’économie sur la version de Facebook, mais on peut faire confiance à Zuckerberg pour qu’il ne perde pas d’argent.
  • Un métavers est un cadre d’expérimentation extraordinaire. On peut y créer des modèles sociaux, économiques ou politiques et les expérimenter sur la durée sans risquer de conséquences irréversibles dans la « vraie vie ». On peut même y organiser des conflits, des guerres, et faire ainsi l’expérience à relativement bon marché de stratégies et d’options géopolitiques.
  • Les entreprises peuvent, à peu de frais, expérimenter de nouveaux produits sans avoir à les développer au préalable. Le métavers peut en théorie remplacer les études commerciales dans de nombreux domaines. Le domaine de la mode et du design industriel par exemple peuvent expérimenter des nouveautés dans le métavers sans avoir à implémenter un modèle réel. Une nouvelle carrosserie d’automobile pourrait ainsi être soumise à une clientèle sélectionnée pour en mesurer l’attrait. Cerise sur le gâteau : dans le métavers, il est possible de vendre un produit qui n’est pas encore fabriqué…
  • Une entreprise qui pourrait travailler dans le métavers résout la plupart de ses problèmes de logistique; pas de bureaux, le télétravail est implicite, et pour autant qu’une monnaie virtuelle convertible (comme le Linden dollar dans Second Life) ait été définie, elle peut relativement facilement optimiser ses redevances fiscales. Cet avantage est bien sûr à double tranchant, car il peut représenter une évasion fiscale frauduleuse. Mais à l’heure actuelle, il devrait probablement être compliqué d’attaquer une entreprise pour des activités dans un univers virtuel…
  • Le métavers peut représenter un environnement intéressant pour des personnes âgées, ou partiellement handicapées, ne parvenant plus à avoir une vie sociale telle qu’ils la souhaiteraient. Ces personnes seront-elles en mesure de profiter de cette opportunité ? Pas sûr, même si les responsables de ces métavers acceptent de leur en faciliter l’accès pour des raisons philanthropiques.

Les craintes ? Elles sont nombreuses, mais peut-être sont-elles dues en partie à mon pessimisme ?

  • Les réseaux sociaux comme Facebook sont par nature des environnements clivants : on communique avec des « amis » que l’on s’est choisi, et on finit par ne plus interpréter le monde réel qu’au travers de ce cercle fermé que l’on s’est crée. La transposition d’un réseau social dans un métavers pourrait se concrétiser dans des micro-environnements (des îles, par exemple), où l’on se retrouve entre « amis » (ou avatars d’amis). On peut imaginer qu’un personnage influent (à l’image d’un précédent président des Etats-Unis, par exemple) acquière une île sur le métavers et y installe une méta-société où le droit consiste essentiellement en son bon vouloir, et l’information disponible en une vision uniformément biaisée par ses intérêts. Même si c’est déjà le cas sur les réseaux sociaux actuels, l’effet du métavers pourrait amplifier gravement le phénomène. Le « discours » politique se transposerait, du coup, en une propagande à sens unique dans le métavers, où les habitants de l’île seraient soumis à une pensée unique. On aurait une île « Trump Island », une île « Zemmour », etc… Ceux dont les avatars fréquentent ces îles risquent fort de se comporter de manière encore plus clivante, une fois de retour dans le monde réel.
  • Les promesses d’environnement exploratoire d’un métavers seraient sérieusement limitées par l’investissement considérable représenté par l’implémentation d’un environnement crédible. Un métavers permettrait théoriquement d’essayer divers types de sociétés, de contrôler l’effet de modifications sur une population typique, etc… Mais il n’est pas certain que ce genre d’expérimentation puisse s’avérer rentable pour des investisseurs dans les infrastructures nécessaires à l’élaboration du métavers.
  • Le métavers ne connaît en principe pas les limites de l’univers réel; ainsi, il est peu probable que Facebook introduise le virus SARS-CoV-2 dans son métavers, à moins qu’ils y voient un intérêt économique. On se retrouverait alors confronté à des environnements idéalisés (du moins, du point de vue de l’entreprise qui gère le métavers, qui a intérêt à contenter les utilisateurs) auprès desquels la réalité pourrait paraître bien grise ! Quelle influence sur la société ?
  • L’utilisation de casques de réalité augmentée limite l’accès au métavers en nécessitant un environnement spécifique. Une connexion 5G permettra sans doute l’accès en environnement mobile à un métavers, mais à combien de personnes simultanément ? Et il est sans doute compliqué de se connecter au métavers avec un casque de réalité virtuelle dans un environnement public ! Ou peut-être pas ?
  • Un avatar de Second Life consommait en 2008 une énergie équivalente à un Brésilien moyen en une année, soit 1750 kWh (source Wikipédia). On peut craindre que la technologie plus évoluée avec un rendu 3D plus réaliste et un réseau de support plus performant fasse exploser ce chiffre. Le métavers pourrait alors devenir un gouffre à énergie dont les serveurs alimentés par des centrales peu écologiques (comme cela est arrivé avec le bitcoin, au Kazakhstan par exemple) pourraient poser un réel problème environnemental, et ceci dans l’univers réel. Bon, d’aucuns me rétorqueront que le problème est déjà présent, alors un peu plus, un peu moins… Oui, mais tout de même.

Les univers synthétiques ou métavers représentent sans doute le réseau social de troisième génération; mais ils ne remplaceront pas les réseaux sociaux conventionnels dans un futur très proche, en raison des ressources matérielles qu’ils nécessitent. Je suis pour ma part très partagé entre l’enthousiasme conféré par les possibilités offertes par ces univers virtuels et les conséquences sociales possibles d’un déploiement à large échelle d’un tel métavers. D’autant qu’il n’existe aucune véritable législation à ce sujet; comme d’hab, on édictera les règles plus tard…


Transition énergétique

J’ai un souci potentiel avec le système de chauffage de mon domicile et la génération d’eau chaude domestique : la chaudière (fonctionnant au gaz naturel) est en excellent état, mais a plus de vingt ans d’âge, et n’est plus entretenue par le fabricant. En d’autres termes, si la chaudière tombe en panne, il faut la remplacer.

Parallèlement à cet état de fait, la loi, dans le canton où j’ai le douteux privilège de payer mes impôts, impose lors du remplacement d’un système de chauffage d’utiliser une part significative d’énergie renouvelable (donc non fossile). Remplacer la chaudière revient donc en substance à reconsidérer l’une des principales sources d’énergie de l’habitation. Un problème assez complexe à envisager pour un non-initié (et expérience faite, pas forcément évident non plus pour certains initiés ou se présentant comme tels) !

Fort heureusement, il y a des aides mises à disposition par les administrations cantonales; souvent hétéroclites d’un canton à l’autre, elles permettent néanmoins de se faire une petite idée des solutions existantes et des conséquences qu’elles impliquent (financièrement, économiquement, et du point de vue du confort de vie qu’elles entraînent). Ainsi, j’ai pu demander un conseil incitatif gratuit qui m’a permis de connaître les options possibles pour le cas particulier de mon habitation. Une pompe à chaleur à sonde géothermique semblait difficilement implantable, une chaudière à pellets m’aurait privé de tout ou partie de ma cave pour y stocker le combustible, seul un système de pompe à chaleur air-eau semblait adéquat. De manière extrêmement simpliste, il s’agit de faire fonctionner un très gros (et par ailleurs assez coûteux) réfrigérateur à l’envers : le réfrigérateur prend de l’air chaud pour éjecter d’un côté de l’air plus chaud et à l’intérieur de l’air plus froid, la pompe à chaleur prend de l’air à température ambiante pour éjecter de l’air plus froid à l’extérieur et plus chaud à l’intérieur.

