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BREXSHIT

Mère Teresa (May, bien sûr) écartée d’un poste de premier ministre à l’allure de sacerdoce, les Boris Johnson ou autres Nigel Farage ont désormais les coudées franches pour finaliser les effets de leurs mensonges. Parce qu’il faut le dire explicitement : le Brexit a été voté sur la base d’informations mensongères relayées par les partis nationalistes. Des mensonges tellement graves qu’ils devraient en toute logique conduire leurs auteurs derrière des barreaux solides et ceci pour une durée respectable. En tous cas, dans le monde normal -le vôtre ou le mien-, un tel délit est punissable : essayez,pour voir, d’accuser votre voisin de vous soutirer de l’argent, alors que c’est faux. Il ne se fera pas faute de vous démentir et de vous demander raison et réparation de vos mensonges; or, c’est exactement ce qu’ont fait les Johnson et autre Farage, avec des conséquences potentiellement beaucoup plus catastrophiques que ce que vous ou moi aurions pu atteindre. En toute logique, ils auraient dû être condamnés par un tribunal adéquat. Mais dans le monde de la politique, on est tellement habitué aux mensonges que pas grand-monde ne songe à s’en formaliser; tout au plus entendra-t-on l’une ou l’autre remarque du genre « Ah oui,ils ont menti, ce n’est pas bien, si j’avais su, j’aurais peut-être réfléchi, etc… ». Finalement, la politique récompense le mensonge : il y a en effet fort à parier que les menteurs en question se retrouvent aux rênes du pouvoir prochainement.

C’est ainsi qu’un parti à priori minoritaire au départ parvient à créer une majorité populaire en mêlant plus ou moins habilement mensonges et approximations; en Suisse, l’UDC était ainsi parvenue à faire passer son initiative restreignant la libre circulation des personnes contre l’avis de tous les autres partis. Des recettes bien connues également en France, en Italie et partout où les partis souverainistes ont quelque succès.

Il est clair que les réseaux dits « sociaux » permettent à ces démagogues modernes d’atteindre une efficacité sans pareille dans la diffusion de fausses nouvelles; et depuis que l’on sait que les fameuses « fake news » sont potentiellement plus faciles à diffuser que les vraies informations, les politiciens peu scrupuleux (mais y en a-t-il de scrupuleux ? on aimerait l’espérer…) ne se privent pas de cette caisse de résonance efficace et bon marché.

Le projet européen est ainsi remis en question par des groupes majoritairement d’extrême-droite qui exploitent les inquiétudes réelles et justifiées d’une partie défavorisée de la population pour détruire la construction communautaire sans rien proposer de valable comme alternative. Dés qu’ils sont au pouvoir, ces gens font immanquablement montre de leur incapacité à construire quelque chose de cohérent; même en Suisse, on a pu constater que mettre un trublion de ce genre de mouvance au pouvoir décrédibilise durablement la mouvance en question. Mais dans l’intervalle, beaucoup de mal est fait ! Je ne suis pas certain que les Britanniques ne vont pas regretter amèrement leur vote pour le Brexit, et devoir attendre de constater les dégâts pour essayer de reconstruire ce que les menteurs auront détruit d’ici quatre ou cinq ans…

Une chance pour le projet européen, c’est peut-être le problème écologique. Pour parvenir à contenir éventuellement le réchauffement climatique, et limiter l’appauvrissement de la biodiversité, les solutions nationales sont largement illusoires; il est nécessaire de penser au moins à l’échelle d’un continent pour espérer une quelconque efficacité. Il n’est d’ailleurs guère surprenant que les mouvements dits souverainistes (UDC suisse comprise) soient largement climato-sceptiques. Lors des dernières élections européennes, les partis « verts » ont réalisé des scores prometteurs. Le projet européen sera peut-être finalement sauvé par l’écologie. En tous cas, le problème du réchauffement climatique ne sera sûrement pas maîtrisé sans une Europe unie et solidaire. Dans cette optique, le Brexit est un désastre; un Brexshit, si vous me permettez ce pauvre jeu de mots. Mais il paraît d’ailleurs certain que l’Europe seule n’y suffira pas, ce qui ne laisse pas que d’inquiéter lorsque l’on jette un coup d’œil du côté de Trump ou de Bolsonaro…

5G

Vous n’avez sans doute pas échappé à la polémique 5G, sur laquelle tout ou presque a été dit. Tout a été dit,mais peu de réponses satisfaisantes ont été apportées au consommateur (victime ?) final que nous sommes.

Les détracteurs mettent le plus souvent en avant les risques sanitaires liés à une exposition soutenue à des ondes électromagnétiques. Ce souci est légitime, mais il doit être nuancé. Dans une première étape, la 5G ne modifie en rien la situation par rapport à l’existant (législation sur les rayonnements non ionisants, voir par exemple ici): mêmes antennes, mêmes fréquences, même puissance maximale admise. Il y a bien sûr les personnes électrosensibles (à des degrés divers),mais cela ne change rien pour elles non plus. L’électrosensibilité est un phénomène malheureusement mal connu, moins bien que le phénomène de l’hypersensibilité solaire dont souffrent certaines personnes obligées de se confiner à l’intérieur en raison des rayonnements ultraviolets (ces derniers sont d’ailleurs à la limite supérieure des rayonnements dits non-ionisants pour les UVA, les moins nocifs et les plus répandus). Mais même pour ces personnes là, la situation ne change absolument pas. Dans une deuxième phase de déploiement, de nouvelles fréquences vont être utilisées, ainsi que de nouvelles antennes; mais la législation en vigueur n’est pas modifiée, la valeur du champ électromagnétique reste définie par la loi sur les rayonnements non ionisants. On peut bien sûr discuter de la validité de cette loi qui ne tient que peu compte de la fréquence dans la définition des valeurs limites, mais ceci est un débat trop complexe pour être valablement abordé ici. Par ailleurs, l’effet de la bande de fréquences dans le cas qui nous préoccupe est sans doute minime, la largeur de bande considérée étant relativement modeste.

On ne se trompe donc probablement pas beaucoup en disant que du point de vue sanitaire, la 5G n’engendre pas une péjoration notable de la situation actuelle (3G/4G). Si un problème sanitaire existe (ce qui ne me semble pas improbable), alors il existe avec ou sans la 5G, et on espère qu’une étude réellement indépendante puisse mettre en évidence les risques éventuels.

