Tous les articles par Markus

Overdose !

Plusieurs dizaines de fois par jour, tous médias confondus, on est confronté à ce monosyllabe qui fait irrésistiblement penser au bruit incongru d’une flatulence mal maîtrisée lorsqu’il est prononcé. Trump. Que l’on parle d’Ukraine, de Gaza, du Canada, du Groenland, de football, de Karin Keller-Suter ou du prix du café, impossible d’y échapper. Bien sûr, le président des Etats-Unis fait tout pour qu’il en soit ainsi : il veut que l’on parle de lui, qu’on l’admire et qu’on le redoute. Il se veut pôle d’intérêt, comme une mouche qui sans arrêt vous importune et que vous ne parvenez pas à éliminer. Il se veut génial et incontournable alors qu’il n’est qu’un rustre grossier et incapable de respect pour tout ce qui n’est pas sa personne, ou une personne qu’il juge plus forte que lui (Poutine et Xi Jinping, en gros). Il n’a aucune empathie pour les faibles; il juge les Européens timorés, alors il s’ingénie à les humilier. Le fort qui se gausse des plus faibles, c’est son plaisir, c’est le rôle dans lequel il se complaît; c’est dans ce rôle qu’il est le centre des intérêts et des craintes, c’est lui le pôle de toutes les attentions.

Avec son « Board of Peace« , il se veut nombril du monde, alors qu’il n’en est que l’anus.

Il ne connaît qu’une stratégie : exiger la lune en exhibant ses lance-missiles pour obtenir les concessions qu’il souhaite. Pour l’instant, cela marche avec l’Union Européenne, trop divisée pour proposer une réponse appropriée à ce malappris. Mais que l’on se rebelle, et il fait rapidement profil bas; il n’a guère insisté sur les droits de douane lorsque la Chine lui a dit poliment « Va te faire voir », un peu à l’instar de ces petits roquets désagréables qui aboient très fort en faisant mine de vous mordre les mollets, mais qui prennent la fuite dés que l’on se montre un peu menaçant.

Je suis fatigué aussi de tous ces responsables de la politique européenne qui s’aplatissent devant ce satrape inculte et vulgaire lorsqu’il menace de sanctions douanières leurs nations respectives. Perdre quelque argent est une chose désagréable; mais une société qui renonce à ses valeurs pour des raisons mercantiles et financières est une société qui se meurt.

La perfection n’est pas de ce monde, dit-on. Le 47ème président des Etats-Unis fait mentir cet adage : il est en effet le parfait cuistre.

Cette manifestation de mauvaise humeut vous est gracieusement offerte par l’administration américaine, et est exempte de droits de douane.

Partager :

Havre de paix

Il existe un endroit, dans les Alpes Pennines, où j’aime à me réfugier de temps à autre. C’est un endroit situé au confluent du val d’Hérens, de la Valpelline et de la vallée de Zmutt : le plateau formé par les cols de Valpelline et d’Hérens culmine à Tête Blanche, à 3710 mètres d’altitude. Vers l’Est s’ouvrent le glacier de Stockji et le vallon de Zmutt, bordé à droite par le Cervin et la Dent d’Hérens, et à gauche par la Wandflue et la Dent Blanche, tandis qu’en arrière-plan se dessinent la couronne du val d’Anniviers, le massif du Mont Rose et les Mischabel. Vers l’Ouest, la barrière des Bouquetins laisse deviner plus loin le Grand Combin et le massif du Mont Blanc. Au Nord, le glacier de Ferpècle mêne le regard vers Sion et la vallée du Rhône, et vers les Alpes Bernoises en toile de fond. Vers le Sud, le glacier de Tsa de Tsan s’ouvre sur la Valpelline, puis sur le val d’Aoste, alors qu’au delà des sommets du Grand Paradis on peut imaginer la plaine du Pô, et plus loin les Alpes maritimes, le Viso et la Méditerrannée.

Tête Blanche ne constitue pas un objectif prestigieux pour le skieur alpiniste chevronné. Il n’est guère possible de retirer un quelconque crédit, voire même l’un ou l’autre « like » d’un post « J’ai fait Tête Blanche » publié sur Instagram, X, TikTok ou n’importe quel autre réseau : dans le meilleur des cas, on vous rétorquera « T’as mis combien ?« . Pourtant, Tête Blanche est mon sommet favori dans les Alpes Valaisannes, par le cadre exceptionnel qu’il procure, par cette sensation d’être vraiment au coeur des montagnes, à la fois très haut au-dessus de la plaine, mais aussi dominé par quelques-uns des plus prestigieux des sommets des Alpes.

Panorama de Tête Blanche, vers l’Est

Cet endroit est souvent surfréquenté par les skieurs-alpinistes qui « s’entraînent » pour la Patrouille, les « collant pipette » avides de publier la photo de leur chronomètre sur tel réseau dit social à l’arrivée à Arolla. Ces gens ne prennent que rarement le temps de s’arrêter à Tête Blanche, sinon pour arracher les peaux de phoque de leurs skis, faire un selfie avec le Cervin au moyen de leur smartphone afin de publier l’instant aux followers, ou pour avaler quelques décilitres de telle boisson énergisante et enfiler une veste avant de s’élancer vers la plaine, impatients d’en finir avec cette course de montagne.

Hors saison, le calme revient, et l’on peut rester une heure ou deux, seul, avec ses pensées et la majesté du paysage, en un exercice de méditation en pleine conscience apaisant et serein.

Oh bien sûr, je ne suis plus en mesure de vivre physiquement ces sensations que j’ai pourtant eu le privilège d’expérimenter de nombreuses fois en d’autres temps; mais il reste le souvenir, très présent de ces trop brèves heures passées au sommet. Il me reste la possibilité de m’évader dans ce cadre, au hasard d’une photo retrouvée, ou simplement du souvenir d’un bien-être passé mais susceptible de ressurgir à tout moment, lorsque le besoin s’en fait sentir.

Chacun devrait avoir en lui un ou plusieurs endroits de ce type, réels ou imaginaires, où il peut reposer son esprit, s’évader hors du temps, loin des dictateurs avides de soumettre le monde à leur bon plaisir, à l’abri des flagorneries nauséabondes entre les Grands de ce monde, oublieux des tractations cruelles effectuées à l’insu de victimes de violences, à l’écart des trop nombreuses misères relatées par les médias plus ou moins indépendents qui subsistent encore, protégé des fausses nouvelles, des viles escroqueries et des immondes arnaques pratiquées par des gens peu scrupuleux souvent manipulés par des ploutocrates richissimes et méprisables. Et quand bien même ce refuge ne servirait qu’à oublier un instant soucis personnels, professionnels ou familiaux, cela en vaut mille fois la peine.