C’est très simple en théorie, mais en pratique, un très gros réfrigérateur nécessite beaucoup d’énergie électrique pour fonctionner, et a besoin d’un ventilateur tournant pratiquement en permanence pour assurer la circulation d’air forcée. Malheureusement, l’approvisionnement électrique pourrait devenir problématique dans un futur proche, selon nos autorités; et la voiture électrique (que je persiste à considérer de manière très dubitative sous sa forme actuelle) ne va pas contribuer à améliorer la situation, ce qui pose des questions sur la sécurité d’investissement dans un tel système de chauffage…

L’une des solutions classique à ce dilemme est de coupler la pompe à chaleur à un capteur photovoltaïque pour produire soi-même une partie significative de l’énergie électrique consommée par la pompe à chaleur; mais comme le soleil ne brille pas forcément au moment opportun relativement aux besoins de chauffage, on va également utiliser une batterie à grande capacité pour stocker l’énergie électrique, ainsi qu’un gros réservoir de stockage de l’eau chaude (qui accessoirement, va occuper une place considérable dans le local technique). Bien sûr, il faut encore un onduleur pour revendre l’éventuel trop-plein d’énergie au fournisseur d’énergie électrique.

On s’en doute, la facture s’allonge notablement. La question qui se pose alors est de savoir combien de temps il faudra pour amortir l’investissement, pour autant que cela soit possible. Une première estimation (grossière, il est vrai, réalisé à l’aide d’une calculette en ligne) me propose un amortissement sur trente ans de mon investissement pour qu’il devienne effectivement rentable. Me voilà rassuré. Sauf que dans trente ans, je ne serai fort vraisemblablement plus là pour profiter de cet investissement, Sauf qu’une batterie au lithium-ion doit être remplacée après environ 6000 cycles de charge, donc (en supposant qu’en saison hivernale, on réalise un cycle par jour, ce qui ne paraît pas absurde) probablement après cinq ans environ. Sauf que les panneaux photovoltaïques connaissent de nouvelles générations tous les quatre à cinq ans. Les composants électroniques omniprésents dans ces systèmes ne sont plus fabriqués après une dizaine d’années (essayez donc d’obtenir sur le marché un microprocesseur Intel 80586 – ou Pentium – qui représentait le top du top en l’an 2000). D’ailleurs, ma propre chaudière à gaz a vingt ans d’âge et n’est plus entretenue par le fabricant, alors comment tabler sur un amortissement à trente ans ?

La conclusion est claire : pour le système photovoltaïque en tous cas, un amortissement à trente ans n’est pas réaliste : l’investissement est donc à pertes. Je n’ai pas considéré la pompe à chaleur elle-même jusqu’ici, parce que je ne suis pas suffisamment au fait de ces technologies pour émettre un avis pertinent, mais j’ai l’intention de corriger ces lacunes dans un proche avenir; par ailleurs, j’ai un congélateur qui fonctionne depuis bientôt quarante ans, je pense donc que la technologie est mature, même si l’intégration électronique et informatique nécessaire dans une pompe à chaleur pourrait être moins pérenne que la pompe proprement dite. De surcroît, l’investissement doit encore être complété par un système de gestion des flux énergétiques qui permette de contrôler la consommation et la production : un système de domotique à installer et à gérer, avec les mises à jour et les contraintes de sécurité que cela implique par les temps qui courent.

Par ailleurs, les tarifs pratiqués pour l’électricité (sur la base de mes factures d’énergie) ne sont guère incitatifs : à l’achat sur le réseau, le kilowattheure (kWh) coûte 17 centimes, alors que la revente de courant photovoltaïque rapporte 8 centimes. Aux heures de grande production, je reçois donc 8 centimes pour alimenter la pompe à chaleur de mon voisin qui lui, dépense 17 centimes pour ce même courant. Mais le kWh que je revends au réseau m’a lui, coûté 27 centimes (calcul confirmé par le fournisseur d’énergie) ! Je suppose que cela doit être considéré comme un encouragement à effectuer la transition énergétique; mais je reste assez sceptique.

Les aides financières proposées pour aider à la transition énergétique sont inférieures à 10% du prix de l’installation. L’exonération fiscale ne parvient pas à rendre l’investissement rentable. En effet, dans l’estimation proposée par la calculette en ligne que j’ai utilisée, ces paramètres sont déjà pris en compte. Reste bien sûr la satisfaction de produire moins de gaz à effet de serre, et de moins dépendre de sa Majesté le tsar Poutine ou du prince Mohammed ben Salmane. Mais à quel point ? Selon les fournisseurs d’énergie, une installation photovoltaïque telle qu’envisagée à mon domicile économise chaque année ce que rejette une automobile (laquelle ?) parcourant 1050 km avec un moteur thermique. Pour la pompe à chaleur, le bilan est beaucoup plus spectaculaire, puisqu’estimé à 11000 kilomètres parcourus en automobile. L’investissement que j’envisage (partiellement à pertes) me permet donc d’économiser globalement par année l’équivalent des rejets en CO2 d’une voiture ayant roulé 12000 km; ou, en gros, ce que rejette un avion de combat pendant les quelques secondes du décollage de l’aérodrome militaire de Payerne distant de 50 kilomètres. Je ne suis pas certain que la comparaison avec l’avion de combat constitue une grande motivation pour ma dépense…

Si nos pouvoirs politiques entendent encourager une réelle transition énergétique, ils doivent impérativement changer fondamentalement leur état d’esprit. Il est nécessaire que les citoyens voient concrètement un intérêt dans leur investissement si l’on veut faire avancer les choses. Madame la ministre de l’Energie, des Transports et de l’Environnement, il ne suffit pas de se mettre en colère face aux impérities de la COP26, ou de s’asseoir avec un gréviste de la faim sur la place fédérale à Berne. Il y a des mesures importantes à prendre, même si parmi vos collègues de gouvernement, d’aucuns ont des priorités apparemment différentes. Merci de bien vouloir utiliser votre énergie à essayer de les convaincre. Merci pour le climat, pour les générations futures, et accessoirement pour les contribuables qui souhaitent remplacer leur chauffage sans forcément se mettre sur la paille. Non chauffée, la paille, d’ailleurs !

Fondation

Récemment, j’ai relu « Fondation« , un recueil de nouvelles de science-fiction écrit par Isaac Asimov entre 1957 et 1965; il a par la suite complété ce recueil par une série de romans plus volumineux qui permettaient à l’écrivain de relier ces récits au reste de son œuvre très riche, et accessoirement d’intéresser des lecteurs plus jeunes à ces récits. Les revenus associés aux droits d’auteur, c’est toujours bon à prendre, non ? Bref.

