Touche pas à mon hosto !

Neuchâtel est un petit canton francophone au Nord Ouest de la Suisse, situé entre la rive Nord-Ouest du lac de Neuchâtel et la frontière française qui partage la chaîne du Jura dans sa longueur, du Nord au Sud. Comme tous les cantons de Suisse, Neuchâtel a ses particularités, ses avantages et ses problèmes; mais l’un des soucis les plus immédiatement perceptibles à l’étranger qui débarque en ces terres est l’antagonisme entre le Haut (le Jura adossé à la frontière française) et le Bas (le littoral, pour l’essentiel) du canton. Deux villes incarnent cette rivalité, Neuchâtel, la capitale, au bord du lac, représente le Bas du canton; c’est une ville d’orientation politique plutôt de droite, alors que la Chaux-de-Fonds (on peut y joindre la cité du Locle toute proche) est à près de 1000 mètres d’altitude et de tradition ouvrière, donc plutôt à gauche politiquement. Pendant les trente glorieuses, la Chaux-de-Fonds était une ville riche de l’industrie horlogère et de la mécanique de précision; mais les temps ont changé, et si l’industrie horlogère est toujours présente, elle a délaissé la grande production pour le luxe; moins d’emplois, et moins de revenus… Et un sentiment d’injustice pour la ville qui voit progressivement diminuer sa notoriété et ses infrastructures.

Parmi les nombreuses sources de tensions (réelles ou imaginaires) qui entretiennent l’agacement entre le Haut et le Bas du canton, les hôpitaux constituent un thème de premier choix. Les deux villes possèdent chacune un hôpital; ces deux établissements d’importance et de catégorie similaire sont situés à 24.7 km en automobile l’un de l’autre (source : Google Maps). D’aucuns s’étonneront d’une telle proximité, et ils n’ont pas tort : comment justifier une telle prodigalité alors que ailleurs, on cherche désespérément à diminuer les coûts de la santé ? Le canton est sans doutes très fortuné ?! Eh non ! Il est dans les chiffres rouges depuis plusieurs législatures, et ne semble pas vraiment sur la bonne voie pour retrouver des finances équilibrées.

Mieux, il y a quelques temps, une initiative a été déposée pour « deux hôpitaux indépendants et complémentaires » (sic); déposée, et acceptée ! Nonobstant les questions que le béotien pourrait se poser quant à la signification de « indépendant » et « complémentaire » ainsi mis côte à côte dans un libellé d’initiative, cela implique que cette situation va perdurer par volonté populaire; il faut dire à la décharge des acceptants que le contre-projet bidouillé par les autorités n’était guère acceptable, reposant sur un site mal placé, impossible à agrandir, et coincé entre un grand garage, un chemin de fer et un stade de football rarement utilisé, mais néanmoins encombrant. Le canton de Neuchâtel n’est donc pas près de sortir des chiffres rouges, d’autant qu’il ne serait pas très judicieux d’augmenter l’imposition, cette dernière étant d’ores et déjà située à des niveaux nettement supérieurs à la moyenne des autres cantons suisses !

Il y a en Suisse de nombreux autres cas d’hôpitaux « indépendants » dans un périmètre restreint; près de la Chaux-de-Fonds, justement, à exactement 15,8 km se trouve un autre hôpital, celui de St. Imier; bon, c’est un autre canton, mais on y soigne les gens de la même façon; à 31.4 km de l’hôpital de Neuchâtel se trouve l’hôpital de Bienne, et à 40.5 km celui d’Yverdon-les-Bains. Cette relative pléthore ne participe pas vraiment à la qualité des soins dans une région; lorsqu’il devient nécessaire de requérir à un traitement réellement performant, tous ces hôpitaux sont dépassés; les patients sont redirigés vers Berne, Lausanne, Genève ou Basel… La qualité des soins n’a rien à voir avec ce désir de disposer d’un hôpital à proximité; dans cette optique, ce serait plutôt contre-productif. Le désir d’avoir un hôpital tout proche relève de l’irrationnel : on fait des kilomètres pour faire ses courses dans un centre commercial ou en France voisine, et on ne veut pas en faire pour bénéficier de soins de qualité ! D’ailleurs, certaines gens l’ont bien compris, et exigent d’être soignés hors du canton; et ce n’est sans doute pas par souci d’économie pour les finances du canton.

Il existe des contre-exemples : actuellement, la construction de l’hôpital du Chablais avance à grands pas, et constitue une réalisation sur deux cantons. Les problèmes ont été infiniment plus complexes à régler que dans le cas du canton de Neuchâtel (salaires différents, impôts différents, assurances, etc…), il y a fallu pas mal de temps, de discussion et de diplomatie, mais le bâtiment sera bientôt construit, assurant des soins efficaces pour toute la zone Riviera, Chablais et Bas-Valais. La construction est idéalement située à proximité immédiate des moyens de transport. De quoi en prendre de la graine ? 

 

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