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Chère UDC…

Le 26 novembre, au lendemain de la fessée subie par l’ UDC sur son initiative isolationniste, Roger Köppel  jouait les Calimero sur l’antenne de la Radio Suisse Romande sur le ton « Les gens votent contre l’UDC, sans même réfléchir à l’objet discuté, simplement parce que c’est l’UDC ». Il sous-entendait que c’était profondément injuste, que les adversaires politiques ne jouaient pas franc jeu, et même qu’ils manipulaient des « fake news ». Monsieur Köppel, qui édite la Weltwoche, s’y connaît pourtant en fake news, lui qui a dénoncé l’impéritie des Suisses romands en regard des alémaniques, les qualifiant de « Grecs de la Suisse », à une époque où la Romandie affichait un taux de croissance ridiculisant la région zurichoise…

Evidemment, s’il se fonde sur ses camarades romands de parti pour juger de la qualité des Romands, il a quelques excuses à faire valoir. Il y a le Saviésan Oskar, qui ne s’est pas rendu compte que ce n’était pas en courtisant Marène Lapine qu’on gagnait des élections en Valais. Il y  a aussi Yvan-le-pas-terrible, habitant la Côte-aux-Fées (NE). Cette localité a la particularité d’abriter des fées de couleur. Il y a la Fée Verte, la Bleue, ainsi que les quatre Roses (d’origine nord-américaines, elles : des réfugiées, probable ?) qui toutes s’invitent semble-t-il très souvent chez Yvan… Et puis il y a Céline-pas-Dion, qui a parfois des démêlés avec la police lorsqu’elle passe par un contrôle inopiné d’alcoolémie au volant : heureusement qu’il y a tonton Guy à qui elle peut passer un coup de fil pour savoir comment réagir ! Bon, elle, c’est plutôt du côté du petit coup de blanc que cela pêche, mais le résultat est assez proche tout de même. Passons sur le Nid de Guerre genevois, avocat de son état, ou le Lucky Jean-Luc Valaisan qui pense que la sécurité passe par la possession d’une arme. Oui, il y a des Romands un peu spéciaux, et ils ne cotisent même pas tous à l’UDC !

Non, monsieur Köppel, vous n’êtes pas victime d’une cabale contre votre parti; ou alors, c’est vous qui l’avez provoquée, et ce pourrait être un exercice salutaire pour votre groupe de faire un peu d’introspection en compagnie de votre maître à penser Reblochon. Votre parti a fait son nid avec des discours très typés, centrés sur des problèmes existant ou non que vous avez su mettre en exergue en exploitant l’insécurité de certains et les indiscutables moyens financiers dont disposent les plus influents de vos membres. Mais votre discours n’a pas su évoluer; or, dans la « vraie » vie, ce qui n’évolue plus meurt… Il n’en va pas autrement des idées et des discours politiques, ne vous en déplaise. Le désaveu de votre parti est aussi bien le fait d’un ras-le-bol du discours frileux et isolationniste des vôtres que de l’arrière-plan un tantinet nauséabond véhiculé par vos idées.

Le manque d’évolutivité du discours n’est, en vérité,pas l’apanage de l’UDC. Le discours politique des écologistes a lui aussi de plus en plus de peine à s’imposer, parce qu’il passe son temps à culpabiliser les gens au sujet de leurs douches, de leurs moteurs diesel ou du steack dans leur assiette, et ceci depuis plus de vingt ans. Comment peut-on encore prendre au sérieux ces recommandations, alors qu’au Brésil on élit un président qui promet de lever toutes les restrictions au déboisement (cela risque de ramener la pollution automobile à une aimable plaisanterie), et qu’aux Etats-Unis, l’homme le plus puissant de la planète (enfin, lui au moins en est persuadé) pense ouvertement que les scientifiques sont tous des cons ? Avoir raison n’est ni nécessaire, ni suffisant pour convaincre; ceci est valable pour l’écologie comme pour  l’autodétermination. Le discours des Verts tend également à lasser, mais en ce qui me concerne, je trouve le ras-le-bol engendré par les Verts beaucoup plus inquiétant que l’effet analogue constaté envers l’UDC. 

L’UDC a obtenu ses premiers succès grâce à une publicité abondamment financée par les grosses fortunes de certains de leurs membres; mais là non plus, la technique n’a pas évolué. Lors d’une promenade en Haut-Valais au mois d’octobre, j’ai utilisé un car postal pour rejoindre la « civilisation » après une magnifique marche de plusieurs heures dans les mélèzes en feu de l’automne. Ces cars postaux diffusent en boucle des informations et de la publicité sur des écrans : toutes les deux minutes (voire peut-être moins) repassait la même publicité pour voter « OUI » à l’initiative de l’UDC. Si je n’avais pas été d’ores et déjà persuadé que cette initiative était néfaste, les vingt minutes de trajet m’auraient irrémédiablement convaincu qu’il fallait refuser cette initiative : un sujet qui a besoin d’un tel matraquage pour convaincre ne saurait être pertinent. Et je ne parle même pas de la qualité plus que douteuse de la pub; le simple fait que quelqu’un l’ait jugée nécessaire est significatif de la pauvreté de la thématique. Mais bon, je ne suis qu’un gréco-romand à l’échelle de monsieur Köppel, après tout; je ne puis comprendre les motivations des vrais bons suisses de Zurich…

Mais je ne doute pas que l’UDC se trouve bientôt un nouveau cheval de bataille; ils ont de l’imagination, les bougres. Même si imagination n’est pas raison…

Audit

J’étais récemment invité à dîner chez des amis, et incidemment, la conversation s’est orientée vers la sécurité des systèmes informatiques dans les grandes entreprises et les administrations. Alors que je pointais du doigt une certaine faiblesse de ces systèmes dans ce domaine, je me suis vu rétorquer de manière assez péremptoire que « chez nous, à l’époque, la sécurité était parfaitement garantie, d’ailleurs on faisait régulièrement des audits par MachinTruc ce qui nous garantissait une sécurité totale ». J’ai évité de rebondir sur cette énormité pour ne pas entraîner la conversation dans un domaine ennuyeux à souhait; mais la thématique n’en est pas moins très intéressante dans les travers qu’elle met en évidence chez nos administrations et dans nos grandes multinationales en matière de gestion de l’information et des outils associés.  

Il est évident que la gestion de la sécurité d’un système informatique n’est pas chose aisée; mais doit être garantie de la meilleure manière possible. Cela devrait être tout particulièrement le cas pour une administration censée protéger les intérêts de toute une communauté; or, que constate-t-on? La grande majorité de ces administrations utilise des sociétés d’audit souvent prestigieuses (MachinTruc en l’occurrence) pour faire valider la politique de sécurité informatique. Si MachinTruc dit que le système fonctionne, alors l’administration en question peut se réfugier derrière ce blanc-seing pour protester de son excellente qualité. Les politiciens, les chefs de service et les responsables de services informatiques se voient ainsi couverts en cas de problèmes, puisque MachinTruc a dit que c’était conforme. Bon, MachinTruc coûte cher, voire très cher, mais la qualité et la sécurité n’ont pas de prix, n’est-ce-pas ? Et puis après tout, c’est le contribuable ou le client qui paie.