Les récits de ces nouvelles sont censés se dérouler dans un futur éloigné, à 20 ou 30000 ans de nos jours. L’humanité a découvert le moyen de voyager de manière quasi instantanée sur des distances astronomiques et a ainsi colonisé la galaxie et fondé un Empire Galactique comprenant plusieurs centaines de milliers de planètes habitables ou terraformées. Un mathématicien génial, Hari Seldon, a inventé une nouvelle science, ou une méta-science, intégrant des aspects sociologiques, psychologiques, historiques, mathématiques et statistiques qu’il a appelé « psychohistoire » et qui permet de prédire l’évolution future probable d’une société d’êtres humains, étant donné un point de départ déterminé. Et cette science lui permet de prédire clairement que l’Empire Galactique va sombrer dans le chaos et être détruit; bien qu’il soit encore possible, non pas de le sauver, mais d’atténuer considérablement les conséquences de cette chute inéluctable en prenant les mesures nécessaires.

Ces prédictions ne sont guère du goût du pouvoir en place, qui craint les critiques que pourraient engendrer des nouvelles pessimistes, et de surcroît n’est guère enclin à modifier quoi que ce soit à ses manières de faire habituelles (ce qui s’avère par ailleurs être l’une des causes du futur effondrement de l’Empire). Il fait donc arrêter Hari Seldon en l’accusant de tentative de subversion en vue de renverser le pouvoir en place. S’ensuit un procès à huis clos où, pour se défendre, Hari Seldon doit démontrer le bien-fondé de sa théorie psychohistorique alors même que ses juges ont pour mission de démontrer que les prédictions du mathématicien sont infondées. Malheureusement pour eux, la démonstration mathématique est difficilement réfutable, et le procès aboutit à une impasse où l’accusé sait qu’il a raison et le prouve mathématiquement, et ses accusateurs ainsi que le jury savent également qu’il a parfaitement raison, mais sont dans l’impossibilité de l’admettre pour ne pas désavouer le système gouvernemental en place. Le résultat, c’est que Hari Seldon est lavé de toute accusation de sédition, mais aucune mesure d’une quelconque efficacité n’est entreprise afin de ne pas inquiéter inutilement les populations. Tout au plus entreprend on la rédaction d’une compte-rendu exhaustif de toutes les connaissances de l’Empire (une sorte d’Encyclopédie Galactique) afin de s’assurer que les connaissances existantes ne seront en aucun cas perdues. Ce qui bien sûr ne résout strictement rien, mais Hari Seldon, grâce à la psychohistoire, avait prédit ce dénouement, et le récit pourra se poursuivre avec l’implantation de la Fondation pour l’Encyclopédie sur une planète éloignée (pour qu’elle ne perturbe pas le gouvernement), laquelle va évoluer pour devenir progressivement le pouvoir succédant à l’Empire Galactique.

Le point intéressant, c’est ce moment tragi-comique où tout le monde sait que l’accusé a raison, qu’il va se passer des choses graves, mais où on n’entreprend rien parce que cela pourrait éventuellement modifier la situation existante et déstabiliser certains pouvoirs en place, qu’ils soient politiques, sociaux ou économiques. Mieux vaut percuter le mur plus tard que de risquer d’être légèrement déséquilibré par une manœuvre d’évitement.

C’est une situation remarquablement similaire que j’ai retrouvé dans le rapport final de la COP26 à Glasgow. Tous les protagonistes ou presque sont convaincus de l’exactitude des prédictions des scientifiques concernant l’évolution du climat sur terre. Tous savent que le train « Humanité » roule à grande vitesse sur les rails « Energies Fossiles » et qu’il va dans le mur; qu’il serait donc urgent de « planter les freins », ou d’emprunter le prochain aiguillage à gauche ou à droite, ou mieux encore, faire les deux choses. Mais tout ce que l’on consent à faire, c’est de conseiller de lever légèrement le pied de l’accélérateur.

Remarquablement similaire au cas de Hari Seldon, vous ne trouvez pas ?

Sauf que Hari Seldon, c’est de la science-fiction, et que ce mathématicien dispose de centaines de milliers de planètes pour établir sa Fondation et la faire prospérer. COP26, c’est hélas la réalité, notre réalité, et pour ce qui est des autres planètes…

Anticipation

Le 28 novembre, le peuple suisse va se prononcer sur l’initiative dite des « soins infirmiers » qui entend valoriser le travail des infirmières et des infirmiers, et au-delà, on l’espère, améliorer la qualité des soins. Le résultat semble couru d’avance : ce sera très probablement un « oui » assez net dans les urnes, le COVID et ses hospitalisations étant passé par là et restant pour l’instant très présent dans le débat. Et comme souvent pour ce genre d’initiative, la mise en œuvre butera sur une foule de problèmes, les coûts s’avéreront excessifs, les cantons se sentiront spoliés de leurs prérogatives, et plein d’autres raisons que j’ignore encore feront que les effets de cette initiative resteront très cosmétiques.

Soit dit en passant, l’initiative insiste sur la notion de soins; mais il ne me semble pas que les professions annexes (nettoyage, auxiliaires, cuisines, tout ce qui fait l’infrastructure dont les soins ont besoin pour fonctionner) soient valorisées de manière similaire par cette initiative. Mais il y a sans doute des priorités à placer, et il est probablement plus vendeur de parler d’infirmières que de personnel de nettoyage dans une initiative populaire. Bref…

Cette initiative a fait l’objet d’un débat (comme d’habitude) à la TV suisse romande lors de l’émission « Infrarouge » le 10 novembre, et comme d’habitude toujours, on y trouvait M. Philippe Nantermod pour y défendre un contre-projet concocté par le conseil national et apparemment beaucoup mieux ficelé (c’est lui qui le dit) que l’initiative irresponsable proposée par les initiants. D’après le conseiller national, l’initiative sera inapplicable dans les faits, alors que le contre-projet serait directement mis en œuvre dès que l’initiative sera balayée dans les urnes. Notons au passage que M. Nantermod prévient déjà que même si l’initiative est acceptée par le peuple ( ce qui sera probablement le cas ), comme elle est à son avis inapplicable, elle n’aura pas les effets souhaités; on comprend bien que le parlement prévenu ne va pas faire des efforts démesurés pour rendre possible l’application de la volonté populaire, alors qu’ils ont déjà décidé que cela ne fonctionnerait pas !

Le discours des initiants, il faut bien le dire, manque aussi singulièrement de cohérence, et les mêmes arguments sont répétés parfois ad nauseam par les intervenants. Mais indépendamment du bien-fondé du contre-projet et des arguments contre l’initiative (et qui sont sans doute justifiés dans une certaine mesure), je me pose tout de même une question peut-être stupide, mais dont j’aurais aimé connaître la réponse de M. Nantermod, par exemple, ou de Mme Bütikofer, plus directement concernée puisque faisant partie de l’organisation nationale des hôpitaux (H+, c’est vrai qu’ils devraient probablement se mettre au boulot si l’initiative passe !). Si le contre-projet est tellement mieux ficelé et résout tellement plus de problèmes, pourquoi le pouvoir politique ne l’a-t-il pas proposé avant que ne soit déposée une initiative, disons (soyons fous) du côté de 2010 ? Cela aurait économisé les frais liés à une initiative et une votation populaire, cela aurait amélioré les conditions de travail du personnel soignant et corollairement des soins pendant cette période pénible de pandémie, et nous disposerions maintenant d’équipes opérationnelles pour s’occuper de nos petites santés. Vous dites ? Personne ne l’avait demandé ? Je fréquente les hôpitaux depuis plus de vingt ans, pour diverses raisons, et la situation est bien connue de tous, et sûrement aussi de certains politiciens. Et puis, il n’est pas interdit d’anticiper les besoins du peuple lorsque l’on gouverne. Je sais que je me répète, mais « Gouverner, c’est prévoir… » (Emile de Girardin, 1852). Mais actuellement, il semble que le mot d’ordre soit plutôt « Gouverner, c’est réagir quand on ne peut plus faire autrement ». Et même à ce moment, il s’agit de trouver la réaction minimale qui permettrait de calmer le jeu en attendant le prochain orage.

