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L’aventure OSI

Au cours des années 1980, toute l’Europe des Télécommunications était concentrée sur le développement de ISDN, le réseau numérique à intégration de services (RNIS), et la définition d’un modèle conceptuel de la téléinformatique, connu sous l’acronyme OSI, pour Open Systems Interconnect. J’étais alors moi-même engagé dans une société multinationale européenne active dans le domaine des télécommunictaions, et je participais activement à l’implémentation de ce modèle, avec l’ambition de fédérer les deux grands consommateurs de télécommunications d’alors, à savoir la téléphonie et la téléinformatique. La principale difficulté technique était le besoin en services synchrones d’un côté (téléphonie, transmission vidéo, transmission audio) et asynchrones de l’autre (transmission de fichiers, exploration web, transactions informatiques de niveau service) de l’autre. La philosophie OSI était de nature plutôt démocratique, pourrait-on dire : chacun peut implémenter la solution qu’il désire, du moment qu’il respecte un minimum de règles, et ceci à chaque niveau de service utilisé. Certaines entreprises américaines adhéraient à cette vision, comme Digital Equipment Corporation, Hewlett-Packard ou IBM, et nous nous rencontrions souvent pour mettre au point les stratégies de développement en vue d’une généralisation des solutions que nous préconisions.

A la fin des années 1990, IP s’imposa comme le réseau fédérateur au détriment de ATM que le monde OSI et les Européens en particulier avaient développé. Des entreprises comme Cisco Systems ont inondé le marché de routeurs à faible prix et signé l’arrêt de mort de Siemens Telecom, des divisions Télécom d’IBM ou de Hewlett -Packard, d’Ericsson, de Nokia et d’Alcatel entre autres, entraînant du chômage et des reconversions en masse, et finalement une perte de savoir-faire difficile à mesurer. En Europe, les entreprises qui fermèrent leurs divisions de développement en télécommunications abandonnèrent en même temps leurs développements en informatique grand public, car il s’agissait le plus souvent des mêmes personnes qui travaillaient dans le développement de systèmes OSI et dans le développement de logiciels informatiques. Pour ne citer que cet exemple, Siemens Nixdorf, le plus grand fournisseur de systèmes informatiques d’Europe, qui avait développé une mouture propriétaire d’UNIX, (SINIX), fut séparé en deux entités indépendantes en 1999, Fujitsu Siemens Computers et Wincor Nixdorf. Même si la dépendance numérique de l’Europe aux Etats-Unis avait débuté bien avant, ce fut à cette époque qu’elle prit réellement effet.

L’idée de IP était fondamentalement opposée à l’idée OSI, même si on a souvent comparé les deux architectures : tout le monde se devait d’utiliser le protocole de communications IP (et par extension, le protocole TCP y associé); les services qui pouvaient rencontrer quelques difficultés avec un protocole fondamentalement asynchrone comme IP (téléphonie, vidéo, son) n’avaient qu’à s’accomoder des éventuelles distorsions temporelles générées par le protocole, et les probables problèmes de sécurité non couverts par IP devaient être gérés par les applications. Là où le modèle OSI tolérait la différence d’implémentation, le modèle IP s’imposait comme le seul protocole possible pour assurer l’interopérabilité des systèmes connectés à Internet. Comme les implémentations du protocole étaient toutes identiques, il ne servait donc plus à grand-chose de développer de nouvelles idées, d’où le licenciement massif des équipes de développement chez les grands constructeurs européens.

Le succès de IP face au modèle OSI est à l’image du succès d’un certain autoritarisme pragmatique opposé à une approche plus démocratique et respectueuse des différences entre les divers acteurs d’un monde pluriel. Dans un cas, on peut s’imposer grâce à une certaine puissance économique, en faisant peu de cas de certaines spécificités, alors que d’autres discutent longuement pour parvenir à des compromis souvent peu satisfaisants, et devant composer ensuite avec des réalités parfois inadéquates, mais qui ont le mérite d’exister et d’être immédiatement utilisables. C’est aussi une parodie d’un monde fait de diversité opposé à un monde régi par l’uniformisation. Le second est certainement plus efficace à court terme; mais le premier est sans doute plus résilient à long terme.

La dépendance numérique de l’Europe aux Etats-Unis n’a pas commencé avec l’affirmation de IP comme protocole fédérateur; mais IP reste un élément qui a fondamentalement changé la donne entre les Etats-Unis et l’Europe au niveau de la souveraineté numérique : un véritable point de bascule. Les Etats-Unis ont imposé leur vision de ce qu’étaient les communications mondiales, et les développements européens en la matière se sont retrouvés marginalisés. Parallèlement, l’image de l’Europe démocratique (enfin, certains pays du moins) comme un modèle s’est effritée, et le monde a cessé de considéerer l’Europe comme un exemple qu’il fallait tenter d’imiter.

Les Etats-Unis d’aujourd’hui se voient comme les maîtres du monde, et ils le sont sans doute à certains points de vue; Lafayette est bien loin de leurs préoccupations, à l’heure de l’annexion du Groenland ou de la transformation de la bande de Gaza en cité balnéaire; de même que Donald Trump a oublié son arrière grand-père immigré d’Allemagne Christian Johannes Trump (ou Trumpf, ou peut-être Drumpft, on ne sait plus très bien) ! L’Afrique s’est tournée vers la Russie ou vers la Chine, en se méfiant de ses anciens colonisateurs européens, et en oubliant au passage que leurs nouveaux alliés ont eux aussi un passé de colonisateurs, et un présent d’autocraties et de dictatures. L’Amérique du Sud a trop à faire avec les Etats-Unis pour se préoccuper de droits de l’Homme; quant à l’Asie, tiraillée entre une guerre au Moyen Orient, une Russie dictatoriale et l’emprise impérialiste chinoise de plus en plus omniprésente, elle tente de survivre au mieux. L’Europe que nous connaissons actuellement semble de plus en plus rester le dernier bastion de ce que nous considérons comme la démocratie. Allons-nous lui laisser subir le même sort que le défunt modèle OSI ? Certains mouvements politiques, comme l’UDC en Suisse, ou les extrémistes de gauche et de droite (Méchanlon ou Bordello) en France, le souhaiteraient sans doute. Ce n’est pas mon cas; notre monde démocratique est sans doute très imparfait, mais je n’ai aucune envie de me retrouver dans une société inspirée par l’actuelle gouvernance des Etats-Unis, pour ne citer que celle-ci. Croire que la Suisse peut à elle seule défendre la notion de démocratie est au mieux illusoire et sans doute suicidaire; même si l’on peut être sceptique vis-à-vis de la construction européenne, elle incarne actuellement la défense la plus crédible de la notion de démocratie telle que nous la concevons. S’il faut y apporter des améliorations, il paraît plus opportun de s’y atteler depuis l’intérieur que de l’extérieur. Et si certains de ceux qui me font l’honneur de me lire ont attrapé des boutons en lisant la phrase précédente, j’en suis désolé pour eux : mais cela reste mon avis.

