Climate Strike

Je m’étais approché, il y a quelques années de cela, du mouvement « Grands-parents pour le climat« . J’avais envie de faire quelque chose, dans mes modestes possibilités, pour la cause environnementale. Après avoir contacté le mouvement, on m’a accueilli à bras ouverts; j’étais désireux de m’engager d’une manière ou d’une autre, mais cela ne s’est pas passé comme je l’espérais. En fait, je n’ai jamais eu l’occasion de m’intégrer au mouvement, ni même de discuter avec leurs membres (à une exception près) : ils voulaient que je leur refasse leur site web (ce que j’avais proposé d’ailleurs, et qui a été fait indépendamment de mes modestes compétences par la suite), mais il était très difficile de savoir quel contenu ils souhaitaient mettre dedans, le site web existant étant un grand fous-y tout sans thème ou ligne directeurs. J’avais essayé de faire part de mes doutes de manière aussi diplomatique que possible, mais personne n’a semblé comprendre où je voulais en venir. Actuellement encore, la page d’accueil énumère des manifestations, des conférences, des actions pour ou contre telle ou telle chose sans que l’on puisse dégager une quelconque recherche de ligne directrice ou de mesure pratique à encourager. Après avoir vainement tenté de définir des lignes directrices cohérentes, j’avais abandonné l’idée de collaborer avec l’équipe malgré la réelle qualité de l’engagement de certains d’entre eux (équipe qui comprend un prix Nobel de chimie, pour ne citer que le plus connu d’entre eux).

On reste, comme souvent dans ce genre de mouvement, dans une logique de contestation sous forme de grève ou de manifestation contre toute mesure qui pourrait paraître négative dans l’optique de l’évolution du climat pour les générations futures. On ne cherche jamais à encourager des actions qui pourraient s’avérer à moyen terme favorables : non, il faut « arrêter avec ces bagnoles, tout de suite » comme clamait le professeur et biophysicien cité ci-dessus, même si je suis raisonnablement certain que cette personne est consciente du fait qu’un arrêt brutal de toute utilisation du moteur à explosion est inenvisageable, sauf à accepter des millions de morts (effondrement économique, suppression de l’approvisionnement alimentaire de la population, etc…) à très brève échéance. De manière très cynique, ces morts contribueraient sans doute à résoudre le problème climatique, mais tout de même… Greta Thunberg milite dans la même mouvance : protester, réclamer des suppressions, mais sans proposer grand-chose de concret en contrepartie. Ce type d’action est nécessaire pour faire prendre conscience de l’urgence de la situation : en revanche, cela ne fait pas avancer vers une solution du problème.

Ce genre de mouvements a tendance à culpabiliser, peut-être inconsciemment, l’utilisateur lambda, qui se sert d’une automobile pour ses déplacements, se chauffe encore au mazout parce qu’il n’a pas les moyens d’investir dans un nouveau système de chauffage et prend parfois l’avion pour ses vacances. En réalité, les vrais responsables sont rarement interpellés par les actions initiées par ces mouvements. Et quand ils le sont (comme par exemple lors de la partie de tennis improvisée au Crédit Suisse pour protester contre des investissements inappropriés), on parle généralement plus du sort des manifestants que de l’objet de leurs manifestations.

Les mouvements écologistes ne se sont en revanche guère manifesté lorsque les Jeux Olympiques d’Hiver 2022 ont été attribués à une région où la neige est absente, ou lorsque le championnat du monde de football a été attribué à un pays où il est difficile de jouer au football sans climatiser le stade. Il n’y a pas eu de réactions notables non plus lorsque le Conseil Fédéral Suisse a déchiré unilatéralement le projet d’accord-cadre avec l’Union Européenne, réduisant ainsi à néant la collaboration des chercheurs suisses (et de certains de leurs collègues européens) dans le cadre du développement de solutions écologiquement durables à l’échelle européenne. A ce sujet, on attend encore (en Suisse et dans l’UE, apparemment) les propositions de ce même Conseil Fédéral pour normaliser à nouveau les relations : Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? – Je ne vois que des accords qui ondoient et des parlementaires qui merdoient. (D’après Charles Perrault, 1697). Il semble en effet beaucoup plus facile de dire « Je ne veux pas ceci, cela ne me convient pas » que de dire « Je pense que cette option est préférable pour les deux parties ». Les mouvements écologistes ne font pas exception à cette évolution regrettable : il est beaucoup plus sûr de critiquer ce qui ne va pas, plutôt que de risquer d’avoir tort en proposant quelque chose qui peut s’avérer inadéquat par la suite, ou d’être désavoué par un vote populaire.

Il en va hélas ainsi depuis plusieurs années : la logique de décision est négative plutôt que positive. Il devient de plus en plus difficile de faire évoluer une situation considérée comme satisfaisante pour une partie de la société, même si l’on est parfaitement conscient que cette situation ne peut pas perdurer à moyen terme. En France voisine, les gilets jaunes manifestent violemment contre les décisions du gouvernement, mais les alternatives proposées sont inexistantes, ce qui débouche à un statu quo dommageable pour toutes les parties. Là où la gauche et la droite politiques unies (MM. Delamuraz et Felber) proposaient une participation à l’Espace Economique Européen en 1992, la gauche dogmatique (USS) et la droite conservatrice (UDC) d’aujourd’hui provoquent une rupture des négociations avec l’Europe, avec les très gros dégâts collatéraux que l’on sait, et que l’on ne mesure probablement pas encore à leur véritable dimension. Dans le domaine de l’abandon des énergies fossiles, le discours reste « il faut arrêter » sans que les alternatives parviennent à convaincre (on parle de pénuries !).

Et pourtant, les scientifiques ayant proposé des solutions intéressantes à une transition énergétique depuis des décennies sont nombreux. Et les mouvements écologistes ne peuvent pas prétendre les ignorer, eux qui comptent souvent nombre de scientifiques de renom dans leurs rangs ! On peut citer comme exemple la longue et triste histoire des réacteurs à sels fondus (par exemple les réacteurs nucléaires utilisant le thorium), mais il y a de nombreuses autres possibilités en attente de financement en vue d’industrialisation (sommes souvent relativement modestes) pour lesquels ces mouvements pourraient s’engager activement. Mais il s’agit d’un engagement un peu plus compliqué et politiquement plus risqué que de simplement s’asseoir dans un lieu public en brandissant des pancartes…

Les mouvements écologistes, pour la plupart, ne causent de tracas qu’au citoyen lambda, comme vous et moi, agacés par des discours récurrents qui culpabilisent et prônent une austérité alors même que le nombre de milliardaires n’a jamais été aussi conséquent. En fait, les actions des organisations comme Action/Rébellion, ou Grands-Parents pour le climat tendraient plutôt à renforcer la position des gros pollueurs (les grands groupes pétroliers, les opérateurs d’énergie, les marchands de SUV, etc…) par la lassitude et l’agacement qu’ils finissent par générer auprès des citoyens. Le citoyen bloqué par des activistes sur le Pont Bessières à Lausanne percevra l’écologie comme un emmerdement, alors que. passé l’embouteillage, il se sentira ragaillardi par son gros SUV confortablement pollueur qui l’emmène vers son domicile ou sur la route du congé dominical.

En fait, les grands pollueurs devraient financer les mouvements écologistes qui leur font involontairement la meilleure des publicités. En réalité, peut-être le font-ils déjà…

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