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Médecine personnalisée

On parle beaucoup de médecine personnalisée actuellement; à vrai dire, il ne s’agit pas d’une notion récente. Traditionnellement, la médecine personnalisée était le fait du « médecin de famille », qui connaissait personnellement les grands-parents, les parents et les enfants, et était donc à même de tenir compte des divers facteurs personnels de chacun pour poser un diagnostic. Le médecin était souvent , sinon un ami, du moins un familier de la maison qui prenait le temps d’échanger quelques paroles avec son patient, et parfois même de prendre l’apéro.

La pénurie de médecins généralistes, et la limitation du temps de consultation à une vingtaine de minutes ont réduit le rôle du médecin de famille qui est devenu simplement le médecin « habituel ». Du coup, la notion de médecine personnalisée s’est, dans un premier temps, quelque peu estompée. Mais elle revient en force depuis quelques années, en conjonction avec l’introduction d’algorithmes de diagnostic de plus en plus sophistiqués, de la mise à disposition de données médicales, et des progrès dans l’analyse génétique. Potentiellement, il est désormais possible de prédire les risques d’apparition de certaines pathologies en fonction de quelques biomarqueurs et de l’hérédité du patient. Ainsi, on peut prédire la probabilité d’apparition de divers types de cancer plusieurs années à l’avance, et prendre des mesures préventives sur la base de cette prédiction. Le cas de Angelina Jolie a fait le tour du monde d’abord en raison de la personnalité de l’actrice, mais montre bien vers quelles extrémités on peut se diriger, à tort ou à raison.

Les algorithmes permettant de poser des diagnostics s’appuient sur un savant mélange de données statistiques et de données personnelles pour parvenir à des conclusions assorties de probabilités. Plus les données sont abondantes, et plus le diagnostic pourra être affiné et les probabilités (qui mesurent la précision du diagnostic) améliorées. Il paraît donc à première vue logique de :

  • publier un maximum de données de santé sur la population mondiale
  • mettre à disposition des algorithmes son dossier médical, de manière aussi détaillée que possible

Exprimé ainsi, cela paraît simple. Il faut généraliser le dossier médical patient, et en publier des extraits anonymisés aussi exhaustifs que possible sur des serveurs à disposition des algorithmes d’analyse. Dans un deuxième temps, un algorithme spécifique pourra récupérer le dossier personnel du patient avec les données d’hérédité et les résultats des dernières analyses, comparer ces données aux résultats des algorithmes d’analyses génériques, et en induire un diagnostic probable. On pourra éventuellement encore peaufiner ce résultat en demandant au patient de prononcer quelques mots dans son smartphone, par exemple, ou lui poser l’une ou l’autre question personnelle. L’analyse harmonique de la parole et la réponse binaire à certaines questions personnelles permettra de fournir un diagnostic très précis au soignant. Le médecin généraliste devient progressivement une simple interface avec le système de diagnostic informatique. On peut d’ailleurs imaginer un cadre où le médecin généraliste est progressivement remplacé par un site web; c’est déjà le cas parfois d’ailleurs.

Sauf que, comme dans beaucoup d’infrastructures informatiques, il n’y a actuellement aucune règle qui permette au patient de contrôler comment ses données sont utilisées. Les données publiées sont anonymisées ? Quand on sait que pour une analyse épidémiologique, par exemple, on requiert âge, sexe, région de domicile et quelques antécédents cliniques, les systèmes informatiques n’ont guère de problème pour retrouver l’identité précise du cas qui les intéresse. Le dossier patient reste confidentiel ? Il faudra tout de même transmettre ce dossier à un serveur éloigné pour permettre au diagnostic d’être établi, ce qui implique une divulgation des données. La médecine personnalisée va de toutes manières impliquer une divulgation des données médicales; quant à savoir qui (humain ou algorithme) aura accès à ces données et sous quelles conditions, il n’y a actuellement rien de défini, et à ma connaissance, il n’existe guère de mécanisme permettant de garantir un emploi unique de données. Ce serait par ailleurs contre-productif, car on espère justement valoriser le dossier médical personnel pour enrichir la base de connaissances globale qui va servir aux futurs diagnostics !

On peut donc valablement craindre que la confidentialité des données médicales puisse être mise en question par la médecine personnalisée. Ceci pose un autre problème, plus préoccupant que la simple divulgation d’une pathologie personnelle. La tendance actuelle est de se fonder sur l’analyse de certaines portions de l’ADN du patient pour consolider le diagnostic : l’idée est alors de fonder son diagnostic non seulement sur l’état actuel du patient, mais sur son probable état futur déduit de l’ADN du patient : c’est exactement ce qui a conduit Angelina Jolie à sa décision que nous mentionnions plus haut. Mais l’information contenue dans l’ADN est moins innocente qu’il n’y paraît : ce qui est vrai pour les parents l’est probablement aussi pour les descendants directs et au-delà. Et il y a des informations dans l’ADN qui sont intéressantes en dehors du cadre strictement médical (pour ne rien dire des assurances-maladie): un directeur des ressources humaines serait probablement intéressé à savoir que la personne qu’il envisage d’engager a, inscrites dans son ADN, des tendances asociales ou dépressives… On peut imaginer des questions similaires pour l’accès au logement, à des prêts bancaires, etc…

Il existe de nombreux exemples d’utilisation de données dans des contextes que l’on n’avait pas anticipé lors de la collecte de ces dernières; par ailleurs, le profil génétique humain recèle encore de nombreuses informations pas encore décodées : divulguer tout ou partie de son ADN constitue donc une action potentiellement lourde de conséquences, allant bien au-delà de la divulgation de l’accès à votre e-banking, par exemple: un mot de passe, cela se modifie; l’ADN, non; de plus, les informations y contenues concernent aussi la descendance…

La médecine personnalisée, avec le support massif de l' »intelligence » artificielle et du Big Data, va à coup sûr grandement améliorer le diagnostic médical. Mais le prix à payer n’est pas encore très clair, du moins dans mon esprit…

Les plaisirs du ski

Cette saison d’hiver 2018-2019, j’ai décidé de faire l’acquisition d’une paire de skis plus typée « piste ». Suite à divers problèmes de santé, je skie en effet de plus en plus dans la foule des skieurs qui empruntent les remontées mécaniques et par conséquent souvent aussi les pistes. Cela fait des années que je n’ai plus utilisé de skis de piste, je choisis du coup de me faire conseiller dans un magasin de sport bien connu dans une station ensoleillée des Préalpes vaudoises, dans le Chablais plus exactement, un site dominant la vallée du Rhône. J’ai par le passé acheté plusieurs paires de skis dans cette enseigne, et je pense qu’ils pourront me conseiller valablement, probablement plus qu’une grande surface, même si le prix sera peut-être un peu plus élevé.