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A l’apéritif…

Le café du Mont Blanc, 11h45 ce vendredi matin, Pierrick y retrouve comme d’habitude Coline, déjà attablée en prévision de l’apéro en compagnie de son collègue et adversaire politique.

  • Hello Coline ! Je vois que tu as déjà commandé l’apéro.
  • Salut Pierrick, ouais, un pot de Féchy; comment vas-tu ?
  • Je me porte comme un mec qui vient de faire le plein de sa voiture… Santé !
  • Ah oui ! J’ai fait la même expérience désagréable, le litre de diesel était à 2,22 ce matin. Je te raconte pas la facture du plein de mon SUV ! Santé !
  • Quel con, ce Trump ! La reine Elizabeth a eu son « Annus horribilis » en 1992, mais les Etats-Unis ont un « Anus Hypertrophicus », et ils en prennent pour 4 ans !
  • Euh… c’est quand même la faute à ces salauds de mollahs, au départ. Ils massacrent leur population, réduisent les femmes en esclavage et développent une bombe pour pulvériser Israël. Fallait bien intervenir, non ?
  • D’accord pour la nécessité de faire quelque chose; mais la manière choisie n’est de toute évidence pas la bonne; il ne suffit pas de tuer le « guide suprême » pour éradiquer tous ces fanatiques accrochés au pouvoir comme des tiques qui pompent le sang de leurs victimes. Et le blocage du détroit d’Ormuz, ce n’est pas une surprise.
  • Je pense que l’idée était que les Iraniens se révolteraient dès que leur tyran aurait disparu. Je me demande d’ailleurs pourquoi cela n’a pas marché ainsi…
  • J’imagine que les kalach’ des « gardiens de la Révolution » ont eu leur poids dans l’argumentation… Et puis tu sais, quand on a affaire à une population de près de 100 millions de personnes, ce n’est pas toujours évident de savoir qui pense quoi. On était sûrs que tout le peuple iranien était opposé aux mollahs; mais après avoir entendu les propos de l’ambassadeur de Suisse en Iran, j’en suis moins persuadé… Et pour prendre un autre exemple, personnellement, je ne pensais pas que Trump serait réelu, surtout par ceux-là même qu’il insultait copieusement, comme les femmes, les noirs ou les latinos. D’ailleurs même ici en Suisse, je me demande souvent ce qui motive les gens à voter pour ton parti l’UDC avec toutes ces fumées que vous servez à vos électeurs.
  • Hihihi… Oui, mais nous, c’est pour la bonne cause, pour qu’on reste suisses. Vous les socialos, vous voulez aller dans cette fichue bureaucratie européenne, et vous servez à vos électeurs des plats agrémentés en rapport; mais si on regarde simplement en face, de l’autre côté du lac, on voit bien le foutoir que c’est, l’Europe.
  • Bon, c’est les Français, C’est Méchanlon et ton pote Bordello, pas forcément toute l’Europe… Mais pour en revenir au sujet, tu penses que ca va finir comment, ce bourbier au Moyen Orient ? Trump a proclamé à ses électeurs que tout se déroulait selon les plans, mais comme il n’a jamais eu de plan…
  • Je pense que Trump va continuer à bombarder l’Iran pour soutenir Israël et tenter de débloquer le détroit d’Ormuz, puis, quand il verra que cela ne le mêne nulle part (ou qu’il sera à court de munitions), il va retirer ses billes en laissant un ou deux porte-avions à portée de F-35, et va claironner comme d’hab une victoire totale pour essayer de sauver les élections de mi-mandat.
  • Cela me parait effectivement probable; mais la guerre va continuer entre Israël et l’Iran, en prenant le Liban en otage, qui plus est. Le détroit d’Ormuz va rester fermé, et la note du plein de ton SUV 4*4 que tu n’utilises que sur autoroute et en ville ne va pas diminuer. Il faut juste espérer que le détroit de Bab El Mandeb, qui permet l’accès à Suez, ne va pas être bloqué par les Houthis du Yémen, parce que là, c’est une autre guerre… Mais en attendant, Trump aura perdu une bonne partie de sa popularité, il aura durablement perturbé l’économie mondiale après avoir foutu la pagaille dans la politique mondiale et réduit à néant des organisations comme l’ONU et l’OTAN.
  • Attends, tu exagères. L’ONU et l’OTAN existent toujours, que je sache. C’est aussi un fait que ces deux institutions avaient besoin d’un bon coup de pied où je pense pour tenter d’évoluer. Et puis c’est vrai que Netanyahou ne peut pas arrêter la guerre, car avec toutes les casseroles judiciaires qu’il a aux fesses, il serait immédiatement convoqué devant les juges. Mais Israël reste un état de droit malgré tout; contrairement à l’Iran et ses terroristes du Hezbollah ou du Hamas qui en dépendent.
  • Traiter les Palestiniens de terroristes, c’est un peu comme les Allemands de 1943 qui traitaient les résistants de terroristes; de leur point de vue, ils avaient raison : les gens qui ne sont pas de ton avis finissent toujours par devenir terroristes aux yeux de ceux qui détiennent un pouvoir sans concession. Et avec leur nouvelle loi promulguée contre les Palestiniens, la notion d’Etat de droit, en ce qui concerne Israël, subit un sérieux floutage, et pas forcément artistique.
  • Continues comme ça, et tu vas traiter les Israëliens de terroristes… La gauche à laquelle tu appartiens est devenue antisémite, et pas seulement en France,
  • Je ne parle pas de tous les Israëliens, et encore moins de tous les Juifs. Et la droite est plutôt islamophobe. Ca compense, je suppose…
  • C’est vrai que je n’apprécie pas trop les barbus en djellabah; mais je ne suis pas non plus fan des ultraorthodoxes juifs qui habitent la grande villa devant mon chalet à Crans-Montana. Tu sais, la villa qui me cache en partie la vue sur les montagnes…
  • Bon, à l’UDC, vous n’êtes pas fan des étrangers. A part ceux qui ont du fric, et dans les deux cas que tu cites et que l’on peut croiser en Suisse, ils ont des soutanes ou des djellabahs cousues d’or. Mais ce n’est pas forcément le cas des soi-disant « terroristes ».
  • C’est vrai; mais le fric n’excuse pas encore tout, même si je suis de droite. Et puis le pot de Féchy est vide… On rechausse ?
  • Je pense qu’il serait plus sage de s’arrêter là. Si tu te fais gauler par les flics, tu ne pourras pas toujours appeler un conseiller fédéral à la rescousse pour faire sauter ta contredanse. Et puis je suis attendu au repas de midi.
  • Tu es la sagesse personnifiée, Pierrick; dommage que tu sois gauchiste; et de toutes façons, j’ai aussi annoncé que je rentrais à midi. On se retrouve à « Infrarouge » chez Alexis Favre ?
  • Oui, on en profitera pour s’engueuler pendant l’émission; mais il faut que je vérifie le sujet du débat, que je comprenne ce que je dois reprocher à l’UDC.
  • Alors à mercredi prochain ! Bises aux tiens !
  • A mercredi, bises chez toi.