Dans le même ordre d’idées, je connais l’exemple d’un hôpital qui a adopté pour son dossier patients informatisé un logiciel limite obsolète alors qu’il disposait d’offres largement plus modernes; mais le système vieillot était proposé par une entreprise ayant pignon sur rue dans le domaine de l’informatique médicale, alors que les solutions plus avant-gardistes provenaient de structures moins confirmées… Le bilan actuel dans ce cas particulier est que le système choisi a été abandonné par son concepteur, qui en a revendu les droits à la société CERNER (Missouri, USA), un concurrent qui dispose par ailleurs d’un système similaire. Comme par hasard, le produit acquis par l’hôpital en question ne figure plus dans les produits vantés par le site web de l’entreprise… Le nom d’une entreprise n’est pas forcément synonyme de qualité ou de pérennité, apparemment; et telle administration qui s’abrite derrière MachinTruc ferait aussi bien d’auditer MachinTruc afin de garantir aux contribuables le bon usage des deniers publics…

D’ailleurs, pour la qualité de MachinTruc, laissez-moi vous raconter une petite anecdote datant il est vrai de quelques années (5, au jugé). Je discutais d’un projet avec le responsable de service d’une administration cantonale, quand ce dernier me demande de l’excuser brièvement, car il doit accueillir le « chef informaticien, un gars de haut niveau, hyper-compétent, envoyé par MachinTruc, et qui va mettre en place un audit de la sécurité informatique chez nous ». MachinTruc, justement ! Bon, j’attends un petit moment, histoire que mon interlocuteur accueille la vedette et l’aiguille vers les gens du service informatique, et voilà que revient la personne accompagnée d’un nouveau visiteur :la vedette en question. « J’ai appris que M. Bidule a été votre étudiant par le passé, et il tenait à vous saluer ». Effectivement, je me souviens de Bidule. Il avait mis cinq ans pour obtenir son titre de bachelor (il faut trois ans à un étudiant « normal »), et n’avait obtenu le titre que parce que le professeur responsable l’avait assez vu. Le professeur responsable, ce n’était pas moi, car je lui avais mis une note assez médiocre au seul cours où j’avais eu le privilège de l’accueillir. Mais bon, la surprise passée et les salutations (cordiales, bien sûr) effectuées, je lui pose deux ou trois questions polies sur son boulot.Il me sert quelques phrases passe-partout, dont le seul résultat est de me convaincre qu’il n’a pas beaucoup progressé techniquement. Mais en revanche, il fait beaucoup de sport, du ski en particulier, ce qui nous permet de converser de manière sympathique le temps d’un café offert par notre hôte. Bon skieur, sûrement; jeune gars sympa, sans doute; informaticien expert, j’émets des réserves…

Attention, je n’émets pas de critiques particulières à l’égard de MachinTruc ou d’autres sociétés comparables. Ce sont des entreprises privées qui doivent faire un bénéfice de la manière la plus honnête possible; que ce soit aux frais du contribuable ou d’une clientèle peu avertie ne les concerne pas. J’ai plus de doutes vis-à-vis de ces chefs de service d’administrations, ces politiciens et autres responsables d’infrastructures publiques qui couvrent leur incompétence derrière des audits ou des produits coûteux et de qualité parfois douteuse. Commander un audit, pourquoi pas; encore faut-il disposer de responsables à même de déterminer ce qui doit être audité, et par qui. Un ministre de la cybersécurité qui n’a jamais touché d’ordinateur, cela n’existe sûrement pas chez nous, n’est-ce pas ? 

Les entreprises qui effectuent des audits font payer très cher les services qu’elles proposent et les certificats qu’elles produisent. Elles remplissent des masses de conditions fixées par des normes ISO, DIN ou autres; leur crédibilité est entièrement fondée sur des montagnes de papier. Est-ce suffisant pour les agréer comme autorité de compétence supérieure ?

Pour l’honneur…

Mardi 6 novembre, à l’Aula de la Haute Ecole d’Ingéniérie et de Gestion du canton de Vaud (HEIG-VD), en présence d’anciens collègues, d’amis et de membres de ma famille, madame Catherine Hirsch, directrice, m’a remis un diplôme de professeur honoraire HES (la HEIG-VD fait partie de la HES-SO). C’était une cérémonie très sympathique, où l’on m’a demandé de faire une « leçon d’honneur ». Cela consiste en tout et pour tout à parler un moment d’une thématique qui vous tient à cœur, et d’essayer d’endormir les auditeurs aussi rapidement que possible. En fait, personne ne s’est endormi, ou alors, il y en a qui l’ont fait très discrètement.

Je ne peux malheureusement pas vous faire profiter de cette leçon d’honneur, la performance n’ayant pas été enregistrée ni filmée; mais je me suis bien amusé. J’espère que les auditeurs aussi, mais bon, ils sont trop gentils pour dire le contraire, alors… 

Quoi qu’il en soit, la présentation peut être téléchargée en PDF depuis cette page. De nombreux commentaires émaillent chacune des diapositives, mais rassurez-vous, je n’ai pas lu ces commentaires lors de ma présentation, j’aime trop improviser pour cela. Les commentaires étaient juste des mentions de ce que j’aurais pu dire sur la thématique évoquée par la diapositive. Et j’ai dû beaucoup raccourcir, car si j’avais évoqué tout ce que j’avais préparé, la salle aurait fini par gentiment se vider !

J’ai voulu parler de l’aspect technique de notre environnement de communication et d’information, comment on en était arrivé à la situation présente, en quoi cette situation était peu satisfaisante. Mais bien sûr, c’est une aventure tellement dense qu’il faut nécessairement choisir des événements particuliers, et un choix est largement teinté de subjectivité. « Tu as oublié de parler de ceci, tu aurais pu mentionner ça, les outils ne sont pas si mauvais que tu le prétends, … ». Chacun voit le développement technique selon un angle qui lui est personnel (moi aussi, bien entendu), et voudrait privilégier des aspects qui lui tiennent à cœur. L’orateur essaie aussi de tenir compte de cette subjectivité afin d’éviter de se lancer dans de longues péroraisons qui concernent un développement intéressant pour lui, mais probablement moins porteur pour l’auditoire; aussi n’ai-je que peu évoqué l’immense déconfiture des télécommunications européennes devant l’avènement du tout IP (Internet Protocol), dont on pourrait pourtant faire un livre, tant les erreurs des entreprises et des pouvoirs politiques ont été nombreuses. Mais bon; on ne va pas refaire l’histoire…

Entouré par la direction… in corpore !