Au mois de novembre, je pénètre donc dans ce magasin, et c’est la patronne qui vient me conseiller. Je cherche un ski polyvalent, pas trop orienté « carving », parce que c’est une technique certes hyper aisée à pratiquer, mais que je trouve très vite lassante: aligner des séries de virages au rayon quasi-préprogrammé à 70 km/h sur un boulevard damé au laser m’inciterait assez vite à me réfugier sur une terrasse; bref, elle me montre son assortiment. Elle répète plusieurs fois qu’il n’y a que des bons skis exposés (tu m’étonnes ! Un vendeur qui te propose des skis qu’il qualifie lui-même de mauvais , j’ai jamais vu…), mais ne donne que peu d’indications sur les points qui m’intéressent, à savoir la polyvalence essentiellement.

Vaille que vaille, je finis par poser mon choix sur une paire d’un fabricant autrichien (peu importe lequel); elle essaie de me vendre des godasses dans la foulée, en insinuant que les miennes ne valent pas grand-chose, mais je ne me laisse pas faire, bien m’en a pris d’ailleurs. Bien, me voilà équipé, et j’attends l’occasion favorable qui va se présenter dans le courant de janvier.

Les skis, après 2-3 jours de tests, se révèlent très typés « carving », contrairement à ce que j’avais souhaité (vérification faite ultérieurement, le constructeur met d’ailleurs cette caractéristique en avant dans sa publicité). Mais ce sont de bons skis, indubitablement. Je les emmène dans un terrain qui m’est plus agréable, des pentes raides en neige poudreuse, dure ou soufflée; en poudreuse, pas trop de problème, encore que le ski n’est visiblement pas à l’aise : le skieur doit y mettre du sien ; les petits soucis commencent en neige dure et pente raide : les skis accrochent raisonnablement bien, mais l’un des skis a tendance à se dérober lors de changements de carres rapides et appuyés. Comme les skis sont symétriques, c’est bien sûr tantôt le gauche, tantôt le droite, au hasard des remontées en télécabine, mais sur une descente, c’est clairement toujours le même ski qui tend à « fuir ». Rien de bien grave, il faut appuyer fort pour le remarquer, mais c’est tout de même assez net. Pendant que je cherche à mieux définir les limites de ce comportement du ski, je tombe sur un autre petit problème plus gênant celui-là. Lorsque le ski se dérobe, selon le sens de la dérobade, il arrive que les pointes des skis se touchent. Or, ce modèle dispose de protèges-pointes assez disgracieux à l’avant, fixés par deux vis proéminentes (!) au dessous de la spatule. Lorsque les deux protections entrent en contact, il arrive que les pointes s’accrochent légèrement l’une à l’autre, mais avec l’effet de surprise, il n’est pas aisé de les séparer pour retrouver l’indépendance des deux skis, le tout en pleine action. Du coup, la chute n’est pas très éloignée, ce qui tend à fortement réduire la confiance que l’on peut avoir dans le matériel. Ce problème est indépendant du précédent; la dérive du ski a simplement mis en évidence plus rapidement ce défaut. Quant à savoir ce qui « accroche », je ne sais pas; je soupçonne les fameuses vis apparentes, mais je n’ai pas de certitude, n’ayant pas le loisir de fixer une caméra de ralenti sur les spatules pour détailler le problème.

Incidemment, j’ai déjà eu ce genre de problème il y a fort longtemps, avec un ski de marque française. Malgré l’utilisation intensive de plusieurs dizaines de paires de skis, sans compter les paires de location, ce sont les deux seuls exemples de ce type de défaut dont je puisse me souvenir. J’avais à l’époque discuté avec le vendeur (ce n’était pas le même magasin, en l’occurrence) qui avait fait remonter le problème au fabricant, qui avait effectivement reconnu et corrigé le problème. C’est aussi un service rendu aux prochains acquéreurs de ce matériel, d’ailleurs. Je me dis que je vais faire de même avec ces skis, et je décide de retourner chez le vendeur, mi-janvier 2019, mes skis sous le bras.

J’arrive dans un magasin désert (apparemment, le ou les patrons sont en vacances), avec une jeune dame qui me dirige vers le « technicien », un type qui débarque à l’instant, et qui semble ennuyé de voir un client. Il ne salue pas (ou alors très très discrètement, je n’ai rien remarqué), et lorsque j’ouvre la bouche, il me coupe plutôt sèchement pour me signaler d’un ton assez arrogant, limite agressif, que je ne sais pas transporter des skis. Bon, il a peut-être raison, je ne sais pas trop, mais l’attitude est digne d’un procureur et inadmissible de la part d’un vendeur; peut-être souhaite-t-il asseoir son « autorité technique » sur le client ignare supposé être impressionné ? Pour ce qui me concerne, il me fait du coup penser à Popeye dans « les Bronzés font du ski », le charme et l’élégance de Thierry Lhermitte en moins, toutefois. Quand enfin je peux lui exposer le problème, il commence par dire qu’on ne peut pas toucher au protège-pointes, parce que cela fait « partie de la structure du ski ». Ben voyons… Un enjoliveur de roues ou un pare-chocs font aussi partie de la structure d’une voiture, je suppose. Je commence à soupçonner qu’il me prend pour un con. Soupçon confirmé dès la tirade suivante, où il m’explique que le ski se pratique avec les skis parallèles, pas avec les skis croisés (je n’invente rien), parce que là, on risque effectivement d’accrocher les pointes. Bien sûr, suis-je bête ! Si j’avais su ça, l’aiguille d’Argentières, le Grand Muveran ou Roccia Nera auraient été plus faciles à descendre ! Non seulement Popeye me prend pour un con, mais il me traite quasi ouvertement de con. J’avais appris à l’époque que le client était roi; apparemment il y a quelque chose de changé, du moins dans ce magasin de sports. C’est ce que ce magasin appelle un service après-vente, je suppose…

Il continue, en m’expliquant que ce que je lui dis est impossible, cela n’arrive jamais. Il ne dit tout de même pas explicitement que je suis un menteur, mais dans les faits c’est bien le message qu’il transmet. Là, je m’énerve un peu, et je quitte le magasin en laissant mon numéro de téléphone à tout hasard, mais sans grande conviction (« On vous contactera » est une formule de prise de congé bien connue). J’ai le sentiment désagréable de m’être fait balader (pour ne pas dire rouler) du début à la fin; le lendemain, je skie avec mes anciens skis, du coup, pour jouir pleinement du privilège d’avoir dépensé plus de CHF 1000.- pour me faire traiter de con (et aussi parce que j’ai désormais davantage confiance en mes anciens skis). Bien sûr, CHF 1000.- est probablement un détail dans le chiffre d’affaires de ce magasin; mais en ce qui me concerne, ce n’est pas tout à fait une sinécure, surtout si je n’ai guère le plaisir de jouir de mon achat.