Les personnages ci-dessus sont fictifs, et ce dialogue n’a pas été généré par une intelligence artificielle; tout au plus par une bêtise naturelle : la mienne.

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Le temps qui passe

Hier, c’était dimanche; un dimanche maussade, entre pluie, giboulées et rayons de soleil passagers. Je me suis mis à trier quelques vieilles photos, une occupation sans fin, car j’en profite pour numériser les meilleures. et les classer dans des répertoires dédiés de mon petit système informatique domestique. C’est l’occasion de laisser tourner de la musique en arrière-plan, dans une ambiance agréable.

C’est à cette occasion que j’ai entendu, puis écouté attentivement, « Days We Left Behind« , une nouvelle chanson de Paul Mac Cartney, préfiguratrice d’un nouvel album. C’est une chanson douce-amère, qui fait un peu penser à la mélancolie d’un « Yesterday« , mais avec une musique orientée vers la guitare acoustique et le piano, et une voix parfois un peu éraillée, comme si l’âge de l’interprète (83 ans) s’invitait dans l’exécution de la chanson.

Cette chanson raconte l’enfance, puis la jeunesse dans des environnements pas forcément favorisés, mais pas misérables non plus. Elle raconte le temps qui a passé pour l’interprète, et par extension, évoque aussi le temps qui a passé pour l’auditeur. Elle a le don de vous ramener à vos jours d’insouciance, à l’époque où l’on avait la vie devant nous. C’est une de ces chansons qui semble ne pas avoir d’âge, avoir toujours existé, à l’image d’un « Hallelujah » de Leonard Cohen ou d’un « Yesterday » de ce même Paul Mac Cartney. Elle n’aura probablement pas le même succès que ces monuments de la chanson anglo-saxonne, mais son caractère profondément introspectif ne pourra laisser l’auditeur insensible.

J’ai passé une partie de mon dimanche à écouter cette chanson, avec de longues pauses de silence et de rêveries. Paul Mac Cartney chante le temps qui passe, et cela ne peut laisser indifférent.

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Problèmes et Solutions

L’UDC suisse (Union Démagogique Confédérale) lance une initiative dite « Initiative pour la durabilité« , ou aussi « Pas de Suisse à 10 millions », pour résoudre les problèmes d’engorgement (embouteillages, difficultés de logement) de notre pays. De vrais problèmes, mais la solution proposée est-elle adéquate ?

J’ai entendu les arguments assénés par les ténors de ce parti conservateur, à commencer par l’avocate et gestionnaire de fortune Céline Amaudruz, Elle mettait en avant l’idée de contrôler les embouteillages chroniques en limitant l’immigration; mais il me semble que beaucoup d’embouteillages quotidiens, surtout en région genevoise, sont le fait des travailleurs frontaliers qui ne seraient pas touchés par ces mesures; il en va de même dans le haut du canton de Neuchâtel, où l’embouteillage quotidien du Locle est le fait de frontaliers, qui travaillent dans l’horlogerie et les hôpitaux, pour assurer le bien-être de la population suisse. Je ne vais pas parler de l’embouteillage de l’A9 au-dessus de Montreux les week-end de ski, où c’est les adeptes du Magic Pass qui sont à l’origine du problème. On pourrait aussi parler des logements, bien sûr : mais je ne connais pas de statistique qui puisse imputer sérieusement la crise du logement à des immigrés : on parle plutôt de sous-investissements, et de politiques régionales inadéquates. En revanche, réduire le nombre d’immigrés poserait de sérieux problèmes de personnel dans diverses branches de la société suisse, à commencer par les soins hospitaliers, dans l’hôtellerie, mais aussi dans l’industrie. Dénoncer les accords bilatéraux pourrait avoir des conséquences dramatiques pour nombre de secteurs de l’économie et du social en Suisse. On a vu à la suite du drame de Montana, à quel point la collaboration avec nos voisins était vitale : c’est à cette bonne entente entre voisins que l’UDC veut s’attaquer en dénonçant à terme les accords entre la Suisse et l’Union Européenne.

On a donc l’impression que cette initiative pose plus de problèmes qu’elle ne propose de solutions, et que ces dernières sont au mieux maladroites, au pire totalement inadéquates. En réalité, l’initiative s’attaque de manière frontale aux accords bilatéraux avec l’Europe, dans le but de les faire capoter. C’est une initiative contre l’Europe qui ne dit pas son objectif réel : j’appelle ceci une tromperie, une manière insidieuse d’utiliser la démocratie. Donald Trump fait des émules; d’ailleurs, il a plein d’admirateurs au sein de ce parti, dont un conseiller fédéral en exercice.

Par ailleurs, tant qu’à faire, si l’UDC veut s’attaquer à des problèmes menaçant notre société, je peux lui proposer des thèmes de combat autrement importants à mon sens.

La cybercriminalité est en hausse de plus de 25% en Suisse en un an (chiffre de 2025). Les arnaques informatiques génèrent des pertes mondiales dépassant les 442 milliards de dollars en 2025. La cybercriminalité pourrait coûter plus de 20 000 milliards de dollars à l’économie mondiale d’ici 2027. Cette guerre hybride, menée par des criminels (ou souvent des Etats) en Afrique, en Asie du Sud-Est, ou en Russie menace la prospérité de la Suisse beaucoup plus immédiatement que les immigrés; pour combattre cette cybercriminalité, nos autorités ont absolument besoin de travailler de concert avec les autorités des pays voisins pour développer des techniques de lutte efficaces; incidemment, l’initiative UDC menacerait les accords bilatéraux, et corollairement les échanges d’informations entre pays voisins. L’UDC désire-t-elle vraiment que la Suisse soit privée des renseignements européens ?

L’armée suisse est actuellement en crise majeure; le Conseil Fédéral désire accroître ses moyens, mais les scandales financiers sont devenus une habitude dans le département de la défense, dit DDPS. Après les drones israëliens qui ne volent pas (ou seulement accompagnés d’un hélicoptère, et par temps chaud), des chasseurs F-35 dont personne n’a besoin et qui coûtent plus cher que prévu, on annonce l’achat de 50000 armes de poing dont la qualité et l’efficacité semblent poser problème. Il est vrai que ces pistolets ne servent qu’aux officiers et aux troupes sanitaires, et ont donc très peu de chances d’être utilisés en conditions de guerre; mais tout de même : certains officiers pourraient se blesser lors d’exercices de tir. ..Que fait l’UDC pour lutter contre cette apparente désorganisation dans le département censé assurer la protection de la population ?