M. Nantermod a charitablement prévenu les téléspectateurs en fin de débat : plus de prestations implique plus de frais, donc les primes d’assurance-maladie vont augmenter. Il dédouane ainsi directement les assurances et l’industrie pharmaceutique qui ont une excuse déjà fignolée par un conseiller national pour augmenter les primes. Un exemple que pourrait étudier M. Nantermod : le Pantoprazole, un médicament très utilisé pour aider le système digestif lors de l’ingestion d’autres médicaments, est jusqu’à trois fois plus cher en Suisse qu’en France, même si fabriqué en Suisse. N’y aurait-il pas matière à s’étonner pour un juriste compétent et politicien brillant comme M. Nantermod, et partant de se préoccuper d’équilibrer les coûts des médicaments pour essayer de limiter les augmentations de primes ? Comment dites-vous ? La liberté du commerce dans le cadre d’une économie libérale ? Ah oui, suis-je bête. Elle est plus importante que le personnel soignant et que les soins qu’ils prodiguent. J’espère que les infirmières et infirmiers qui délaissent la profession épuisés auront retenu le message.

Pas tout compris…

Il est parfois difficile de suivre le raisonnement des autorités politiques; récemment, plusieurs messages livrés par notre gouvernement helvétique (ou les gouvernements des cantons) m’ont paru tellement contradictoires que je pense que j’ai dû manquer l’une ou l’autre page du livre. L’ennui, c’est que je ne comprends pas bien ce qui a pu m’échapper. Je vais mentionner trois thèmes pour lesquels l’action gouvernementale m’échappe actuellement:

Le dossier médical du patient :

Plusieurs cantons ont décidé d’aller de l’avant avec le dossier médical du patient en version électronique. C’est une démarche louable, que personnellement j’appelle de mes vœux depuis plusieurs années. Mais l’implémentation proposée laisse perplexe. Chaque canton propose une solution en propre. La principale pierre d’achoppement du dossier médical est l’identité numérique, bien sûr, refusée par le peuple suisse dans une récente votation. Sans identité numérique, pas de dossier du patient; mais les divers cantons ont décidé d’utiliser des solutions propriétaires. Ainsi, le canton de Vaud a introduit un VaudID-santé, mais il ne sera valable que pour les résidents du canton. Genève a pour sa part un GenèveID qui remplit les mêmes objectifs. Et ainsi de suite pour les autres cantons; on peut craindre qu’à terme, la Suisse se retrouve avec une vingtaine d’identités numériques différentes pour autant de dossiers patients, du coup incompatibles les uns avec les autres, mais contenant en principe des informations similaires, voire identiques. Ceci part d’une certaine logique, car ce sont les cantons, en Suisse, qui délivrent les pièces d’identité de base; mais contrairement à la carte d’identité qui a un format bien défini, l’identité numérique nécessite des outils spécifiques pour être protégée efficacement contre les contrefaçons et déchiffrée incontestablement par une autorité intéressée. Il n’est donc pas forcément garanti que pour des informations identiques, deux identités numériques soient compatibles et/ou interchangeables. Que se passe-t-il alors si un patient déménage ? Outre le fait qu’il a forcément tort de quitter un canton pour un autre (?), on peut supposer qu’il existera des passerelles pour pouvoir transférer son dossier patient d’un système d’identification à un autre : dans le cas de la carte d’identité, il faut en faire établir une nouvelle : on ose espérer que ce ne sera pas le cas pour l’intégralité du dossier patient. Quant au patient qui aura la malchance de tomber malade ou d’avoir un accident hors de son canton, on espère que l’on pourra encore le soigner dans l’hôpital où il aura finalement atterri…

Le désir parfois obsessionnel d’autonomie des cantons prime sur la logique qui voudrait que les habitants et contribuables puissent compter sur des soins aussi adéquats que possible où qu’ils soient lorsqu’il leur arrive de tomber malades ou d’avoir un accident. La dame qui se retrouvera aux urgences au CHUM (Centre Hospitalier Universitaire de Montréal) pourra-t-elle compter sur le fait que ses soignants auront accès à son dossier médical (incluant ses pathologies, ses allergies, ses intolérances et les traitements en cours) ouvert dans le canton de Neuchâtel en Suisse ? Mais bon, c’est de sa faute, elle n’avait pas à se rendre à Montréal, et surtout pas à y tomber malade.

Pénurie énergétique en vue !

Le président de la Confédération, M. Guy Parmelin, a averti la population qu’il fallait s’attendre à des pénuries d’approvisionnement en électricité. Ce n’est pas forcément une surprise, lorsque l’on constate la croissance de la consommation, boostée par l’automobile à propulsion électrique et la numérisation des services sur des clouds de plus en plus énergivores (bien qu’aux dernières nouvelles, en Suisse, on mette les clouds publics plutôt en Chine et aux Etats-Unis, mais bon…).

Ce qui est plus surprenant, c’est que le gouvernement ne s’en rende compte que maintenant. On ferme des centrales nucléaires, on ne veut plus de l’électricité produite à partir d’énergies fossiles (avec raison d’ailleurs), mais on n’investit que timidement dans le photovoltaïque ou dans l’éolien (ce dernier de toutes manières peu rentable en Suisse, à mon avis). Parallèlement, on fait la promotion de la voiture électrique, tellement moins polluante (en réalité, juste aussi polluante en exploitation que la production de l’électricité consommée). Il semble tomber sous le sens qu’à terme, on va manquer de courant, non ? Et que fait-on pour pallier à ce prévisible manque ? La Banque Nationale Suisse continue d’investir dans les énergies fossiles qui dorénavant ne produiront plus beaucoup d’énergie en Suisse, et le conseil fédéral se coupe partiellement de l’opportunité d’importer de l’énergie des voisins européens (abandon de l’accord-cadre avec l’UE, qui eût grandement facilité ce genre d’échanges). Encore faut-il que les voisins européens ne subissent pas de pénurie de leur côté, ce qui est loin d’être une certitude. La logique de la chose m’échappe, mais il est vrai que je ne suis pas politicien et encore moins gouvernant.

« Gouverner, c’est prévoir; et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte » (Emile de Girardin, La politique universelle, 1852).

Nos dirigeants pensent sans doute que comme l’auteur de cette citation est décédé depuis longtemps, elle n’a plus de raison d’être…

Pandémie numérique ?

De nombreux experts le disent : la prochaine pandémie sera numérique. D’aucuns pensent que cette pandémie a déjà commencé, et je partage cette opinion, bien que je ne me prétende pas expert. Les nombreuses attaques récentes de pirates informatiques ont fait la une des médias, d’autant qu’après avoir ciblé de grandes structures privées ou semi-privées, on s’attaque désormais aux données de communes (Rolle, Montreux). Un « débat » sur ce sujet a fait l’objet d’une retransmission de l’émission Infrarouge sur la RTS. Je mets le terme entre guillemets, parce que par moments, cela devenait aussi inaudible qu’une discussion entre Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon (cette référence a été sélectionnée au hasard, il y a un vaste choix à disposition !).