On parle beaucoup, pour les stations de moyenne montagne, du manque de neige en ces périodes de réchauffement climatique. En fait, la mort annoncée de ces stations n’est pas une fatalité, il y a de nombreux exemples pour montrer des voies alternatives; mais toutes passent par une qualité d’accueil du touriste irréprochable. Une mauvaise réputation est facile à faire, surtout en ces temps de réseaux sociaux prompts à la critique et au démolissage. Si Jean Dupont poste sur Fesses-Bouc « Le magasin Truc de la station Machin dans les Alpes Vaudoises propose un accueil déplorable« , il y a de bonnes chances pour que ce post devienne, quelques brefs tweets plus tard, « Dans les Alpes Vaudoises, on est très mal accueilli« . Relayé sur un site chinois, je ne vous dis pas les dégâts d’image… Le comportement de certains membres du personnel de ce magasin est une nuisance pour la station -voire la région- entière et mériterait d’être sanctionné dans ce sens. Je rachèterai probablement des skis la saison prochaine, mais j’irai en grande surface. Sans états d’âme, vu la qualité des conseils dispensés.

La vache en bois

Peut-être avez-vous eu, vous aussi, le plaisir d’entendre les vœux de Nouvel An de notre nouveau président de la confédération helvétique, monsieur Ueli Maurer (par ailleurs aussi responsable du département des Finances, après avoir été en charge du département de la Défense de 2009 à 2016), membre de l’Union Démocratique du Centre (UDC, parti de droite, voire très à droite, malgré l’appellation centriste dont il se réclame).

Pour résumer ce que j’en ai retiré, deux points me semblent avoir été mis en exergue : les valeurs traditionnelles de notre pays, symbolisées par une vache en bois trônant sur le bureau du président de la Confédération, et le progrès technologique, représenté par un smartphone dont on peut supposer qu’il trouve place dans la poche de veston de ce même président. Bon, je n’ai pas eu l’occasion de vérifier, mais il y a tout de même une bonne chance que ces deux symboles portent la mention « Made in China »; mais ne soyons pas tatillons.

Ce discours optimiste est vraiment rassurant; je l’ai beaucoup apprécié. Au milieu de la crise des Gilets Jaunes qui pourrissent le réveillon de monsieur Emmanuel Macron, et des querelles sur fond de Brexit qui assaisonnent désagréablement la dinde aux marrons de madame Theresa May, voici des vœux qui accompagnent de manière agréablement insipide la fondue chinoise de fin d’année. Après avoir écouté ce laïus, on est parfaitement rassurés sur le déroulement de l’année 2019 en Helvétie; il ne s’y passera rien de désagréable. Probablement qu’il ne se passera rien du tout d’ailleurs; en tous cas, c’est l’impression que laisse ce message.

Le réchauffement climatique n’est plus un thème de discussion; nous faisons tout juste, en Suisse, grâce à nos usines hydroélectriques qui nous fournissent une électricité propre (bon c’est vrai qu’on importe un peu d’électricité de l’Union Européenne, mais comme on ne sait pas comment elle est produite, ce n’est pas un problème). D’ailleurs, on va démonter nos centrales nucléaires; bon c’est vrai que Beznau est encore plus vieille et plus pourrie que Fessenheim ou Fukushima; mais on vous dit qu’on va la démonter bientôt, alors arrêtez de pinailler. D’ailleurs, les Suisses sont tellement meilleurs que les Français ou les Japonais que l’âge canonique de la centrale de Beznau ne présente aucun danger, parce qu’elle est idéalement entretenue par un personnel suisse hyper-qualifié (on a renoncé à former des réfugiés pour la maintenir en état; on aurait dû leur apprendre en plus le français ou l’allemand pour que tous nos ministres puissent communiquer avec eux…). Et notre parc automobile devient progressivement électrique; monsieur Ueli Maurer lui-même est un fervent amateur de cyclisme, même qu’à une époque, il venait au travail en vélo, c’est vous dire ! On a un ministre qui montre l’exemple, alors on ne peut que faire tout juste, n’est-ce pas ?

L’Union Européenne ? Tout va bien, on a des accords solides avec nos partenaires, d’ailleurs ils dépendent plus de nous que le contraire. Où achèteraient-ils de l’Emmental ou du chocolat au lait si on n’était pas là, je vous le demande un peu ! Et il faut bien que leurs champions de tennis aient un endroit où habiter à l’abri d’institutions fiscales trop gourmandes, et leurs grosses fortunes un endroit pour planquer leurs avoirs, même si la place financière helvétique a vu son attrait diminuer quelque peu ces dernières années. Par ailleurs, si l’accord-cadre avec l’UE ne peut pas se conclure (à l’image de l’accord sur le Brexit), il restera la solution de l’adhésion, issue il est vrai moyennement populaire dans les cercles du parti de notre président de la Confédération.

La Défense Nationale ? Après avoir subi une mémorable veste en 2014, monsieur Ueli Maurer s’est débarrassé de ce département quelque peu encombrant en le refilant à son collègue de parti Guy Parmelin, qui s’est lui-même empressé de remettre la patate chaude à la nouvelle venue madame Viola Amherd. On peut supposer que cette dernière n’a pas eu trop le choix… Nous aurons donc de beaux avions de combat (au fait, bon courage pour défendre le dossier, madame Amherd !) pour sécuriser nos frontières et nos banques; encore que pour les banques, ce n’est pas gagné : la défense contre les attaques informatiques présente quelques lacunes, mais rassurons-nous, qui de droit va corriger le tir ! C’est d’ailleurs très impressionnant de constater que chez nous, il suffit de la durée d’une école de recrues pour former des spécialistes à même de tenir en échec les méchants informaticiens ennemis du monde entier; nous sommes vraiment très bons, nous les Suisses, et c’est rassurant.

On pourrait continuer à passer en revue les thèmes d’actualité; mais cela ne servirait qu’à nous rassurer davantage, si faire se peut. La vache en bois de monsieur Ueli Maurer, président de la Confédération Helvétique, va nous garantir une très bonne année 2019. J’en profite pour vous présenter également mes propres vœux, même si, à défaut d’être en bois, ils macèrent quelque peu dans une infusion de sarcasmes…

Chère UDC…

Le 26 novembre, au lendemain de la fessée subie par l’ UDC sur son initiative isolationniste, Roger Köppel  jouait les Calimero sur l’antenne de la Radio Suisse Romande sur le ton « Les gens votent contre l’UDC, sans même réfléchir à l’objet discuté, simplement parce que c’est l’UDC ». Il sous-entendait que c’était profondément injuste, que les adversaires politiques ne jouaient pas franc jeu, et même qu’ils manipulaient des « fake news ». Monsieur Köppel, qui édite la Weltwoche, s’y connaît pourtant en fake news, lui qui a dénoncé l’impéritie des Suisses romands en regard des alémaniques, les qualifiant de « Grecs de la Suisse », à une époque où la Romandie affichait un taux de croissance ridiculisant la région zurichoise…

Evidemment, s’il se fonde sur ses camarades romands de parti pour juger de la qualité des Romands, il a quelques excuses à faire valoir. Il y a le Saviésan Oskar, qui ne s’est pas rendu compte que ce n’était pas en courtisant Marène Lapine qu’on gagnait des élections en Valais. Il y  a aussi Yvan-le-pas-terrible, habitant la Côte-aux-Fées (NE). Cette localité a la particularité d’abriter des fées de couleur. Il y a la Fée Verte, la Bleue, ainsi que les quatre Roses (d’origine nord-américaines, elles : des réfugiées, probable ?) qui toutes sont susceptibles de s’inviter chez les habitants… Et puis il y a Céline-pas-Dion, qui a parfois des démêlés avec la police lorsqu’elle passe par un contrôle inopiné d’alcoolémie au volant : heureusement qu’il y a tonton Guy à qui elle peut passer un coup de fil pour savoir comment réagir ! Bon, elle, c’est plutôt du côté du petit coup de blanc que cela pêche, mais le résultat est assez proche tout de même. Passons sur le Nid de Guerre genevois, avocat de son état, ou le Lucky Jean-Luc Valaisan qui pense que la sécurité passe par la possession d’une arme. Oui, il y a des Romands un peu spéciaux, et ils ne cotisent même pas tous à l’UDC !