Le coût social du marché de la drogue atteint 4.1 milliards en Suisse; je sais que les ténors de l’UDC n’hésitent pas à imputer ce marché à l’immigration : mais c’est une accusation qui ne tient pas. Sans doute quelques petits dealers sont-ils issus de l’immigration; mais les gros pontes de la drogue ont pignon sur rue à Verbier, Zermatt, Lenzerheide ou à Crans-Montana. Une collaboration entre les polices avec un échange d’informations complet et permanent est vital pour lutter contre le narcotrafic et les mafia y associées, Là aussi, cette intiative de l’UDC menace la collaboration entre les polices, et permettrait au narcotrafic de trouver en une Suisse isolée du renseignement européen un refuge inespéré.

En 2026, les chômeurs ont eu (et pour certains, ont encore) de la peine à toucher les indemnités auxquelles ils avaient droit, ce qui leur a causé des difficultés financières majeures. La faute à un changement de système informatique totalement inadéquat, illustrant un manque de compétence inadmissible dans certaines administrations fédérales (en l’occurence, le SECO, Secrétariat d’Etat à l’Economie). Car -il faut le souligner- il ne s’agit pas d’un bug informatique, mais d’une inadéquation totale de l’architecture du système choisi en regard des tâches à effectuer et de l’environnement de fonctionnement. Ce manque de compétence se retrouve dans de nombreux secteurs de l’administration; il vient s’ajouter aux problèmes posés par le manque total de souveraineté numérique en Suisse. Il est bien clair que la souveraineté numérique est difficile -voire impossible- à atteindre dans un Etat de moins de dix millions d’habitants, pour des raisons de marché. Une telle souveraineté est en revanche accessible dans une confédération de la taille de l’Union Européenne. Pourquoi l’UDC ne s’attaque-t-elle pas à ce genre de problèmes, dont on a pu récemment mesurer les conséquences possibles ?

On pourrait continuer avec l’approvisionnement en énergie, la défense mutuelle avec nos voisins directs et d’autres thèmes encore. Mais pour résumer, cette intiative me semble être une tentative détournée et assez démagogique d’essayer d’isoler, politiquement et économiquement, la Suisse de l’Union Européenne, avec des conséquences désastreuses pour la société, surtout en ces temps de plus en plus incertains. Probablement que le président de l’UDC argumentera que nous n’avons pas besoin de nos voisins, car nous sommes « très bien chez nous« … Mais c’est aussi grâce à nos voisins que nous sommes bien chez nous.

Vous avez compris que je voterai non au texte de l’UDC soumis au peuple le 14 juin prochain.

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Jeu ou réalité ?

En fouillant mes anciens disques durs, récemment, j’ai redécouvert un jeu de stratégie ancien, dérivé du fameux Civilization de Sid Meier. Mais les acteurs de ce jeu ne sont pas des nations; ce sont des factions rivales, au nombre de sept, qui s’inspirent chacune d’une philosophie particulière.

  • Les conquérants priorisent la force et la préparation au combat. Leur objectif est la conquète par la puissance militaire.
  • Les intégristes religieux méprisent la technologie, mais vivent dans un environnement de croyance en un dieu omniprésent et tout-puissant. Ils cherchent à convertir leurs adversaires à tout prix, et ce faisant, à les annexer. Pour ce faire, ils ne répugnent pas à faire un large usage de la technologie, en la volant aux factions rivales
  • Les écologistes veulent vivre en harmonie avec la planète, et cherchent à éviter le gâchis des ressources existantes.
  • Les universitaires privilégient le savoir et la connaissance, éventuellement acquise de manière peu éthique, car tous les moyens d’accroître le savoir sont légitimes. Même les armes et l’espionnage.
  • Les pacifistes veulent maintenir la paix par la diplomatie et le maintien d’une charte des Nations (qu’ils spnt seuls à détenir); mais ils ne reculent pas devant l’usage immodéré de la force pour imposer leur vision d’un monde pacifié.
  • Les industriels valorisent la puisssance financière pour parvenir à leur fin, partant du principe que tout peut s’acheter, et que l’argent représente le seul pouvoir intéressant.
  • Les policiers croient en la légitimité d’un contrôle total de la population par le biais d’un état totalitaire exerçant un contrôle absolu de ses citoyens. La représentation du dirigeant de cette faction a des traits asiatiques… un hasard, sans doute.

Ce jeu est sorti, dans sa première version, en 1999. Il avait reçu une critique assez bonne pour l’intrigue, mais les joueurs trouvaient que les caractères des dirigeants de faction étaient par trop caricaturaux, et que de pareils paranoïaques n’étaient pas crédibles. Dans l’ensemble, l’accueil par le grand public a été plutôt mitigé, certains joueurs le jugeant trop intellectuel, trop orienté vers la stratégie à moyen et long terme, à une époque où les nouveautés allaient plutôt vers les combats en temps réel, les Mortal Kombat ou autres Half Life.

Le but du jeu est d’incarner l’une ou l’autre de ces factions, en laissant à l’ordinateur le soin d’incarner les adversaires; on peut concure des alliances temporaires plus ou moins stables; il y a plusieurs façons de gagner, la plus prestigieuse étant de parvenir à mener l’humanité à un nouveau niveau de conscience et de sagesse; une partie peut donc s’avérer assez longue. Une autre manière est d’éliminer tous les adversaires par la force brute, ou de les priver de ressources, ou encore de les forcer à se rendre en vous prêtant serment d’allégeance.

J’ai joué récemment à ce jeu, un peu par nostalgie : j’ai choisi la faction écologiste. Mais je n’ai pas gagné; en revanche, les autres dirigeants (virtuels, informatiques, implémentés par du logiciel) ne m’ont pas paru avoir un comportement particulièrement caricatural, par comparaison à ce que l’on entend tous les soirs dans le journal télévisé, par exemple.

Paranoïaques, oui, ile le sont sûrement; mais pas vraiment davantage que ce que l’on sait de certains de nos dirigeants actuels, il me semble. Et sûrement moins que certains autres, d’ailleurs. Parfois, je me suis demandé si je jouais un jeu sur ordinateur, ou si j’étais dans le monde réel. Vous pouvez d’ailleurs faire l’excercice d’identifier ces factions aux Etats que nous connaissons actuellement; c’est édifiant. Je me suis rendu compte que la réalité dépasse toujours la fiction; nous sommes gouvernés par des paranoïaques à côté desquels les chefs de faction des jeux vidéo sont d’aimables enfants de choeur.

Visiblement, il y a un quart de siècle, les développeurs de ce jeu avaient bien identifié les principales tares des dirigeants de ce monde; mais ils n’en avaient pas anticipé la gravité potentielle; ils n’avaient même pas imaginé que le monde deviendrait ce qu’il est actuellement. Pourtant, les paranoïaques dont nous parlons étaient déjà vivants à l’époque ! Que s’est-il passé ? Où avons-nous commis les erreurs qui nous ont conduit à la situation actuelle ?