Je suis donc devenu professeur honoraire; j’en suis flatté, et je réitère mes remerciements à la direction. Ce qui serait bien, il me semble, ce serait de proposer un rôle à ces professeurs honoraires, afin de les inciter à faire profiter l’institution où ils ont sévi pendant de longues années de leur expérience et de leurs critiques. Enfin, dans la mesure du possible et en fonction de leurs disponibilités. Mais ce rôle n’est actuellement pas prévu dans le cahier des « charges » (ou des opportunités ?) inexistant du professeur honoraire. Logique, c’est pour l’honneur… Mais même les vieux fourneaux ont parfois des idées fumantes…

Encore merci à tous ceux qui ont accompagné, de près ou de loin, ces vingt années d’enseignement à la HEIG-VD. Allez, ciao jusqu’aux prochaines élucubrations !

Voitures électriques

La voiture électrique a le vent en poupe. Depuis que l’on a voué le diesel aux gémonies suite au scandale des trucages par logiciel, les constructeurs craignent de ne plus pouvoir compter sur le moteur diesel pour satisfaire les futures normes CO2, et ils se tournent vers le moteur électrique. Parfait? Pas si sûr…

La grande majorité des constructeurs s’oriente vers une solution technique hyper-conventionnelle, à la mode Tesla. Techniquement, on remplace le moteur à explosion par un moteur électrique, le réservoir d’essence par une (grosse, quand même) batterie et le tour est joué. On peut pratiquement conserver la même chaîne de montage ! Génial non ? Bon, il y a bien deux-trois subtilités, comme la récupération d’énergie, la boîte à vitesse et l’embrayage que l’on ne va plus reprendre dans le modèle électrique, mais sinon, on n’a pas eu besoin de révolutionner le design de l’automobile. Et on fait confiance aux électriciens pour inventer de meilleures batteries et mettre en place un réseau de distribution à grande capacité pour que l’on puisse envisager de passer des vacances au sud de la France sans trop galérer à la « pompe ».

Eh bien,personnellement, je suis très déçu par cette évolution hyper-conventionnelle. Le moteur électrique n’est utilisé que comme remplacement du moteur à essence, et les particularités de ce type de moteur ne sont que peu voire pas du tout exploitées. De plus, on monte dans un châssis de voiture une batterie monumentale, ce qui impacte fortement le poids de l’ensemble, batterie au lithium qui plus est, ce qui  a des conséquences néfastes (en raison de la consommation d’eau) pour l’agriculture dans les principaux pays producteurs et lors du recyclage. Attention ! il est nettement moins polluant d’extraire du lithium que du pétrole; mais baser toute la réserve d’énergie sur le seul lithium n’est pas pour autant une solution techniquement idéale.

Je rêve d’une voiture électrique équipée de deux petits moteurs (quatre pour la version à traction intégrale) proches des roues et alimentés par un système de pile à combustible, ou un moteur thermique fonctionnant avec un carburant neutre, tel que le produit de la récupération du CO2. Idéalement, on imagine un moteur auxiliaire de recharge fonctionnant avec plusieurs types de carburants. Les moteurs électriques seraient directement commandés par le système informatique embarqué qui jouerait le rôle d’antipatinage et de différentiel. On économise ainsi le poids de l’arbre de transmission et du différentiel; sur un modèle à quatre roues motrices, on peut moduler la puissance exercée sur chaque roue par le logiciel embarqué, et n’avoir que deux roues entraînées sur autoroute, par exemple, mais quatre roues en freinage/récupération en descente. Le freinage électromagnétique pourrait vraisemblablement remplacer dans une très large mesure les freins à disque, l’antiblocage étant toujours assuré par le logiciel de commande. Des prototypes existent, mais ils ont un grave défaut, c’est d’être assez éloignés de la voiture conventionnelle, et de ce fait de demander des investissements pour la rendre réellement opérationnelle; de plus, il s’agit d’intégrer beaucoup plus de logiciel dans l’automobile que jusqu’ici, ce qui modifie profondément les habitudes des constructeurs.

Il semble probable que l’architecture Tesla reste le modèle architectural de la voiture électrique pour ces prochaines années, du moins jusqu’au moment où le lithium se fera rare. Dommage, car… Peut mieux faire !

Pour le climat…

Récemment, des citoyens ont lancé une nouvelle collecte de signatures pour une initiative visant à réduire, voire annuler, les émissions de CO2 de la confédération helvétique d’ici 2050. Il y a même un prix Nobel qui s’implique dans la démarche, c’est dire le sérieux de l’entreprise !

Le fait que de telle initiatives existent est évidemment éminemment souhaitable, mais elles restent malheureusement désespérément limitées et inefficaces. Admettons que cette initiative soit mise en oeuvre; il y aura peut-être des taxes incitatives avant 2050, mais rassurez-vous, cela ne va pas être insupportable, politiquement, on ne peut pas affaiblir trop l’économie suisse, pas vrai ? Et puis, jusqu’en 2050, on a le temps de voir venir; d’ailleurs, bon nombre des initiants (dont Jacques Dubochet, le prix Nobel en question) ne seront plus concernés par le problème d’ici là; moi non plus d’ailleurs, il est vrai. Et quand à savoir si le bel exemple donné par l’Helvétie va inciter les Trump ou Bolsonaro à revoir leur copie écologique, alors là, c’est carrément de la science-fiction; on ne peut qu’espérer que leurs successeurs seront plus perméables à l’argument écologique parce qu’ils seront peut-être plus immédiatement concernés, eux…

J’ai passé des vacances (excellentes, d’ailleurs) cet été au Canada: je n’ai donc pas été très écolo en l’occurrence. J’ai utilisé pendant plus de 3000 kilomètres de route un camping-car (un VR ou RV, en nord-américain moderne) qui consommait allègrement ses 45 litres aux 100 kilomètres. J’ai passé une nuit dans un camping à Amqui, en Gaspésie, où il y avait un meeting de quads sur un weekend prolongé. Le camping était rempli de camping-car immenses, la plupart accompagnés d’un gros pick-up 4*4 pour tirer une remorque comprenant un ou deux quads. Un de nos voisins de camping venait de Montréal (640 kilomètres tout de même) pour l’occasion, avec le camping-car, alors que madame conduisait le pick-up avec un quad dedans. Certains de leurs amis occupaient une place voisine avec un camping-car pour eux aussi, ainsi que les quads et les tracteurs respectifs. Supposer qu’une action contraignante, mais exemplaire en Suisse va opérer une révolution de mentalité à brève échéance dans ce genre de milieu relève d’un bel optimisme.