Chacun devrait disposer d’un coin de ciel bleu, d’un refuge personnel, où il peut simplement exister en paix pendant quelques instants, un endroit accessible n’importe où, n’importe quand. Je suis certain que vous aussi, vous possèdez un tel refuge, peut-être un peu oublié au fond de vos souvenirs, mais bien présent : vous y rendez-vous parfois ? Il n’est pas nécessaire d’y demeurer longtemps; mais allez-y plus souvent. Cela ne rend pas l’actualité meilleure, mais beaucoup plus supportable.

Au gré des festivités de fin d’année, que je vous souhaite agréables, essayez de localiser votre refuge personnel, et de l’aménager à votre convenance : cela rendra votre année 2026 indiscutablement meilleure. Ce que je vous souhaite de tout coeur.

Partager :

Geopolitique Fiction

C’est dans la première moitié du XXIème siècle que les démocraties occidentales furent de plus en plus remises en question. Plusieurs facteurs peuvent être envisagés, même si certains paramètres semblent, aujourd’hui encore, assez mal compris, en dépit de la très large (peut-être trop large ?) documentation dont nous disposons. L’un des facteurs déterminants semble toutefois avoir été l’accélération évolutive de la société, accélération qui n’était pas gérable par les processus démocratiques tels qu’ils avaient été établis au cours du XXème siècle, voire même auparavant. On peut citer en exemple l’apparition de l’intelligence artificielle, qui a provoqué un formidable chômage dans plusieurs secteurs clés de l’économie, à une vitesse que les groupes dirigeants de l’époque ne pouvaient pas maîtriser, à supposer qu’ils aient été en mesure de comprendre les tenants et aboutissants de cette évolution. On peut aussi mettre en exergue les problèmes liés à des flux migratoires de plus en plus chaotiques, liés aux instabilités politiques dans le monde, mais aussi aux variations climatiques rendant certaines portions du globe terrestre de plus en plus difficilement vivables.

La première réaction sociale fut d’accélérer les processus décisionnels en remplaçant les démocraties par des régimes autocratiques, voire des dictatures. L’exemple le plus souvent cité est celui des Etats-Unis d’Amérique, un Etat Fédéral loué comme un exemple de démocratie, mais qui fut l’un des premiers à évoluer vers une forme d’autoritarisme, sous l’impulsion d’une équipe gouvernementale il est vrai plus interessée par le profit matériel que par le bien-être de ses concitoyens. Plusieurs démocraties européennes suivirent le même chemin, peu de temps après; mais on sait de longue date que les dictatures peuvent s’avérer instables sur la durée, car souvent liées à un individu au charisme (ou toute autre qualité) particulier, et dont les successeurs se montrent le plus souvent incapables d’assumer la responsabilité. Et à l’ère du numérique, un autre phénomène est venu brouiller les cartes des nations : l’instantanéité de la transmission de l’information, la possibilité de se passer d’une grande partie des processus d’administration publique, ainsi que l’apparition de particuliers très fortunés à même de financer des infrastructures privées dignes de celles d’un Etat. Et puis, il faut bien dire que la pensée « Moi d’abord » illustrée en premier lieu par les Etats-Unis d’Amérique avec leur slogan de l’époque « America First » peut se retourner contre son auteur. Pourquoi mettre le pays d’abord ? En quoi « America First » est-il plus pertinent que « Chicago First* ou « New York First » ?

Ainsi, parallèlement à l’émergence des dictatures, on a vu apparaître des villes-laboratoire, comme Prospera en Amérique Centrale, dans l’Etat autrefois appelé le Honduras. Personne ne se rendit compte que ce n’était que le début d’un long processus qui allait mener au monde que nous connaissons aujourd’hui, un monde de régions et de villes plus ou moins autonomes avec des lois disparates et des relations très complexes gérées par des intelligences artificielles. Oh, bien sûr. l’évolution n’a pas toujours été facile, et il reste quelques structures similaires aux Etats que connaissait la première moitié du XXIème siècle. En Scandinavie, par exemple, les communautés géopolitiques sont encore géographiquement assez similaires à ce qu’elles étaient au début du XXIème siècle. Dans d’autres régions, cela ne s’est pas passé aussi bien. Ainsi pour ne citer qu’un exemple, à Marseille, où l’établissement du pouvoir dans la ville occasionna des milliers de morts,

  • Mais dis-moi prof, c’est quoi, Marseille ?
  • On la connaît actuellement sous le nom de Nùr ‘uwrubaa, la lumière d’Europe. C’est son nom depuis que les islamistes ont pris le pouvoir dans la ville et massacré les empereurs de la drogue, les opposants politiques, et les autorités nationalistes, fidèles à l’Etat de France d’alors, pendant les conflits avec les judéo-chrétiens ayant conduit à leur accession au pouvoir dans la ville.
  • Ok, j’ai capté. Continue, prof.

La transition vers un système de villes-Etats ou régions autogérées est actuellement loin d’être accomplie au niveau mondial, même s’il est désormais majoritaire. Les anciens empires de Chine, de Russie et de l’Inde sont désormais fractionnés en de nombreuses entités politiques distinctes, même si elles restent souvent assez étroitement liées entre elles. Ce système favorise les grandes fortunes, capables d’imposer leurs propres lois, ou absences de lois, d’instaurer leurs propres infrastructures, ou de les acheter à d’autres : communications, police, défense militaire, soins médicaux, informatique… Les services bancaires ont disparu, ou ont évolué vers des structures très différentes sous l’influence des cryptomonnaies, désormais utilisées pour toutes les transactions financières, même les plus insignifiantes. Et l’éducation, bien sûr, dont je suis un exemple, moi, une intelligence artificielle. Tout est du domaine privé désormais, comme vous l’avez constaté en achetant le droit de suivre le cours que je suis en train de vous donner . En cas de conflit, libre à chacun d’engager des mercenaires pour « résoudre » le conflit par les armes, ou de se procurer des armes robotisées autonomes sur le marché. Les relations entre micro-Etats sont basés sur des accords d’égal à égal, étant entendu que dans chaque accord, il y a un des partenaires qui est en général plus « égal » que l’autre. De fait, le système résultant est assez similaire à ce que l’on connaissait il y a très longtemps sous le nom de système féodal. Mais les titres de noblesse sont remplacés par le décompte de la fortune…Il peut sembler ironique de songer qu’Internet, pensé à l’origine pour promouvoir les démocraties, a conduit en définitive à ce genre de système… Car c’est grâce à Internet que la diffusion d’informations et de désinformations, ainsi que la numérisation des services administratifs a pu influer suffisamment sur les citoyens pour permettre une telle évolution.