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Le prix de l’information

Il était une fois un journal réputé, emblématique de la démocratie qu’il représentait fièrement. Il avait, par le sérieux et la rigueur de ses enquêtes, largement contribué à faire éclater un scandale politique qui avait causé finalement la chute d’un président. Puis un jour, suite à des difficultés de trésorerie de la rédaction, un homme d’affaires puissant et fortuné eut l’idée d’acquérir ce journal. Dans un premier temps, il fut considéré comme un sauveur, investissant de grosses sommes d’argent dans ce journal. Mais après un temps, la neutralité (peut-être légèrement teintée de gauchisme, après tout, les démocraties sont plutôt de gauche, par définition) assumée de la rédaction lui sembla gênante, et il se mêla d’orienter le contenu journalistique en fonction de ses propres intérêts. Il se mêla d’influencer les élections, puis les thématiques et les éditoriaux. Beaucoup de lecteurs fidèles se désabonnèrent alors, et les journalistes les plus critiques cherchèrent un autre travail où ils pourraient mieux s’exprimer. Finalement, l’homme d’affaires pensa que ce journal ne lui rapportait pas assez, et licencia le tiers des effectifs. Certains journalistes apprirent qu’ils étaient virés alors qu’ils étaient en reportage sur le front, en Ukraine ou ailleurs, sous les bombes de Poutine ou d’un quelconque autre assassin du même acabit.

Le journal, c’est le « Washington Post ». Le scandale, c’est le Watergate. Et l’homme d’affaires, c’est Jeff Bezos, aussi patron d’Amazon, qui dans le même temps dépensait 75 millions de dollars pour la réalisation d’un navet flagorneur et nauséabond nommé « Melania », avec un salaire de 25 millions pour la seule épouse du président Trump.

Certains journalistes pas encore complètement muselés par la censure trumpienne ont parlé de « meurtre du Washington Post ». Mais à travers le démembrement de ce journal, c’est aussi un pan de la démocratie des Etats-Unis d’Amérique que l’on cherche à éradiquer. La démarche est bien connue, et appliquée depuis des lustres dans les pays totalitaires : Xi Jinping et sa clique dirigeante n’ont pas inventé mieux. L’information doit réfléter fidèlement les positions officielles défendues par le pouvoir en place. Il est inutile d’entretenir des équipes de journalistes pour des enquêtes qui n’ont pas d’objet, puisque la vérité est détenue par le pouvoir officiel. Si les Etats-Unis n’en sont pas -encore- à ce stade. ils en prennent le chemin sous l’impulsion de Trump et de ses oligarques.

Mais de notre côté, sommes-nous tellement meilleurs ? Un ex-collègue me disait il y a peu  » Bof, moi je ne regarde plus la TV, je ne lis plus les journaux. Je trouve les informations qui m’intéressent sur Internet, à travers des chaînes YouTube ou les réseaux sociaux ». Je lui ai demandé « Comment sais-tu quel média choisir pour être bien informé ? ». Il a répondu sans rire : « Ben, je choisis des médias qui correspondent à mes opinions, voilà tout ! ». Peu importe le contenu, pourvu que cela corresponde à ce que l’on pense…

La richesse de toute chose réside avant tout dans la diversité. C’est vrai pour la vie sur Terre, pour les aliments que l’on consomme, pour les vins que l’on déguste. C’est vrai aussi pour l’information qui nous permet de nous forger une opinion. Un journal, ou une chaîne de radio généraliste propose des informations très générales, et partant fort diverses, concernant à priori tout le monde, et se veut le reflet de la plupart des opinions, pas seulement de celle de Pierre ou Paul. Ce type de média est nécessaire à la démocratie, car il permet d’entrevoir la diversité des opinions de ceux qui partagent la communauté. Un média ne permet pas de garantir la démocratie, mais il propose des clés pour aller à la rencontre d’opinions adverses; ce que les réseaux dits sociaux ou les chaînes thématiques ne peuvent pas se permettre de faire, ou en tous cas le font trop rarement.

La diversité de l’information impose aussi d’avoir de multiples sources d’informations, de nombreux enquêteurs, de nombreux éditorialistes qui expriment cette diversité d’opinions. Et oui, cela coûte de l’argent. Parfois beaucoup d’argent. Mais la diversité est à ce prix; et notre démocratie est nourrie de cette diversité. Le prix de la démocratie est lié au prix de l’information.

Ceux qui, en Suisse, à droite de l’échiquier politique, veulent limiter les moyens de la SSR sont souvent des personnalités politiques qui estiment que la démocratie est parfois bien gênante, et que le trumpisme, même si on ne veut pas trop l’avouer en public, a finalement de bons côtés. A travers l’initiative SSR, c’est la démocratie que l’on veut affaiblir.

La SSR n’est sans doute pas parfaite, et moi aussi j’ai quelques griefs à exprimer à l’égard de cette institution très alémanique; mais elle a le mérite d’exister et de représenter raisonnablement la diversité de notre pays. Travaillons plutôt à l’améliorer qu’à la démanteler.

C’est en tous cas mon avis; madame Céline Amaudruz, membre du parti qui veut démanteler l’information venant du service public, a su, lors de son intervention sur l’antenne romande de la radio SSR (émission Forum) me convaincre, même si son but était exactement contraire : Je voterai non à cette initiative le 8 mars 2026.

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Overdose !

Plusieurs dizaines de fois par jour, tous médias confondus, on est confronté à ce monosyllabe qui fait irrésistiblement penser au bruit incongru d’une flatulence mal maîtrisée lorsqu’il est prononcé. Trump. Que l’on parle d’Ukraine, de Gaza, du Canada, du Groenland, de football, de Karin Keller-Suter ou du prix du café, impossible d’y échapper. Bien sûr, le président des Etats-Unis fait tout pour qu’il en soit ainsi : il veut que l’on parle de lui, qu’on l’admire et qu’on le redoute. Il se veut pôle d’intérêt, comme une mouche qui sans arrêt vous importune et que vous ne parvenez pas à éliminer. Il se veut génial et incontournable alors qu’il n’est qu’un rustre grossier et incapable de respect pour tout ce qui n’est pas sa personne, ou une personne qu’il juge plus forte que lui (Poutine et Xi Jinping, en gros). Il n’a aucune empathie pour les faibles; il juge les Européens timorés, alors il s’ingénie à les humilier. Le fort qui se gausse des plus faibles, c’est son plaisir, c’est le rôle dans lequel il se complaît; c’est dans ce rôle qu’il est le centre des intérêts et des craintes, c’est lui le pôle de toutes les attentions.

Avec son « Board of Peace« , il se veut nombril du monde, alors qu’il n’en est que l’anus.

Il ne connaît qu’une stratégie : exiger la lune en exhibant ses lance-missiles pour obtenir les concessions qu’il souhaite. Pour l’instant, cela marche avec l’Union Européenne, trop divisée pour proposer une réponse appropriée à ce malappris. Mais que l’on se rebelle, et il fait rapidement profil bas; il n’a guère insisté sur les droits de douane lorsque la Chine lui a dit poliment « Va te faire voir », un peu à l’instar de ces petits roquets désagréables qui aboient très fort en faisant mine de vous mordre les mollets, mais qui prennent la fuite dés que l’on se montre un peu menaçant.