Si un pays comme la Suisse (avec le concours des voisins européens, n’en déplaise à nos souverainistes) veut inciter de manière sérieuse la planète Terre à changer de comportement, elle n’a à mon avis qu’un moyen de se donner les chances d’y parvenir, et c’est en développant des produits énergétiques meilleurs et moins coûteux que les équivalents pétroliers. Avec ce genre d’arguments, il n’est plus nécessaire de s’impliquer  politiquement dans des luttes qui n’ont d’incidence directe qu’en Suisse, et peu ou pas d’influence, même chez nos voisins immédiats; au contraire, chacun voudra bénéficier des apports d’une technologie meilleure et moins coûteuse. Moins de pollution, plus de richesse, et une image améliorée. Les produits meilleurs existent, indubitablement. Les pompes à CO2, les capteurs solaires multimodaux (thermique-voltaïque), les piles à combustible, les systèmes de gestion des eaux de ruissellement en milieu urbain et péri-urbain sont des réalités, déjà maintenant. Des infrastructures de télé-travail réellement efficaces pourraient être développées assez aisément, par exemple en partant de modèles développés par Uber ou d’autres, et en les adaptant à des conditions de travail quelque peu humaines et socialement acceptables. Oui, mais cela coûte…

La Suisse couvre la moitié de ses besoins énergétiques avec des produits pétroliers (plus de dix millions de tonnes en 2017). Et ce chiffre ne tient pas compte de l’utilisation indirecte venant de l’importation de biens de consommation comme des cerises du Chili au mois de janvier. Il suffirait de taxer même modérément cette consommation et de reverser le produit au développement des énergies propres ou à bilan neutre pour permettre de rendre les prototypes actuels plus performants et plus rentables que leurs équivalents basés sur l’énergie fossile. Après tout, les investissements consentis pour la recherche pétrolière restent aujourd’hui encore des milliers de fois plus importants que ceux dévolus aux énergies non fossiles; et malgré cette disparité, on parvient à des résultats tout à fait convaincants: donc l’objectif est réaliste et probablement pas très compliqué à atteindre. Les mécanismes de taxation sont en place, il suffit de les adapter légèrement pour permettre aux forces de développement en Suisse et en Europe d’améliorer et d’optimiser les prototypes et produits existant.

Cerise sur le gâteau, cela permettrait à des gens comme les initiants cités au début de cet article d’être impliqués d’emblée au processus, puisque les taxes peuvent entrer en vigueur à très brève échéance. Mais cela implique aussi une certaine ouverture à la collaboration avec les partenaires, et c’est probablement là que le bât blesse. Mieux vaut faire quelque chose d’inutile mais bien de chez nous, que quelque chose d’utile mais qui puisse aussi profiter aux autres. Pas simple, l’écologie, quand on y mêle de la politique…

Le meilleur OS

Depuis les débuts de l’informatique personnelle, les systèmes d’exploitation de nos ordinateurs ont passablement évolué. De simples gestionnaires de fichiers, ils sont devenus multi-tâches, préemptifs, capables de gérer des gigabytes de mémoire virtuelle, et capables de se mettre à jour eux-même, souvent à la grande frustration de l’utilisateur qui pensait faire autre chose à cet instant que de télécharger plusieurs centaines de mégabytes dont il ne saura jamais exactement en quoi ils sont censés « améliorer » le fonctionnement de son ordinateur dont il était pourtant raisonnablement satisfait jusqu’ici.

Depuis DOS (PC-DOS, MS-DOS, FreeDOS ou DR-DOS) et l’Apple II (Apple DOS), quelques progrès ont été réalisés, il faut bien l’avouer. Surtout, la complexité a explosé : les premières versions de DOS tenaient sur 11 KB, les versions actuelles de Windows 10 atteignent ou dépassent 4 GB, soit grosso modo un facteur de 400000. L’arithmétique élémentaire voudrait que les systèmes d’exploitation modernes sont dont un demi-million de fois « mieux » que les les vieux machins pourris de notre jeunesse.

Bien sûr, il y a le multi-fenêtrage, le contrôle de médias de plus en plus sophistiqués, l’introduction de la 4K, les liaisons à grand débit, des périphériques de plus en plus complexes comme les imprimantes 3D, et tant d’autres choses encore à contrôler… mais faut-il vraiment avoir à manipuler plusieurs GB de données pour obtenir ces fonctionnalités ?

Plusieurs indices peuvent donner à penser que non. Tout d’abord, il existe des systèmes (simplifiés, il est vrai) qui proposent des fonctionnalités similaires à un « coût » (en taille mémoire) nettement plus modeste. Ordissimo, Linuttop et d’autres distributions « allégées » de Linux montrent que c’est possible, même si c’est au prix de l’abandon de quelques fonctionnalités rarement utilisées (fonctionnalités que l’on pourrait théoriquement rajouter par la suite d’ailleurs). Souvent d’ailleurs, ces systèmes basés sur Linux sont moins sensibles aux virus et autres malware; non qu’ils soient mieux protégés, mais développer un malware pour ces systèmes n’est pas très avantageux vu leur relative rareté actuelle.

Mais d’un point de vue plus technique, il semble légitime de se demander si les améliorations des divers systèmes d’exploitation que nous utilisons sont fondés sur de réelles avancées informatiques; et là, force est de constater que le bilan est assez mitigé. Windows 10 garde une architecture somme toute assez conventionnelle, développée en 1993 pour Windows NT. Cette architecture est inspirée de VMS (1978), le système d’exploitation du défunt Digital Equipment Corporation; d’ailleurs, WNT (pour Windows NT) constitue la suite alphabétique de VMS. Une architecture somme toute pas si lointaine de celle utilisée par son grand concurrent Apple qui elle est directement tirée de Unix, (BSD, une distribution qui date de 1977 !). Jusqu’à Google, dont le système Android repose sur Linux, qui lui-même est un avatar de ce même UNIX sur lequel se repose aussi le système concurrent de Apple, iOS. On pourrait en conclure que l’on n’a plus rien inventé depuis les années 1970…

C’est faux, bien sûr; des progrès très significatifs ont été réalisés dans ce domaine particulier; mais le développement d’un nouvel OS demeure une tâche très complexe et extrêmement coûteuse, et les grandes entreprises comme Microsoft et Apple n’ont guère intérêt à investir dans un secteur où peu d’avantages économiques sont à espérer; mieux vaut donc « améliorer » l’existant jusqu’au jour que l’on espère très lointain où il sera nécessaire de tout changer; en attendant, on compte sur les performances des processeurs et le prix toujours plus bas des mémoires pour faire survivre des systèmes obsolètes et de plus en plus lents à force de raccommodages divers.

Il existerait donc un créneau pour les Européens (ou plus exactement les non-Américains) pour développer un OS indépendant; pas tellement pour faire autrement que les Microsoft et Apple, mais pour se rendre un peu plus indépendants de la tutelle informatique américaine. Et accessoirement pour remettre sur l’avant-scène informatique les chercheurs européens en informatique. Un OS basé sur un micro-noyau, intégrant la virtualisation des ressources, du stockage et du réseau, avec une sécurité implantée dans le noyau plutôt que dépendante de logiciels anti-virus toujours en retard d’une guerre… Un OS portable, tenant sur une petite clé USB, avec toutes les fonctionnalités nécessaires, mais accessible au plus grand nombre… On peut rêver; mais techniquement et pratiquement, c’est tout à fait possible. Avec la satisfaction, -cerise sur le gâteau- de compliquer la tâche des hackers de tout poil, mais majoritairement russes, qui ciblent actuellement essentiellement les systèmes Windows.