Il est intéressant de constater que cela fait maintenant de nombreuses années que les spécialistes ont anticipé ces attaques, et mis en garde contre leur généralisation; mais les autorités à qui on demande d’anticiper les mesures à prendre pour se protéger contre de telles attaques ont préféré ne rien faire; à entendre le discours des protagonistes politiciens de l’émission susmentionnée, on comprend d’ailleurs que c’était peut-être préférable; mais en l’état, rien n’a été entrepris. On ne sait d’ailleurs pas très bien qui aurait entrepris quelque chose; le département militaire fédéral (théoriquement responsable de la sécurité, tout de même) a d’autres avions de combat à fouetter, le département de justice et police ne semble pas concerné. Le département militaire fédéral a initié depuis cette année un projet de cyberdéfense, mais apparemment, il ne sera vraiment opérationnel qu’en 2024. Quelque peu bizarrement, c’est le département fédéral des finances qui a mis sur pieds un Centre National pour la Cybersécurité qui permet un certain suivi des cyberattaques. Il est probable que l’on estime en haut lieu que les cyberattaques ne concernent que les finances, et qu’elles ne peuvent impacter les hôpitaux, l’industrie, les renseignements militaires, voire le processus démocratique même des Etats : ces hauts responsables feraient bien de suivre un stage chez Trump ou chez Poutine, entre autres…

Il est en tous cas navrant d’entendre (lors de l’émission en question) Mme Nuria Gorrite vanter l’excellence du travail (sans dire lequel, pas si bête !) accompli par ses services dans le canton où elle sévit (tout de même soumis à de nombreux cas de cyberattaques, il est vrai que le canton est grand), et encore plus navrant d’entendre M. Philippe Nantermod user et abuser de l’analogie pour le moins fallacieuse avec une porte d’entrée (je suppose que chez lui à Morgins, il la ferme à clé, mais est-ce bien le cas pour tous les ports logiciels TCP ou UDP qu’il utilise ?) pour affirmer qu’il faut laisser la sécurité aux mains des usagers.

La conclusion des politiques est que tout va bien, et que s’il y a des problèmes quelque part, ce n’est pas de leur fait, car eux font tout juste. La malnommée politique de l’autruche (on n’a jamais vu une autruche enfouir sa tête dans le sable en cas de danger, pas si bêtes, ces bêtes-là) est apparemment aussi de mise dans le cas de la cybersécurité. Il est vrai que les politiciens responsables sont peu ou prou les mêmes, plus préoccupés par les impératifs de réélection que par les dégâts occasionnés par leur impéritie. Tant pis pour la logique, car lors de l’inévitable catastrophe que va entraîner leur attitude, leur réputation va en souffrir; à moins qu’ils ne se trouvent l’un ou l’autre bouc émissaire…

Bouc émissaire tout trouvé : comme le répèterait M. Nantermod, l’utilisateur victime d’une cyberattaque aurait dû mieux se protéger; les consommateurs privés d’électricité n’avaient qu’à moins consommer; et le patient confronté à une incompatibilité informatique de son dossier médical n’eût pas dû tomber malade. Après tout, nous sommes des personnes responsables de leurs actes, n’est-ce pas ? Mais selon cette logique, à quoi peuvent encore bien servir les politiciens dans un Etat qui n’a plus aucune responsabilité ?

Dummheitstrychler

Les mouvements antivaccin ou anti-certificats sont à la mode, apparemment. Tous les pays où il est possible de protester (tous sujets confondus) sans se retrouver immédiatement flanqué d’une armoire à glace en tenue de combat et armée jusqu’aux dents ont leur lot de manifestants plus ou moins organisés et moins ou plus bon-enfant.

En Suisse, c’est un peu différent; c’est vrai que les Helvètes ne font pas toujours tout comme les autres; mais si parfois c’est une qualité, ce n’est pas toujours un gage de raison. Là, on trouve, parmi les manifestants, un représentant du pouvoir, et non des moindres : c’est un conseiller fédéral, plus haute autorité de la Confédération Helvétique ! Chers voisins et néanmoins amis (en ce qui me concerne) français, imaginez Jean Castex manifestant parmi les gilets jaunes : vous voyez le tableau ? Et les commentaires journalistiques et politiques qui s’ensuivent ?

J’avoue qu’avant cet épisode, je n’avais jamais entendu parler des « Freiheitstrychler« . J’ai immédiatement consulté Docteur Google pour comprendre les raisons d’être de ces sonneurs de cloches, mais à ma grande honte, je n’ai pas compris grand-chose aux motivations énumérées dans leur site. En fait, je n’avais même pas compris la signification de leur identité, jusqu’à ce qu’on me fournisse une traduction : « Sonneurs de cloches de la Liberté ». Mon identité de Romand francophone doit en être la cause, bien que je me targue de parler raisonnablement bien le dialecte suisse allemand (dans sa version bâloise, il est vrai, peu compatible avec la Suisse dite primitive ou les idiomes prônés par une certaine classe politique majoritairement zurichoise). Ce que j’en ai retenu, c’est qu’ils ne voulaient pas du certificat COVID pour des raisons de privation de liberté. Ce que j’ai cru comprendre, c’est qu’un certain parti politique (dont le Conseiller Fédéral incriminé est membre actif) voulait faire payer aux partis de gauche (et au ministre de la Santé qui en fait partie, techniquement du moins) une non-élection de l’un de leurs tribuns emblématiques au Conseil Fédéral. Impression d’ailleurs nettement confirmée par les attaques récentes, répétées et au-dessous de la ceinture contre ce même ministre par des membres de ce même parti. Bon, on se bat avec les armes dont on dispose; mais franchement, utiliser une histoire de cul pour imposer ses idées (?), cela tend à laisser penser que les idées en question sont plutôt mal placées : généralement, on utilise plutôt le cerveau pour les abriter. C’est en tous cas mon humble avis. Il faut préciser que du côté du parti politique incriminé, on n’appelle pas cela une histoire de cul, on utilise d’autres termes; mais à la base, (si j’ose m’exprimer ainsi) cela ne change rien à l’affaire.

Pour en revenir au groupe protestataire en question, malgré le message peu clair de leur site web, où on comprend que les autorités foulent aux pieds la liberté des citoyens, il s’y dégage un sentiment de frustration face aux mesures anti-COVID édictées par les autorités fédérales. Et au nom des valeurs représentées par la Suisse dite primitive (Urschweiz, Guillaume Tell, les bras noueux, le schnaps, le hornuss et la lutte au caleçon), ils entendent protéger une longue tradition de liberté contre des initiatives qu’ils jugent intolérables. On ne sait pas très bien s’ils contestent globalement les mesures de prévention ou seulement l’acte de vaccination qui en fait partie, mais leur action constructive se résume à se promener en agitant des cloches de vaches en guise de protestation. Personnellement, je préfère le son des cloches à un discours en dialecte suisse allemand; mais à tout prendre, je préfèrerais encore le silence. Mais voilà, on est en démocratie, donc chacun a le droit de s’exprimer selon ses moyens.

Que les mesures anti-COVID puissent paraître contraignantes, je le conçois et je partage cette opinion; mais l’alternative la plus probable, c’est un retour à la fermeture des restaurants et l’arrêt des manifestations culturelles. Bon. la culture, c’est peut-être moins important pour nos sonneurs de cloche; mais la lutte au caleçon serait aussi touchée ! En sont-ils conscients ?