Je suis fatigué aussi de tous ces responsables de la politique européenne qui s’aplatissent devant ce satrape inculte et vulgaire lorsqu’il menace de sanctions douanières leurs nations respectives. Perdre quelque argent est une chose désagréable; mais une société qui renonce à ses valeurs pour des raisons mercantiles et financières est une société qui se meurt.

La perfection n’est pas de ce monde, dit-on. Le 47ème président des Etats-Unis fait mentir cet adage : il est en effet le parfait cuistre.

Cette manifestation de mauvaise humeut est importée de Mar-a Lago (Floride) et est exempte de droits de douane.

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Havre de paix

Il existe un endroit, dans les Alpes Pennines, où j’aime à me réfugier de temps à autre. C’est un endroit situé au confluent du val d’Hérens, de la Valpelline et de la vallée de Zmutt : le plateau formé par les cols de Valpelline et d’Hérens culmine à Tête Blanche, à 3710 mètres d’altitude. Vers l’Est s’ouvrent le glacier de Stockji et le vallon de Zmutt, bordé à droite par le Cervin et la Dent d’Hérens, et à gauche par la Wandflue et la Dent Blanche, tandis qu’en arrière-plan se dessinent la couronne du val d’Anniviers, le massif du Mont Rose et les Mischabel. Vers l’Ouest, la barrière des Bouquetins laisse deviner plus loin le Grand Combin et le massif du Mont Blanc. Au Nord, le glacier de Ferpècle mêne le regard vers Sion et la vallée du Rhône, et vers les Alpes Bernoises en toile de fond. Vers le Sud, le glacier de Tsa de Tsan s’ouvre sur la Valpelline, puis sur le val d’Aoste, alors qu’au delà des sommets du Grand Paradis on peut imaginer la plaine du Pô, et plus loin les Alpes maritimes, le Viso et la Méditerrannée.

Tête Blanche ne constitue pas un objectif prestigieux pour le skieur alpiniste chevronné. Il n’est guère possible de retirer un quelconque crédit, voire même l’un ou l’autre « like » d’un post « J’ai fait Tête Blanche » publié sur Instagram, X, TikTok ou n’importe quel autre réseau : dans le meilleur des cas, on vous rétorquera « T’as mis combien ?« . Pourtant, Tête Blanche est mon sommet favori dans les Alpes Valaisannes, par le cadre exceptionnel qu’il procure, par cette sensation d’être vraiment au coeur des montagnes, à la fois très haut au-dessus de la plaine, mais aussi dominé par quelques-uns des plus prestigieux des sommets des Alpes.

Panorama de Tête Blanche, vers l’Est

Cet endroit est souvent surfréquenté par les skieurs-alpinistes qui « s’entraînent » pour la Patrouille, les « collant pipette » avides de publier la photo de leur chronomètre sur tel réseau dit social à l’arrivée à Arolla. Ces gens ne prennent que rarement le temps de s’arrêter à Tête Blanche, sinon pour arracher les peaux de phoque de leurs skis, faire un selfie avec le Cervin au moyen de leur smartphone afin de publier l’instant aux followers, ou pour avaler quelques décilitres de telle boisson énergisante et enfiler une veste avant de s’élancer vers la plaine, impatients d’en finir avec cette course de montagne.

Hors saison, le calme revient, et l’on peut rester une heure ou deux, seul, avec ses pensées et la majesté du paysage, en un exercice de méditation en pleine conscience apaisant et serein.

Oh bien sûr, je ne suis plus en mesure de vivre physiquement ces sensations que j’ai pourtant eu le privilège d’expérimenter de nombreuses fois en d’autres temps; mais il reste le souvenir, très présent de ces trop brèves heures passées au sommet. Il me reste la possibilité de m’évader dans ce cadre, au hasard d’une photo retrouvée, ou simplement du souvenir d’un bien-être passé mais susceptible de ressurgir à tout moment, lorsque le besoin s’en fait sentir.

Chacun devrait avoir en lui un ou plusieurs endroits de ce type, réels ou imaginaires, où il peut reposer son esprit, s’évader hors du temps, loin des dictateurs avides de soumettre le monde à leur bon plaisir, à l’abri des flagorneries nauséabondes entre les Grands de ce monde, oublieux des tractations cruelles effectuées à l’insu de victimes de violences, à l’écart des trop nombreuses misères relatées par les médias plus ou moins indépendents qui subsistent encore, protégé des fausses nouvelles, des viles escroqueries et des immondes arnaques pratiquées par des gens peu scrupuleux souvent manipulés par des ploutocrates richissimes et méprisables. Et quand bien même ce refuge ne servirait qu’à oublier un instant soucis personnels, professionnels ou familiaux, cela en vaut mille fois la peine.

Chacun devrait disposer d’un coin de ciel bleu, d’un refuge personnel, où il peut simplement exister en paix pendant quelques instants, un endroit accessible n’importe où, n’importe quand. Je suis certain que vous aussi, vous possèdez un tel refuge, peut-être un peu oublié au fond de vos souvenirs, mais bien présent : vous y rendez-vous parfois ? Il n’est pas nécessaire d’y demeurer longtemps; mais allez-y plus souvent. Cela ne rend pas l’actualité meilleure, mais beaucoup plus supportable.

Au gré des festivités de fin d’année, que je vous souhaite agréables, essayez de localiser votre refuge personnel, et de l’aménager à votre convenance : cela rendra votre année 2026 indiscutablement meilleure. Ce que je vous souhaite de tout coeur.

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Geopolitique Fiction

C’est dans la première moitié du XXIème siècle que les démocraties occidentales furent de plus en plus remises en question. Plusieurs facteurs peuvent être envisagés, même si certains paramètres semblent, aujourd’hui encore, assez mal compris, en dépit de la très large (peut-être trop large ?) documentation dont nous disposons. L’un des facteurs déterminants semble toutefois avoir été l’accélération évolutive de la société, accélération qui n’était pas gérable par les processus démocratiques tels qu’ils avaient été établis au cours du XXème siècle, voire même auparavant. On peut citer en exemple l’apparition de l’intelligence artificielle, qui a provoqué un formidable chômage dans plusieurs secteurs clés de l’économie, à une vitesse que les groupes dirigeants de l’époque ne pouvaient pas maîtriser, à supposer qu’ils aient été en mesure de comprendre les tenants et aboutissants de cette évolution. On peut aussi mettre en exergue les problèmes liés à des flux migratoires de plus en plus chaotiques, liés aux instabilités politiques dans le monde, mais aussi aux variations climatiques rendant certaines portions du globe terrestre de plus en plus difficilement vivables.