A une époque où un peut-être psychopathe dirige la plus puissante nation du monde, et détient de facto le pouvoir de contrôler l’informatique de la planète au travers d’entreprises basées sur le territoire américain, les autres régions du globe feraient peut-être bien de se poser la question de leur dépendance à des systèmes comme Windows et Apple OS. La guerre économique lancée par Donald Trump devrait servir d’avertisseur; le dirigeant chinois Xi Jin Ping joue de son côté certainement avec l’idée de l’indépendance informatique de la Chine vis-à-vis des Etats-Unis.

Un élément de plus à insérer dans la To Do List de Macron et de Merkel ? Oui, certes, et peut-être aussi de nos universités qui n’en finissent plus de s’inventer des problèmes financés par le contribuable, mais qui débouchent trop rarement sur des avancées significatives ou des entreprises commerciales à succès.

Sion 2026… ou pas ?

Ces prochains jours devrait se jouer un premier – et peut-être dernier –  épisode de l’aventure des Jeux Olympiques à Sion 2026. Il s’agit d’une vieille aventure jusqu’ici toujours liée à l’échec, qui ressort régulièrement au gré des ambitions de quelques acteurs souvent intéressés par des aspects annexes d’une telle aventure. Sous l’impulsion du président du club de football de Sion naissait le projet Sion 2026 ; las, ce même Christian Constantin démontrait, peu de temps après, de belles aptitudes pugilistiques en rossant devant les caméras de télévision M. Rolf Fringer, journaliste certes assez médiocre, mais aussi ex-entraîneur de l’équipe suisse de football. Pour commentaire, Constantin laissait entendre que c’était ainsi que se réglaient les affaires en Valais; ce qui peut donner à penser à certains que d’éventuels JO en 2026 pourraient s’organiser de la même manière… Un peu plus tard, ce même Christian Constantin trouvait bon d’allumer, en guise de publicité pour Sion 2026, un tonneau d’hydrocarbures au sommet du Cervin, en compagnie de l’ex-star de ski Pirmin Zurbriggen et du conseiller aux Etats Christophe Darbellay. Probablement pour militer en faveur de Jeux Olympiques respectueux de l’écologie ? Encore un peu plus tard, les installations de Crans-Montana (site en principe retenu pour le projet Sion 2026 pour les compétitions de ski alpin) se mettaient en arrêt en pleines vacances de Pâques suite à une bisbille entre la société d’exploitation et les communes de la région (imaginez la même action juste avant le départ de la course olympique, pour rigoler…). Quelles belles publicités pour le projet olympique ! Cerise sur le gâteau, une émission de la Télévision Suisse Romande (RTS), Infrarouge en l’occurrence, revenait sur ces diverses péripéties (comme je le fais ici) pour dénoncer un possible dysfonctionnement du canton. Dans le cadre de cette émission furent évoquées plusieurs anecdotes parfois savoureuses, mais aussi souvent nauséabondes.

Philippe Bender, historien distingué et accessoirement ancien condisciple au collège de l’abbaye de Saint-Maurice, avait beau proclamer haut et fort que « Christian Constantin n’est pas le Valais et le Valais n’est pas Christian Constantin », et encore que « le Valais méritait ces jeux », il avait tout de même quelque peine à convaincre ! De plus, même si Constantin n’est pas le Valais, c’est tout de même le valaisan que l’on entend le plus souvent… En résumé, rien n’est gagné pour Sion ; maintenant, quant à savoir si l’organisation de cette manifestation serait une bonne ou une mauvaise chose, au final, il reste difficile de se faire une opinion inconditionnelle.

Une bonne partie des opinions négatives (partis de gauche en tête) proviennent de la crainte d’un coût abyssal, comme cela a pu être le cas pour des épisodes précédents ; un coût abyssal dont le poids pourrait se répercuter sur un moindre investissement dans des projets à caractère social, comme l’enseignement et la santé, par exemple. Je respecte ces opinions, mais ai néanmoins quelque peine à les comprendre : il doit tout de même être possible de bloquer des budgets pour les œuvres à caractère social ; quant aux surcoûts qui ne manqueront pas de se manifester, l’un des pays les plus riches de la planète devrait être en mesure de les supporter, éventuellement au prix d’un ou deux avions de chasse dont l’utilité n’est pas forcément mieux avérée que celle de l’organisation de Jeux Olympiques.

Les écologistes, également opposés au projet, ne semblent guère plus cohérents : alors que les organisateurs promettent des jeux respectueux de l’environnement, pourquoi décider de ne pas les croire à priori, au lieu de les prendre au mot et de leur faire exercer un leadership dans une organisation respectueuse de l’environnement de cette manifestation ? Bon, c’est vrai que c’est un tout petit peu plus difficile de participer à un projet que de le démolir…

Les avis favorables à l’organisation se fondent sur la conviction que cela va apporter à terme une excellente visibilité au Valais et à son tourisme. On pourrait aussi leur rétorquer que ce n’est pas gagné d’avance. Les JO, ce n’est pas que le ski, c’est aussi le bobsleigh, le patinage de vitesse et le curling (vous avez suivi le curling à PyeongChang ? Moi non plus, je parviens encore à m’endormir sans somnifères). Et puis, il faut assurer pour que cela constitue une bonne publicité, enfin, meilleure que le tonneau de mazout au sommet du Cervin. D’accord, cela permet théoriquement de remettre au goût du jour certaines infrastructures et d’en construire quelques nouvelles (D’ailleurs, on peut compter sur M. Constantin pour participer à ce projet). Mais cela ne suffit pas à rendre attractive une région. Je ne crois pas que Sotchi soit devenue une station mondialement fréquentée simplement parce que M. Poutine a injecté une trentaine de milliards dans ce lieu, et Albertville n’a pas profité d’une telle organisation, tant s’en faut (certaines stations comme Val d’Isère exceptées, et encore…). On parle de louer les infrastructures manquantes (mais existent-elles réellement?) et de démonter les constructions inutiles après usage (un discours similaire avait été tenu lors de la catastrophique -cet avis n’engage que moi- exposition nationale Expo 02 ; le résultat, actuellement encore, ne semble guère concluant…)