Reste l’autre question : à quoi va servir la 5G ? A part bien sûr de permettre à Roger Federer de s’offrir une nouvelle salle de bain en paiement d’une pub improbable pour la 5G commanditée par Sunrise… Sûrement pas à surfer plus rapidement, contrairement à ce qui fait se réjouir Roger dans la pub en question; en tous cas pas dans le cadre de la première étape de déploiement : en utilisant des largeurs de bande comparables à la 4G, on ne peut pas aller beaucoup plus vite que la 4G, Claude Shannon lui-même vous le confirmerait. Et même dans le cadre d’un déploiement final, il y a d’autre limites physiques qui font qu’un terminal de la taille d’un smartphone, aussi sophistiqué qu’il soit, ne peut pas dépasser un certain débit sous peine de chauffer exagérément, ou de voir ses réserves d’énergie s’épuiser rapidement : il ne peut y avoir d’information sans énergie; plus on essaye de traiter de grandes quantités d’informations, plus il faut de l’énergie; et les batteries déchargées vont immanquablement rappeler à l’utilisateur amateur de hauts débits cette réalité de la physique et de la théorie de l’information.

Les opérateurs ont proposé quelques réponses à cette question de l’utilité de la 5G; malheureusement, ces réponses s’avèrent majoritairement peu convaincantes. La principale raison invoquée repose sur les besoins accrus de communication de l' »Internet des objets » . Dans ce schéma, tous les objets domestiques ou usuels sont connectés à Internet : un exemple volontiers cité par les opérateurs implique un réfrigérateur ou un congélateur capable de dire en temps réel ce qu’il contient. Cet exemple est intéressant par son manque de pertinence flagrant :

  • Il paraît pour le moins absurde de connecter un réfrigérateur (presque toujours fixe, et relié au réseau d’alimentation en énergie) à Internet par un réseau conçu pour l’itinérance. D’ailleurs, les réseaux mobiles n’ont pas été conçus au départ pour une utilisation à l’intérieur des bâtiments : il y a WiFi pour cela…
  • Un congélateur est souvent situé dans la cave d’un immeuble, et donc souvent difficile à connecter par un réseau mobile; d’ailleurs, il est assez rare que l’on se rende à a cave pour téléphoner à l’aide de son téléphone mobile…
  • Un réfrigérateur peut être connecté à Internet aisément par WiFi ou par modem PLC (même les opérateurs qui vendent la 5G proposent des kits de connexion) , voire par des protocoles de domotique sans fil comme Z-Wave ou zigbee, pour ne citer que ces deux exemples. Dans tous ces cas, il y a beaucoup moins (voire pas du tout) de radiations électromagnétiques induites !

Même argumentation pour les infrastructures urbaines,comme les éclairages, les caméras de vidéosurveillance ou les feux de signalisation des carrefours : il est plus facile de les connecter de manière filaire, puisqu’ils ne sont guère susceptibles de se déplacer. Les feux de chantier n’ont quant à eux guère besoin de la 5G.

Un autre exemple cité par les opérateurs est la voiture autonome. Moins absurde que le précédent, cet argument doit néanmoins être mis en rapport avec la réalité; contrairement à ce que l’on pensait (moi-même compris, d’ailleurs) jusqu’il y a peu, l’automobile autonome est encore loin d’être une réalité, et il n’y a aucune urgence à introduire un réseau 5G pour son déploiement qui attendra vraisemblablement encore plusieurs années, le temps que les opérateurs introduisent la 6G (ou mieux si entente).

Une raison non mise en avant par les opérateurs réside bien sûr dans les énormes investissements consentis par ces derniers pour l’acquisition de licences qu’ils souhaiteraient amortir aussi rapidement que possible en vendant de nouveaux abonnements et de nouveaux terminaux; comme on l’a mentionné au début de ce texte, ces nouveaux terminaux n’apporteront pratiquement rien, donc ce n’est pas une raison valable pour l’utilisateur final.

Les seules raisons intéressantes qui me viennent à l’esprit actuellement sont à lier aux infrastructures de mobilité émergentes :

  • La mise à disposition de véhicules en partage (voiturettes, vélos, trottinettes et autres) est actuellement difficile, car le vandalisme et la négligence des utilisateurs entraîne une importante dégradation du parc de véhicules mis à disposition des utilisateurs potentiels. Un réseau mobile performant permet de connecter tous les véhicules en partage, et ainsi de les suivre et les localiser; le réseau actuel serait sans doute dépassé par le nombre élevé de connexions qu’un tel mécanisme implique.
  • L’utilisation industrielle de drones est sérieusement envisagée, en particulier dans le domaine de la distribution (La Poste, Amazon, etc). Là aussi,un réseau mobile très efficace est exigé pour contrôler un trafic qui risque de devenir vite problématique. Reste à savoir comment se comporte la transmission d’ondes du réseau 5G, guère optimisée pour la transmission en altitude, et de surcroît soumise ici à d’incessants changements d’antenne par les drones très mobiles…

La 5G semble donc -dans l’immédiat, en tous cas- plus utile comme infrastructure industrielle que comme service aux particuliers. Mais même si elle n’implique pas de péjoration grave des risques sanitaires, ne serait-ce pas plutôt aux industriels d’en payer le prix qu’aux clients particuliers que nous sommes ? Ou peut-être à Roger Federer, puisqu’il semble être le seul à se réjouir de surfer « plus rapidement » avec la 5G…

Médecine personnalisée

On parle beaucoup de médecine personnalisée actuellement; à vrai dire, il ne s’agit pas d’une notion récente. Traditionnellement, la médecine personnalisée était le fait du « médecin de famille », qui connaissait personnellement les grands-parents, les parents et les enfants, et était donc à même de tenir compte des divers facteurs personnels de chacun pour poser un diagnostic. Le médecin était souvent , sinon un ami, du moins un familier de la maison qui prenait le temps d’échanger quelques paroles avec son patient, et parfois même de prendre l’apéro.

La pénurie de médecins généralistes, et la limitation du temps de consultation à une vingtaine de minutes ont réduit le rôle du médecin de famille qui est devenu simplement le médecin « habituel ». Du coup, la notion de médecine personnalisée s’est, dans un premier temps, quelque peu estompée. Mais elle revient en force depuis quelques années, en conjonction avec l’introduction d’algorithmes de diagnostic de plus en plus sophistiqués, de la mise à disposition de données médicales, et des progrès dans l’analyse génétique. Potentiellement, il est désormais possible de prédire les risques d’apparition de certaines pathologies en fonction de quelques biomarqueurs et de l’hérédité du patient. Ainsi, on peut prédire la probabilité d’apparition de divers types de cancer plusieurs années à l’avance, et prendre des mesures préventives sur la base de cette prédiction. Le cas de Angelina Jolie a fait le tour du monde d’abord en raison de la personnalité de l’actrice, mais montre bien vers quelles extrémités on peut se diriger, à tort ou à raison.