La première réaction sociale fut d’accélérer les processus décisionnels en remplaçant les démocraties par des régimes autocratiques, voire des dictatures. L’exemple le plus souvent cité est celui des Etats-Unis d’Amérique, un Etat Fédéral loué comme un exemple de démocratie, mais qui fut l’un des premiers à évoluer vers une forme d’autoritarisme, sous l’impulsion d’une équipe gouvernementale il est vrai plus interessée par le profit matériel que par le bien-être de ses concitoyens. Plusieurs démocraties européennes suivirent le même chemin, peu de temps après; mais on sait de longue date que les dictatures peuvent s’avérer instables sur la durée, car souvent liées à un individu au charisme (ou toute autre qualité) particulier, et dont les successeurs se montrent le plus souvent incapables d’assumer la responsabilité. Et à l’ère du numérique, un autre phénomène est venu brouiller les cartes des nations : l’instantanéité de la transmission de l’information, la possibilité de se passer d’une grande partie des processus d’administration publique, ainsi que l’apparition de particuliers très fortunés à même de financer des infrastructures privées dignes de celles d’un Etat. Et puis, il faut bien dire que la pensée « Moi d’abord » illustrée en premier lieu par les Etats-Unis d’Amérique avec leur slogan de l’époque « America First » peut se retourner contre son auteur. Pourquoi mettre le pays d’abord ? En quoi « America First » est-il plus pertinent que « Chicago First* ou « New York First » ?

Ainsi, parallèlement à l’émergence des dictatures, on a vu apparaître des villes-laboratoire, comme Prospera en Amérique Centrale, dans l’Etat autrefois appelé le Honduras. Personne ne se rendit compte que ce n’était que le début d’un long processus qui allait mener au monde que nous connaissons aujourd’hui, un monde de régions et de villes plus ou moins autonomes avec des lois disparates et des relations très complexes gérées par des intelligences artificielles. Oh, bien sûr. l’évolution n’a pas toujours été facile, et il reste quelques structures similaires aux Etats que connaissait la première moitié du XXIème siècle. En Scandinavie, par exemple, les communautés géopolitiques sont encore géographiquement assez similaires à ce qu’elles étaient au début du XXIème siècle. Dans d’autres régions, cela ne s’est pas passé aussi bien. Ainsi pour ne citer qu’un exemple, à Marseille, où l’établissement du pouvoir dans la ville occasionna des milliers de morts,

  • Mais dis-moi prof, c’est quoi, Marseille ?
  • On la connaît actuellement sous le nom de Nùr ‘uwrubaa, la lumière d’Europe. C’est son nom depuis que les islamistes ont pris le pouvoir dans la ville et massacré les empereurs de la drogue, les opposants politiques, et les autorités nationalistes, fidèles à l’Etat de France d’alors, pendant les conflits avec les judéo-chrétiens ayant conduit à leur accession au pouvoir dans la ville.
  • Ok, j’ai capté. Continue, prof.

La transition vers un système de villes-Etats ou régions autogérées est actuellement loin d’être accomplie au niveau mondial, même s’il est désormais majoritaire. Les anciens empires de Chine, de Russie et de l’Inde sont désormais fractionnés en de nombreuses entités politiques distinctes, même si elles restent souvent assez étroitement liées entre elles. Ce système favorise les grandes fortunes, capables d’imposer leurs propres lois, ou absences de lois, d’instaurer leurs propres infrastructures, ou de les acheter à d’autres : communications, police, défense militaire, soins médicaux, informatique… Les services bancaires ont disparu, ou ont évolué vers des structures très différentes sous l’influence des cryptomonnaies, désormais utilisées pour toutes les transactions financières, même les plus insignifiantes. Et l’éducation, bien sûr, dont je suis un exemple, moi, une intelligence artificielle. Tout est du domaine privé désormais, comme vous l’avez constaté en achetant le droit de suivre le cours que je suis en train de vous donner . En cas de conflit, libre à chacun d’engager des mercenaires pour « résoudre » le conflit par les armes, ou de se procurer des armes robotisées autonomes sur le marché. Les relations entre micro-Etats sont basés sur des accords d’égal à égal, étant entendu que dans chaque accord, il y a un des partenaires qui est en général plus « égal » que l’autre. De fait, le système résultant est assez similaire à ce que l’on connaissait il y a très longtemps sous le nom de système féodal. Mais les titres de noblesse sont remplacés par le décompte de la fortune…Il peut sembler ironique de songer qu’Internet, pensé à l’origine pour promouvoir les démocraties, a conduit en définitive à ce genre de système… Car c’est grâce à Internet que la diffusion d’informations et de désinformations, ainsi que la numérisation des services administratifs a pu influer suffisamment sur les citoyens pour permettre une telle évolution.

Les droits de l’Homme, ont été presque complètement oblitérés par les droits du citoyen, une notion très floue que chaque ville-Etat ou région adapte à ses besoins, ou que chaque potentat local définit selon ses envies. D’alleurs, les grandes institutions internationales qui avaient fleuri après la Deuxième Guerre Mondiale ont pratiquement toutes disparu, sinon de jure, du moins de facto. Ces organisations avaient été définies pour tenter de contrôler les relations entre les Etats; ces derniers ayant en grande partie disparu, le fonctionnement de ces organisations est devenu problématique, d’autant que peu de gens leur reconnaissent encore une quelconque légitimité.

  • Prof, c’est quoi la « Deuxième Guerre Mondiale » ?
  • Dans la première moitié du XXe siècle, il y eut deux conflagrations majeures qui impliquèrent la grande majorité des nations sur la Terre. C’esr ce que l’on a appelé les deux guerres mondiales.
  • Mais, prof, comment c’est possible ? Les gens de Shanghai n’en ont strictement rien à faire si les gens de Londres et de Paris ne sont pas d’accord entre eux, non ?
  • Le monde fonctionne différemment aujourd’hui qu’à l’époque. Nous avons en permanence des milliers de conflits armés ou cyberarmés, qui sont résolus (ou non) localement; mais à l’époque, les gouvernements de ces immenses nations créaient des alliances entre eux pour résoudre les conflits à l’échelle planétaire, en utilisant parfois des armes très dangereuses, notamment au Japon, à Hiroshima et Nagasaki.
  • Et, prof, c’était mieux avant qu’aujourd’hui?
  • Il ne m’appartient pas de juger; je ne suis qu’une intelligence artificielle, après tout. Mais globalement, si l’on en croit les statistiques forcément approximatives que l’on peut bâtir à partir des informations collectées, souvent invérifiables, sur les réseaux d’information privés, il semblerait que la misère causée par les conflits soit comparable à ce qu’elle était avant. En revanche, il est probable que la misère dûe aux phénomènes climatiques extrêmes, d’ailleurs également cause de conflits pour l’accession à des ressources devenues plus rares (comme l’eau), puisse résulter en une misère globalement supérieure à ce qu’a connu le début du XXIème siècle. Bien sûr, on peut aussi déplorer que la privatisation des services engendrée par les tendances ultra-libérales et la philosophie du chacun pour soi entraîne des groupuscules moins fortunés dans la misère parce qu’ils ne peuvent accéder aux ressources dont ils auraient besoin.
  • Ok, prof, continue.

