Hier, je voulais vite aller rejoindre mon compagnon, Alain, dans notre villa à Belmont sur Lausanne. En fait, c’est aussi chez moi, mais comme je bosse à Annecy, ce n’est pas très pratique depuis Belmont, et pour Alain, il a le même problème, mais à l’envers. Alors on fait au mieux en attendant de trouver l’un ou l’autre un boulot plus compatible avec la vie en couple.
J’ai donc sauté dans ma voiture électrique, et programmé l’autopilote avec l’adresse d’Alain. Mais ce fichu bidule m’a déclaré que je ne pourrais pas atteindre mon but parce que j’avais consommé mes quotas de kilomètres individuels. Saloperie !
C’est vrai que vous ne connaissez pas les quotas ! Je vous explique, en bref. Parce que la directive européenne remplit des dizaines de pages, et personne n’y comprend rien. Surtout pas ceux qui ont pondu la directive d’ailleurs. Nous avons tous une identité électronique, et c’est le seul moyen de faire démarrer une automobile dans l’Union Européenne; la Suisse n’est toujours pas membre, mais elle a dû s’y soumettre aussi, ou fermer ses frontières. Chaque conducteur a un quota de kilomètres qu’il ne peut pas dépasser; ce quota a deux composantes, calculées sur les trente derniers jours et les trois cent derniers jours. Pour prendre un exemple simple, le quota sur les trente derniers jours pourrait s’élever par exemple à 1000 kilomètres, et celui sur les trois cent derniers jours à 8000 kilomètres. Les vrais chiffres sont beaucoup plus complexes, mais je ne vais pas entrer dans les détails. Enfin, pas trop. Lorsque l’on atteint son quota, il devient impossible de démarrer une voiture, que ce soit la sienne ou celle de qulqu’un d’autre, ou même une voiture de location. Il ne sert donc à rien de posséder plusieurs voitures, car le quota s’applique au conducteur, non au véhicule. Il est possible d’invoquer des situations d’urgence, mais les abus sont assez sévèrement amendés. Disons que le simple besoin ou l’envie de faire un gros câlin à mon Alain, ce ne serait probablement pas considéré comme une urgence. Et pourtant, hein !
Le calcul des kilomètres n’est pas tout à fait évident non plus : si je conduis ma voiture avec mon chéri à côté de moi, je peux faire plus de kilomètres que si j’étais seule avec le même quota. Et si j’embarque la belle-mère et le beau-père, c’est encore plus favorable. Sauf que là, c’est moi qui limite la durée du voyage. Quand on part en vacances, on peut acheter des kilomètres, mais c’est des prix tellement dissuasifs que l’on choisit le plus souvent le train.
Le but au départ, c’était de désengorger les routes qui étaient sur saturées 7 jours sur 7. Ceci, et l’interdiction de rouler en conduisant soi-même son véhicule, sauf en situation de détresse (je vous raconte pas la définition de ce qu’est une situation de détresse au regard de la loi) , ce qui permet à l’autopilote de calculer la vitesse optimale relativement aux autres véhicules pour éviter la formation de bouchons. Ces mesures ont effectivement permis de limiter les bouchons; mais les trains sont devenus tellement encombrés qu’ils sont souvent inutilisables. Je suis plusieurs fois restée sur le quai de gare parce qu’il était impossible de monter dans un wagon.
Alors bon, on fait tous du partage de véhicules, avec le conjoint, avec les voisins, avec la famille, les proches… Et on fait beaucoup de télétravail. Et maintenant, avec tous ces robots humanoïdes pilotés par les grandes intelligences artificielles, on a moins de métiers qui exigent un déplacement en véhicule individuel. Par contre il y a beaucoup plus de chômage, mais eux n’ont pas tellement besoin de se déplacer, n’est-ce pas ? Mais maintenant on parle plutôt de personnes en situation d’assistance publique que de chômeurs. C’est suite au revenu minimal individuel; mais je vous en parlerai une autre fois.
Allez, je vous fais la bise et à bientôt pour une autre anecdote. Je vais tout de même essayer de faire un gros câlin à mon compagnon chéri.