Water Wars (Ashtar)

Pas de douche, pas de café ce matin. Et des toilettes qui ne fonctionnent pas. Le quartier où j’habite est privé d’eau temporairement parce que le débit global ne suffit pas à alimenter le réseau de San Francisco. Ce n’est pas une situation exceptionnelle, mais elle tend à devenir de plus en plus fréquente ces dernières années, à la fin de l’été surtout. Mais ce qui est préoccupant, c’est que nous sommes encore assez loin de la fin de l’été. Et dire que longtemps les eaux de San Francisco étaient renommées pour être les meilleures des Etats-Unis, puisées dans un grand réservoir du Yosemite !

Mais il y a de moins en moins d’eau au Yosemite, et on en consomme toujours davantage. Déjà au début de ce siècle, par exemple, le fleuve Rio Grande ne parvenait souvent plus jusqu’à l’Océan en raison de la surutilisation hydrique. Il en a été de même par la suite pour le Colorado, surexploité par les Etats proches de la source, qui ne laissaient plus rien aux Etats en aval. La production hydroélectrique du Hoover Dam, par exemple,a baissé drastiquement, et n’est plus qu’anecdotique actuellement. D’ailleurs, aussi bien le lac Mead que le lac Powell sont souvent à sec ou ne valent guère mieux. Quant à descendre le Colorado depuis Lee’s Ferry jusqu’au lac Mead, un raftins de 450 kilomètres très populaire à une certaine époque, il vaut mieux le réaliser avec des lunettes de réalité virtuelle.

Cette situation génère des tensions très vives entre les Etats, qui se reprochent mutuellement de ne pas laisser suffisamment de ressources hydriques aux Etats en aval. Mais comment laisser davantage d’eau alors que l’on n’en a souvent plus assez pour soi-même ? Toutes les régions n’ont pas anticipé la gravité de la situation à sa juste mesure, et ils en paient le prix en termes de conflits avec leurs voisins ou de désordres sociaux initiés par des citoyens réclamant un accès à l’eau.

Nous n’avons pas encore de véritable guerre de l’eau aux Etats-Unis, mais la menace est bien réelle. Comme l’ont montré les conflits du Moyen Orient , les guerres pour les ressources hydriques sont souvent larvées, et dégénèrent en conflits armés dès qu’un prétexte quelconque est trouvé. Ici aux Etats-Unis (de moins en moins unis d’ailleurs) certains Etats traditionnellement conservateurs se trouvent en conflit hydrique avec des Etats traditionnellement progressistes : une situation hautement explosive. Les grandes villes progressistes des côtes Est et Ouest dépendent souvent des régions plus conservatrices du centre pour leurs ressources en eau, et en alimentation.Il en a toujours été ainsi, mais l’appauvrissement des ressources induit une tension difficilement maîtrisable. Nombre d’experts politiques parlent d’ores et déjà de « Water Wars »,

En attendant, je me livre certains matins à une « Shower War », une guerre de la douche. Et je perds toujours…

Et puis il faut que je vous dise; j’ai finalement décidé d’appeler directement madame Melnikova pour lui expliquer que je serais interessée à des négociations en vue d’engager une participation de NS2 aux développements de BiNeural, avec la perspective de contribuer aux potentialités de l’IA biologique. Elle a d’abord été assez réservée, genre « j’attends pour voir », mais tout de même interessée, ce qui est la moindre des choses dans sa situation, à la tête d’une start-up Je l’ai avertie qu’elle allait recevoir une proposition et que nous pourrions en discuter. Elle semblait d’accord, mais un peu mal à l’aise. Alain m’avait prévenue qu’elle ne me portait pas trop dans son coeur, qu’elle me considérait comme une rivale potentielle, bien qu ‘Alain et moi soyons séparés depuis pas mal de temps.

Alors, pour débloquer la situation, je me suis payée de culot : j’ai mis le doigt où je pensais que cela faisait mal en disant abruptement « Et Alain, il va bien ? », Elle a eu l’air gênée, il y a eu un silence, et elle a rétorqué simplement « Oui, ça va ». Alors j’en ai remis une couche en lui demandant si certaines de ses caresses intimes (j’ai été beaucoup plus explicite !) étaient toujours aussi agréables que dans mon souvenir. Là, elle a eu l’air interloquée, elle a légèrement rougi; il y a eu un assez long silence. Je me suis dit qu’elle allait me couper la communication au nez, mais finalement elle a pouffé et dit « oh, oui ! ». C’était gagné, nous avons ri comme des folles et parlé de plein de choses qui ne vous regardent pas. Je crois que désormais, pour Oksana, je ne suis plus une rivale, mais une complice. Et NS2 pourrait bien devenir un leader dans le marché de l’intelligence artificielle biologique.

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