Les droits de l’Homme, ont été presque complètement oblitérés par les droits du citoyen, une notion très floue que chaque ville-Etat ou région adapte à ses besoins, ou que chaque potentat local définit selon ses envies. D’alleurs, les grandes institutions internationales qui avaient fleuri après la Deuxième Guerre Mondiale ont pratiquement toutes disparu, sinon de jure, du moins de facto. Ces organisations avaient été définies pour tenter de contrôler les relations entre les Etats; ces derniers ayant en grande partie disparu, le fonctionnement de ces organisations est devenu problématique, d’autant que peu de gens leur reconnaissent encore une quelconque légitimité.

  • Prof, c’est quoi la « Deuxième Guerre Mondiale » ?
  • Dans la première moitié du XXe siècle, il y eut deux conflagrations majeures qui impliquèrent la grande majorité des nations sur la Terre. C’esr ce que l’on a appelé les deux guerres mondiales.
  • Mais, prof, comment c’est possible ? Les gens de Shanghai n’en ont strictement rien à faire si les gens de Londres et de Paris ne sont pas d’accord entre eux, non ?
  • Le monde fonctionne différemment aujourd’hui qu’à l’époque. Nous avons en permanence des milliers de conflits armés ou cyberarmés, qui sont résolus (ou non) localement; mais à l’époque, les gouvernements de ces immenses nations créaient des alliances entre eux pour résoudre les conflits à l’échelle planétaire, en utilisant parfois des armes très dangereuses, notamment au Japon, à Hiroshima et Nagasaki.
  • Et, prof, c’était mieux avant qu’aujourd’hui?
  • Il ne m’appartient pas de juger; je ne suis qu’une intelligence artificielle, après tout. Mais globalement, si l’on en croit les statistiques forcément approximatives que l’on peut bâtir à partir des informations collectées, souvent invérifiables, sur les réseaux d’information privés, il semblerait que la misère causée par les conflits soit comparable à ce qu’elle était avant. En revanche, il est probable que la misère dûe aux phénomènes climatiques extrêmes, d’ailleurs également cause de conflits pour l’accession à des ressources devenues plus rares (comme l’eau), puisse résulter en une misère globalement supérieure à ce qu’a connu le début du XXIème siècle. Bien sûr, on peut aussi déplorer que la privatisation des services engendrée par les tendances ultra-libérales et la philosophie du chacun pour soi entraîne des groupuscules moins fortunés dans la misère parce qu’ils ne peuvent accéder aux ressources dont ils auraient besoin.
  • Ok, prof, continue.

Actuellement, nous n’avons plus guère de pouvoir juridique; même ce secteur a été dévolu à l’économie privée qui va utiliser des intelligences artificielles comme moi pour résoudre les conflits; beaucoup de villes-Etats ne paient pas d’impôts. Corollairement, la ville n’offre généralement pas ou que peu de services élémentaires aux habitants : tous les services sont dévolus à l’économie privée.

  • Mais prof, c’est mieux, non ? Chacun paie juste pour ce dont il a besoin,
  • Oui, c’est l’idée générale, Mais la conséquence, c’est que si vous n’avez pas de quoi payer, vous n’avez pas accès aux services.
  • Ca parait logique. En tous cas, ca me parait préférable au paiement d’impôts dont on ne sait pas à quoi ils vont servir parce que d’autres décident à notre place. Bon, c’est pas que je m’ennuie, mais…tu as fini, prof ?
  • Vous avez encore un peu de crédit sur le cours que vous avez payé; mais si vous le désirez, je le comptabilise sur votre avoir comme une avance sur la prochaine séance.
  • Ok, prof, on fait comme ça. Logout.

Oui, j’ai très mal dormi cette nuit. Un cauchemar idiot… Je me demande pourquoi je vous le raconte, en fait.

Partager :

Indépendance

La Suisse a obtenu des droits de douane similaires à ceux des Européens; ce résultat a été salué comme un succès, en particulier par l’UDC, qui y voit le résultat des efforts de son conseiller fédéral Guy Parmelin. On oublie un peu vite qu’en réalité, il y a six mois, ces droits de douane étaient pratiquement nuls, et que le président des Etats-Unis a fait passer de 0 à 15% ces tarifs douaniers. Alors oui, 15%, c’est indiscutablement mieux que 39%. Mais finalement, tout le monde est perdant, et probablement les Etats-Unis aussi, mais ils ne s’en rendront compte que plus tard, je suppose.

Devant le soulagement général, on a un peu envie de réagir comme certains caciques de l’UDC, qui se félicitent de l’indépendance de la Suisse, qui toute seule (avec une Rolex et un lingot d’or toutefois) est capable d’obtenir des Etats-Unis un traitement similaire à celui réservé à l’Europe, sans avoir à s’aligner sur un droit européen qui leur semble fatal pour l’indépendance du pays, et de ce fait appellent au rejet des accords bilatéraux avec l’Europe. Au nom de notre indépendance, disent-ils… Ce sont souvent les mêmes individus qui dissimulent assez mal leur admiration pour le président américain et sa philosophie de rapports de forces excluant une diplomatie à leurs yeux inutilement chronophage. Mais ils ont tendance à oublier (ou peut-être n’en ont-ils pas encore pris conscience) qu’ils y a d’autres domaines que les droits douaniers sur les produits où cette indépendance est mise en danger.