La solution, on l’a abondamment répété, est la vaccination; mais la Suisse est réfractaire. Un député réclamait l’abandon des mesures anti-COVID en citant des pays voisins comme exemples : il oubliait juste de signaler que ces pays présentent un taux de vaccination parfois de 30% supérieur à celui de la Suisse. Pas de comparaison possible ! Le problème, ce ne sont pas les autorités, ce sont les sceptiques de la vaccination, dont, je suppose, la majorité de « Freiheitstrychler » fait partie. Fièrement. En gilets décorés d’Edelweiss, avec barbes et cloches de vaches. Sans bien savoir pourquoi d’ailleurs, mais l’important, c’est d’être contre. On ne sait pas non plus de quoi ils peuvent bien avoir peur dans le vaccin anti-COVID. De mutations ? La technologie de l’ARN messager rend une telle hypothèse hautement improbable. Et même si cela était, ces mutations pourraient peut-être leur être bénéfiques.

Refuser de se faire vacciner, c’est perpétuer les mesures de prévention et de contrôle; beaucoup de ces « Freiheitstrychler » manifestent donc de facto pour le maintien des contraintes qu’ils veulent dénoncer. Personnellement, j’appelle ceci de la bêtise, et je leur suggère donc de modifier leur nom en Dummheitstrychler (de Dummheit : Bêtise).

Bitcoins

Il y a quelques années, j’avais projeté, dans le cadre d’un cours sur les services de téléinformatique (la sécurité informatique ne faisait alors pas l’objet d’un cours spécifique, même pas à option !), d’introduire pour mes étudiants un laboratoire sur les cryptomonnaies, basé sur l’utilisation du bitcoin alors émergent, et encore assez peu connu du grand public (et même de pas mal de « spécialistes » d’ailleurs). J’avais l’ambition, au travers de ces manipulations de travaux pratiques, d’illustrer à mes étudiants les aspects suivants des cryptomonnaies :

  • Comment les cryptomonnaies sont-elles générées, qu’est-ce qui garantit leur valeur ?
  • Comment conserver des bitcoins, que se passe-t-il si on perd son « porte-monnaie » ?
  • Comment peut-on mettre sur pied un service ou un magasin virtuel qui supporte les transactions avec des bitcoins ?
  • Peut-on voler des bitcoins ? Si oui, comment se protéger ?

Il y avait encore d’autres thématiques envisagées, mais pour l’essentiel, c’était là les problèmes traités par ce projet de travail de laboratoire : il n’était pas question d’aborder les divers problèmes financiers liés à la coexistence avec les monnaies traditionnelles, par exemple : n’oublions pas que je m’adressais à de futurs ingénieurs en technologies de l’information, non à des commerciaux ou à des financiers.

Pour mettre sur pied ce laboratoire, j’avais d’abord envisagé d’acheter des bitcoins (à mes frais, parce que présenter une note de frais à l’administration pour une transaction -à l’époque- à la limite du légal, c’eût été des ennuis programmés) pour mettre à disposition du groupe un pécule permettant des transactions. En y repensant, c’eût été une sacrée aubaine pour moi si je l’avais fait, car le cours du bitcoin a par la suite atteint des hauteurs astronomiques, et mon porte-monnaie de laboratoire m’eût assuré quelques revenus intéressants pour ma retraite. A l’heure où j’écris ces lignes, le bitcoin vaut plus de 35000 €, et il a largement dépassé ce chiffre par le passé; mais demain il ne vaudra peut-être plus rien… Mais dans un premier temps, un collègue, ancien camarade d’études qui enseigne dans une université en France m’avait déconseillé d’utiliser des bitcoins, et m’avait plutôt conseillé de travailler avec une cryptomonnaie que j’aurais définie moi-même, implémentée sur la base d’une blockchain basique, ce qui m’aurait évité de potentiels problèmes avec une cryptomonnaie qui aurait possédé une valeur réelle, et qui aurait donc pu susciter des tentations. Nous avions même convenu d’un nom pour cette cryptomonnaie, le Marko, contraction très approximative du défunt Mark allemand et de mon propre prénom.

Le projet était déjà bien avancé quand il tomba à l’eau pour cause de redistribution des responsabilités de cours les années suivantes. L’école avait engagé un nouveau professeur qui allait me décharger de certains cours que je donnais alors, et ce laboratoire tombait donc à l’eau, en ce qui me concernait. Cette thématique n’ayant pas l’air d’intéresser mon successeur à l’enseignement de cette matière, le projet resta au stade de … projet, justement, et je l’oubliai dans un tiroir jusqu’à ce que récemment je décide de faire de l’ordre dans mes archives poussiéreuses et que le dossier se rappelle à la lumière de mes souvenirs attendris.

Entretemps, les cryptomonnaies sont devenues très nombreuses, même si le bitcoin est resté la plus connue et la plus populaire. Alors qu’à l’origine, l’idée était de créer une monnaie d’échange intraçable et indépendante des gouvernements, les implémentations pratiques ont quelque peu dérivé depuis. Le bitcoin a beaucoup servi au blanchiment d’argent et aux transactions frauduleuses sur le darknet, mais ce n’est pas la seule cryptomonnaie dans ce cas. Une évolution intéressante actuellement va totalement à l’encontre des valeurs défendues par les pionniers de la cryptomonnaie comme le groupe connu sous le pseudonyme de Sakashi Nakamoto. Alors que ce groupe prônait une indépendance des banques centrales, et donc des Etats qui définissent et garantissent la monnaie, ainsi que l’impossibilité de déterminer les origines d’une transaction (un peu comme à l’époque du troc), divers organismes ont récemment tenté de détourner ces objectifs pour qu’ils correspondent mieux à leurs propres visées.

Facebook avait tenté de définir une cryptomonnaie, le diem ou Libra, dont un consortium d’entreprises aurait garanti la stabilité (stablecoins). Ce projet semble actuellement au point mort, bien qu’officiellement toujours d’actualité. Notons qu’il s’agit dans ce cas déjà d’un détournement de l’objectif original du bitcoin, qui rejette la stabilité au profit de l’indépendance de toute autorité financière.

Récemment, la Chine a interdit les transactions en bitcoins et autres cryptomonnaies. Le gouvernement veut ainsi éviter les transactions non traçables (officiellement à la base de la corruption) et promouvoir les transactions classiques basées sur le yuan ou éventuellement le dollar authentifiées par une carte de crédit facilement traçable. Parallèlement, conscient sans doute que l’interdiction seule ne suffira pas, même avec un contrôle très sévère du darknet, le gouvernement travaille intensivement à la définition d’une cryptomonnaie nationale, le DCEP ou Digital Currency Electronic Payment. Connaissant un peu la technologie à la base de ce type de monnaie, et tenu au courant de la mentalité du gouvernement de Xi Jin Ping en matière de contrôle de sa population, on peut sans gros risque d’erreurs prédire que l’objectif principal du projet DCEP sera justement de garantir une forte dépendance de la cryptomonnaie au cours du yuan garanti par le parti communiste, ainsi qu’une traçabilité de tous les instants assurée par les mêmes moyens qui assurent la non-traçabilité du bitcoin ! Il n’y a en effet pas grand-chose à modifier à l’implémentation d’une cryptomonnaie pour que toute transaction soit immédiatement documentée auprès de l’éditeur de l’algorithme. Et par la nature même de la blockchain, cette action de traçage sera difficile à détecter. Ainsi, l’évolution des cryptomonnaies risque d’aller exactement à l’opposé des objectifs des inventeurs !

