Histoire d’ongles…

Le braconnage de rhinocéros en Afrique prend des proportions de plus en plus dramatiques. Nos enfants n’auront peut-être plus la possibilité de voir de rhinocéros « pour de vrai ». Le Parc Krüger est l’un des endroits les plus touchés, sans doute en raison de sa proximité avec le Mozambique, point de départ du trafic de corne. En effet, la corne de rhinocéros a atteint des cotes supérieures à l’or depuis quelques années déjà. Il s’agit d’un composant de base de plusieurs remèdes de la médecine traditionnelle chinoise; ses vertus supposées seraient de constituer un antipyrétique pour diminuer la fièvre, et aussi (surtout ?) un remède contre l’impuissance sexuelle.

Rhinocéros au parc Krüger (2013)
Rhinocéros au parc Krüger (2013)

Plusieurs solutions au problème de la survie des rhinocéros ont été envisagées; certains préconisent un déplacement des rhinocéros, par exemple au Botswana (vous avez déjà essayé de déplacer un rhino, vous ? Moi non plus, mais je suis raisonnablement convaincu que ce n’est pas gagné d’avance…) où ils seraient plus en sécurité. Mais des remèdes plus originaux ont été proposés…

Ainsi, on a proposé de fournir le marché des cornes de rhinocéros avec des cornes « assaisonnées » à l’aide de vomitifs puissants, en espérant que ceux qui ingèrent le produit seront saisis de spasmes suffisamment désagréables pour les dégoûter. Hélas, le vomitif ne résiste pas longtemps, et de fait ne produit que rarement l’effet souhaité. On a aussi essayé de discréditer la corne de rhinocéros en soulignant que manger de la corne de rhinocéros équivalait à se ronger les ongles : c’est en effet, à la base, exactement la même matière. Rien n’y a fait, le cours de la corne de rhinocéros continue à monter chez les richissimes chinois adeptes de la médecine traditionnelle et désireux de retrouver les érections perdues de leurs vingt ans, si tant est qu’elles ont existé un jour.

Pourtant, l’idée ne paraît pas inintéressante; peut-être est-il possible de l’adapter. On peut imaginer qu’une entreprise mette sur le marché un produit miracle certifié à base de poudre de corne de rhinocéros. On y mettrait 99.999% de poudre d’ongles récupérés chez les manucures (cela valoriserait leurs poubelles), et 0.001% de vraie poudre de corne de rhinocéros. La mort naturelle des rhinos dans les jardins zoologiques devrait suffire à fournir la matière première en l’occurrence. Comment dites-vous ? C’est de la tromperie ? Comme il n’y a à ma connaissance aucune AOC ou AOP sur la corne de rhino, je ne vois pas le problème… D’ailleurs, même avec des appellations de ce genre, certains ne voient pas de problème non plus ! Il est vrai que dans le cas particulier, l’aide de Dieu (ou plutôt de ses sbires les moins recommandables) a pu  conférer la respectabilité nécessaire à cette transaction. Mais je m’égare…

Donc, nous disposons d’une poudre de corne de rhino (enfin, un peu, mais l’homéopathie vend des préparations encore largement plus diluées…) avec laquelle nous pouvons alimenter le marché et casser les prix, et donc rendre le marché inintéressant pour les braconniers. Les rhinos sont sauvés, et les vieux schnoques milliardaires adeptes de ce genre de médecine et accessoirement de parties fines sont contents.

On peut même faire mieux, en ajoutant discrètement à la mixture un peu de poudre de Viagra, le remède devient enfin efficace, et pourrait constituer le nouveau blockbuster d’une entreprise décidée à prendre le risque. C’est pas une bonne idée, ça ?

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