Au fait, que se passerait-il si Donald Trump s’avisait à taxer les services ? Il en a le pouvoir; certains ont peut-être suivi les tribulations récentes de M. Nicolas Guillou, citoyen français, juge à la Cour Pénale Internationale (CPI). Cette institution a récemment condamné Benyamin Netanyahu, Premier Ministre Israëlien, pour crimes de guerre dans le cadre du conflit opposant l’Etat Hébreu au Hamas dans la bande de Gaza. Le président américain en a pris ombrage, et a voulu sanctionner les juges de la CPI qui ont à son sens injustement condamné son ami et allié israëlien. Depuis cette condamantion, Nicolas Guillou (parmi d’autres) est privé de tous services fournis par des sources américaines; la liste est trop longue pour être exhaustive, mais citons tout de même Google, Amazon, Microsoft, Paypal, Mastercard, Visa… Vous avez bien lu : M. Guillou n’a plus accès à ses cartes de crédit, ni aux services de Google ou de Microsoft, par exemple. Si il avait stocké ses données sur OneDrive, par exemple, c’est dommage pour lui. Si son agenda est synchronisé par Google Agenda, c’est regrettable pour son agenda. Si il aime payer son hôtel avec une carte de crédit lorsqu’il participe aux séances de la CPI (ou lors de ses autres déplacements), eh bien il devra recourir à nouveau à de l’argent liquide, et en monnaie locale s’il vous plaît. Donald Trump peut sanctionner un citoyen non-américain pour une action tout à fait légale commise hors des Etats-Unis d’Amérique, mais qu’il désapprouve.

Les inconditionnels de Donald Trump à l’UDC ou ailleurs devraient méditer cette leçon même s’ils n’aiment pas non plus la CPI ou autres institutions crées pour réguler les relations entre les peuples du monde. Si Donald Trump décide un jour de taxer les services numériques, il le fera à son habitude, par le biais d’une décision unilatérale avec effet quasi-immédiat. Imaginez un monde sans cartes de crédit; imaginez un écran noir lorque vous essayez de vous connecter aux services Microsoft (Windows 11, Office 365, OneDrive, etc…). Votre téléphone mobile ne connaît plus What’s App, LinkedIn, ou X-Twitter, et votre agenda ainsi que vos contacts sont perdus. Les fonds de l’AVS sont gérés par une compagnie américaine et le versement des primes pourrait même être impacté. Les administrations fiscales cantonales et fédérales sont presque toutes équipes de postes informatiques utilisant le système d’exploitation Windows, qui est considéré depuis Windows 10 comme un service; je vous laisse imaginer le problème que cela peut représenter. Pour ne rien dire des systèmes informatiques dans les hôpitaux et les autres services que nous utilisons au quotidien. La Suisse indépendante ? Ce concept mériterait un vaste éclat de rire si cela n’était pas si tragique. Mais je suppoose qu’il n’y a pas qu’à l’ASIN que des inconscients ont décidé de ne rien voir…

Les Etats-Unis d’Amérique ne sont pas, ou plus, un pays ami. La Suisse ferait bien de se le tenir pour dit, et se tourner vers les voisins européens pour une collaboration plus étroite; même si ces pays ont leurs défauts, ils représentent une communauté de vues plus susceptible de correspondre à notre manière de voir les choses; par ailleurs, nous avons besoin d’alliés face aux défis qui s’amoncellent dans notre proche avenir. La Russie militaire, la Chine commerciale, les Etats-Unis protectionnistes, repliés sur eux-même et sur leur pétrole… L’Europe a les moyens de s’affranchir, au moins partiellement, de ces dépendances numériques; ce n’est pas facile, mais c’est faisable car les outils existent. Mais il est nécessaire de disposer d’une masse critique pour cela, une condition que l’Europe remplit avec près de 750 millions d’habitants, mais dont la Suisse (9 millions) semble trop éloignée.

La Suisse n’est plus indépendante; mais l’a-t-elle jamais été ? Dans l’esprit de certains peut-être…

Partager :

Crétin omniscient

L’intelligence artificielle (IA) n’en finit plus de révolutionner nos existences, notre quotidien. Pour le meilleur parfois (progrès de la médecine, maintenance de sites sensibles, automatisation de tâches de routine) et pour le pire souvent (explosion de fake news, d’images de synthèse détournées à des fins malveillantes, chômage); mais il faut se faire à cette nouvelle réalité.

Les réseaux de neurones artificiels qui sont à la base des intelligences artificielles basées sur la statistique (comme GPT, avec son robot conversationnel ChatGPT) sont décrits depuis les années 1940; mais ce n’est que récemment que l’on a pu matérialiser ces systèmes grâce à des puces informatiques surpuissantes et un déploiement de force brute rendu possible par des investissements colossaux. Il n’est d’ailleurs pas du tout certain que ces investissemnts faramineux puissent se concrétiser un jour en de juteux bénéfices, ce qui fait craindre une débâcle plus grave que la bulle Internet à la fin du siècle dernier. Mais les grands patrons de la tech, Sam Altman en tête, vont de l’avant, en déployant de nouvelles fonctionnalités à un rythme effréné, sans jamais se poser la question du caractère judicieux de ce développement incontrôlé. Ainsi, Sora 2 , un logiciel de création de séquences vidéo au réalisme étonnant, est très diversement évalué par les critiques. Permettant de réaliser des séquences vidéo en quelques clics par pratiquement n’importe qui, il est devenu l’outil privilégié des éditeurs de fausses images et de fausses vidèo, mettant en scène tel ou tel personnage dans des situations plus ou moins délicates.

Mais les développements ne s’arrêtent pas en si bon (?) chemin. On nous promet d’ores et déjà une superintelligence dans cinq ans; ce qui ne paraît pas complètement absurde au vu du rythme de développement effréné dans ce domaine. Encore faut-il s’entendre sur ce que sera cette superintelligence, qui, dans le cadre des connaissances actuelles, semble devoir se baser sur les technologies éprouvées dans le cadre de GPT et des IA similaires. On parle d’un réseau neuronal d’une dimension jamais envisagée jusqu’ici, à tel point qu’il nécessiterait plusieurs centrales nucléaires (on parle de 3, 4 voire même 5) pour l’alimenter. Dans cette optique, des pré-commandes de puces électroniques à Nvidia ont fait exploser la quotation en bourse de la société à plus de 5000 milliards de dollars, du jamais vu !

Cette superintelligence, dont le développement est encouragé par les milliardaires de la tech et aussi par le gouvernement américain actuel, serait potentiellement supérieure à l’intelligence humaine, et pourrait donc, dans l’esprit des « visionnaires » que sont Sam Altman ou autres Elon Musk, répondre à certaines grandes interrogations de l’humanité. J’imagine que Elon Musk, dans ses rêves les plus secrets, se voit à la place du staff de l’entreprise US Robotics dans la nouvelle de science-fiction Evasion d’Isaac Asimov (1945), et peut demander à son tour à ce super-robot « Construis-moi un vaisseau spatial capable de voyages interstellaires« .

