Nice Nancy

Je ne connais pas personnellement madame Nancy Pelosi; mais c’est une dame que je serais très honoré de connaître, et avec laquelle je serais passionné d’échanger diverses idées. Imaginez qu’à 82 ans, vous soyez capable, par votre seule présence, de faire peur au Parti Communiste chinois, présidé (?) par monsieur Xi Jinping. A tel point que, pour se rassurer (et calmer ses faucons guerriers, et aussi les vrais plus nombreux), M. Xi se sente obligé de sortir la toute grosse artillerie, le stade juste avant les ogives nucléaires. Si je suis capable de faire ce qu’a fait Mme Pelosi par sa seule présence, dans dix ans, alors je serai fier. Très. La mauvaise nouvelle, c’est que cela ne m’arrivera pas, et cela consolide mon admiration inconditionnelle pour madame Pelosi. J’avais déjà admiré, sans conditions, son geste spectaculaire à l’endroit du président en exercice Donald Trump. Mais à Taiwan, elle a fait fort, très fort. Une magnifique mise en évidence de l’absurdité d’un gouvernement comme la Chine, dépendant inexorablement d’un sans-faute permanent (réel ou imposé par la force) de ses dirigeants pour assurer un semblant de crédibilité, quitte à défendre une politique comme le zéro-COVID vouée à l’échec et abondamment confirmée comme telle. Une peur du ridicule poussée à l’obsession, et propre à justifier tous les excès d’un gouvernement qui n’a d’autre légitimité que celle qu’il se confère lui-même… On ne souhaite pas longue vie à une personne de plus de 80 ans; mais j’aimerais bien la remercier et lui dire que lorsqu’elle nous quittera définitivement, aussi tard que possible, elle laissera beaucoup de regrets et de vide; peut-être pas chez tout un chacun, mais bon… Personne ne plaît à tout le monde.

Madame Pelosi est une personne qui n’hésite pas à donner son opinion, que ce soit pour fustiger les mensonges de son propre président, ou pour dénoncer les visées impérialistes chinoises, qui considèrent Taïwan comme partie de la Chine alors même que historiquement, elle n’a jamais fait partie de l’Empire du Milieu. C’est une distorsion de l’histoire courante chez certains dirigeants, à l’instar de Poutine qui considère l’Ukraine comme partie de la Russie; encore que dans ce cas précis, il a peut-être moins tort que son homologue chinois, puisque l’Ukraine a effectivement fait partie de la défunte URSS.

Nancy Pelosi est gênante pour tous ceux qui refusent de se mouiller, comme certains patriotes suisses (souvent milliardaires) qui craignent pour la neutralité de la Suisse après sa prise de position contre l’attaque de l’Ukraine et les sanctions appliquées. L’un des plus connus d’entre eux est en train de concocter une initiative qui sera vraisemblablement soumise au vaillant peuple helvétique dans quelque temps. L’essentiel du texte consiste à marteler qu’il ne faut rien dire, rien faire, quoi qu’il arrive, sauf s’il y a unanimité des Nations Unies. Apparemment, la formule « Qui ne dit mot consent » n’a pas de signification pour certains ténors (riches, un peu cacochymes il est vrai) du plus grand parti de Suisse. Ses fidèles lieutenants (qu’ils soient de Genève ou de Zürich) le soutiennent activement, eux qui ont leurs entrées dans les partis d‘extrême droite des pays voisins. Ces mêmes partis qui sympathisent parfois ouvertement avec les dictateurs ou les autocrates de tout poil, ceux-là même que madame Pelosi dénonce.

Il faut dire que pour une certaine catégorie de gens, la neutralité inerte et passive qu’ils souhaitent maintenir a fait ses preuves : combien de fortunes ont vu le jour et persistent grâce à la neutralité suisse lors du second conflit mondial ? Quelles bonnes affaires ont pu être faites à l’époque, lorsque l’on pouvait profiter du commerce de guerre avec l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler en détournant impudiquement les yeux des exactions pourtant bien connues de nombreux dirigeants ! Il serait vraisemblablement intéressant pour ces milliardaires (et leurs supporters fidèles) de pouvoir à nouveau, à la faveur de l’agression de l’Ukraine par la Russie, profiter des roubles des oligarques chassés par le reste de la communauté européenne ! Etonnamment, ces personnes sont les premières à s’insurger quand un politicien étranger épingle la Suisse parce qu’elle bénéficie des services de l’Europe et de l’OTAN sans en faire partie, et sans y contribuer, ou si peu. Comment ces gens peuvent ils encore s’étonner du fait que la Suisse soit désormais tenue à l’écart d’un nombre grandissant de projets européens, en particulier dans le domaine de l’enseignement et de la recherche ? Cet isolement est d’ailleurs assez préoccupant, en ces temps de pénuries; à l’époque, on avait tablé sur les importations en provenance de l’Europe; mais cela pourrait s’avérer assez difficile, pour un tas de raisons, parmi lesquelles le vieillissement des centrales nucléaires françaises, mais aussi l’absence d’accord-cadre entre la Suisse et l’Union Européenne..

La neutralité ne devrait en aucun cas brider les opinions, publiquement et politiquement assumées, et au besoin assorties de sanctions. La liberté d’expression existe aussi au niveau des Etats; enfin, il me semble que cela devrait être le cas. Sinon, autant déménager en Chine ou dans l’Amérique dont rêvent Trump et son parti républicain.

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