Pointe de Vouasson

La pointe de Vouasson constitue une grande classique du ski de randonnée au Valais Central. Pendant longtemps, la pointe de Vouasson s’est faite en deux jours, avec une nuitée à la cabane des aiguilles Rouges d’Arolla, ou cabane Waldkirch. D’activité un peu idéaliste qu’il était, le ski-alpinisme est devenu progressivement une activité essentiellement sportive, physique; à tel point que l’une des questions les plus fréquemment posées au « pelliphoquiste » est « Tu t’entraînes pour la Patrouille ? » (La patrouille des Glaciers est une course de ski-alpinisme reprenant une partie du tracé historique de la Haute Route des Alpes Valaisannes, et jouissant d’une certaine notoriété en Suisse). Il semble que d’épicurien jouisseur de la beauté de la montagne, le skieur-alpiniste soit devenu en partie un stakhanoviste pour qui la montagne sert d’abord de grandiose cadre à un chronomètre…

 

Enfin, passons… La cabane des aiguilles Rouges mérite la visite, et son équipe de gardiennage ne m’a jamais déçu. Il est vrai que la qualité des couches et des douches n’est pas comparable à un cinq étoiles; mais la qualité d’un séjour, et le plaisir que l’on en retire, ne se mesurent pas seulement au confort d’un lit et à la température de la douche. Heureusement…

En résumé, si la grande majorité des ascensionnistes de la pointe de Vouasson font l’aller-retour de la Gouille dans la journée, voire dans une petite demi-journée pour les plus rapides, il faut s’en réjouir, car cela fait de la place dans la cabane des aiguilles Rouges pour tous ceux qui ont envie de prendre le temps de jouir de la tombée de la nuit en altitude, avec les conversations et les spectacles que cela implique.

La pointe de Vouasson permet de nombreuses possibilités de descente pour celui qui en a le temps. J’ai essayé d’énumérer ici les principales; il faut toutefois noter que l’assèchement des glaciers rend certaines descriptions rapidement obsolètes. Comme d’habitude, il vaut la peine de se renseigner avant d’envisager une course, par exemple chez Bournissen à Arolla, ou chez Gaudin à Evolène, ou encore dans un bureau de guides.

Img0048

De Sion, prendre la route du val d’Hérens, puis d’Arolla jusqu’à la Gouille. Ceux qui sont en voiture peuvent effectuer encore 300 m jusqu’à Satarma, d’où on peut apercevoir la cabane des aiguilles Rouges sur son promontoire. De la Gouille, dans le vallon d’Arolla (parc à voitures, arrêt de l’automobile postale, restaurant) mettre les peaux de phoque et s’enfoncer dans le vallon resserré au-dessus du hameau de la Gouille, en direction du Lac Bleu. Dés que possible, remonter rive gauche du vallon (à droite en montant) une pente raide en forêt; ne pas prendre à gauche : on parvient aussi au but, mais les risques d’avalanche sont légèrement plus marqués. On arrive alors à un très joli mayen (Le Louché) situé juste au-dessous du lac Bleu. On continue dans la même pente: il faut atteindre un rocher caractéristique surmonté d’une croix (p. 2092), au prix d’un détour par la droite. De ce point la cabane est bien visible sur son promontoire. Elle se gagne, après traversée du long vallon que l’on découvre à cet endroit, par un col situé juste à droite de la cabane (Nord), puis en revenant par une pente raide sur la gauche.

Img0063

De la cabane, remonter en direction générale Nord-Nord-Ouest, emprunter le glacier des Aiguilles Rouges pour accéder au glacier de Vouasson par un col bien marqué à hauteur du mont de l’Etoile. La suite du parcours est plate, puis en pente douce jusqu’au sommet de Vouasson. Pour la descente, plusieurs possibilités se présentent.

Img0059


 

Sur la Gouille :

La descente sur les traces de montée est aussi la plus fréquentée. Le fait que la majeure partie des gens utilisent un véhicule personnel n’est certainement pas étranger à ce fait, car la descente n’est pas exceptionnelle, et la neige souvent de qualité douteuse dans cette pente exposée.