Mais un réseau neuronal, avec les technologies actuelles, reste limité à des réponses basées sur la statistique lorsque l’on lui pose une question. Dans certains domaines, cela semble fonctionner assez bien; ainsi, dans le domaine médical, le diagnostic des IA est actuellement le plus souvent plus pertinent que celui des médecins « humains », parce que les questions posées sont généralement très pertinentes, et les informations sur lesquelles la réponse est fondée sont des informations scientifiquement vérifiées.

Dans le cas le plus général, le fait que la question soit ou non pertinente, ou que les informations sur lesquelles il fonde sa réponse sont ou non vraisemblables n’entre pas (ou très marginalement) en ligne de compte. Il fournit une réponse et se soucie en réalité assez peu de sa vraisemblance ou de son bien-fondé. Même doté d’une connaissance quasi universelle, il reste pratiquement incapable de véritable discernement. Un crétin omniscient, en quelque sorte…

Je peux imaginer qu’une telle superintelligence pourrait être utilisée par un certain président des Etats-Unis, par exemple dans le cadre d’un hypothétique troisième mandat. On aurait alors à la tête des USA un idiot omnipotent secondé par un crétin omniscient. Un scénario qui à ma connaissance n’a jamais été abordé par Isaac Asimov, ni par quelque autre auteur de science-fiction; mais on peut les comprendre : ce n’est hélas probablement plus vraiment de la science-fiction.

Partager :

i.A.g.

C’était vers 1976 environ; j’avais un diplôme d’ingénieur flambant neuf en poche et une expérience professionnelle nulle; je travaillais comme assistant à l’EPFL, et m’apprêtais à de long séjours en Afrique du Nord pour la coopération internationale. Un professeur d’université d’Allemagne de l’Ouest était venu donner une conférence dans les locaux de l’EPFL, et je l’avais abordé à l’heure de l’apéritif. Après un échange très intéressant (à vrai dire, surtout pour moi), il m’avait donné sa carte de visite que j’avais empochée sans prendre le temps de la lire attentivement.

Un peu plus tard, j’ai ressorti cette carte de visite, et, hormis les titres de « Doktor in angewandte Physik » ou « Professor in der Universität SoUndSo », j’ai remarqué, en bas à droite, les lettres « i.A.g.« . Je ne savais pas ce que cela signifiait, et je n’ai pas pris spécialement la peine de m’informer. Ce n’est que bien plus tard que, fortuitement, je me suis rappelé cette carte de visite, et me suis renseigné sur la signification de ce sigle cabalistique.  » i.A.g.  » était l’abréviation de « in Amerika gewesen » (est allé en Amérique).

C’était une époque où les Etats-Unis d’Amérique constituaient un véritable Eldorado pour les chercheurs et les scientifiques de tout poil. En 1975, il était plutôt rare de fréquenter une université américaine, alors on mentionnait simplement que l’on avait visité le continent nord-américain. Après 1980, il est devenu plus courant que de jeunes chercheurs aillent « faire leur doctorat » dans une université américaine, et souvent y restent d’ailleurs. On a vu fleurir les noms des universités en regard du titre sur les cartes de visite, genre « Docteur en Physique, M.I.T. ». Plus tard, dans les pays francophones et anglophones surtout, on a carrément remplacé le titre de docteur par l’acronyme « PhD (Philosophiae Doctor) » plus facile à caser sur une carte de visite, en regard du nom de l’université, et aussi plus « américain ».

Il n’y a pas si longtemps, l’un de mes collègues fraîchement engagé comme professeur à la HEIG-VD arborait sur sa carte de visite (en plus de l’adresse du domaine de son employeur) une adresse de courriel @berkeley.com pour bien souligner qu’il avait gardé des liens supposés étroits avec l’université où il avait « commis » son doctorat. On fait valoir la supposée excellence de sa formation comme on peut…

Pendant toute ma carrière, j’ai vécu les Etats-Unis d’Amérique comme la référence que l’on citait lorsque l’on avait besoin d’une caution scientifique. Ceux qui avaient pu fréquenter une université américaine se servaient de cette référence pour démontrer le sérieux de leur formation par des procédés parfois à la limite du ridicule. Aujourd’hui encore, les meilleures publications dans de nombreux domaines sont issues des universités américaines qui dominent les différents classements (rankings) mondiaux. Depuis 1950, les prix Nobel de physique, par exemple , sont dominés par des chercheurs américains. Les temps sont malheureusement en train de changer. La recherche fondamentale a besoin d’argent public pour fonctionner, car aucune industrie (sinon des mécènes par le biais de fondations) n’investirait dans une recherche aussi aléatoire et ayant une aussi faible probabilité de fournir des débouchés exploitables dans un délai permettant la rentabilité de l’investissement. Pourtant, c’est cette même recherche fondamentale qui a donné naissance aux semiconducteurs, à nombre de vaccins et médicaments, ou à de nouveaux matériaux ou alliages.

L’administration américaine a décidé de couper massivement dans les financements de la recherche, ce qui a amené le prix Nobel de physique 2025, John Clarke, à réagir. Nul doute que les universités américaines puissent tenir leur leadership encore pendant quelque temps en l’absence de financement public. La question est combien de temps. Dans de nombreux projets internationaux, les partenariats américains se délitent et nombre de projets -également en Europe- ont dû être abandonnés suite à la décision de l’administration Trump. Merci, Donald.

Ces projets internationaux, pourtant prometteurs, aujourd’hui abandonnés, méritent désormais d’être qualifiés par l’acronyme « i.A.g.« . Pour « in Amerika gestorben » (est mort en Amérique) bien sûr.

Partager :

Dystopie

J’ai adoré lire des romans de science-fiction, et j’apprécie toujours ce genre de littérature souvent tenue pour mineure. J’ai lu et relu les « Fondations« , « Dune » ou encore les romans atypiques de Philip K. Dick.

Dans ce genre de romans, les dystopies sont plutôt rares. Je rappelle brièvement ici qu’une dystopie est une vision particulièrement sinistre et négative, voire cauchemardesque de l’évolution d’une société. Mais il y en a de célèbres, à commencer par 1984 de George Orwell. ou le « Maître du Haut Château » de Philip K. Dick encore qu’on puisse débattre de ce qui constitue une dystopie ou une utopie, bien sûr.