Non, monsieur Köppel, vous n’êtes pas victime d’une cabale contre votre parti; ou alors, c’est vous qui l’avez provoquée, et ce pourrait être un exercice salutaire pour votre groupe de faire un peu d’introspection en compagnie de votre maître à penser Reblochon. Votre parti a fait son nid avec des discours très typés, centrés sur des problèmes existant ou non que vous avez su mettre en exergue en exploitant l’insécurité de certains et les indiscutables moyens financiers dont disposent les plus influents de vos membres. Mais votre discours n’a pas su évoluer; or, dans la « vraie » vie, ce qui n’évolue plus meurt… Il n’en va pas autrement des idées et des discours politiques, ne vous en déplaise. Le désaveu de votre parti est aussi bien le fait d’un ras-le-bol du discours frileux et isolationniste des vôtres que de l’arrière-plan un tantinet nauséabond véhiculé par vos idées.

Le manque d’évolutivité du discours n’est, en vérité,pas l’apanage de l’UDC. Le discours politique des écologistes a lui aussi de plus en plus de peine à s’imposer, parce qu’il passe son temps à culpabiliser les gens au sujet de leurs douches, de leurs moteurs diesel ou du steack dans leur assiette, et ceci depuis plus de vingt ans. Comment peut-on encore prendre au sérieux ces recommandations, alors qu’au Brésil on élit un président qui promet de lever toutes les restrictions au déboisement (cela risque de ramener la pollution automobile à une aimable plaisanterie), et qu’aux Etats-Unis, l’homme le plus puissant de la planète (enfin, lui au moins en est persuadé) pense ouvertement que les scientifiques sont tous des cons ? Avoir raison n’est ni nécessaire, ni suffisant pour convaincre; ceci est valable pour l’écologie comme pour  l’autodétermination. Le discours des Verts tend également à lasser, mais en ce qui me concerne, je trouve le ras-le-bol engendré par les Verts beaucoup plus inquiétant que l’effet analogue constaté envers l’UDC. 

L’UDC a obtenu ses premiers succès grâce à une publicité abondamment financée par les grosses fortunes de certains de leurs membres; mais là non plus, la technique n’a pas évolué. Lors d’une promenade en Haut-Valais au mois d’octobre, j’ai utilisé un car postal pour rejoindre la « civilisation » après une magnifique marche de plusieurs heures dans les mélèzes en feu de l’automne. Ces cars postaux diffusent en boucle des informations et de la publicité sur des écrans : toutes les deux minutes (voire peut-être moins) repassait la même publicité pour voter « OUI » à l’initiative de l’UDC. Si je n’avais pas été d’ores et déjà persuadé que cette initiative était néfaste, les vingt minutes de trajet m’auraient irrémédiablement convaincu qu’il fallait refuser cette initiative : un sujet qui a besoin d’un tel matraquage pour convaincre ne saurait être pertinent. Et je ne parle même pas de la qualité plus que douteuse de la pub; le simple fait que quelqu’un l’ait jugée nécessaire est significatif de la pauvreté de la thématique. Mais bon, je ne suis qu’un gréco-romand à l’échelle de monsieur Köppel, après tout; je ne puis comprendre les motivations des vrais bons suisses de Zurich…

Mais je ne doute pas que l’UDC se trouve bientôt un nouveau cheval de bataille; ils ont de l’imagination, les bougres. Même si imagination n’est pas raison…

Audit

J’étais récemment invité à dîner chez des amis, et incidemment, la conversation s’est orientée vers la sécurité des systèmes informatiques dans les grandes entreprises et les administrations. Alors que je pointais du doigt une certaine faiblesse de ces systèmes dans ce domaine, je me suis vu rétorquer de manière assez péremptoire que « chez nous, à l’époque, la sécurité était parfaitement garantie, d’ailleurs on faisait régulièrement des audits par MachinTruc ce qui nous garantissait une sécurité totale ». J’ai évité de rebondir sur cette énormité pour ne pas entraîner la conversation dans un domaine ennuyeux à souhait; mais la thématique n’en est pas moins très intéressante dans les travers qu’elle met en évidence chez nos administrations et dans nos grandes multinationales en matière de gestion de l’information et des outils associés.  

Il est évident que la gestion de la sécurité d’un système informatique n’est pas chose aisée; mais doit être garantie de la meilleure manière possible. Cela devrait être tout particulièrement le cas pour une administration censée protéger les intérêts de toute une communauté; or, que constate-t-on? La grande majorité de ces administrations utilise des sociétés d’audit souvent prestigieuses (MachinTruc en l’occurrence) pour faire valider la politique de sécurité informatique. Si MachinTruc dit que le système fonctionne, alors l’administration en question peut se réfugier derrière ce blanc-seing pour protester de son excellente qualité. Les politiciens, les chefs de service et les responsables de services informatiques se voient ainsi couverts en cas de problèmes, puisque MachinTruc a dit que c’était conforme. Bon, MachinTruc coûte cher, voire très cher, mais la qualité et la sécurité n’ont pas de prix, n’est-ce-pas ? Et puis après tout, c’est le contribuable ou le client qui paie.

Dans le même ordre d’idées, je connais l’exemple d’un hôpital qui a adopté pour son dossier patients informatisé un logiciel limite obsolète alors qu’il disposait d’offres largement plus modernes; mais le système vieillot était proposé par une entreprise ayant pignon sur rue dans le domaine de l’informatique médicale, alors que les solutions plus avant-gardistes provenaient de structures moins confirmées… Le bilan actuel dans ce cas particulier est que le système choisi a été abandonné par son concepteur, qui en a revendu les droits à la société CERNER (Missouri, USA), un concurrent qui dispose par ailleurs d’un système similaire. Comme par hasard, le produit acquis par l’hôpital en question ne figure plus dans les produits vantés par le site web de l’entreprise… Le nom d’une entreprise n’est pas forcément synonyme de qualité ou de pérennité, apparemment; et telle administration qui s’abrite derrière MachinTruc ferait aussi bien d’auditer MachinTruc afin de garantir aux contribuables le bon usage des deniers publics…