Les algorithmes permettant de poser des diagnostics s’appuient sur un savant mélange de données statistiques et de données personnelles pour parvenir à des conclusions assorties de probabilités. Plus les données sont abondantes, et plus le diagnostic pourra être affiné et les probabilités (qui mesurent la précision du diagnostic) améliorées. Il paraît donc à première vue logique de :

  • publier un maximum de données de santé sur la population mondiale
  • mettre à disposition des algorithmes son dossier médical, de manière aussi détaillée que possible

Exprimé ainsi, cela paraît simple. Il faut généraliser le dossier médical patient, et en publier des extraits anonymisés aussi exhaustifs que possible sur des serveurs à disposition des algorithmes d’analyse. Dans un deuxième temps, un algorithme spécifique pourra récupérer le dossier personnel du patient avec les données d’hérédité et les résultats des dernières analyses, comparer ces données aux résultats des algorithmes d’analyses génériques, et en induire un diagnostic probable. On pourra éventuellement encore peaufiner ce résultat en demandant au patient de prononcer quelques mots dans son smartphone, par exemple, ou lui poser l’une ou l’autre question personnelle. L’analyse harmonique de la parole et la réponse binaire à certaines questions personnelles permettra de fournir un diagnostic très précis au soignant. Le médecin généraliste devient progressivement une simple interface avec le système de diagnostic informatique. On peut d’ailleurs imaginer un cadre où le médecin généraliste est progressivement remplacé par un site web; c’est déjà le cas parfois d’ailleurs.

Sauf que, comme dans beaucoup d’infrastructures informatiques, il n’y a actuellement aucune règle qui permette au patient de contrôler comment ses données sont utilisées. Les données publiées sont anonymisées ? Quand on sait que pour une analyse épidémiologique, par exemple, on requiert âge, sexe, région de domicile et quelques antécédents cliniques, les systèmes informatiques n’ont guère de problème pour retrouver l’identité précise du cas qui les intéresse. Le dossier patient reste confidentiel ? Il faudra tout de même transmettre ce dossier à un serveur éloigné pour permettre au diagnostic d’être établi, ce qui implique une divulgation des données. La médecine personnalisée va de toutes manières impliquer une divulgation des données médicales; quant à savoir qui (humain ou algorithme) aura accès à ces données et sous quelles conditions, il n’y a actuellement rien de défini, et à ma connaissance, il n’existe guère de mécanisme permettant de garantir un emploi unique de données. Ce serait par ailleurs contre-productif, car on espère justement valoriser le dossier médical personnel pour enrichir la base de connaissances globale qui va servir aux futurs diagnostics !

On peut donc valablement craindre que la confidentialité des données médicales puisse être mise en question par la médecine personnalisée. Ceci pose un autre problème, plus préoccupant que la simple divulgation d’une pathologie personnelle. La tendance actuelle est de se fonder sur l’analyse de certaines portions de l’ADN du patient pour consolider le diagnostic : l’idée est alors de fonder son diagnostic non seulement sur l’état actuel du patient, mais sur son probable état futur déduit de l’ADN du patient : c’est exactement ce qui a conduit Angelina Jolie à sa décision que nous mentionnions plus haut. Mais l’information contenue dans l’ADN est moins innocente qu’il n’y paraît : ce qui est vrai pour les parents l’est probablement aussi pour les descendants directs et au-delà. Et il y a des informations dans l’ADN qui sont intéressantes en dehors du cadre strictement médical (pour ne rien dire des assurances-maladie): un directeur des ressources humaines serait probablement intéressé à savoir que la personne qu’il envisage d’engager a, inscrites dans son ADN, des tendances asociales ou dépressives… On peut imaginer des questions similaires pour l’accès au logement, à des prêts bancaires, etc…

Il existe de nombreux exemples d’utilisation de données dans des contextes que l’on n’avait pas anticipé lors de la collecte de ces dernières; par ailleurs, le profil génétique humain recèle encore de nombreuses informations pas encore décodées : divulguer tout ou partie de son ADN constitue donc une action potentiellement lourde de conséquences, allant bien au-delà de la divulgation de l’accès à votre e-banking, par exemple: un mot de passe, cela se modifie; l’ADN, non; de plus, les informations y contenues concernent aussi la descendance…

La médecine personnalisée, avec le support massif de l' »intelligence » artificielle et du Big Data, va à coup sûr grandement améliorer le diagnostic médical. Mais le prix à payer n’est pas encore très clair, du moins dans mon esprit…

Les plaisirs du ski

Cette saison d’hiver 2018-2019, j’ai décidé de faire l’acquisition d’une paire de skis plus typée « piste ». Suite à divers problèmes de santé, je skie en effet de plus en plus dans la foule des skieurs qui empruntent les remontées mécaniques et par conséquent souvent aussi les pistes. Cela fait des années que je n’ai plus utilisé de skis de piste, je choisis du coup de me faire conseiller dans un magasin de sport bien connu dans une station ensoleillée des Préalpes vaudoises, dans le Chablais plus exactement, un site dominant la vallée du Rhône. J’ai par le passé acheté plusieurs paires de skis dans cette enseigne, et je pense qu’ils pourront me conseiller valablement, probablement plus qu’une grande surface, même si le prix sera peut-être un peu plus élevé.

Au mois de novembre, je pénètre donc dans ce magasin, et c’est la patronne qui vient me conseiller. Je cherche un ski polyvalent, pas trop orienté « carving », parce que c’est une technique certes hyper aisée à pratiquer, mais que je trouve très vite lassante: aligner des séries de virages au rayon quasi-préprogrammé à 70 km/h sur un boulevard damé au laser m’inciterait assez vite à me réfugier sur une terrasse; bref, elle me montre son assortiment. Elle répète plusieurs fois qu’il n’y a que des bons skis exposés (tu m’étonnes ! Un vendeur qui te propose des skis qu’il qualifie lui-même de mauvais , j’ai jamais vu…), mais ne donne que peu d’indications sur les points qui m’intéressent, à savoir la polyvalence essentiellement.

Vaille que vaille, je finis par poser mon choix sur une paire d’un fabricant autrichien (peu importe lequel); elle essaie de me vendre des godasses dans la foulée, en insinuant que les miennes ne valent pas grand-chose, mais je ne me laisse pas faire, bien m’en a pris d’ailleurs. Bien, me voilà équipé, et j’attends l’occasion favorable qui va se présenter dans le courant de janvier.