Une dystopie est donc irréelle; mais j’ai l’impression que nous vivons actuellement une dystopie; ce qui bien sûr constitue en soi un non-sens. L’administration américaine actuelle foule aux pieds tous les principes constitutifs de la démocratie américaine, de la Constitution qui leur a permis d’être élus. La justice continue à fonctionner, mais le gouvernement ne tient plus aucun compte de ses jugements, se bornant à virer tel juge qui a émis un verdict défavorable. Les médias continuent à effectuer leur travail, mais ils se voient retirer toute crédibilité par un gouvernement qui ne connaît d’autre vérité que celle qu’il réinvente à chaque minute. Les hôpitaux, dont certains comptent parmi les meilleurs du monde, fonctionnent en dépit du ministre de la Santé qui dénigre l’approche scientifique, les vaccins, et même parfois la médecine en général. Quelques-unes des meilléures universités du monde sont la cible d’attaques du gouvernement qui les rend responsables d’antisémitisme parce que leurs rectorats admettent que les étudiants puissent manifester leur opinion même si elle n’est pas représentative de celle du gouvernement. La NASA, fleuron de la conquète spatiale, se voit punie parce qu’elle privilégie une approche scientifique de l’étude de la planète Mars, alors que le président (et son complice intermittent Elon Musk) préfèreraient envoyer des hommes tout de suite, alors même qu’on doute qu’il soit possible de les en ramener en bon état avec les technologies à découvrir dans les dix prochaines années. Le président Trump désirerait se voir octroyer le prix Nobel de la paix, mais il coupe les financements à l’USAID, menaçant l’existence de millions de personnes, dont principalement des enfants. Le gouvernement affame les fermiers de l’Arkansas avec des taxes à l’importation censées enrichir les Etats-Unis; mais qu’à cela ne tienne, ces fermiers continuent à prier en attendant des jours meilleurs.

Les Etats-Unis d’Amérique ne sont pas la seule nation qui se distingue par un comportament de plus en plus irrationnel : en France voisine, deux des principaux partis politiques préfèrent laisser sombrer la nation dans le surendettement plutôt que d’envisager le mondre compromis avec ses adversaires politiques. A l’ONU, les nostalgiques de la défunte URSS, Poutine et Lavrov en tête, nient toute ingérence en dépit de l’évidence des faits. En réalité, ils nient tellement de choses que l’on se demande à quoi peut bien servir la Russie, car de l’aveu de ses propres dirigeants, elle ne fait strictement RIEN.

Et la Suisse, notre chère patrie, fait-elle tout juste ? J’ai quelques doutes à ce sujet, en vérité. Notre armée s’équipe de drones : malheureusement, ils ne fonctionnent pas en hiver, et il faut les faire accompagner d’un hélicoptère ou d’un avion pour qu’ils consentent à décoller. Elle va acquérir des avions de combat F-35 qui pourront traverser le pays en moins de 10 minutes : mais ces (très coûteux) monstres de technologies sont incapables d’intercepter des drones bon marché qui attaqueraient des cibles civiles ou militaires sur le territoire suisse. Malheureusement, on sait depuis la guerre en Ukraine que les drones constituent probablement la clé des prochains conflits armés. La Suisse possède un des meilleurs systèmes de santé du monde : mais il est très coûteux; et étrangement, la proportion du revenu consacrée à l’assurance maladie pour les cytoyens est inversément proportionnelle à ce même revenu. Moins tu gagnes, plus tu paies.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le caractère de plus en plus étrange et illogique des choses dans le monde; mais vous avez compris l’idée. Nous sommes en train de vivre le basculement de la société telle que nous l’avons connue dans un monde étrange et dystopique. Je ne suis pas certain que ce nouveau monde me plaise. En fait, j’aimerais bien avoir de nouveau vingt ans; mais dans ce monde qui se prépare, mon enthousiasme à cette perspective de rajeunissement est quelque peu tempéré.

Partager :

Langues « nationales »

Quelques cantons suisses alémaniques ont provoqué un vaste débat en supprimant l’enseignement du français à l’école primaire. La Suisse romande francophone a réagi de manière parfois indignée à l’idée que l’on puisse ne plus enseigner le français, la deuxième langue nationale du pays, et que l’on préfère l’enseignement de l’anglais. On a parlé d’atteinte à la cohésion nationale, quand on n’a pas fait usage de termes plus agressifs.

Je suis absolument en accord avec le fait qu’il faille faire un effort dans l’enseignement pour assurer une certaine volonté de cohésion nationale. Si rien n’est entrepris dans cette optique, il ne faudra pas très longtemps à un Zurichois moyen pour ne même plus se rappeler qu’il existe des régions reculées où l’on ne parle pas forcément le Züritütsch. et où il arrive que les gens lisent autre chose que la « Neue Zürcher Zeitung » ou la « Weltwoche ». Bon, je fais l’hypothèse optimiste qu’il existera encore des journaux papier en français d’ici là; soyons fous…

Je me demande simplement si par les temps qui courent, l’apprentissage d’une langue est la bonne manière d’intéresser les écoliers à l’existence de compatriotes barricadés si loin à l’Ouest, par-delà le « Röstigraben ». Moi-même je parle suffisamment correctement le suisse allemand pour faire (pendant un court moment) illusion par delà la Sarine. Mais cette maîtrise implique-t-elle vraiment que j’aie assimilé la culture de mes compatriotes germanophones ? Pas vraiment, si j’en crois mes lacunes culturelles pour ce qui concerne la Suisse alémanique. Oh bien sûr, j’ai eu l’occasion d’entendre parler de Jeremias Gotthelf et de quelques auteurs germaniques qui forgent l’environnement culturel de nos compatriotes alémaniques, mais pas forcément davantage que si j’étais resté étranger à la langue de Goethe.

Ce qui m’amène à me poser la question de manière très provocante : est-ce bien utile d’apprendre une langue nationale à l’école primaire ? Je sais que je vais en choquer plus d’un en Suisse romande, mais à l’époque où les téléphones mobiles proposent la traduction en temps réel, est-ce vraiment l’expression française qui permettra aux jeunes suisses alémaniques d’appréhender la mentalité et les différences culturelles des welsches ?

Je vous le concède, lire Voltaire ou Rousseau dans une traduction allemande n’a probablement guère de sens. Mais dans le cadre de l’école primaire, sensibiliser les jeunes à Brassens, Goldman ou Souchon ne serait-il pas plus productif que de leur inculquer de la grammaire et de l’orthographe qu’ils oublieront avant de faire le voyage de Lausanne pour encourager le hockey-club des Lions zurichois face aux Lions lausannois ? Marie-Thérèse Porchet serait-elle plus à même d’intéresser les jeunes écoliers à la culture française que le professeur de français ? Par comparaison, Emil Steinberger a su par le passé enthousiasmer les francophones pour l’humour alémanique. Et je me souviens que c’est le Bernois Stephan Eicher, avec « Hemmige » qui m’a fait découvrir le merveilleux artiste qu’a été le Bernois Mani Matter, et qui m’a donné envie de lire ses textes originaux à la fois drôles et profonds.