D’ailleurs, pour la qualité de MachinTruc, laissez-moi vous raconter une petite anecdote datant il est vrai de quelques années (5, au jugé). Je discutais d’un projet avec le responsable de service d’une administration cantonale, quand ce dernier me demande de l’excuser brièvement, car il doit accueillir le « chef informaticien, un gars de haut niveau, hyper-compétent, envoyé par MachinTruc, et qui va mettre en place un audit de la sécurité informatique chez nous ». MachinTruc, justement ! Bon, j’attends un petit moment, histoire que mon interlocuteur accueille la vedette et l’aiguille vers les gens du service informatique, et voilà que revient la personne accompagnée d’un nouveau visiteur :la vedette en question. « J’ai appris que M. Bidule a été votre étudiant par le passé, et il tenait à vous saluer ». Effectivement, je me souviens de Bidule. Il avait mis cinq ans pour obtenir son titre de bachelor (il faut trois ans à un étudiant « normal »), et n’avait obtenu le titre que parce que le professeur responsable l’avait assez vu. Le professeur responsable, ce n’était pas moi, car je lui avais mis une note assez médiocre au seul cours où j’avais eu le privilège de l’accueillir. Mais bon, la surprise passée et les salutations (cordiales, bien sûr) effectuées, je lui pose deux ou trois questions polies sur son boulot.Il me sert quelques phrases passe-partout, dont le seul résultat est de me convaincre qu’il n’a pas beaucoup progressé techniquement. Mais en revanche, il fait beaucoup de sport, du ski en particulier, ce qui nous permet de converser de manière sympathique le temps d’un café offert par notre hôte. Bon skieur, sûrement; jeune gars sympa, sans doute; informaticien expert, j’émets des réserves…

Attention, je n’émets pas de critiques particulières à l’égard de MachinTruc ou d’autres sociétés comparables. Ce sont des entreprises privées qui doivent faire un bénéfice de la manière la plus honnête possible; que ce soit aux frais du contribuable ou d’une clientèle peu avertie ne les concerne pas. J’ai plus de doutes vis-à-vis de ces chefs de service d’administrations, ces politiciens et autres responsables d’infrastructures publiques qui couvrent leur incompétence derrière des audits ou des produits coûteux et de qualité parfois douteuse. Commander un audit, pourquoi pas; encore faut-il disposer de responsables à même de déterminer ce qui doit être audité, et par qui. Un ministre de la cybersécurité qui n’a jamais touché d’ordinateur, cela n’existe sûrement pas chez nous, n’est-ce pas ? 

Les entreprises qui effectuent des audits font payer très cher les services qu’elles proposent et les certificats qu’elles produisent. Elles remplissent des masses de conditions fixées par des normes ISO, DIN ou autres; leur crédibilité est entièrement fondée sur des montagnes de papier. Est-ce suffisant pour les agréer comme autorité de compétence supérieure ?

Pour l’honneur…

Mardi 6 novembre, à l’Aula de la Haute Ecole d’Ingéniérie et de Gestion du canton de Vaud (HEIG-VD), en présence d’anciens collègues, d’amis et de membres de ma famille, madame Catherine Hirsch, directrice, m’a remis un diplôme de professeur honoraire HES (la HEIG-VD fait partie de la HES-SO). C’était une cérémonie très sympathique, où l’on m’a demandé de faire une « leçon d’honneur ». Cela consiste en tout et pour tout à parler un moment d’une thématique qui vous tient à cœur, et d’essayer d’endormir les auditeurs aussi rapidement que possible. En fait, personne ne s’est endormi, ou alors, il y en a qui l’ont fait très discrètement.

Je ne peux malheureusement pas vous faire profiter de cette leçon d’honneur, la performance n’ayant pas été enregistrée ni filmée; mais je me suis bien amusé. J’espère que les auditeurs aussi, mais bon, ils sont trop gentils pour dire le contraire, alors… 

Quoi qu’il en soit, la présentation peut être téléchargée en PDF depuis cette page. De nombreux commentaires émaillent chacune des diapositives, mais rassurez-vous, je n’ai pas lu ces commentaires lors de ma présentation, j’aime trop improviser pour cela. Les commentaires étaient juste des mentions de ce que j’aurais pu dire sur la thématique évoquée par la diapositive. Et j’ai dû beaucoup raccourcir, car si j’avais évoqué tout ce que j’avais préparé, la salle aurait fini par gentiment se vider !

J’ai voulu parler de l’aspect technique de notre environnement de communication et d’information, comment on en était arrivé à la situation présente, en quoi cette situation était peu satisfaisante. Mais bien sûr, c’est une aventure tellement dense qu’il faut nécessairement choisir des événements particuliers, et un choix est largement teinté de subjectivité. « Tu as oublié de parler de ceci, tu aurais pu mentionner ça, les outils ne sont pas si mauvais que tu le prétends, … ». Chacun voit le développement technique selon un angle qui lui est personnel (moi aussi, bien entendu), et voudrait privilégier des aspects qui lui tiennent à cœur. L’orateur essaie aussi de tenir compte de cette subjectivité afin d’éviter de se lancer dans de longues péroraisons qui concernent un développement intéressant pour lui, mais probablement moins porteur pour l’auditoire; aussi n’ai-je que peu évoqué l’immense déconfiture des télécommunications européennes devant l’avènement du tout IP (Internet Protocol), dont on pourrait pourtant faire un livre, tant les erreurs des entreprises et des pouvoirs politiques ont été nombreuses. Mais bon; on ne va pas refaire l’histoire…

Entouré par la direction… in corpore !

Je suis donc devenu professeur honoraire; j’en suis flatté, et je réitère mes remerciements à la direction. Ce qui serait bien, il me semble, ce serait de proposer un rôle à ces professeurs honoraires, afin de les inciter à faire profiter l’institution où ils ont sévi pendant de longues années de leur expérience et de leurs critiques. Enfin, dans la mesure du possible et en fonction de leurs disponibilités. Mais ce rôle n’est actuellement pas prévu dans le cahier des « charges » (ou des opportunités ?) inexistant du professeur honoraire. Logique, c’est pour l’honneur… Mais même les vieux fourneaux ont parfois des idées fumantes…

Encore merci à tous ceux qui ont accompagné, de près ou de loin, ces vingt années d’enseignement à la HEIG-VD. Allez, ciao jusqu’aux prochaines élucubrations !

Voitures électriques

La voiture électrique a le vent en poupe. Depuis que l’on a voué le diesel aux gémonies suite au scandale des trucages par logiciel, les constructeurs craignent de ne plus pouvoir compter sur le moteur diesel pour satisfaire les futures normes CO2, et ils se tournent vers le moteur électrique. Parfait? Pas si sûr…

La grande majorité des constructeurs s’oriente vers une solution technique hyper-conventionnelle, à la mode Tesla. Techniquement, on remplace le moteur à explosion par un moteur électrique, le réservoir d’essence par une (grosse, quand même) batterie et le tour est joué. On peut pratiquement conserver la même chaîne de montage ! Génial non ? Bon, il y a bien deux-trois subtilités, comme la récupération d’énergie, la boîte à vitesse et l’embrayage que l’on ne va plus reprendre dans le modèle électrique, mais sinon, on n’a pas eu besoin de révolutionner le design de l’automobile. Et on fait confiance aux électriciens pour inventer de meilleures batteries et mettre en place un réseau de distribution à grande capacité pour que l’on puisse envisager de passer des vacances au sud de la France sans trop galérer à la « pompe ».