Les skis, après 2-3 jours de tests, se révèlent très typés « carving », contrairement à ce que j’avais souhaité (vérification faite ultérieurement, le constructeur met d’ailleurs cette caractéristique en avant dans sa publicité). Mais ce sont de bons skis, indubitablement. Je les emmène dans un terrain qui m’est plus agréable, des pentes raides en neige poudreuse, dure ou soufflée; en poudreuse, pas trop de problème, encore que le ski n’est visiblement pas à l’aise : le skieur doit y mettre du sien ; les petits soucis commencent en neige dure et pente raide : les skis accrochent raisonnablement bien, mais l’un des skis a tendance à se dérober lors de changements de carres rapides et appuyés. Comme les skis sont symétriques, c’est bien sûr tantôt le gauche, tantôt le droite, au hasard des remontées en télécabine, mais sur une descente, c’est clairement toujours le même ski qui tend à « fuir ». Rien de bien grave, il faut appuyer fort pour le remarquer, mais c’est tout de même assez net. Pendant que je cherche à mieux définir les limites de ce comportement du ski, je tombe sur un autre petit problème plus gênant celui-là. Lorsque le ski se dérobe, selon le sens de la dérobade, il arrive que les pointes des skis se touchent. Or, ce modèle dispose de protèges-pointes assez disgracieux à l’avant, fixés par deux vis proéminentes (!) au dessous de la spatule. Lorsque les deux protections entrent en contact, il arrive que les pointes s’accrochent légèrement l’une à l’autre, mais avec l’effet de surprise, il n’est pas aisé de les séparer pour retrouver l’indépendance des deux skis, le tout en pleine action. Du coup, la chute n’est pas très éloignée, ce qui tend à fortement réduire la confiance que l’on peut avoir dans le matériel. Ce problème est indépendant du précédent; la dérive du ski a simplement mis en évidence plus rapidement ce défaut. Quant à savoir ce qui « accroche », je ne sais pas; je soupçonne les fameuses vis apparentes, mais je n’ai pas de certitude, n’ayant pas le loisir de fixer une caméra de ralenti sur les spatules pour détailler le problème.

Incidemment, j’ai déjà eu ce genre de problème il y a fort longtemps, avec un ski de marque française. Malgré l’utilisation intensive de plusieurs dizaines de paires de skis, sans compter les paires de location, ce sont les deux seuls exemples de ce type de défaut dont je puisse me souvenir. J’avais à l’époque discuté avec le vendeur (ce n’était pas le même magasin, en l’occurrence) qui avait fait remonter le problème au fabricant, qui avait effectivement reconnu et corrigé le problème. C’est aussi un service rendu aux prochains acquéreurs de ce matériel, d’ailleurs. Je me dis que je vais faire de même avec ces skis, et je décide de retourner chez le vendeur, mi-janvier 2019, mes skis sous le bras.

J’arrive dans un magasin désert (apparemment, le ou les patrons sont en vacances), avec une jeune dame qui me dirige vers le « technicien », un type qui débarque à l’instant, et qui semble ennuyé de voir un client. Il ne salue pas (ou alors très très discrètement, je n’ai rien remarqué), et lorsque j’ouvre la bouche, il me coupe plutôt sèchement pour me signaler d’un ton assez arrogant, limite agressif, que je ne sais pas transporter des skis. Bon, il a peut-être raison, je ne sais pas trop, mais l’attitude est digne d’un procureur et inadmissible de la part d’un vendeur; peut-être souhaite-t-il asseoir son « autorité technique » sur le client ignare supposé être impressionné ? Pour ce qui me concerne, il me fait du coup penser à Popeye dans « les Bronzés font du ski », le charme et l’élégance de Thierry Lhermitte en moins, toutefois. Quand enfin je peux lui exposer le problème, il commence par dire qu’on ne peut pas toucher au protège-pointes, parce que cela fait « partie de la structure du ski ». Ben voyons… Un enjoliveur de roues ou un pare-chocs font aussi partie de la structure d’une voiture, je suppose. Je commence à soupçonner qu’il me prend pour un con. Soupçon confirmé dès la tirade suivante, où il m’explique que le ski se pratique avec les skis parallèles, pas avec les skis croisés (je n’invente rien), parce que là, on risque effectivement d’accrocher les pointes. Bien sûr, suis-je bête ! Si j’avais su ça, l’aiguille d’Argentières, le Grand Muveran ou Roccia Nera auraient été plus faciles à descendre ! Non seulement Popeye me prend pour un con, mais il me traite quasi ouvertement de con. J’avais appris à l’époque que le client était roi; apparemment il y a quelque chose de changé, du moins dans ce magasin de sports. C’est ce que ce magasin appelle un service après-vente, je suppose…

Il continue, en m’expliquant que ce que je lui dis est impossible, cela n’arrive jamais. Il ne dit tout de même pas explicitement que je suis un menteur, mais dans les faits c’est bien le message qu’il transmet. Là, je m’énerve un peu, et je quitte le magasin en laissant mon numéro de téléphone à tout hasard, mais sans grande conviction (« On vous contactera » est une formule de prise de congé bien connue). J’ai le sentiment désagréable de m’être fait balader (pour ne pas dire rouler) du début à la fin; le lendemain, je skie avec mes anciens skis, du coup, pour jouir pleinement du privilège d’avoir dépensé plus de CHF 1000.- pour me faire traiter de con (et aussi parce que j’ai désormais davantage confiance en mes anciens skis). Bien sûr, CHF 1000.- est probablement un détail dans le chiffre d’affaires de ce magasin; mais en ce qui me concerne, ce n’est pas tout à fait une sinécure, surtout si je n’ai guère le plaisir de jouir de mon achat.

On parle beaucoup, pour les stations de moyenne montagne, du manque de neige en ces périodes de réchauffement climatique. En fait, la mort annoncée de ces stations n’est pas une fatalité, il y a de nombreux exemples pour montrer des voies alternatives; mais toutes passent par une qualité d’accueil du touriste irréprochable. Une mauvaise réputation est facile à faire, surtout en ces temps de réseaux sociaux prompts à la critique et au démolissage. Si Jean Dupont poste sur Fesses-Bouc « Le magasin Truc de la station Machin dans les Alpes Vaudoises propose un accueil déplorable« , il y a de bonnes chances pour que ce post devienne, quelques brefs tweets plus tard, « Dans les Alpes Vaudoises, on est très mal accueilli« . Relayé sur un site chinois, je ne vous dis pas les dégâts d’image… Le comportement de certains membres du personnel de ce magasin est une nuisance pour la station -voire la région- entière et mériterait d’être sanctionné dans ce sens. Je rachèterai probablement des skis la saison prochaine, mais j’irai en grande surface. Sans états d’âme, vu la qualité des conseils dispensés.

La vache en bois

Peut-être avez-vous eu, vous aussi, le plaisir d’entendre les vœux de Nouvel An de notre nouveau président de la confédération helvétique, monsieur Ueli Maurer (par ailleurs aussi responsable du département des Finances, après avoir été en charge du département de la Défense de 2009 à 2016), membre de l’Union Démocratique du Centre (UDC, parti de droite, voire très à droite, malgré l’appellation centriste dont il se réclame).

Pour résumer ce que j’en ai retiré, deux points me semblent avoir été mis en exergue : les valeurs traditionnelles de notre pays, symbolisées par une vache en bois trônant sur le bureau du président de la Confédération, et le progrès technologique, représenté par un smartphone dont on peut supposer qu’il trouve place dans la poche de veston de ce même président. Bon, je n’ai pas eu l’occasion de vérifier, mais il y a tout de même une bonne chance que ces deux symboles portent la mention « Made in China »; mais ne soyons pas tatillons.