En conclusion, l’abandon du français à l’école primaire par des écoliers zurichois ou thurgoviens ne me choque pas outre mesure. A condition que l’on remplace l’étude de la langue par une approche des différences culturelles qui constituent la Suisse francophone (et aussi italophone, n’oublions pas nos chers compatriotes au sud du Gothard), à travers les manifestations artistiques, et les sensibilités politiques divergentes.

Mais là, en revanche, ce n’est pas gagné.

Partager :

Plus d’eau !

Je m’apprêtais à passer un week-end agréable en forêt, dans la maison des Monts sur Bex. En arrivant, après avoir posé les bagages et effectué les quelques gestes quasi rituels de l’installation dans la maison, je veux emplir la casserole d’eau…. Plus rien, à peine un filet évanescent au robinet de la cuisine.

Je me rends vers le système de surpresseur qui amène l’eau de citerne vers les divers robinets, et je me rends compte que le surpresseur tourne probablement depuis une boinne semaine sans discontinuer, sans rien pomper que de l’air, et produire de la chaleur. La note d’électricité du mois sera respectable, je suppose !

Après avoir débranché le surpresseur, je vais examiner la citerne de stockage d’eau de ruissellement; une opération pas forcément aisée, le couvercle est très lourd et malaisé à soulever. Mais le verdict est impitoyable : la citerne est vide. Pour quelque raison que ce soit, la citerne s’est vidée, soit parce qu’elle n’était plus alimentée par les pluies, soit parce que la consommation s’est trouvée excessivement impactée, par exemple par une chasse d’eau incorrectement fermée (c’est déjà arrivé par le passé).

Peu importe finalement la raison, ce n’est pas mon propos ici. Nous sommes samedi matin, on ne pourra pas amener de l’eau avant lundi; il va falloir vivre sans eau courante pendant le week-end, avec une citerne de réserve accessible par un seul robinet, situé dans la buanderie, une citerne que l’on n’utilise plus actuellement que pour l’arrosage des plantes.

Je ne vous raconterai pas les innombrables fois où l’on actionne en vain un robinet pour se rincer les mains, où l’on tire inutilement la chasse d’eau après le soulagement d’un besoin conséquent, où l’on peste parce que le seau d’eau que l’on porte jusqu’aux toilettes pour le rinçage heurte une porte et se renverse en partie sur le sol de la cuisine. La déception de ne pas pouvoir prendre une petite douche après un effort ou un travail salissant. Refaire la vaisselle à la main, dans une petite cuvette devant la cuisine, avec le peu d’eau chaude que l’on a pu chauffer dans une marmite trop petite.

J’avais déjà vécu ce genre de situation; mais j’étais beaucoup plus jeune, et c’est surtout ma maman qui avait dû gérer la problématique du manque d’eau pour la vaisselle, la lessive, la cuisson, les toilettes. On ne se rend pas toujours compte de l’utilisation de l’eau que nous faisons par jour; en Suisse (et dans les pays occidentaux, à quelques nuances près) , on estime à environ 140 à 160 litres d’eau par personne et par jour la consommation moyenne (sans tenir compte de l’eau virtuelle consommée pour implémenter les services et les biens importés qui monte l’addition à plus de 4200 litres). Ce qui fait une petite vingtaine de seaux d’eau de 10 litres pas trop remplis à convoyer depuis le point d’eau vers le point de consommation.

Bon, le temps passé à porter de l’eau n’est pas passé sur les écrans des réseaux sociaux. Il faut bien reconnaître que la situation dans laquelle je me suis trouvé constitue juste un modeste inconfort; mais c’est un désagrément suffisamment significatif pour perturber quelque peu nos habitudes de riches, de personnes avides de confort. Et puis, on se met tout doucement à penser à la valeur de l’eau. Cette eau que la société s’ingénie à purifier et à rendre consommable et dans laquelle nous faisons nos besoins.

Ensuite, on pense à ces gens vivant dans un pays en guerre, ou dans des régions désertiques, ces gens qui n’ont pas accès à l’eau, potable ou non. Ou qui doivent parfois mettre leur vie en péril pour quelques litres d’eau que l’on espère pas trop insalubre. Au Sahel, à Gaza, dans certains villages d’Ukraine peut-être. La cyberguerre et les F-35 paraissent soudain tellement dérisoires face à la menace que laisse entrevoir le réchauffement climatique (encore lui !) et qui paraît ultime : plus d’eau ! On se dit que, à la lumière des projections des climatiologues, et au vu des actions (?) entreprises pour remédier au changement climatique occasionné par notre société, le problème de raréfaction de l’eau pourrait bien gagner nos contrées privilégiées dans un avenir probablement moins lointain qu’on ne le souhaiterait.

Trump, Poutine, Netanyahou et les autres cafards sanguinaires et égocentriques qui entendent régir le monde à leur aise paraissent soudain si vains devant cette menace : Plus d’eau.

A quoi bon se battre pour ou contre la démocratie, alors qu’aujourd’hui déjà, de nombreux peuples doivent composer avec une réalité autrement cruelle : Plus d’eau !

C’est lorsque l’essentiel manque que l’on prend conscience de la véritable importance des choses.

Partager :

Euro Computer

Je me suis rendu compte récemment que j’utilisais le système d’exploitation Windows depuis pas mal de temps, et j’ai eu la curiosité de répertorier les applications que j’utilisais réellement. Le bilan est étonnant : parmi les applications que j’utilise couramment, il n’y en a que deux qui ne peuvent pas s’exécuter sans le système d’exploitation de Microsoft. L’une de ces applications est un jeu de stratégie d’un âge canonique, l’autre est un logiciel de traitement de photographies au format brut (RAW) édité par la société DXO, PhotoLab.

Toutes les autres applications que j’utilise sont des applications Open Source qui fonctionnent aussi bien, voire parfois mieux que les applications natives de Microsoft, en tous cas pour l’usage que j’en fais. Si l’on prend le traitement de texte, par exemple, hormis les fonctions de publipostage vraiment remarquables de Word, les fonctionnalités que propose un logiciel comme writer de la suite LibreOffice sont comparables et parfois nettement meilleures (comme l’indexation du texte, ou les documents multifichiers). Ceci ne signifie pas qu’un professionnel peut sans autres passer de la suite Office à une suite LibreOffice; mais il est tout à fait possible de réaliser un travail comparable avec une base de logiciels libres dans un contexte de bureautique.