Les Jeux Olympiques étaient au départ conçus comme une réunion pacifique de la jeunesse de diverses contrées pendant une période privilégiée appelée trêve olympique. On ne se battait plus avec des armes de guerre, les athlètes étaient ensemble pour se mesurer à travers des joutes pacifiques. Or, de nos jours, les athlètes ne sont plus réunis aux Jeux Olympiques, car c’est devenu bien trop grand : même lors des cérémonies d’ouverture et de clôture, la totalité des compétiteurs n’est pas présente (d’ailleurs, dans certains cas, il y a plus d’officiels que d’athlètes!). Les sites de compétition sont souvent fort éloignés les uns des autres, car il faut bien dispatcher une foule pareille sur un domaine raisonnablement étendu. Une quantité d’épreuves pléthorique rend de nombreuses compétitions inintéressantes car peu adaptées au cadre local. Mais les Jeux restent indéniablement un événement hors normes par l’audience suscitée, et génèrent donc une publicité impossible à réaliser par les moyens traditionnels. Encore faut-il que l’organisation soit de bonne qualité…

Certains opposants pensent que le Valais n’a pas besoin de publicité pour son tourisme. Je suis d’un avis contraire : le tourisme suisse, et valaisan en particulier, ne se porte pas trop bien vis-à-vis de ses voisins transalpins et autrichiens ; les infrastructures sont souvent vieillottes, et l’accueil laisse à désirer dans de nombreux cas. Une manifestation majeure permettrait sans doute une régénération salutaire d’un certain nombre d’outils de travail du canton.
Je pense que Sion 2026 est un projet porteur pour la Suisse, et qu’il peut être mené à bien, et que cela aura au final une répercussion positive sur le tourisme en Valais. Je pense aussi que l’organisation d’un tel événement est extrêmement complexe et dépasse largement les capacités du canton, tant du point de vue infrastructures, hébergement, accès, transports et approvisionnements divers; c’est un effort que toute la Suisse devrait (directement ou non) supporter. Le dossier, en l’état, n’est pas suffisamment explicite sur ces divers points; hélas, il n’est plus temps de le peaufiner, le verdict cantonal est tout proche : le tonneau de mazout au sommet du Cervin risque de ne pas être suffisant pour persuader les votants du bien-fondé de l’entreprise…

 

« No Billag »

Début mars, les citoyens helvétiques votent sur une initiative qui, si elle est acceptée, supprimerait la redevance radio/TV actuellement inscrite dans la constitution. En clair, ce serait la fin du service public dans le domaine de l’information diffusée en Suisse. En effet, l’article correspondant dans la Constitution serait purement et simplement biffé, laissant le champ libre à la privatisation chère au credo d’une droite pure et dure, incarnée en Suisse essentiellement par l’UDC et plus particulièrement son aile zurichoise. 

Evidemment, les chaînes publiques voient une éventuelle acceptation de cette initiative avec une crainte bien compréhensible. Actuellement, la télévision suisse diffuse des émissions en quatre langues, et si la partie suisse alémanique pourrait peut-être, grâce à l’exclusivité que représente le dialecte suisse alémanique, survivre dans un schéma de financement par abonnements, les parties francophone et italienne n’ont absolument aucune chance de survie dans un environnement en concurrence avec la RAI en Italie et TF1 en France : le marché n’est tout simplement pas suffisant; d’ailleurs, il est fort probable qu’en cas de survie de la partie suisse alémanique de ce qui s’appelle actuellement encore la SSR / SRG, celle-ci devrait se soumettre à un dégraissage massif, et deviendrait du coup une radio-télévision régionale en face des géants allemands.

Les initiants s’en défendent, clamant à tous vents qu’ils ne désirent pas la mort de la SSR; cette affirmation est pourtant clairement mensongère. La SSR est un service public; l’initiative veut détruire le service public, donc il détruira la SSR, même si une chaîne de radio/télévision de ce nom survivait avec les mêmes rédactions, ce qui en l’état semble peu probable. Mais qui sont ces initiants ? On distingue trois groupes assez disparates, dont le seul point commun est leur orientation politique très « à droite ». (Faisons abstraction de   certains milieux dont les articles doivent étonner même madame le Pen).

  • l’UDC zurichoise, héritière de Reblochon (Christoph Blocher, désormais retraité de la politique suisse, mais de fait toujours actif). De la part de cette fraction de parti, l’initiative n’étonne pas : l’UDC zurichoise a toujours considéré que la Suisse est entièrement riveraine de la Limmat (rivière arrosant la ville de Zurich). D’ailleurs Reblochon lui-même admet volontiers que pour la Suisse romande et le Tessin, l’acceptation de l’initiative signifierait probablement la fin des chaînes d’informations telles que connues actuellement. Mais bon, il n’en a rien à cirer; il a le mérite de la clarté du discours…
  • Le grand patron de l’USAM (Union Suisse des Arts et Métiers), monsieur Jean-François Rime. Son argumentation tient au fait que les sociétés doivent payer la redevance alors même que les individus la composant l’ont déjà réglée. On pourrait faire remarquer à monsieur Rime qu’une entreprise est aussi consommatrice de médias, à titre d’entreprise, justement, mais sa remarque n’est pas totalement injustifiée. Ceci mérite-t-il de rejeter tout le service public pour autant ? N’est-ce pas jeter le bébé avec l’eau du bain ? Quant à son argumentation pour une télévision avec abonnement, j’espère pour monsieur Rime qu’il est conscient de l’inanité de ses dires : en tant que Romand (un peu tout de même) et entrepreneur, il devrait tout de même savoir additionner deux et deux… Mais selon certaines sources, il aurait un contentieux politique à régler avec l’ex-présidente de la Confédération, et son soutien à l’initiative serait une manifestation de sa mauvaise humeur. Si c’est vrai, alors c’est navrant… surtout pour monsieur Rime.
  • Les jeunes UDC neuchâtelois, avec Nicolas Jutzet à leur tête. Hormis une volonté néo-libéraliste exacerbée, assumée et affichée, il est difficile de comprendre ce que recherchent ces personnes; d’ailleurs, les explications qu’ils fournissent ne sont guère explicites, voire plutôt confuses. Il semble toutefois que l’idée générale est de ne payer que ce que l’on utilise réellement. Pas question donc de payer un forfait pour une chaîne de télévision généraliste qui comprend des émissions que l’on ne désire pas suivre. Il est probable que ces gens soient aussi opposés au principe de l’assurance-maladie, par exemple, et plus généralement à l’idée même de service public, quel qu’il soit.