Eh bien,personnellement, je suis très déçu par cette évolution hyper-conventionnelle. Le moteur électrique n’est utilisé que comme remplacement du moteur à essence, et les particularités de ce type de moteur ne sont que peu voire pas du tout exploitées. De plus, on monte dans un châssis de voiture une batterie monumentale, ce qui impacte fortement le poids de l’ensemble, batterie au lithium qui plus est, ce qui  a des conséquences néfastes (en raison de la consommation d’eau) pour l’agriculture dans les principaux pays producteurs et lors du recyclage. Attention ! il est nettement moins polluant d’extraire du lithium que du pétrole; mais baser toute la réserve d’énergie sur le seul lithium n’est pas pour autant une solution techniquement idéale.

Je rêve d’une voiture électrique équipée de deux petits moteurs (quatre pour la version à traction intégrale) proches des roues et alimentés par un système de pile à combustible, ou un moteur thermique fonctionnant avec un carburant neutre, tel que le produit de la récupération du CO2. Idéalement, on imagine un moteur auxiliaire de recharge fonctionnant avec plusieurs types de carburants. Les moteurs électriques seraient directement commandés par le système informatique embarqué qui jouerait le rôle d’antipatinage et de différentiel. On économise ainsi le poids de l’arbre de transmission et du différentiel; sur un modèle à quatre roues motrices, on peut moduler la puissance exercée sur chaque roue par le logiciel embarqué, et n’avoir que deux roues entraînées sur autoroute, par exemple, mais quatre roues en freinage/récupération en descente. Le freinage électromagnétique pourrait vraisemblablement remplacer dans une très large mesure les freins à disque, l’antiblocage étant toujours assuré par le logiciel de commande. Des prototypes existent, mais ils ont un grave défaut, c’est d’être assez éloignés de la voiture conventionnelle, et de ce fait de demander des investissements pour la rendre réellement opérationnelle; de plus, il s’agit d’intégrer beaucoup plus de logiciel dans l’automobile que jusqu’ici, ce qui modifie profondément les habitudes des constructeurs.

Il semble probable que l’architecture Tesla reste le modèle architectural de la voiture électrique pour ces prochaines années, du moins jusqu’au moment où le lithium se fera rare. Dommage, car… Peut mieux faire !

Pour le climat…

Récemment, des citoyens ont lancé une nouvelle collecte de signatures pour une initiative visant à réduire, voire annuler, les émissions de CO2 de la confédération helvétique d’ici 2050. Il y a même un prix Nobel qui s’implique dans la démarche, c’est dire le sérieux de l’entreprise !

Le fait que de telle initiatives existent est évidemment éminemment souhaitable, mais elles restent malheureusement désespérément limitées et inefficaces. Admettons que cette initiative soit mise en oeuvre; il y aura peut-être des taxes incitatives avant 2050, mais rassurez-vous, cela ne va pas être insupportable, politiquement, on ne peut pas affaiblir trop l’économie suisse, pas vrai ? Et puis, jusqu’en 2050, on a le temps de voir venir; d’ailleurs, bon nombre des initiants (dont Jacques Dubochet, le prix Nobel en question) ne seront plus concernés par le problème d’ici là; moi non plus d’ailleurs, il est vrai. Et quand à savoir si le bel exemple donné par l’Helvétie va inciter les Trump ou Bolsonaro à revoir leur copie écologique, alors là, c’est carrément de la science-fiction; on ne peut qu’espérer que leurs successeurs seront plus perméables à l’argument écologique parce qu’ils seront peut-être plus immédiatement concernés, eux…

J’ai passé des vacances (excellentes, d’ailleurs) cet été au Canada: je n’ai donc pas été très écolo en l’occurrence. J’ai utilisé pendant plus de 3000 kilomètres de route un camping-car (un VR ou RV, en nord-américain moderne) qui consommait allègrement ses 45 litres aux 100 kilomètres. J’ai passé une nuit dans un camping à Amqui, en Gaspésie, où il y avait un meeting de quads sur un weekend prolongé. Le camping était rempli de camping-car immenses, la plupart accompagnés d’un gros pick-up 4*4 pour tirer une remorque comprenant un ou deux quads. Un de nos voisins de camping venait de Montréal (640 kilomètres tout de même) pour l’occasion, avec le camping-car, alors que madame conduisait le pick-up avec un quad dedans. Certains de leurs amis occupaient une place voisine avec un camping-car pour eux aussi, ainsi que les quads et les tracteurs respectifs. Supposer qu’une action contraignante, mais exemplaire en Suisse va opérer une révolution de mentalité à brève échéance dans ce genre de milieu relève d’un bel optimisme.

Si un pays comme la Suisse (avec le concours des voisins européens, n’en déplaise à nos souverainistes) veut inciter de manière sérieuse la planète Terre à changer de comportement, elle n’a à mon avis qu’un moyen de se donner les chances d’y parvenir, et c’est en développant des produits énergétiques meilleurs et moins coûteux que les équivalents pétroliers. Avec ce genre d’arguments, il n’est plus nécessaire de s’impliquer  politiquement dans des luttes qui n’ont d’incidence directe qu’en Suisse, et peu ou pas d’influence, même chez nos voisins immédiats; au contraire, chacun voudra bénéficier des apports d’une technologie meilleure et moins coûteuse. Moins de pollution, plus de richesse, et une image améliorée. Les produits meilleurs existent, indubitablement. Les pompes à CO2, les capteurs solaires multimodaux (thermique-voltaïque), les piles à combustible, les systèmes de gestion des eaux de ruissellement en milieu urbain et péri-urbain sont des réalités, déjà maintenant. Des infrastructures de télé-travail réellement efficaces pourraient être développées assez aisément, par exemple en partant de modèles développés par Uber ou d’autres, et en les adaptant à des conditions de travail quelque peu humaines et socialement acceptables. Oui, mais cela coûte…

La Suisse couvre la moitié de ses besoins énergétiques avec des produits pétroliers (plus de dix millions de tonnes en 2017). Et ce chiffre ne tient pas compte de l’utilisation indirecte venant de l’importation de biens de consommation comme des cerises du Chili au mois de janvier. Il suffirait de taxer même modérément cette consommation et de reverser le produit au développement des énergies propres ou à bilan neutre pour permettre de rendre les prototypes actuels plus performants et plus rentables que leurs équivalents basés sur l’énergie fossile. Après tout, les investissements consentis pour la recherche pétrolière restent aujourd’hui encore des milliers de fois plus importants que ceux dévolus aux énergies non fossiles; et malgré cette disparité, on parvient à des résultats tout à fait convaincants: donc l’objectif est réaliste et probablement pas très compliqué à atteindre. Les mécanismes de taxation sont en place, il suffit de les adapter légèrement pour permettre aux forces de développement en Suisse et en Europe d’améliorer et d’optimiser les prototypes et produits existant.

