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Pour une immigration modérée

L’initiative lancée par l’UDC sera proposée à la volonté populaire suisse le 27 septembre 2020. La radio-télévision suisse romande a diffusé une émission sur le sujet (Infrarouge) où figuraient quatre personnalités suisses :

La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, en charge du Département Fédéral de Justice et Police (DFJP). Elle représente l’avis du conseil fédéral, pas le sien propre (mais tout porte à croire que son avis concorde sur la plupart des points avec celui qu’elle doit véhiculer). Une politicienne extrêmement brillante, supérieurement intelligente, mais véhiculant une certaine image de froideur; les partis écologistes ont d’ailleurs envisagé de l’accueillir dans leurs rangs pour sauvegarder les glaciers et la banquise. S’ils ont finalement renoncé c’est qu’ils ont eu peur que cela marche, et que l’on n’aie plus besoin d’eux…

Le président de l’Union Syndicale Suisse Pierre-Yves Maillard, un remarquable négociateur qui a démontré à l’envi ses compétences dans le cadre de son ministère de la santé au gouvernement vaudois. Il se bat contre l’initiative, mais en fait il se soucie peu de l’immigration et des accords bilatéraux; il craint en revanche l’abandon des mesures compensatoires liées à la libre circulation, et c’est sur ce sujet qu’il argumente.

La conseillère nationale UDC Céline Amaudruz, un spécimen de la race linotte cacophonique (linaria convicia), passereau fringillidé parent de la linotte mélodieuse (linaria cannabina). Cette espèce a pour particularités de ne démontrer son éloquence que lorsqu’elle se tait, et son intelligence lorsqu’elle est absente. La linotte en question se fait l’écho d’un mentor (en l’occurrence, le bientôt cacochyme tribun zurichois Reblochon) et demande l’appui de tonton Guy (pourtant personnellement opposé à l’initiative de son parti) lorsqu’elle a quelques ennuis éventuellement liés à un goût moyennement modéré pour les boissons euphorisantes.

Le journaliste et essayiste François Schaller, un ancien de l’AGEFI, qui tend à confondre réflexion et feuille Excel. Chaque fois qu’il prend la parole, il a des chiffres à faire valoir, chiffres qui lui servent d’argument, peut-être parce qu’il en manque ? « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément » a dit Nicolas Boileau. Dans le cas de M. Schaller, les explications de ses chiffres sont aussi claires qu’une bouillabaisse oubliée trop longtemps dans un placard, et probablement aussi digestes.

Le débat (il paraît que cela s’appelle ainsi) n’avait que peu d’importance. Toute personne sensée peut remarquer que le taux de chômage ne varie pratiquement pas entre un régime de libre circulation et « avant », si ce n’est de manière non corrélée ou sur des secteurs industriels bien précis (de manière aussi bien positive que négative d’ailleurs). Il est toutefois intéressant de constater que certains des principaux intéressés étaient exclus du débat. Ainsi, la Suisse possède essentiellement deux richesses : son savoir-faire (matière grise) et l’eau de ses montagnes. Pour l’eau des montagnes, cela semble compromis dans un futur qui se rapproche inexorablement : les glaciers fondent.

Dans le cas de la matière grise, on peut distinguer recherche et enseignement supérieur. Pour la recherche, la première initiative de limitation de l’immigration de masse (9 février 2014) avait déjà envoyé les chercheurs suisses sur les strapontins des grands projets européens; un renoncement aux accords bilatéraux verrait se clore tous les accès aux financements européens ainsi que la participation aux grands projets de recherche du continent. Je ne suis pas certain que l’on puisse obtenir une collaboration aussi étroite avec les Etats-Unis de Donald Trump ou de Joe Biden, même en achetant des F/A 18 Super Hornet. Quant à la collaboration avec la Chine de Xi ou la Russie de Vladimir, Reblochon ne serait probablement pas d’accord. Pour les étudiants, cela signifie la fin de la participation au programme Erasmus, ce programme qui a tant fait pour permettre à la jeunesse de ce pays d’ouvrir ses perspectives et diffuser le rayonnement de la Suisse en Europe. N’oublions pas que les crises écologiques qui sont déjà là vont demander une coopération de plus en plus accrue avec nos voisins. Se priver d’accords qui facilitent les collaborations semble suicidaire, en l’état.

Je considère donc cette initiative comme extrêmement néfaste, bien que je ne sois pas forcément le plus concerné. Les gens qui ont participé à ce débat ne sont pas non plus les principaux concernés, ayant tous atteint un âge dit mûr (Mais le terme de maturité peut prendre des sens différents selon la personne à laquelle on l’applique). Ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui devront vivre avec les aberrations du vieux Reblochon, à une époque où il ne sera plus concerné depuis longtemps…

Malgré ces arguments, je crains que cette initiative, tout comme celle de 2014, ne finisse par passer; nombre de votants qui n’oseraient pas publiquement se déclarer hostiles aux étrangers déposeront un « oui » apeuré et un peu honteux dans l’urne le 27 septembre 2020. Le célèbre sketch de Fernand Raynaud (l’étranger) reste plus que jamais d’actualité ! L’inquiétude complaisamment orchestrée par l’UDC constitue un moteur dont le dindon hypertrophié Donald Trump sait se servir à merveille : les gens inquiets vont voter plus que les autres, donc, paniquons les gens ! Quand à la véracité ou la pertinence des arguments… On fait de la politique, pas de la science, bordel !