Ce discours optimiste est vraiment rassurant; je l’ai beaucoup apprécié. Au milieu de la crise des Gilets Jaunes qui pourrissent le réveillon de monsieur Emmanuel Macron, et des querelles sur fond de Brexit qui assaisonnent désagréablement la dinde aux marrons de madame Theresa May, voici des vœux qui accompagnent de manière agréablement insipide la fondue chinoise de fin d’année. Après avoir écouté ce laïus, on est parfaitement rassurés sur le déroulement de l’année 2019 en Helvétie; il ne s’y passera rien de désagréable. Probablement qu’il ne se passera rien du tout d’ailleurs; en tous cas, c’est l’impression que laisse ce message.

Le réchauffement climatique n’est plus un thème de discussion; nous faisons tout juste, en Suisse, grâce à nos usines hydroélectriques qui nous fournissent une électricité propre (bon c’est vrai qu’on importe un peu d’électricité de l’Union Européenne, mais comme on ne sait pas comment elle est produite, ce n’est pas un problème). D’ailleurs, on va démonter nos centrales nucléaires; bon c’est vrai que Beznau est encore plus vieille et plus pourrie que Fessenheim ou Fukushima; mais on vous dit qu’on va la démonter bientôt, alors arrêtez de pinailler. D’ailleurs, les Suisses sont tellement meilleurs que les Français ou les Japonais que l’âge canonique de la centrale de Beznau ne présente aucun danger, parce qu’elle est idéalement entretenue par un personnel suisse hyper-qualifié (on a renoncé à former des réfugiés pour la maintenir en état; on aurait dû leur apprendre en plus le français ou l’allemand pour que tous nos ministres puissent communiquer avec eux…). Et notre parc automobile devient progressivement électrique; monsieur Ueli Maurer lui-même est un fervent amateur de cyclisme, même qu’à une époque, il venait au travail en vélo, c’est vous dire ! On a un ministre qui montre l’exemple, alors on ne peut que faire tout juste, n’est-ce pas ?

L’Union Européenne ? Tout va bien, on a des accords solides avec nos partenaires, d’ailleurs ils dépendent plus de nous que le contraire. Où achèteraient-ils de l’Emmental ou du chocolat au lait si on n’était pas là, je vous le demande un peu ! Et il faut bien que leurs champions de tennis aient un endroit où habiter à l’abri d’institutions fiscales trop gourmandes, et leurs grosses fortunes un endroit pour planquer leurs avoirs, même si la place financière helvétique a vu son attrait diminuer quelque peu ces dernières années. Par ailleurs, si l’accord-cadre avec l’UE ne peut pas se conclure (à l’image de l’accord sur le Brexit), il restera la solution de l’adhésion, issue il est vrai moyennement populaire dans les cercles du parti de notre président de la Confédération.

La Défense Nationale ? Après avoir subi une mémorable veste en 2014, monsieur Ueli Maurer s’est débarrassé de ce département quelque peu encombrant en le refilant à son collègue de parti Guy Parmelin, qui s’est lui-même empressé de remettre la patate chaude à la nouvelle venue madame Viola Amherd. On peut supposer que cette dernière n’a pas eu trop le choix… Nous aurons donc de beaux avions de combat (au fait, bon courage pour défendre le dossier, madame Amherd !) pour sécuriser nos frontières et nos banques; encore que pour les banques, ce n’est pas gagné : la défense contre les attaques informatiques présente quelques lacunes, mais rassurons-nous, qui de droit va corriger le tir ! C’est d’ailleurs très impressionnant de constater que chez nous, il suffit de la durée d’une école de recrues pour former des spécialistes à même de tenir en échec les méchants informaticiens ennemis du monde entier; nous sommes vraiment très bons, nous les Suisses, et c’est rassurant.

On pourrait continuer à passer en revue les thèmes d’actualité; mais cela ne servirait qu’à nous rassurer davantage, si faire se peut. La vache en bois de monsieur Ueli Maurer, président de la Confédération Helvétique, va nous garantir une très bonne année 2019. J’en profite pour vous présenter également mes propres vœux, même si, à défaut d’être en bois, ils macèrent quelque peu dans une infusion de sarcasmes…

Chère UDC…

Le 26 novembre, au lendemain de la fessée subie par l’ UDC sur son initiative isolationniste, Roger Köppel  jouait les Calimero sur l’antenne de la Radio Suisse Romande sur le ton « Les gens votent contre l’UDC, sans même réfléchir à l’objet discuté, simplement parce que c’est l’UDC ». Il sous-entendait que c’était profondément injuste, que les adversaires politiques ne jouaient pas franc jeu, et même qu’ils manipulaient des « fake news ». Monsieur Köppel, qui édite la Weltwoche, s’y connaît pourtant en fake news, lui qui a dénoncé l’impéritie des Suisses romands en regard des alémaniques, les qualifiant de « Grecs de la Suisse », à une époque où la Romandie affichait un taux de croissance ridiculisant la région zurichoise…

Evidemment, s’il se fonde sur ses camarades romands de parti pour juger de la qualité des Romands, il a quelques excuses à faire valoir. Il y a le Saviésan Oskar, qui ne s’est pas rendu compte que ce n’était pas en courtisant Marène Lapine qu’on gagnait des élections en Valais. Il y  a aussi Yvan-le-pas-terrible, habitant la Côte-aux-Fées (NE). Cette localité a la particularité d’abriter des fées de couleur. Il y a la Fée Verte, la Bleue, ainsi que les quatre Roses (d’origine nord-américaines, elles : des réfugiées, probable ?) qui toutes sont susceptibles de s’inviter chez les habitants… Et puis il y a Céline-pas-Dion, qui a parfois des démêlés avec la police lorsqu’elle passe par un contrôle inopiné d’alcoolémie au volant : heureusement qu’il y a tonton Guy à qui elle peut passer un coup de fil pour savoir comment réagir ! Bon, elle, c’est plutôt du côté du petit coup de blanc que cela pêche, mais le résultat est assez proche tout de même. Passons sur le Nid de Guerre genevois, avocat de son état, ou le Lucky Jean-Luc Valaisan qui pense que la sécurité passe par la possession d’une arme. Oui, il y a des Romands un peu spéciaux, et ils ne cotisent même pas tous à l’UDC !

Non, monsieur Köppel, vous n’êtes pas victime d’une cabale contre votre parti; ou alors, c’est vous qui l’avez provoquée, et ce pourrait être un exercice salutaire pour votre groupe de faire un peu d’introspection en compagnie de votre maître à penser Reblochon. Votre parti a fait son nid avec des discours très typés, centrés sur des problèmes existant ou non que vous avez su mettre en exergue en exploitant l’insécurité de certains et les indiscutables moyens financiers dont disposent les plus influents de vos membres. Mais votre discours n’a pas su évoluer; or, dans la « vraie » vie, ce qui n’évolue plus meurt… Il n’en va pas autrement des idées et des discours politiques, ne vous en déplaise. Le désaveu de votre parti est aussi bien le fait d’un ras-le-bol du discours frileux et isolationniste des vôtres que de l’arrière-plan un tantinet nauséabond véhiculé par vos idées.

