En fouillant mes anciens disques durs, récemment, j’ai redécouvert un jeu de stratégie ancien, dérivé du fameux Civilization de Sid Meier. Mais les acteurs de ce jeu ne sont pas des nations; ce sont des factions rivales, au nombre de sept, qui s’inspirent chacune d’une philosophie particulière.
- Les conquérants priorisent la force et la préparation au combat. Leur objectif est la conquète par la puissance militaire.
- Les intégristes religieux méprisent la technologie, mais vivent dans un environnement de croyance en un dieu omniprésent et tout-puissant. Ils cherchent à convertir leurs adversaires à tout prix, et ce faisant, à les annexer. Pour ce faire, ils ne répugnent pas à faire un large usage de la technologie, en la volant aux factions rivales
- Les écologistes veulent vivre en harmonie avec la planète, et cherchent à éviter le gâchis des ressources existantes.
- Les universitaires privilégient le savoir et la connaissance, éventuellement acquise de manière peu éthique, car tous les moyens d’accroître le savoir sont légitimes. Même les armes et l’espionnage.
- Les pacifistes veulent maintenir la paix par la diplomatie et le maintien d’une charte des Nations (qu’ils spnt seuls à détenir); mais ils ne reculent pas devant l’usage immodéré de la force pour imposer leur vision d’un monde pacifié.
- Les industriels valorisent la puisssance financière pour parvenir à leur fin, partant du principe que tout peut s’acheter, et que l’argent représente le seul pouvoir intéressant.
- Les policiers croient en la légitimité d’un contrôle total de la population par le biais d’un état totalitaire exerçant un contrôle absolu de ses citoyens. La représentation du dirigeant de cette faction a des traits asiatiques… un hasard, sans doute.
Ce jeu est sorti, dans sa première version, en 1999. Il avait reçu une critique assez bonne pour l’intrigue, mais les joueurs trouvaient que les caractères des dirigeants de faction étaient par trop caricaturaux, et que de pareils paranoïaques n’étaient pas crédibles. Dans l’ensemble, l’accueil par le grand public a été plutôt mitigé, certains joueurs le jugeant trop intellectuel, trop orienté vers la stratégie à moyen et long terme, à une époque où les nouveautés allaient plutôt vers les combats en temps réel, les Mortal Kombat ou autres Half Life.
Le but du jeu est d’incarner l’une ou l’autre de ces factions, en laissant à l’ordinateur le soin d’incarner les adversaires; on peut concure des alliances temporaires plus ou moins stables; il y a plusieurs façons de gagner, la plus prestigieuse étant de parvenir à mener l’humanité à un nouveau niveau de conscience et de sagesse; une partie peut donc s’avérer assez longue. Une autre manière est d’éliminer tous les adversaires par la force brute, ou de les priver de ressources, ou encore de les forcer à se rendre en vous prêtant serment d’allégeance.
J’ai joué récemment à ce jeu, un peu par nostalgie : j’ai choisi la faction écologiste. Mais je n’ai pas gagné; en revanche, les autres dirigeants (virtuels, informatiques, implémentés par du logiciel) ne m’ont pas paru avoir un comportement particulièrement caricatural, par comparaison à ce que l’on entend tous les soirs dans le journal télévisé, par exemple.
Paranoïaques, oui, ile le sont sûrement; mais pas vraiment davantage que ce que l’on sait de certains de nos dirigeants actuels, il me semble. Et sûrement moins que certains autres, d’ailleurs. Parfois, je me suis demandé si je jouais un jeu sur ordinateur, ou si j’étais dans le monde réel. Vous pouvez d’ailleurs faire l’excercice d’identifier ces factions aux Etats que nous connaissons actuellement; c’est édifiant. Je me suis rendu compte que la réalité dépasse toujours la fiction; nous sommes gouvernés par des paranoïaques à côté desquels les chefs de faction des jeux vidéo sont d’aimables enfants de choeur.
Visiblement, il y a un quart de siècle, les développeurs de ce jeu avaient bien identifié les principales tares des dirigeants de ce monde; mais ils n’en avaient pas anticipé la gravité potentielle; ils n’avaient même pas imaginé que le monde deviendrait ce qu’il est actuellement. Pourtant, les paranoïaques dont nous parlons étaient déjà vivants à l’époque ! Que s’est-il passé ? Où avons-nous commis les erreurs qui nous ont conduit à la situation actuelle ?