Sur les Haudères :

La plus belle descente, hélas rarement praticable intégralement. Depuis le sommet, revenir sur les traces de montée jusqu’au col qui sépare le glacier de Vouasson du glacier des Aiguilles Rouges., et descendre le glacier jusqu’à l’altitude 3100 environ, puis obliquer à l’Est. Descendre en pente douce le long du Mont de l’Etoile, en restant à distance confortable des barres de rochers qui descendent de la crête sommitale. On parvient ainsi au-dessus d’un large entonnoir qui domine un petit alpage : c’est la Coûta. Descendre jusqu’à hauteur de l’alpage, puis, si les conditions sont très bonnes, on peut continuer en suivant le lit du torrent, ou traverser en suivant un chemin bien marqué en direction de la Cretta où l’on retrouve les traces de ceux qui ont effectué l’ascension de la Palanche de la Cretta, une course bien connue des habitués de la région. On rejoint alors la route d’Arolla. Traverser la route et continuer en direction de la Borgne, vers les chalets de Baudro, puis suivre le torrent jusqu’à Pralovin, où l’on retrouve à nouveau la route d’Arolla qui ramène aux Haudères, à 200 m. de là.


Sur Evolène :

Cette descente est recommandée par Denis Bertholet dans son ouvrage « les 100 plus belles courses à skis des Alpes Valaisannes ». La descente s’effectue rive droite du glacier de Vouasson; l’itinéraire proposé par Denis Bertholet doit être quelque peu adapté : l’assèchement des glaciers, et le simple fait que les glaciers bougent impliquent des modifications; mais dans l’ensemble, les options générales rive droite restent valables.

En arrivant à la sortie du glacier de Vouasson, il faut rester assez haut pour ne pas devoir trop pousser; en saison, on peut utiliser le téléski de Vouasson pour revenir sur les pistes d’Evolène, afin de gagner ainsi Lana par les pistes de ski.


Sur Hérémence :

Plusieurs options semblent se proposer à celui qui a le temps de descendre en face Ouest ou Nord-Ouest. La pente semble en effet idéale, pas trop raide mais très soutenue tout de même. Malheureusement, la majeure partie de ces options tombe littéralement à l’eau. L’eau de la Grande Dixence, bien sûr. Arriver au bord de la Grande Dixence par la rive droite (Est) ne constitue en effet pas une très bonne idée, car la sortie par la pile du barrage est pratiquement impossible. Il faudrait donc remonter le lac jusqu’au col des Ignes au moins : une entreprise dangereuse, pénible, et inintéressante à souhait. Un couloir étroit en aval du barrage pourrait constituer une solution (il semble qu’il ait été emprunté à quelques reprises), mais en tout état de cause, il est impossible de recommander cet itinéraire qui semble fort dangereux et exposé. Celui qui voudrait tout de même tâter de ce couloir devrait prévoir une corde de rappel et du matériel d’alpinisme dans son sac…

La solution pour qui veut profiter de cette pente exceptionnelle est de descendre en face Ouest en restant toujours assez à droite, pas trop loin de l’arête séparant les faces Ouest et Nord; ceci permet d’éviter aussi la barre de rochers qui coupe la face Ouest entre 3300 et 3200m. Vers 3000m, il faut repérer une vire qui joint les faces Ouest et Nord, et qui permet justement de passer aisément à skis dans la face Nord, juste au point où elle devient moins raide. Prendre cette vire, et rejoindre le glacier qui descend de la face Nord de Vouasson. La sortie du glacier n’est pas évidente, et change rapidement, d’année en année. Le verrou de sortie, à une certaine époque, pouvait se passer rive gauche du torrent de Merdéré, en quittant le glacier assez tôt pour emprunter une vire raide qui permettait de quitter le ravin. Mais il est préférable de se renseigner auparavant, comme pour toute entreprise de ce genre d’ailleurs.

Sitôt le verrou passé, on se dirigera vers Méribé, puis, si l’enneigement le permet, vers Mayentset où l’on retrouve la route.


 

Face Nord :

Je n’ai jamais fait la difficile face Nord intégrale personnellement. Elle est décrite, par exemple, dans le livre « les 100 plus belles courses à skis des Alpes Valaisannes » par Denis Bertholet. Il est à craindre que l’assèchement des glaciers rende cette descente aléatoire. Cotée TD+, je pense que même avec les skis très performants dont nous disposons actuellement, et par bonnes conditions, cette face Nord reste, si faisable, une belle entreprise. Le cheminement en est évident, et la sortie identique à la descente en face Ouest (sur Hérémence).

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.