Le manque d’évolutivité du discours n’est, en vérité,pas l’apanage de l’UDC. Le discours politique des écologistes a lui aussi de plus en plus de peine à s’imposer, parce qu’il passe son temps à culpabiliser les gens au sujet de leurs douches, de leurs moteurs diesel ou du steack dans leur assiette, et ceci depuis plus de vingt ans. Comment peut-on encore prendre au sérieux ces recommandations, alors qu’au Brésil on élit un président qui promet de lever toutes les restrictions au déboisement (cela risque de ramener la pollution automobile à une aimable plaisanterie), et qu’aux Etats-Unis, l’homme le plus puissant de la planète (enfin, lui au moins en est persuadé) pense ouvertement que les scientifiques sont tous des cons ? Avoir raison n’est ni nécessaire, ni suffisant pour convaincre; ceci est valable pour l’écologie comme pour  l’autodétermination. Le discours des Verts tend également à lasser, mais en ce qui me concerne, je trouve le ras-le-bol engendré par les Verts beaucoup plus inquiétant que l’effet analogue constaté envers l’UDC. 

L’UDC a obtenu ses premiers succès grâce à une publicité abondamment financée par les grosses fortunes de certains de leurs membres; mais là non plus, la technique n’a pas évolué. Lors d’une promenade en Haut-Valais au mois d’octobre, j’ai utilisé un car postal pour rejoindre la « civilisation » après une magnifique marche de plusieurs heures dans les mélèzes en feu de l’automne. Ces cars postaux diffusent en boucle des informations et de la publicité sur des écrans : toutes les deux minutes (voire peut-être moins) repassait la même publicité pour voter « OUI » à l’initiative de l’UDC. Si je n’avais pas été d’ores et déjà persuadé que cette initiative était néfaste, les vingt minutes de trajet m’auraient irrémédiablement convaincu qu’il fallait refuser cette initiative : un sujet qui a besoin d’un tel matraquage pour convaincre ne saurait être pertinent. Et je ne parle même pas de la qualité plus que douteuse de la pub; le simple fait que quelqu’un l’ait jugée nécessaire est significatif de la pauvreté de la thématique. Mais bon, je ne suis qu’un gréco-romand à l’échelle de monsieur Köppel, après tout; je ne puis comprendre les motivations des vrais bons suisses de Zurich…

Mais je ne doute pas que l’UDC se trouve bientôt un nouveau cheval de bataille; ils ont de l’imagination, les bougres. Même si imagination n’est pas raison…

Audit

J’étais récemment invité à dîner chez des amis, et incidemment, la conversation s’est orientée vers la sécurité des systèmes informatiques dans les grandes entreprises et les administrations. Alors que je pointais du doigt une certaine faiblesse de ces systèmes dans ce domaine, je me suis vu rétorquer de manière assez péremptoire que « chez nous, à l’époque, la sécurité était parfaitement garantie, d’ailleurs on faisait régulièrement des audits par MachinTruc ce qui nous garantissait une sécurité totale ». J’ai évité de rebondir sur cette énormité pour ne pas entraîner la conversation dans un domaine ennuyeux à souhait; mais la thématique n’en est pas moins très intéressante dans les travers qu’elle met en évidence chez nos administrations et dans nos grandes multinationales en matière de gestion de l’information et des outils associés.  

Il est évident que la gestion de la sécurité d’un système informatique n’est pas chose aisée; mais doit être garantie de la meilleure manière possible. Cela devrait être tout particulièrement le cas pour une administration censée protéger les intérêts de toute une communauté; or, que constate-t-on? La grande majorité de ces administrations utilise des sociétés d’audit souvent prestigieuses (MachinTruc en l’occurrence) pour faire valider la politique de sécurité informatique. Si MachinTruc dit que le système fonctionne, alors l’administration en question peut se réfugier derrière ce blanc-seing pour protester de son excellente qualité. Les politiciens, les chefs de service et les responsables de services informatiques se voient ainsi couverts en cas de problèmes, puisque MachinTruc a dit que c’était conforme. Bon, MachinTruc coûte cher, voire très cher, mais la qualité et la sécurité n’ont pas de prix, n’est-ce-pas ? Et puis après tout, c’est le contribuable ou le client qui paie.

Dans le même ordre d’idées, je connais l’exemple d’un hôpital qui a adopté pour son dossier patients informatisé un logiciel limite obsolète alors qu’il disposait d’offres largement plus modernes; mais le système vieillot était proposé par une entreprise ayant pignon sur rue dans le domaine de l’informatique médicale, alors que les solutions plus avant-gardistes provenaient de structures moins confirmées… Le bilan actuel dans ce cas particulier est que le système choisi a été abandonné par son concepteur, qui en a revendu les droits à la société CERNER (Missouri, USA), un concurrent qui dispose par ailleurs d’un système similaire. Comme par hasard, le produit acquis par l’hôpital en question ne figure plus dans les produits vantés par le site web de l’entreprise… Le nom d’une entreprise n’est pas forcément synonyme de qualité ou de pérennité, apparemment; et telle administration qui s’abrite derrière MachinTruc ferait aussi bien d’auditer MachinTruc afin de garantir aux contribuables le bon usage des deniers publics…

D’ailleurs, pour la qualité de MachinTruc, laissez-moi vous raconter une petite anecdote datant il est vrai de quelques années (5, au jugé). Je discutais d’un projet avec le responsable de service d’une administration cantonale, quand ce dernier me demande de l’excuser brièvement, car il doit accueillir le « chef informaticien, un gars de haut niveau, hyper-compétent, envoyé par MachinTruc, et qui va mettre en place un audit de la sécurité informatique chez nous ». MachinTruc, justement ! Bon, j’attends un petit moment, histoire que mon interlocuteur accueille la vedette et l’aiguille vers les gens du service informatique, et voilà que revient la personne accompagnée d’un nouveau visiteur :la vedette en question. « J’ai appris que M. Bidule a été votre étudiant par le passé, et il tenait à vous saluer ». Effectivement, je me souviens de Bidule. Il avait mis cinq ans pour obtenir son titre de bachelor (il faut trois ans à un étudiant « normal »), et n’avait obtenu le titre que parce que le professeur responsable l’avait assez vu. Le professeur responsable, ce n’était pas moi, car je lui avais mis une note assez médiocre au seul cours où j’avais eu le privilège de l’accueillir. Mais bon, la surprise passée et les salutations (cordiales, bien sûr) effectuées, je lui pose deux ou trois questions polies sur son boulot.Il me sert quelques phrases passe-partout, dont le seul résultat est de me convaincre qu’il n’a pas beaucoup progressé techniquement. Mais en revanche, il fait beaucoup de sport, du ski en particulier, ce qui nous permet de converser de manière sympathique le temps d’un café offert par notre hôte. Bon skieur, sûrement; jeune gars sympa, sans doute; informaticien expert, j’émets des réserves…