Actuellement, nous n’avons plus guère de pouvoir juridique; même ce secteur a été dévolu à l’économie privée qui va utiliser des intelligences artificielles comme moi pour résoudre les conflits; beaucoup de villes-Etats ne paient pas d’impôts. Corollairement, la ville n’offre généralement pas ou que peu de services élémentaires aux habitants : tous les services sont dévolus à l’économie privée.

  • Mais prof, c’est mieux, non ? Chacun paie juste pour ce dont il a besoin,
  • Oui, c’est l’idée générale, Mais la conséquence, c’est que si vous n’avez pas de quoi payer, vous n’avez pas accès aux services.
  • Ca parait logique. En tous cas, ca me parait préférable au paiement d’impôts dont on ne sait pas à quoi ils vont servir parce que d’autres décident à notre place. Bon, c’est pas que je m’ennuie, mais…tu as fini, prof ?
  • Vous avez encore un peu de crédit sur le cours que vous avez payé; mais si vous le désirez, je le comptabilise sur votre avoir comme une avance sur la prochaine séance.
  • Ok, prof, on fait comme ça. Logout.

Oui, j’ai très mal dormi cette nuit. Un cauchemar idiot… Je me demande pourquoi je vous le raconte, en fait.

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Indépendance

La Suisse a obtenu des droits de douane similaires à ceux des Européens; ce résultat a été salué comme un succès, en particulier par l’UDC, qui y voit le résultat des efforts de son conseiller fédéral Guy Parmelin. On oublie un peu vite qu’en réalité, il y a six mois, ces droits de douane étaient pratiquement nuls, et que le président des Etats-Unis a fait passer de 0 à 15% ces tarifs douaniers. Alors oui, 15%, c’est indiscutablement mieux que 39%. Mais finalement, tout le monde est perdant, et probablement les Etats-Unis aussi, mais ils ne s’en rendront compte que plus tard, je suppose.

Devant le soulagement général, on a un peu envie de réagir comme certains caciques de l’UDC, qui se félicitent de l’indépendance de la Suisse, qui toute seule (avec une Rolex et un lingot d’or toutefois) est capable d’obtenir des Etats-Unis un traitement similaire à celui réservé à l’Europe, sans avoir à s’aligner sur un droit européen qui leur semble fatal pour l’indépendance du pays, et de ce fait appellent au rejet des accords bilatéraux avec l’Europe. Au nom de notre indépendance, disent-ils… Ce sont souvent les mêmes individus qui dissimulent assez mal leur admiration pour le président américain et sa philosophie de rapports de forces excluant une diplomatie à leurs yeux inutilement chronophage. Mais ils ont tendance à oublier (ou peut-être n’en ont-ils pas encore pris conscience) qu’ils y a d’autres domaines que les droits douaniers sur les produits où cette indépendance est mise en danger.

Au fait, que se passerait-il si Donald Trump s’avisait à taxer les services ? Il en a le pouvoir; certains ont peut-être suivi les tribulations récentes de M. Nicolas Guillou, citoyen français, juge à la Cour Pénale Internationale (CPI). Cette institution a récemment condamné Benyamin Netanyahu, Premier Ministre Israëlien, pour crimes de guerre dans le cadre du conflit opposant l’Etat Hébreu au Hamas dans la bande de Gaza. Le président américain en a pris ombrage, et a voulu sanctionner les juges de la CPI qui ont à son sens injustement condamné son ami et allié israëlien. Depuis cette condamantion, Nicolas Guillou (parmi d’autres) est privé de tous services fournis par des sources américaines; la liste est trop longue pour être exhaustive, mais citons tout de même Google, Amazon, Microsoft, Paypal, Mastercard, Visa… Vous avez bien lu : M. Guillou n’a plus accès à ses cartes de crédit, ni aux services de Google ou de Microsoft, par exemple. Si il avait stocké ses données sur OneDrive, par exemple, c’est dommage pour lui. Si son agenda est synchronisé par Google Agenda, c’est regrettable pour son agenda. Si il aime payer son hôtel avec une carte de crédit lorsqu’il participe aux séances de la CPI (ou lors de ses autres déplacements), eh bien il devra recourir à nouveau à de l’argent liquide, et en monnaie locale s’il vous plaît. Donald Trump peut sanctionner un citoyen non-américain pour une action tout à fait légale commise hors des Etats-Unis d’Amérique, mais qu’il désapprouve.

Les inconditionnels de Donald Trump à l’UDC ou ailleurs devraient méditer cette leçon même s’ils n’aiment pas non plus la CPI ou autres institutions crées pour réguler les relations entre les peuples du monde. Si Donald Trump décide un jour de taxer les services numériques, il le fera à son habitude, par le biais d’une décision unilatérale avec effet quasi-immédiat. Imaginez un monde sans cartes de crédit; imaginez un écran noir lorque vous essayez de vous connecter aux services Microsoft (Windows 11, Office 365, OneDrive, etc…). Votre téléphone mobile ne connaît plus What’s App, LinkedIn, ou X-Twitter, et votre agenda ainsi que vos contacts sont perdus. Les fonds de l’AVS sont gérés par une compagnie américaine et le versement des primes pourrait même être impacté. Les administrations fiscales cantonales et fédérales sont presque toutes équipes de postes informatiques utilisant le système d’exploitation Windows, qui est considéré depuis Windows 10 comme un service; je vous laisse imaginer le problème que cela peut représenter. Pour ne rien dire des systèmes informatiques dans les hôpitaux et les autres services que nous utilisons au quotidien. La Suisse indépendante ? Ce concept mériterait un vaste éclat de rire si cela n’était pas si tragique. Mais je suppoose qu’il n’y a pas qu’à l’ASIN que des inconscients ont décidé de ne rien voir…

Les Etats-Unis d’Amérique ne sont pas, ou plus, un pays ami. La Suisse ferait bien de se le tenir pour dit, et se tourner vers les voisins européens pour une collaboration plus étroite; même si ces pays ont leurs défauts, ils représentent une communauté de vues plus susceptible de correspondre à notre manière de voir les choses; par ailleurs, nous avons besoin d’alliés face aux défis qui s’amoncellent dans notre proche avenir. La Russie militaire, la Chine commerciale, les Etats-Unis protectionnistes, repliés sur eux-même et sur leur pétrole… L’Europe a les moyens de s’affranchir, au moins partiellement, de ces dépendances numériques; ce n’est pas facile, mais c’est faisable car les outils existent. Mais il est nécessaire de disposer d’une masse critique pour cela, une condition que l’Europe remplit avec près de 750 millions d’habitants, mais dont la Suisse (9 millions) semble trop éloignée.

La Suisse n’est plus indépendante; mais l’a-t-elle jamais été ? Dans l’esprit de certains peut-être…

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