Cerise sur le gâteau, cela permettrait à des gens comme les initiants cités au début de cet article d’être impliqués d’emblée au processus, puisque les taxes peuvent entrer en vigueur à très brève échéance. Mais cela implique aussi une certaine ouverture à la collaboration avec les partenaires, et c’est probablement là que le bât blesse. Mieux vaut faire quelque chose d’inutile mais bien de chez nous, que quelque chose d’utile mais qui puisse aussi profiter aux autres. Pas simple, l’écologie, quand on y mêle de la politique…

Le meilleur OS

Depuis les débuts de l’informatique personnelle, les systèmes d’exploitation de nos ordinateurs ont passablement évolué. De simples gestionnaires de fichiers, ils sont devenus multi-tâches, préemptifs, capables de gérer des gigabytes de mémoire virtuelle, et capables de se mettre à jour eux-même, souvent à la grande frustration de l’utilisateur qui pensait faire autre chose à cet instant que de télécharger plusieurs centaines de mégabytes dont il ne saura jamais exactement en quoi ils sont censés « améliorer » le fonctionnement de son ordinateur dont il était pourtant raisonnablement satisfait jusqu’ici.

Depuis DOS (PC-DOS, MS-DOS, FreeDOS ou DR-DOS) et l’Apple II (Apple DOS), quelques progrès ont été réalisés, il faut bien l’avouer. Surtout, la complexité a explosé : les premières versions de DOS tenaient sur 11 KB, les versions actuelles de Windows 10 atteignent ou dépassent 4 GB, soit grosso modo un facteur de 400000. L’arithmétique élémentaire voudrait que les systèmes d’exploitation modernes sont dont un demi-million de fois « mieux » que les les vieux machins pourris de notre jeunesse.

Bien sûr, il y a le multi-fenêtrage, le contrôle de médias de plus en plus sophistiqués, l’introduction de la 4K, les liaisons à grand débit, des périphériques de plus en plus complexes comme les imprimantes 3D, et tant d’autres choses encore à contrôler… mais faut-il vraiment avoir à manipuler plusieurs GB de données pour obtenir ces fonctionnalités ?

Plusieurs indices peuvent donner à penser que non. Tout d’abord, il existe des systèmes (simplifiés, il est vrai) qui proposent des fonctionnalités similaires à un « coût » (en taille mémoire) nettement plus modeste. Ordissimo, Linuttop et d’autres distributions « allégées » de Linux montrent que c’est possible, même si c’est au prix de l’abandon de quelques fonctionnalités rarement utilisées (fonctionnalités que l’on pourrait théoriquement rajouter par la suite d’ailleurs). Souvent d’ailleurs, ces systèmes basés sur Linux sont moins sensibles aux virus et autres malware; non qu’ils soient mieux protégés, mais développer un malware pour ces systèmes n’est pas très avantageux vu leur relative rareté actuelle.

Mais d’un point de vue plus technique, il semble légitime de se demander si les améliorations des divers systèmes d’exploitation que nous utilisons sont fondés sur de réelles avancées informatiques; et là, force est de constater que le bilan est assez mitigé. Windows 10 garde une architecture somme toute assez conventionnelle, développée en 1993 pour Windows NT. Cette architecture est inspirée de VMS (1978), le système d’exploitation du défunt Digital Equipment Corporation; d’ailleurs, WNT (pour Windows NT) constitue la suite alphabétique de VMS. Une architecture somme toute pas si lointaine de celle utilisée par son grand concurrent Apple qui elle est directement tirée de Unix, (BSD, une distribution qui date de 1977 !). Jusqu’à Google, dont le système Android repose sur Linux, qui lui-même est un avatar de ce même UNIX sur lequel se repose aussi le système concurrent de Apple, iOS. On pourrait en conclure que l’on n’a plus rien inventé depuis les années 1970…

C’est faux, bien sûr; des progrès très significatifs ont été réalisés dans ce domaine particulier; mais le développement d’un nouvel OS demeure une tâche très complexe et extrêmement coûteuse, et les grandes entreprises comme Microsoft et Apple n’ont guère intérêt à investir dans un secteur où peu d’avantages économiques sont à espérer; mieux vaut donc « améliorer » l’existant jusqu’au jour que l’on espère très lointain où il sera nécessaire de tout changer; en attendant, on compte sur les performances des processeurs et le prix toujours plus bas des mémoires pour faire survivre des systèmes obsolètes et de plus en plus lents à force de raccommodages divers.

Il existerait donc un créneau pour les Européens (ou plus exactement les non-Américains) pour développer un OS indépendant; pas tellement pour faire autrement que les Microsoft et Apple, mais pour se rendre un peu plus indépendants de la tutelle informatique américaine. Et accessoirement pour remettre sur l’avant-scène informatique les chercheurs européens en informatique. Un OS basé sur un micro-noyau, intégrant la virtualisation des ressources, du stockage et du réseau, avec une sécurité implantée dans le noyau plutôt que dépendante de logiciels anti-virus toujours en retard d’une guerre… Un OS portable, tenant sur une petite clé USB, avec toutes les fonctionnalités nécessaires, mais accessible au plus grand nombre… On peut rêver; mais techniquement et pratiquement, c’est tout à fait possible. Avec la satisfaction, -cerise sur le gâteau- de compliquer la tâche des hackers de tout poil, mais majoritairement russes, qui ciblent actuellement essentiellement les systèmes Windows.

A une époque où un peut-être psychopathe dirige la plus puissante nation du monde, et détient de facto le pouvoir de contrôler l’informatique de la planète au travers d’entreprises basées sur le territoire américain, les autres régions du globe feraient peut-être bien de se poser la question de leur dépendance à des systèmes comme Windows et Apple OS. La guerre économique lancée par Donald Trump devrait servir d’avertisseur; le dirigeant chinois Xi Jin Ping joue de son côté certainement avec l’idée de l’indépendance informatique de la Chine vis-à-vis des Etats-Unis.

Un élément de plus à insérer dans la To Do List de Macron et de Merkel ? Oui, certes, et peut-être aussi de nos universités qui n’en finissent plus de s’inventer des problèmes financés par le contribuable, mais qui débouchent trop rarement sur des avancées significatives ou des entreprises commerciales à succès.

Sion 2026… ou pas ?