Malheureusement, il en va souvent ainsi dans le domaine de la sécurité informatique. On met sur pied un système pour garantir la confidentialité sur Internet (comme par exemple TOR, The Onion Router) et on se retrouve face à un réseau qui propose images pédophiles, réunions de hooligans, vente de drogues et escroqueries en tous genres (dark web, différent du darknet, bien que le plus souvent abrité par ce dernier). On traque les failles informatiques dans les logiciels, et certains profitent de cette découverte pour exploiter ces mêmes failles afin de provoquer des catastrophes ou espionner d’honnêtes citoyens pas toujours en accord avec des autorités par trop soucieuses de leurs propres intérêts.

Ce que l’on réalise dans un but de sécuriser peut le plus souvent être détourné pour servir des intérêts moins avouables; toute escroquerie sous-entend une certaine confidentialité, un certain anonymat. Garantir l’anonymat est sans doute rassurant pour l’utilisateur lambda qui ne souhaite pas que son partenaire sache qu’il consulte tel ou tel site Internet; mais c’est aussi une véritable invitation pour l’escroc qui souhaite s’enrichir facilement, espionner ses concitoyens, ou simplement détruire des ressources parfois vitales (en s’enrichissant au passage, pourquoi pas ?). Et ce n’est pas cette brillante mais infortunée Natalya Anissimova qui me contredira.

Si Dylan…

Il y a une quarantaine d’années (j’étais jeune alors !), au mois d’avril ou mai, on se réveillait aux Monts vers 5 heures du matin avec les chants d’oiseaux omniprésents. Ce réveil en fanfare ornithologique n’était de loin pas l’apanage de la maison des Monts, située dans une clairière en pleine forêt : même dans le petit appartement situé au chemin de Bonne-Espérance que j’occupais en semaine, dans le vallon de la Vuachère à Lausanne, les oiseaux se manifestaient au printemps et réveillaient les habitants au son de leurs mélodies enjouées.

Depuis quelques années, s’il y a toujours des chants d’oiseaux au printemps aux Monts, la sérénade est devenue beaucoup plus discrète; il n’est même pas évident de compter sur les passereaux pour se réveiller de bon matin : il vaut mieux programmer son smartphone pour partir en promenade de bon matin. Quant à compter sur les chants d’oiseaux dans une région moins forestière, mieux vaut ne pas y songer. La raison en est bien sûr la diminution drastique du nombre d’oiseaux, et la principale cause de cette diminution n’est pas le réchauffement climatique, mais la baisse du nombre d’insectes, et corollairement un manque de nourriture pour les oiseaux. Pour donner un exemple, un couple de mésanges charbonnières a besoin, en période de nidification, de 500 chenilles par jour. Eliminer les chenilles à l’aide de pesticides revient à éliminer les mésanges charbonnières; lors de la controversée conquête de l’Ouest américain, les tuniques bleues n’ont pas fait autrement : ils ont massacré les bisons pour éliminer les amérindiens.

A cette même époque, lorsque je me rendais dans l’Hérault pour des visites familiales, il était nécessaire de s’arrêter relativement fréquemment pour nettoyer un pare-brise complètement maculé d’impacts d’insectes. Ceux qui se sont récemment rendus dans le Sud de la France peuvent en témoigner : les impacts d’insectes sur les pare-brise sont devenus relativement rares, et on peut assez couramment parcourir le trajet de Lausanne à Sète sans actionner le lave-glaces. D’aucuns diront que c’est plus confortable ainsi. Peut-être, mais c’est un appauvrissement : dans un désert, il y a peu d’insectes aussi.

Pourquoi cette disparition ? La réponse est bien connue, et a été rappelée le 16 septembre 2021 dans une émission de la série « Temps Présent » de la RTS : « Pesticides, à quand la fin du carnage ?« . L’usage généralisé d’insecticides dans l’agriculture est en passe de provoquer l’une de ces monumentales extinctions de masse dont notre planète Terre a déjà connu quelques exemples. La météorite qui a probablement exterminé (ou achevé, selon certains) les dinosaures à la fin du Crétacé a certes été plus brutale (plus de 20 milliards de bombes atomiques de type Hiroshima), et ses victimes plus volumineuses (la plupart des mammifères et des dinosaures), mais en termes de nombre d’êtres vivants, la dramatique réduction de la biodiversité actuelle est à moyen terme tout à fait comparable aux effets de l’astéroïde ayant causé l’impact du cratère de Chicxulub, dernière extinction de masse enregistrée avant nos jours.

L’agriculture se fonde sur trois produits (dits phytosanitaires, pour éviter le qualificatif de toxique, ou pire, de poison) de la chimie moderne : fongicide, herbicide et insecticide. Les trois produits sont éminemment nocifs, mais leur dangerosité est relativisée par l’industrie agro-alimentaire. La logique voudrait qu’un produit qui tue les insectes n’est pas inoffensif pour les autres êtres vivants. Ce qui extermine une chenille peut difficilement faire du bien à une abeille, et manger une chenille empoisonnée ne doit pas être forcément très bon pour la mésange charbonnière. Mais cette logique est systématiquement contredite par des rapports prétendument scientifiques commandés par l’industrie agro-alimentaire; et quand des personnes atteintes de cancers probablement causés par des produits phytosanitaires (comme les herbicides répandus par hélicoptère tout près d’habitations en Valais) intentent un procès, ils se retrouvent en face d’une armada d’avocats de haut vol contre lesquels l’argumentation des plaignants est pour le moins difficile (mais possible). C’est cette industrie, et non les paysans (qui font ce que l’on leur dit qu’il est bien de faire, et sont parfois pénalisés s’ils font autrement) qui fait planer un danger au moins aussi grand que le réchauffement climatique sur la vie sur Terre, et probablement à plus court terme. Elle cultive le déni comme cela a été déjà réalisé par le passé, dans le cas du scandale de l’amiante (notamment en France, où des scientifiques de renom, financés par les grands groupes industriels, ont nié la dangerosité du produit) ou dans le cas de la cigarette, dont les dangers ont été longtemps niés par l’industrie du tabac. Soit dit en passant, on peut d’ailleurs se poser des questions similaires pour la pollution électromagnétique, dont les hypothétiques dangers sont systématiquement tournés en ridicule par les opérateurs de téléphonie mobile.

L’industrie agro-alimentaire figure en bonne place dans les listes d’investissements des banques, en particulier des banques centrales. Elle est en bonne compagnie, avec les industries du pétrole et du charbon, entre autres. Des industries « durables » ? Telle n’est apparemment pas la préoccupation maîtresse des investisseurs, pour qui le seul objectif à considérer est le retour sur investissement. Certains commencent toutefois à se demander jusqu’à quel point le profit à court terme l’emporte sur la stabilité à moyen terme. Ainsi, les banques centrales (enfin, certaines d’entre elles, dont la Banque Centrale Européenne) sont en train d’élaborer des stratégies d’investissements durables. Elles ont fini par comprendre que continuer à investir dans le charbon ou dans des entreprises peu responsables constituait à terme un autogoal, dans le sens où le dérèglement climatique ou l’anéantissement de la biodiversité allaient forcément invalider les investissements par les catastrophes de plus en plus prévisibles engendrées. L’initiative me semble louable, et pour tout dire raisonnable, tant les catastrophes d’origine naturelles, le plus souvent associées au réchauffement climatique, vont dans les prochaines années plomber les investissements par des dégâts qu’il faudra bien réparer à grands frais, d’une manière ou d’une autre.