La perspective de pouvoir économiser la redevance radio/TV pourrait inciter certains citoyens suisses à accepter cette initiative; mais il faut leur signaler qu’ils devront tout de même passer à la caisse dans la mesure où le service qu’ils financent actuellement avec cette redevance sera (peut-être) remplacé par divers abonnements (donc payants) parmi lesquels ils devront faire un choix. Quant aux émissions locales, ou les sous-titrages en langue des signes (française ou autre, les langues des signes ne sont pas universelles), il faudra les oublier, car cela n’est pas rentable. Mais bon, c’est pas grave, c’est des minorités…

Les chaînes publiques (SSR / SRG / TSI) ne sont pas exemptes de critique, et c’est bien là le danger; certains vont aller dans le sens de l’initiative parce que le contenu proposé par les chaînes publiques ne leur convient pas; mais au-delà de la critique que l’on peut adresser au contenu, il y a le problème du principe du service public. En l’absence de chaîne de télévision nationale, il semble assez probable que l’on s’achemine vers une chaîne suisse alémanique (sur abonnement, en dialecte, donc peu susceptible d’être suivie par les non-initiés) centrée sur Zürich d’une part, et sur des excroissances de TF 1 et de la RAI d’autre part. Je ne sais pas ce que deviendront les émissions en rhéto-romanche dans ce schéma, mais bon… On se retrouve donc avec trois contenus hétérogènes, générés par des rédactions sans doute de qualité, mais animées par des sensibilités fort différentes, avec des pôles d’intérêt distincts. Si le but est d’essayer de creuser le « röstigraben » , alors il est difficile de faire mieux ! Par contre, pour quiconque garde encore un léger souci de cohésion nationale, cette initiative « No Billag » est un outil de séparation nationale probablement aussi efficace à moyen terme que le mur mexicain de Donald Trump.

Ironiquement, les résultats du vote en eux-même pourraient contribuer à creuser ce fameux röstigraben, comme c’est assez souvent le cas en Suisse, avec un vote positif d’un côté de la frontière et négatif de l’autre.  Il est regrettable que les autorités n’aient pas cru bon de proposer un contre-projet à l’initiative; cela aurait peut-être permis de mieux orienter la chaîne nationale sur la mission de cohésion et d’information, tout en conservant dans la constitution la notion de service public; mais il n’y a pas de contre-projet.

Il ne reste donc qu’à faire tout ce qui est possible pour que cette initiative soit balayée dans les urnes le 4 mars 2018. Allons voter; NON, bien sûr !

Les partisans du NON.

Les partisans du OUI (les initiants)

 

Magic Pass

Le Magic Pass, c’est 25 stations de sports d’hiver suisses qui ont décidé en 2017 de créer un abonnement saisonnier commun aux remontées mécaniques à un prix très avantageux. Concrètement, si un amateur de glisse hivernale commande un « Magic Pass » au mois de mai pour la saison suivante, il lui en coûtera environ 360 € pour le libre parcours pendant la saison sur les installations de remontée mécanique de ces 25 stations. Le tarif augmente ensuite progressivement au fil du temps : ceux qui réservent un forfait saison de bonne heure bénéficient de conditions très avantageuses. Et parmi ces stations, on trouve aussi bien des stations prestigieuses que des stations un peu moins connues, mais pas inintéressantes pour autant.

C’est bien sûr une offre très intéressante pour les skieurs enthousiastes comme moi-même, par exemple. Alors qu’une journée de ski, à deux personnes, implique une dépense de 80 à 100 € au bas mot uniquement pour les forfaits de ski, avec le Magic Pass, on n’hésite plus à profiter de la neige et du beau temps ; et de plus, l’offre portant sur de nombreux sites, on a tout loisir de changer de station, voire de découvrir de nouvelles offres peut-être moins prestigieuses, mais proposant des possibilités différentes. Il n’est en revanche pas certain que tous les acteurs, dans les stations concernées, aient compris l’opportunité que leur offre cet abonnement.

Indépendamment du fait que le Magic Pass puisse, potentiellement du moins, attirer plus de skieurs dans les stations, ce type de forfait représente, pour la saison 2017-2018, plus de 85’000 inscrits ; 85000 personnes qui ne vont pas seulement skier, mais aussi fréquenter restaurants d’altitude, bains thermaux, peut-être hôtel et autres infrastructures de la station. Il semble que la première chose à faire serait de développer la notion de groupe d’utilisateurs privilégiés chez ces utilisateurs, par le biais d’offres réservées et de propositions ciblées.

Un ami, fervent (et excellent) skieur, m’a rapporté récemment qu’il était allé skier avec son « Magic Pass » à Nax, en Valais. Magnifique station s’il en est, bien que moins prestigieuse que certaines de ses voisines, il a passé une journée magnifique sur les pentes du Mont Noble, et l’après-midi, a voulu déguster, à la fermeture des pistes, encore un bon verre de l’excellent fendant que propose le Valais, de manière à conclure idéalement une superbe journée de ski ; une terrasse ensoleillée sur les pistes, dans un cadre idyllique et une sympathique bergerie rénovée, tend les bras au groupe avec lequel il pratique son sport favori, mais au moment de s’asseoir, on leur fait remarquer qu’il est 16 heures et que l’établissement est fermé ! Nonobstant la logique élémentaire qui pousserait à ouvrir les établissements de restauration et débits de boisson après la fermeture des pistes, puisque les gens tendraient à boire un rafraîchissement lorsqu’ils ont fini de skier (difficile de boire un verre de fendant tout en skiant…), le tenancier de cette bergerie n’a pas compris que les détenteurs de ce fameux Magic Pass ont l’impression de skier gratuitement, et qu’ils sont donc disposés à dépenser un peu plus dans les a-côtés de la journée de ski. Les possesseurs du Magic Pass sont de ce fait tout à fait intéressés à prolonger leur journée de ski autour d’une bouteille, voire d’une fondue dans un cadre magnifique. D’ailleurs, même sans le Magic Pass, terminer une journée de ski après la fermeture des pistes sur une terrasse ensoleillée est agréable, comme les Autrichiens, par exemple, l’ont bien compris de longue date…

Mais le Magic Pass, c’est aussi 85000 adresses de clients qui ont un libre parcours sur les stations concernées; c’est 85000 personnes susceptibles de venir passer une journée de ski dans le domaine skiable, puisqu’ils ont déjà le forfait. Des clients qui seront intéressés à des offres spéciales, puisqu’ils ne paient « pas » le forfait de ski. L’occasion rêvée de proposer des fins de journées en altitude  avec repas éventuellement gastronomique, voire simple fondue, suivi d’une descente au flambeau ou en télécabine… Ou des pique-niques organisés avec montée tiré par une dameuse et descente hors-piste accompagnée… Ou d’autres offres spéciales pour mieux exploiter les périodes creuses de janvier, par exemple. Mais dans les faits, on constate que les acquéreurs de ces Magic Pass reçoivent peu, voire pas du tout d’e-mails promotionnels… Quelqu’un, quelque part, semble n’avoir pas compris quelque chose…

On retrouve ici malheureusement un travers très suisse, qui a déjà été pointé du doigt par de nombreux auteurs. Les Suisses ne savent pas recevoir les touristes; proposer à leurs clients la neige et  la vue sur le Cervin, l’Eiger ou le Mont Rose leur semble amplement suffisant. Il n’est donc pas nécessaire de proposer des services supplémentaires. Actuellement, cette manière de faire constitue une grave erreur qu’il faudra rapidement corriger. Le Magic Pass est une excellente initiative dans ce sens, mais elle mériterait d’être mieux valorisée. A quand une « Magic App » qui permettra de suivre les utilisateurs de Magic Pass et leur proposer des services sur mesure ? J’espère que la HEVS (par exemple) est d’ores et déjà en train de plancher sur ce genre de services, ainsi qu’une application mobile ludique permettant de valoriser l’infrastructure mise sur pied…

Spectre et Meltdown contre Bugatti

Bonne année 2018 ! Pour fêter ça, on a découvert une faille de sécurité majeure dans le matériel (les microprocesseurs) informatique que nous utilisons tous les jours; quelle bonne nouvelle après l’obsolescence programmée enfin ouvertement admise par Apple après des dizaines d’années de pratique ! 