Ces prochains jours devrait se jouer un premier – et peut-être dernier –  épisode de l’aventure des Jeux Olympiques à Sion 2026. Il s’agit d’une vieille aventure jusqu’ici toujours liée à l’échec, qui ressort régulièrement au gré des ambitions de quelques acteurs souvent intéressés par des aspects annexes d’une telle aventure. Sous l’impulsion du président du club de football de Sion naissait le projet Sion 2026 ; las, ce même Christian Constantin démontrait, peu de temps après, de belles aptitudes pugilistiques en rossant devant les caméras de télévision M. Rolf Fringer, journaliste certes assez médiocre, mais aussi ex-entraîneur de l’équipe suisse de football. Pour commentaire, Constantin laissait entendre que c’était ainsi que se réglaient les affaires en Valais; ce qui peut donner à penser à certains que d’éventuels JO en 2026 pourraient s’organiser de la même manière… Un peu plus tard, ce même Christian Constantin trouvait bon d’allumer, en guise de publicité pour Sion 2026, un tonneau d’hydrocarbures au sommet du Cervin, en compagnie de l’ex-star de ski Pirmin Zurbriggen et du conseiller aux Etats Christophe Darbellay. Probablement pour militer en faveur de Jeux Olympiques respectueux de l’écologie ? Encore un peu plus tard, les installations de Crans-Montana (site en principe retenu pour le projet Sion 2026 pour les compétitions de ski alpin) se mettaient en arrêt en pleines vacances de Pâques suite à une bisbille entre la société d’exploitation et les communes de la région (imaginez la même action juste avant le départ de la course olympique, pour rigoler…). Quelles belles publicités pour le projet olympique ! Cerise sur le gâteau, une émission de la Télévision Suisse Romande (RTS), Infrarouge en l’occurrence, revenait sur ces diverses péripéties (comme je le fais ici) pour dénoncer un possible dysfonctionnement du canton. Dans le cadre de cette émission furent évoquées plusieurs anecdotes parfois savoureuses, mais aussi souvent nauséabondes.

Philippe Bender, historien distingué et accessoirement ancien condisciple au collège de l’abbaye de Saint-Maurice, avait beau proclamer haut et fort que « Christian Constantin n’est pas le Valais et le Valais n’est pas Christian Constantin », et encore que « le Valais méritait ces jeux », il avait tout de même quelque peine à convaincre ! De plus, même si Constantin n’est pas le Valais, c’est tout de même le valaisan que l’on entend le plus souvent… En résumé, rien n’est gagné pour Sion ; maintenant, quant à savoir si l’organisation de cette manifestation serait une bonne ou une mauvaise chose, au final, il reste difficile de se faire une opinion inconditionnelle.

Une bonne partie des opinions négatives (partis de gauche en tête) proviennent de la crainte d’un coût abyssal, comme cela a pu être le cas pour des épisodes précédents ; un coût abyssal dont le poids pourrait se répercuter sur un moindre investissement dans des projets à caractère social, comme l’enseignement et la santé, par exemple. Je respecte ces opinions, mais ai néanmoins quelque peine à les comprendre : il doit tout de même être possible de bloquer des budgets pour les œuvres à caractère social ; quant aux surcoûts qui ne manqueront pas de se manifester, l’un des pays les plus riches de la planète devrait être en mesure de les supporter, éventuellement au prix d’un ou deux avions de chasse dont l’utilité n’est pas forcément mieux avérée que celle de l’organisation de Jeux Olympiques.

Les écologistes, également opposés au projet, ne semblent guère plus cohérents : alors que les organisateurs promettent des jeux respectueux de l’environnement, pourquoi décider de ne pas les croire à priori, au lieu de les prendre au mot et de leur faire exercer un leadership dans une organisation respectueuse de l’environnement de cette manifestation ? Bon, c’est vrai que c’est un tout petit peu plus difficile de participer à un projet que de le démolir…

Les avis favorables à l’organisation se fondent sur la conviction que cela va apporter à terme une excellente visibilité au Valais et à son tourisme. On pourrait aussi leur rétorquer que ce n’est pas gagné d’avance. Les JO, ce n’est pas que le ski, c’est aussi le bobsleigh, le patinage de vitesse et le curling (vous avez suivi le curling à PyeongChang ? Moi non plus, je parviens encore à m’endormir sans somnifères). Et puis, il faut assurer pour que cela constitue une bonne publicité, enfin, meilleure que le tonneau de mazout au sommet du Cervin. D’accord, cela permet théoriquement de remettre au goût du jour certaines infrastructures et d’en construire quelques nouvelles (D’ailleurs, on peut compter sur M. Constantin pour participer à ce projet). Mais cela ne suffit pas à rendre attractive une région. Je ne crois pas que Sotchi soit devenue une station mondialement fréquentée simplement parce que M. Poutine a injecté une trentaine de milliards dans ce lieu, et Albertville n’a pas profité d’une telle organisation, tant s’en faut (certaines stations comme Val d’Isère exceptées, et encore…). On parle de louer les infrastructures manquantes (mais existent-elles réellement?) et de démonter les constructions inutiles après usage (un discours similaire avait été tenu lors de la catastrophique -cet avis n’engage que moi- exposition nationale Expo 02 ; le résultat, actuellement encore, ne semble guère concluant…)

Les Jeux Olympiques étaient au départ conçus comme une réunion pacifique de la jeunesse de diverses contrées pendant une période privilégiée appelée trêve olympique. On ne se battait plus avec des armes de guerre, les athlètes étaient ensemble pour se mesurer à travers des joutes pacifiques. Or, de nos jours, les athlètes ne sont plus réunis aux Jeux Olympiques, car c’est devenu bien trop grand : même lors des cérémonies d’ouverture et de clôture, la totalité des compétiteurs n’est pas présente (d’ailleurs, dans certains cas, il y a plus d’officiels que d’athlètes!). Les sites de compétition sont souvent fort éloignés les uns des autres, car il faut bien dispatcher une foule pareille sur un domaine raisonnablement étendu. Une quantité d’épreuves pléthorique rend de nombreuses compétitions inintéressantes car peu adaptées au cadre local. Mais les Jeux restent indéniablement un événement hors normes par l’audience suscitée, et génèrent donc une publicité impossible à réaliser par les moyens traditionnels. Encore faut-il que l’organisation soit de bonne qualité…

Certains opposants pensent que le Valais n’a pas besoin de publicité pour son tourisme. Je suis d’un avis contraire : le tourisme suisse, et valaisan en particulier, ne se porte pas trop bien vis-à-vis de ses voisins transalpins et autrichiens ; les infrastructures sont souvent vieillottes, et l’accueil laisse à désirer dans de nombreux cas. Une manifestation majeure permettrait sans doute une régénération salutaire d’un certain nombre d’outils de travail du canton.
Je pense que Sion 2026 est un projet porteur pour la Suisse, et qu’il peut être mené à bien, et que cela aura au final une répercussion positive sur le tourisme en Valais. Je pense aussi que l’organisation d’un tel événement est extrêmement complexe et dépasse largement les capacités du canton, tant du point de vue infrastructures, hébergement, accès, transports et approvisionnements divers; c’est un effort que toute la Suisse devrait (directement ou non) supporter. Le dossier, en l’état, n’est pas suffisamment explicite sur ces divers points; hélas, il n’est plus temps de le peaufiner, le verdict cantonal est tout proche : le tonneau de mazout au sommet du Cervin risque de ne pas être suffisant pour persuader les votants du bien-fondé de l’entreprise…