Attention, je n’émets pas de critiques particulières à l’égard de MachinTruc ou d’autres sociétés comparables. Ce sont des entreprises privées qui doivent faire un bénéfice de la manière la plus honnête possible; que ce soit aux frais du contribuable ou d’une clientèle peu avertie ne les concerne pas. J’ai plus de doutes vis-à-vis de ces chefs de service d’administrations, ces politiciens et autres responsables d’infrastructures publiques qui couvrent leur incompétence derrière des audits ou des produits coûteux et de qualité parfois douteuse. Commander un audit, pourquoi pas; encore faut-il disposer de responsables à même de déterminer ce qui doit être audité, et par qui. Un ministre de la cybersécurité qui n’a jamais touché d’ordinateur, cela n’existe sûrement pas chez nous, n’est-ce pas ? 

Les entreprises qui effectuent des audits font payer très cher les services qu’elles proposent et les certificats qu’elles produisent. Elles remplissent des masses de conditions fixées par des normes ISO, DIN ou autres; leur crédibilité est entièrement fondée sur des montagnes de papier. Est-ce suffisant pour les agréer comme autorité de compétence supérieure ?

Pour l’honneur…

Mardi 6 novembre, à l’Aula de la Haute Ecole d’Ingéniérie et de Gestion du canton de Vaud (HEIG-VD), en présence d’anciens collègues, d’amis et de membres de ma famille, madame Catherine Hirsch, directrice, m’a remis un diplôme de professeur honoraire HES (la HEIG-VD fait partie de la HES-SO). C’était une cérémonie très sympathique, où l’on m’a demandé de faire une « leçon d’honneur ». Cela consiste en tout et pour tout à parler un moment d’une thématique qui vous tient à cœur, et d’essayer d’endormir les auditeurs aussi rapidement que possible. En fait, personne ne s’est endormi, ou alors, il y en a qui l’ont fait très discrètement.

Je ne peux malheureusement pas vous faire profiter de cette leçon d’honneur, la performance n’ayant pas été enregistrée ni filmée; mais je me suis bien amusé. J’espère que les auditeurs aussi, mais bon, ils sont trop gentils pour dire le contraire, alors… 

Quoi qu’il en soit, la présentation peut être téléchargée en PDF depuis cette page. De nombreux commentaires émaillent chacune des diapositives, mais rassurez-vous, je n’ai pas lu ces commentaires lors de ma présentation, j’aime trop improviser pour cela. Les commentaires étaient juste des mentions de ce que j’aurais pu dire sur la thématique évoquée par la diapositive. Et j’ai dû beaucoup raccourcir, car si j’avais évoqué tout ce que j’avais préparé, la salle aurait fini par gentiment se vider !

J’ai voulu parler de l’aspect technique de notre environnement de communication et d’information, comment on en était arrivé à la situation présente, en quoi cette situation était peu satisfaisante. Mais bien sûr, c’est une aventure tellement dense qu’il faut nécessairement choisir des événements particuliers, et un choix est largement teinté de subjectivité. « Tu as oublié de parler de ceci, tu aurais pu mentionner ça, les outils ne sont pas si mauvais que tu le prétends, … ». Chacun voit le développement technique selon un angle qui lui est personnel (moi aussi, bien entendu), et voudrait privilégier des aspects qui lui tiennent à cœur. L’orateur essaie aussi de tenir compte de cette subjectivité afin d’éviter de se lancer dans de longues péroraisons qui concernent un développement intéressant pour lui, mais probablement moins porteur pour l’auditoire; aussi n’ai-je que peu évoqué l’immense déconfiture des télécommunications européennes devant l’avènement du tout IP (Internet Protocol), dont on pourrait pourtant faire un livre, tant les erreurs des entreprises et des pouvoirs politiques ont été nombreuses. Mais bon; on ne va pas refaire l’histoire…

Entouré par la direction… in corpore !

Je suis donc devenu professeur honoraire; j’en suis flatté, et je réitère mes remerciements à la direction. Ce qui serait bien, il me semble, ce serait de proposer un rôle à ces professeurs honoraires, afin de les inciter à faire profiter l’institution où ils ont sévi pendant de longues années de leur expérience et de leurs critiques. Enfin, dans la mesure du possible et en fonction de leurs disponibilités. Mais ce rôle n’est actuellement pas prévu dans le cahier des « charges » (ou des opportunités ?) inexistant du professeur honoraire. Logique, c’est pour l’honneur… Mais même les vieux fourneaux ont parfois des idées fumantes…

Encore merci à tous ceux qui ont accompagné, de près ou de loin, ces vingt années d’enseignement à la HEIG-VD. Allez, ciao jusqu’aux prochaines élucubrations !

Voitures électriques

La voiture électrique a le vent en poupe. Depuis que l’on a voué le diesel aux gémonies suite au scandale des trucages par logiciel, les constructeurs craignent de ne plus pouvoir compter sur le moteur diesel pour satisfaire les futures normes CO2, et ils se tournent vers le moteur électrique. Parfait? Pas si sûr…

La grande majorité des constructeurs s’oriente vers une solution technique hyper-conventionnelle, à la mode Tesla. Techniquement, on remplace le moteur à explosion par un moteur électrique, le réservoir d’essence par une (grosse, quand même) batterie et le tour est joué. On peut pratiquement conserver la même chaîne de montage ! Génial non ? Bon, il y a bien deux-trois subtilités, comme la récupération d’énergie, la boîte à vitesse et l’embrayage que l’on ne va plus reprendre dans le modèle électrique, mais sinon, on n’a pas eu besoin de révolutionner le design de l’automobile. Et on fait confiance aux électriciens pour inventer de meilleures batteries et mettre en place un réseau de distribution à grande capacité pour que l’on puisse envisager de passer des vacances au sud de la France sans trop galérer à la « pompe ».

Eh bien,personnellement, je suis très déçu par cette évolution hyper-conventionnelle. Le moteur électrique n’est utilisé que comme remplacement du moteur à essence, et les particularités de ce type de moteur ne sont que peu voire pas du tout exploitées. De plus, on monte dans un châssis de voiture une batterie monumentale, ce qui impacte fortement le poids de l’ensemble, batterie au lithium qui plus est, ce qui  a des conséquences néfastes (en raison de la consommation d’eau) pour l’agriculture dans les principaux pays producteurs et lors du recyclage. Attention ! il est nettement moins polluant d’extraire du lithium que du pétrole; mais baser toute la réserve d’énergie sur le seul lithium n’est pas pour autant une solution techniquement idéale.