Remarquons au passage la remarquable et remarquée indifférence de la Banque Nationale Suisse. Hormis les entreprises politiquement très incorrectes (esclavage, travail des enfants, etc…) elle ne connaît guère de conditions limitant les investissements. Le mandat est de réaliser des investissements rentables, même et surtout à court terme, et pour le reste, qu’importe. Reconnaissons que la Banque Nationale Suisse fait cela très bien, avec une masse pécuniaire de tout de même 270 milliards de francs. Il est vrai que relativement à la dette des Etats-Unis, (plus de vingt mille milliards !) ce sont des broutilles, mais bon… Toutefois, je trouve navrant, pour ne pas dire révoltant, que mes impôts servent aussi à investir dans le charbon et le glyphosate.

Reste que l’usage généralisé de pesticides dans le domaine agricole constitue une menace très sérieuse à court terme; probablement plus sérieuse et plus difficile à éviter que le réchauffement climatique. Une initiative populaire visant à l’abandon de ces produits nocifs a récemment été balayée en Suisse, si bien qu’il va falloir encore patienter. Les abeilles et les oiseaux pourront-ils patienter également ? Et pendant combien de temps ? Pour certaines espèces, c’est déjà trop tard, et pour nombre d’autres, les temps sont durs.

Si Dylan le voulait, il pourrait, bien mieux que moi, rajouter une strophe à Blowin’ in The Wind aujourd’hui…

How many years will it takes from now on,

Until the last birds vanish ?

The answer my friend, is blowin’in the wind…

Répétition

C’était il y a une trentaine d’années, lors d’un cours de répétition; une de ces obligations militaires périodiques en Suisse, dont le but espéré est de vous faire « répéter » les gestes militaires que l’on vous avait inculqués lors de votre école de recrues, lorsque vous aviez une vingtaine d’années. Je participais à ce cours comme simple soldat (« troufion ») des transmissions radio d’état-major. Ces cours s’étendent sur trois semaines, pendant lesquelles nous sommes censés exercer nos connaissances de transmetteurs radio en environnement militaire. Ceci implique l’utilisation de téléscripteurs, de codeurs, d’émetteurs-récepteurs, et d’antennes pour transmission en ondes courtes (donc de dimensions respectables !).

Je me souviens de ce cours de répétition en particulier par le fait remarquable qu’il ne s’y est rien passé. Mais alors rien de chez rien ! Pendant trois semaines, les deux cents personnes présentes se sont levées à cinq heures du matin et couchées à minuit sans avoir fait quoi que ce soit d’autre que respirer, se sustenter et tuer le temps. Bon, nombreux sont ceux d’entre vous qui me diront que ce n’est pas un scoop, du moment que l’on parle de service militaire. J’abonde dans leur sens, mais à ce niveau de non-activité, je ne suis pas sûr qu’ils en aient fait l’expérience.

Pourtant, le séjour ne s’annonçait pas forcément détestable : l’endroit se situe au bord du lac de Gruyères, une jolie région aux alentours de la ville de Bulle; sympa pour des promenades au bord du lac et dans les Préalpes. Sauf qu’en octobre, il y a parfois du brouillard. Pas autant qu’à Londres, mais presqu’aussi épais. Et il y a moins de musées à visiter ou de pubs à fréquenter qu’à Londres. Beaucoup moins. Détail intéressant, l’armée suisse avait depuis peu pris conscience du fait qu’une transmission radio en ondes courtes renseignait immédiatement et très précisément l’ennemi sur la position géographique de l’émetteur; en conséquence de quoi, l’état-major de ladite armée suisse avait interdit toute transmission radio dans le cadre militaire; mais bon, ils avaient juste oublié d’assigner de nouvelles tâches aux responsables des transmissions radio, et d’annuler les investissements consentis pour la maintenance de cette arme promue obsolète. En conséquence de quoi, les personnes concernées avaient interdiction de faire ce pourquoi elles avaient été formées, bien qu’elles disposassent de matériel technique probablement obsolète, mais parfaitement fonctionnel et correctement entretenu. Donc, le cours de répétition auquel j’ai participé à cette époque avait interdiction de répéter. En d’autres termes, on était là pour ne rien foutre. Désolé pour la vulgarité mais je peine à trouver d’autres termes pour exprimer la chose : convoqués pour ne rien foutre.

Bien sûr, on a fait un peu d’école de section : gauche-droite, en colonne par quatre, garde-à-vous, repos, rompez… Et on a un peu marché, surtout le jour où tout le monde s’est paumé dans le brouillard, sauf ceux qui ont trouvé par hasard le bistrot du coin. A part ces activités très constructives, on a surtout fait la pause. Jamais dégusté autant de cafés double crème, d’apéros et de fondues fribourgeoises : c’est bon, mais trois semaines de ce régime, bonjour les dégâts et les pantalons que l’on ne ferme plus !

Chose curieuse, vingt ans avant ce cours de « répétition » (donc cinquante ans avant « maintenant », soit en 1970), lors de mon école de recrues, un de mes camarades plutôt frondeur et contestataire avait interpellé un de nos instructeurs avec une question qui m’a parue subversive sur le moment, mais tout à fait pertinente par la suite : Si on émet un signal radio pour qu’il soit reçu par un destinataire, un autre récepteur peut détecter ce signal et par triangulation, localiser l’émetteur (D’ailleurs, Tintin l’avait déjà suggéré dans « Le Lotus Bleu » en 1936, mais les états-majors et les instructeurs militaires ne lisent probablement pas Tintin) et si nécessaire le détruire. Corollaire, pourquoi émettre ? La réponse avait été péremptoire, comme toute réponse militaire : Les transmissions radio, de par leur flexibilité de mise en œuvre, et la facilité de leur configuration, représentent l’avenir des transmissions militaires à moyen et long terme. Point barre.

Bon, je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps avec mes cours de répétition inutiles, surtout qu’il y en a eu d’autres, mais avec tout de même moins de brouillard (et corollairement moins d’apéros). Je me demande juste si l’armée suisse planifie systématiquement ses investissements de la même façon que pour les transmissions radio d’état-major dans les années soixante. Madame Amherd a assuré par exemple que l’avion de combat choisi en 2021 était le meilleur « techniquement ». Une personne de mes connaissances (personne assez fortunée, il est vrai) a récemment fait l’acquisition d’une Ferrari. Il m’a assuré que « techniquement » c’était le top du top. J’en suis persuadé. Mais bon, il fait Lausanne – Genève retour tous les jours, et aux heures où il fait le parcours, il est plus souvent à cinquante à l’heure (voire à zéro) qu’à cent vingt, pour ne rien dire des trois cents kilomètres heures que son bidule peut aisément atteindre. A mettre en regard des performances d’un Rafale ou d’un F35 A à l’intérieur des (étroites) frontières de la Suisse, peut-être ?

Pour ne rien dire des considérations écologiques…