Dans le cadre du traitement d’images, The Gimp est un outil probablement moins connu et plus difficile d’accès que le logiciel incontournable des photographes, Photoshop de la société Adobe, mais là encore, on peut réaliser la très grande majorité des effets proposés par Photoshop avec le logiciel libre The Gimp.

J’ai discuté avec la société qui édite le logiciel qui me maintient sur Windows, la société française DXO. Ils ne peuvent pas -je m’en doutais bien- porter leur logiciel sur un système d’exploitation Open Source comme Linux. Il y a des raisons commerciales qui font qu’il est malaisé de faire payer des licences d’utilisation à des utilisateurs de logiciels libres; or, DXO vit grâce à la vente de licences; leur modèle commercial ne fonctionnerait pas avec une distribution gratuite, bien sûr. Mais ceci est un problème qui peut être résolu en temps utile.

Mais il y a un problème plus complexe à résoudre, c’est le caractère disparate des distributions Linux existant de par le monde, avec des versions de noyaux très diverses, ce qui rend l’écriture d’applications pouvant fonctionner sur toutes les variantes très difficile. Plus grave encore, les pilotes de périphériques ne sont pas forcément portés sur Linux par les fabricants d’appareils, et le portage (quand un tel portage existe) est souvent le fait de bidouilleurs qui publient un bricolage insuffisamment testé et souvent fonctionnellement incomplet, pour ne rien dire de la documentation associée souvent inexistante.

Pourtant, l’Europe tient là une occasion de se rendre largement indépendante des géants de la tech américains, et à relativement peu de frais. Il suffirait de définir une distribution Linux, et un environnement de bureau associé (comme KDE, pour ne citer que celui-ci) et d’en faire une distribution officielle européenne (appelons-la UE/OS): on réunirait une équipe qui se chargerait de mettre en place un service de distribution officiel, qui aurait aussi pour tâche de répertorier, tester et distribuer tous les pilotes de périphériques possibles. Dés lors que la suite logicielle est stable, les éditeurs n’auraient plus de raisons techniques pour ne pas porter leurs applicatifs vers la plate-forme européenne. La gratuité du système d’exploitation pourrait être maintenue : il n’est pas prohibitif, pour un ensemble d’états comme l’Europe, de fournir à ses administrés un service informatique cohérent payé par les impôts de ces administrés, même si cela peut choquer certains partisans de l’ultralibéralisme et du « moins d’Etat » à tout prix.

Il y aurait probablement quelques développements à effectuer pour rendre le système plus convivial, notamment dans l’administration et la mise à jour d’applications; mais c’est là un investissement relativement modeste comparé à la somme payée par les Européens en termes de licences Windows, système d’exploitation généralement préinstallé sur les nouveaux ordinateurs, et qu’il faut payer à nouveau lorsque l’on change de modèle.

Ce système d’exploitation européen pourrait bien entendu coexister avec Windows ou MacOS; des ordinateurs made for Europe pourraient inclure d’emblée et sans surcoût, en plus de UE/OS, un gestionnaire de machine virtuelle autorisant l’exécution de plusieurs systèmes d’exploitation sur la même plate-forme en quasi simultanéité et de manière suffisamment transparente pour ne pas perturber l’utilisateur lambda.

Le prix à payer pour les équipes de maintenance et de développement de ce système serait largement compensé par la réduction progressive du nombre de licences payées aux éditeurs de logiciels américains. Quant aux éditeurs de logiciels qui dépendent des licences vendues pour exister (comme DXO, justement), il y a sûrement un modèle de licence à définir pour que ces sociétés puissent continuer à vendre leurs licences sur UE/OS, même si ce dernier reste Open Source et gratuit.

Les apôtres de l’ultralibéralisme vont bien sûr crier à l’ingérence excessive de l’Etat, arguant que la distribution de logiciels et l’installation d’un système d’exploitation ne saurait être gérée que par des privés. Mais je note toutefois que

  1. Un système d’exploitation est. à l’âge numérique, une ressource de base; la société civile a besoin d’un gouvernement et d’une autorité pour organiser la coexistence et appliquer les règles votées par les citoyens ou leurs représentants. C’est exactement ce que réalise un système d’exploitation dans le monde numérique, Il n’est donc pas dénué de sens de confier cette tâche à une organisation étatique.
  2. Un ordinateur personnel manipule des données sensibles, qui actuellement peuvent être localisées un peu n’importe où dans le monde; protéger les données des utilisateurs est aussi une tâche importante qui ne devrait pas être confiée à n’importe quelle société basée on ne sait où.
  3. La cybercriminalité est en forte hausse, et il est plus que probable que la cyberguerre est d’ores et déjà en cours, même si tout le monde n’en a pas encore pris conscience. Protéger les utilisateurs contre les menaces est une des missions du gouvernement. Le protéger contre les cyber menaces par le biais d’outils sécuritaires installés nativement dans le système d’exploitation est certainement plus efficace et moins coûteux que -un exemple vraiment pris au hasard- acquérir des avions de combat.
  4. L’ultralibéralisme ne constitue pas à mes yeux un modèle exemplaire à suivre absolument. Bill Gates, Tim Cook, Sundar Pichai ont réalisé des fortunes indécentes en vendant -entre autres- des systèmes d’exploitation. Voulons-nous vraiment rendre ce genre d’ individus encore plus riches qu’il ne sont ?
  5. La cyber dépendance de l’Europe est presque totale. Si un jour un gouvernement américain, après une saute d’humeur, décide de taxer lourdement les utilisateurs non américains pour l’utilisation de logiciels vendus par des société américaines, il en a théoriquement le pouvoir. Ce serait peut-être une bonne idée que de réduire cette dépendance numérique.

Qui aurait le courage de prendre la décision de lancer l’initiative de quelque chose comme UE/OS ? Des universités et des groupes d’informaticiens enthousiastes ont essayé, mais faute de professionnalisme et en raison de l’inertie du monde des affaires, ils n’ont pas réussi. La gendarmerie nationale française a déployé – initiative intelligente – GendBuntu sur plus de 70000 postes de travail, montrant que ce n’était pas impossible, mais pas forcément facile non plus. L’Union Européenne -qui à mon humble avis est la seule institution politique habilitée à prendre une telle décision- aurait-t-elle le courage de lancer une telle initiative après les problèmes rencontrés avec l’administration Trump ?

Partager :