Je rêve d’une voiture électrique équipée de deux petits moteurs (quatre pour la version à traction intégrale) proches des roues et alimentés par un système de pile à combustible, ou un moteur thermique fonctionnant avec un carburant neutre, tel que le produit de la récupération du CO2. Idéalement, on imagine un moteur auxiliaire de recharge fonctionnant avec plusieurs types de carburants. Les moteurs électriques seraient directement commandés par le système informatique embarqué qui jouerait le rôle d’antipatinage et de différentiel. On économise ainsi le poids de l’arbre de transmission et du différentiel; sur un modèle à quatre roues motrices, on peut moduler la puissance exercée sur chaque roue par le logiciel embarqué, et n’avoir que deux roues entraînées sur autoroute, par exemple, mais quatre roues en freinage/récupération en descente. Le freinage électromagnétique pourrait vraisemblablement remplacer dans une très large mesure les freins à disque, l’antiblocage étant toujours assuré par le logiciel de commande. Des prototypes existent, mais ils ont un grave défaut, c’est d’être assez éloignés de la voiture conventionnelle, et de ce fait de demander des investissements pour la rendre réellement opérationnelle; de plus, il s’agit d’intégrer beaucoup plus de logiciel dans l’automobile que jusqu’ici, ce qui modifie profondément les habitudes des constructeurs.

Il semble probable que l’architecture Tesla reste le modèle architectural de la voiture électrique pour ces prochaines années, du moins jusqu’au moment où le lithium se fera rare. Dommage, car… Peut mieux faire !

Pour le climat…

Récemment, des citoyens ont lancé une nouvelle collecte de signatures pour une initiative visant à réduire, voire annuler, les émissions de CO2 de la confédération helvétique d’ici 2050. Il y a même un prix Nobel qui s’implique dans la démarche, c’est dire le sérieux de l’entreprise !

Le fait que de telle initiatives existent est évidemment éminemment souhaitable, mais elles restent malheureusement désespérément limitées et inefficaces. Admettons que cette initiative soit mise en oeuvre; il y aura peut-être des taxes incitatives avant 2050, mais rassurez-vous, cela ne va pas être insupportable, politiquement, on ne peut pas affaiblir trop l’économie suisse, pas vrai ? Et puis, jusqu’en 2050, on a le temps de voir venir; d’ailleurs, bon nombre des initiants (dont Jacques Dubochet, le prix Nobel en question) ne seront plus concernés par le problème d’ici là; moi non plus d’ailleurs, il est vrai. Et quand à savoir si le bel exemple donné par l’Helvétie va inciter les Trump ou Bolsonaro à revoir leur copie écologique, alors là, c’est carrément de la science-fiction; on ne peut qu’espérer que leurs successeurs seront plus perméables à l’argument écologique parce qu’ils seront peut-être plus immédiatement concernés, eux…

J’ai passé des vacances (excellentes, d’ailleurs) cet été au Canada: je n’ai donc pas été très écolo en l’occurrence. J’ai utilisé pendant plus de 3000 kilomètres de route un camping-car (un VR ou RV, en nord-américain moderne) qui consommait allègrement ses 45 litres aux 100 kilomètres. J’ai passé une nuit dans un camping à Amqui, en Gaspésie, où il y avait un meeting de quads sur un weekend prolongé. Le camping était rempli de camping-car immenses, la plupart accompagnés d’un gros pick-up 4*4 pour tirer une remorque comprenant un ou deux quads. Un de nos voisins de camping venait de Montréal (640 kilomètres tout de même) pour l’occasion, avec le camping-car, alors que madame conduisait le pick-up avec un quad dedans. Certains de leurs amis occupaient une place voisine avec un camping-car pour eux aussi, ainsi que les quads et les tracteurs respectifs. Supposer qu’une action contraignante, mais exemplaire en Suisse va opérer une révolution de mentalité à brève échéance dans ce genre de milieu relève d’un bel optimisme.

Si un pays comme la Suisse (avec le concours des voisins européens, n’en déplaise à nos souverainistes) veut inciter de manière sérieuse la planète Terre à changer de comportement, elle n’a à mon avis qu’un moyen de se donner les chances d’y parvenir, et c’est en développant des produits énergétiques meilleurs et moins coûteux que les équivalents pétroliers. Avec ce genre d’arguments, il n’est plus nécessaire de s’impliquer  politiquement dans des luttes qui n’ont d’incidence directe qu’en Suisse, et peu ou pas d’influence, même chez nos voisins immédiats; au contraire, chacun voudra bénéficier des apports d’une technologie meilleure et moins coûteuse. Moins de pollution, plus de richesse, et une image améliorée. Les produits meilleurs existent, indubitablement. Les pompes à CO2, les capteurs solaires multimodaux (thermique-voltaïque), les piles à combustible, les systèmes de gestion des eaux de ruissellement en milieu urbain et péri-urbain sont des réalités, déjà maintenant. Des infrastructures de télé-travail réellement efficaces pourraient être développées assez aisément, par exemple en partant de modèles développés par Uber ou d’autres, et en les adaptant à des conditions de travail quelque peu humaines et socialement acceptables. Oui, mais cela coûte…

La Suisse couvre la moitié de ses besoins énergétiques avec des produits pétroliers (plus de dix millions de tonnes en 2017). Et ce chiffre ne tient pas compte de l’utilisation indirecte venant de l’importation de biens de consommation comme des cerises du Chili au mois de janvier. Il suffirait de taxer même modérément cette consommation et de reverser le produit au développement des énergies propres ou à bilan neutre pour permettre de rendre les prototypes actuels plus performants et plus rentables que leurs équivalents basés sur l’énergie fossile. Après tout, les investissements consentis pour la recherche pétrolière restent aujourd’hui encore des milliers de fois plus importants que ceux dévolus aux énergies non fossiles; et malgré cette disparité, on parvient à des résultats tout à fait convaincants: donc l’objectif est réaliste et probablement pas très compliqué à atteindre. Les mécanismes de taxation sont en place, il suffit de les adapter légèrement pour permettre aux forces de développement en Suisse et en Europe d’améliorer et d’optimiser les prototypes et produits existant.

Cerise sur le gâteau, cela permettrait à des gens comme les initiants cités au début de cet article d’être impliqués d’emblée au processus, puisque les taxes peuvent entrer en vigueur à très brève échéance. Mais cela implique aussi une certaine ouverture à la collaboration avec les partenaires, et c’est probablement là que le bât blesse. Mieux vaut faire quelque chose d’inutile mais bien de chez nous, que quelque chose d’utile mais qui puisse aussi profiter aux autres. Pas simple, l’écologie, quand on y mêle de la politique…