Oksana Melnikova

Bonjour! C’est gentil tout plein de vous intéresser à moi; mais que dire ?

Je suis française, mais je suis née en Ukraine, quelque part entre Kherson et Mykolaïv, dans une zone qui vit aujourd’hui encore une guerre stupide et déclenchée par la bêtise d’un dictateur absorbé par l’amour de son ego et de son pouvoir. Ce dictateur est mort depuis bien longtemps, et la guerre qu’il a suscitée est théoriquement terminée, ou au moins mise en veilleuse; mais la haine qu’il a su générer ne s’est pas éteinte dans le sud de l’Ukraine, et il faudra sans doute bien longtemps avant que des voisins autrefois frères culturels ne se serrent à nouveau la main, au lieu de s’envoyer des missiles et des drones en guise d’ambassadeurs.

Je ne garde aucun souvenir de mes parents biologiques; je suppose que je n’avais que quelques semaines lorsque des soldats ukrainiens m’ont recueillie dans mon berceau qui a échappé miraculeusement à la destruction par sabotage de l’immeuble où habitaient mes parents. Je n’avais apparemment aucune autre parenté connue. Après, ne me demandez pas par quels hasards ou erreurs administratifs je suis passée entre les mains de diverses organisations caritatives pour me retrouver en situation d’être adoptée par un couple de haut-savoyards; ils ne connaissaient de moi que mon nom : Oksana Melnikova. Melnik est un patronyme plutôt courant en Ukraine, Melnikov beaucoup moins : il trahit généralement une volonté de se rapprocher de la Russie, d’être mieux accepté par les russophones; mais encore une fois, je ne connais pas mes géniteurs; pour moi, mes parents, ce sont mon père et ma mère adoptifs qui m’ont accueillie, aidée, aimée, eduquée et offert une enfance et une jeunesse dont je garde un souvenir émerveillé. Ils ont voulu que je conserve mon nom original, pour que mes origines ne soient jamais totalement oubliées; et même si je me sens totalement française, je leur en suis reconnaissante.

Mes parents étaient handicapés tous deux. Ils souffraient de ce que l’on appelle la paralysie partielle. Ils ne pouvaient pas avoir d’enfant, et j’ai reçu tout l’amour qu’ils auraient souhaité donner à ceux qu’ils n’ont pas eu le bonheur d’avoir. Malgré des origines plutôt sombres, j’ai eu une enfance et une adolescence très heureuses. Mon père et ma mère étaient biologistes, mais ils ne m’ont pas poussée à des études de biologie : je crois que s’ils l’avaient fait, j’aurais choisi autre chose. Eh oui, j’ai mon caractère, comme dirait Alain. Je soupçonne mes parents de l’avoir su, et d’avoir évité de m’orienter en conséquence, avec l’espoir que je m’intéresserais à ce qui était leur passion.

Bref, j’ai choisi la biologie à l’université à Genève, puis j’ai fait un doctorat en bio-ingéniérie. Je m’intéressais à la dégénérescence cellulaire du cerveau, en relation avec la maladie d’Alzheimer qui venait d’être diagnostiquée chez ma mère, et par hasard, j’ai découvert des moyens de contrôler la croissance cellulaire, en particulier de cellules de type nerveuses, des neurones si vous préférez. Cette découverte permettait en théorie de générer des structures nerveuses organisées de manière contrôlée. Enfin, je vous passe les détails, parce que si je commence, hein…

Après mon doctorat, j’ai fondé une start-up avec l’aide de mon père, et d’un doctorant en microélectronique de l’EPFL que j’ai connu alors qu’il finalisait sa thèse dans le domaine de la neurologie aux HUG. Je suis actuellement CEO de cette start-up, et c’est en m’inquiétant de la sécurité de nos systèmes d’informations que j’ai rencontré M. Alain Novel. Ce fut un coup de foudre réciproque : à dix heures nous nous sommes rencontrés, à midi nous avons déjeuné ensemble sur les bords du lac d’Annecy, et à vingt-deux heures, eh bien…

Et depuis ce jour, nous sommes ensemble.