Le sourire des puissants

La révolution de l’intelligence artificielle et de la robotique semble désormais inéluctable; que ce soit pour le mieux ou le moins bien, on ne reviendra désormais plus en arrière; comme le faisait remarquer l’un de mes amis, l’architecte de toutes choses, si tant est qu’il en existe un, n’a pas pensé à équiper le système dans lequel nous existons d’une marche arrière.

Nous allons donc vers une société où le travail sera majoritairement effectué par des robots de morphologie probablement humanoïde pour des raisons de commodité et de compatibilité avec les équipements existants. Un robot peut travailler vingt à vingt quatre heures par jour en continu et remplace en moyenne 3.3 ouvriers spécialisés, un chiffre souvent cité comme estimation moyenne, mais avec toutefois une variance énorme selon les secteurs d’activité, La question que l’on se pose immédiatement est de savoir que faire des travailleurs qui remplissent ces tâches actuellement. Et accessoirement, comment leur garantir un niveau de vie décent. La réponse évidente qui vient à l’esprit est de définir un revenu minimum universel (aussi appelé revenu de base), mais comment le financer ?

On a vu passer nombre de réponses à ces questions, certaines parfois désarmantes de naïveté. Certains proposent de taxer le travail des robots à l’image du travail des humains, mais actuellement, cette proposition (défendue entre autres par Bill Gates) bute sur de nombreux obstacles, parmi lesquels :

  • Comment définir un robot ? A partir de quelle frontière doit-on parler de robot ou de simple machine ?
  • Si le pays A applique une taxe, alors que le pays B ne l’applique pas, qu’en est-il de la compétitivité de A par rapport à B ? Si cela vous rend la compréhension plus aisée, remplacez « A » par « Union Européenne » et « B » par « Chine », par exemple.

On peut aussi décider d’imposer les revenus des entreprises pour alimenter le fond destiné à générer le revenu de base, mais la deuxième objection reste valable. Un consensus mondial serait nécessaire, mais au vu de l’évolution actuelle de la situation, la partie n’est pas gagnée d’avance.

Et même si la solution du revenu minimum universel parvient à s’imposer, il en résultera une société qui serait composée d’assistés et de puissants. Et au fur et à mesure de l’avancée technologique, il y aurait de plus en plus d’assistés, et de moins en moins de puissants eux-même de plus en plus puissants. Est-ce vraiment un rêve de société que d’entretenir une telle disparité ? C’est une version moderne du Moyen Age avec ses seigneurs et ses serfs, finalement, et peu de possibilités pour le serf de devenir un seigneur… Je ne suis pas sûr qu’un être humain puisse se contenter, sa vie durant, de rester un assisté. L’homme le plus riche du monde affirme que nous allons vers un âge merveilleux où les hommes n’auront plus besoin de travailler. Un âge de l’opulence, un nouvel âge d’or, affirme-t-il avec un large sourire. La réalité, c’est que les assistés n’auront probablement plus la possibilité de travailler, et partant, d’améliorer leur condition sociale. Les puissants n’auront plus besoin d’eux. Je ne suis pas sûr que cette perspective fasse sourire tout un chacun. Hormis les puissants, bien sûr. Pour eux, ce sera un véritable âge d’or.

Vision excessivement pessimiste ? Sans doute. Mais l’évolution fulgurante de la robotique, et l’absence quasi totale de réflexion de la part des politiciens a de quoi entretenir un pessimisme certain pour les futurs assistés (pour autant qu’ils soient réellement assistés, ce qui n’est pas gagné). Et par opposition, d’élargir le sourire des actuels et futurs puissants.

Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.