Sans entrer (trop) dans les détails, les deux failles de sécurité découvertes (Spectre et Meltdown) ont un rapport direct avec une particularité des processeurs modernes que l’on appelle l’exécution spéculative. Spectre est une faille de principe (inhérente au procédé utilisé), alors que Meltdown est lié à l’implémentation par Intel et AMD (les principaux fabricants de microprocesseurs), entre autres. Qu’est-ce que l’exécution spéculative ? C’est une particularité liée à l’existence de plusieurs unités de traitement à l’intérieur d’une même puce de silicium; on parle de « multi-coeurs » : pour exécuter un algorithme, vous n’avez en principe besoin que d’une unité de traitement; mais imaginons qu’une partie spécifique de l’algorithme soit du genre « Si le résultat de la fonction A est vrai, alors exécute la fonction B, sinon exécute la fonction C ». Pour exécuter cet algorithme, il faut exécuter successivement A, puis B ou C :on a additionné le temps de traitement de A et de B ou C. En exécution spéculative, on va occuper d’autres unités de traitement pour évaluer B et/ou C pendant que l’on évalue A, si bien qu’à la fin de l’exécution de A, on aura déjà le résultat de B et C, et notre programme aura gagné le temps de traitement de B ou de C, respectivement. En réalité, c’est encore un tout petit peu plus sophistiqué que ça, d’où le terme « spéculatif », mais c’est le principe.

Ceci permet à nos laptops et à nos smartphones de réaliser les performances auxquelles nous sommes habitués, et qui dans certains cas rendent possible les fonctionnalités avancées que l’on nous promet (comme l’automobile autonome, par exemple).  Malheureusement, on s’est rendu compte très récemment  que cette exécution spéculative pouvait présenter des effets de bord permettant à du code malveillant de court-circuiter des protections mises en place contre l’exploitation illégitime de données, et que l’implémentation faite actuellement par les principaux fabricants présentait également des failles.

L’exécution spéculative est implémentée dans le matériel, dans le silicium même, de nos microprocesseurs. C’est ce qui rend cette faille si inquiétante, car on ne peut pas vraiment la corriger sur le matériel existant. Ce qui n’empêche pas les fabricants de promettre des correctifs; mais en réalité, ces correctifs auront simplement pour effet de bloquer (ou limiter de manière drastique) l’exécution spéculative, ce qui va ralentir de manière spectaculaire tous les ordinateurs et smartphones de la planète. Vous avez acheté une voiture de sport et vous vous retrouvez soudain, après un correctif logiciel, au volant d’un tracteur… Bon, la réalité est peut-être un peu moins caricaturale, mais dans l’idée, c’est bien ça.

C’est une situation que l’on a déjà connue dans d’autres secteurs industriels; rappelez-vous l’automobile, à une certaine époque : les voitures roulaient à plus de 200 km/h, mais avaient des freins à tambour, le pilote avait un casque symbolique, il n’y avait pas d’arceau de sécurité, et pas de cellule de protection de l’habitacle. Actuellement, on parle de ces voitures, dont Bugatti, Mercedes et Ferrari construisirent les plus beaux exemples, comme de magnifiques antiquités; mais il n’en reste pas moins qu’il s’agissait d’une technologie immature, capable de performances tout à fait respectables, mais dans un cadre artisanal. L’informatique, quoi qu’en disent les spécialistes du domaine, en est actuellement encore à un stade artisanal; une recherche de performances (et de profits, bien sûr) aboutissant à des résultats impressionnants, mais pas de vision systémique, pas d’intégration d’aspects sécuritaires, pas de gestion de réseau à très bas niveau… 

L’informatique est actuellement encore restée à un niveau de développement élémentaire; on discute encore dans certaines écoles du langage de programmation à utiliser, plutôt que des problèmes à résoudre. Lorsque je corrige un travail de bachelor ou de master, je suis souvent submergé de termes technologiques abscons, se référant à des paquets logiciels à l’implémentation souvent opaque, mais une bonne partie des points du cahier des charges ne sont même pas abordés (ou souvent de manière trop superficielle pour se révéler satisfaisante); et quand on pose la question, on se rend compte qu’il a fallu trop de temps pour assimiler la technologie, et qu’il n’en est pas resté suffisamment pour penser au problème. Ou alors que la technologie choisie ne permettait pas de répondre aux prérequis exigés. 

J’ai, grosso modo, l’âge de l’informatique; j’en ai suivi la majorité des développements, depuis mon premier programme en FORTRAN-IV sur CDC-6600, jusqu’à des développements distribués incluant des serveurs, des laptops et des mobiles dans un même contexte applicatif, en passant par des « minis » PDP-11 de Digital pour le développement en télécommunications.  Je ne peux que constater que peu de progrès réels ont été faits en ce qui concerne la méthodologie de développement : les programmeurs restent des bidouilleurs de code, ils disposent simplement d’une bibliothèque de code plus conséquente qui leur permet de publier des fonctionnalités plus rapidement (c’est la seule chose qui intéresse l’éditeur de logiciel, d’ailleurs). On n’a plus fait de progrès significatifs dans le traitement de texte depuis Word ou swriter, le tableur Excel n’a toujours que deux entrées (techniquement, on peut en gérer davantage, mais si vous avez essayé une fois, vous avez probablement renoncé) et Photoshop est toujours aussi compliqué d’accès, ce qui permet à Apple de proposer des outils d’une nullité remarquable (qu’il rend d’ailleurs obsolètes dés qu’il en a écoulé assez), mais qui sont utilisables par un béotien. Bon, comme le faisait remarquer un responsable, de toutes façons, les photos prises par un béotien n’ont pas besoin de mieux, alors… Il n’avait jamais intégré le fait qu’un bon photographe peut ne pas avoir envie d’être informaticien.

L’informatique doit effectuer un saut quantique en termes d’industrialisation et d’intégration, cela paraît clair. Cela rend d’autant plus inquiétant ce futur que l’on décrit régi par une intelligence artificielle dont à l’heure actuelle, les neurones sont endommagés ou immatures…