Les Monts, français

Tête Blanche

    Region : Valais Central, val d'Hérens
    Difficulté : AD-
    Altitude : 3600 m.
    Dénivelé : 1600 m.
    Horaire de montée: 5h + 3h
    Horaire global: 2 jours

Le col de Valpelline

On commencera par monter à la cabane Bertol par l'itinéraire d'hiver. Le lendemain, on gagne assez rapidement Tête Blanche (deux heures et demie, voire trois heures) où le panorama à couper le souffle mérite une pause relativement prolongée.

La descente sur Zermatt (AD-) emprunte le Stockjigletscher. Ce dernier est un glacier un peu traître (pourri, disent les guides). Beaucoup de crevasses, un itinéraire un peu complexe jusqu'à la Stockjimauer... Mais quel travelling sur la face Nord du Cervin et sur la Dent d'Hérens ! Par beau temps et bonnes conditions de neige (dure ou printemps "al dente"), on peut se rapprocher des séracs rive droite, juste avant la Stockjimauer. On pourra alors faire des photos extrêmement spectaculaires, que l'on montrera, au soir, à la veillée, à ses petits-enfants admiratifs (oui, j'y étais, j'ai risqué ma vie, mais cela en valait la peine, etc...), mais bon, là, je m'égare un peu. La Stockjimauer est l'endroit où l'on quitte le glacier du Stockji pour accéder à la moraine. Raide, cet endroit est avalancheux. En cas de doute, on peut contourner la Stockjimauer en revenant en oblique en direction Ouest, pour ensuite suivre le plat juste sous le mur. La suite de la descente est encaissé entre la falaise du Stockji et la moraine, jusqu'à ce qu'on parvienne sur le glacier de Zmutt, à peu près à la hauteur de la cabane Schönbiel. Traverser le glacier dans le sens de la longueur, sous la face Nord du Cervin . Lorsqu'il y a peu de neige, le tracé passe assez haut, au-dessus du glacier : il faut alors être attentif à d'éventuelles chutes de pierre en provenance du Cervin, ou plus simplement de la moraine elle-même. On parvient ainsi à la hauteur de la prise d'eau de Zmutt; de là, il faut remonter d'une vingtaine de mètres pour rejoindre un restaurant (Stafelalp, cher, accueil quelconque) situé au bord des pistes de Zermatt-Schwarzsee. On suit ensuite la piste jusqu'à Furi, puis jusqu'à Zermatt. Tard dans la saison, la piste se transforme en route carossable, et il est possible de se faire véhiculer sur demande jusqu'à Zermatt (une heure de marche jusqu'à Furi, autrement). Par bonnes conditions de neige, il faut compter trois heures sans se presser pour parvenir à la gare de Zermatt depuis le sommet de Tête Blanche. Tard dans la saison en revanche, quatre heures peuvent ne pas s'avérer suffisantes...


Stockjigletscher, Stokjimauer

Les restaurants entre Furi et Zermatt sont nombreux, mais chers, et la qualité est en général assez quelconque. A tout prendre, il est préférable de traîner quelques petits kilos de plus que l'on consommera sous la superbe face Nord du Cervin, sur l'un ou l'autre bloc erratique en face de la cabane Schönbiel, ou encore de garder son appétit pour plus tard.

La descente sur Ferpècle est la plus belle (du point de vue du ski pur) et la plus alpine des descentes possibles de Tête Blanche; elle est aussi un peu plus difficile (AD+). Du sommet de Tête Blanche, on se dirige vers le col d'Hérens au lieu de descendre vers le col de Valpelline. Du col d'Hérens, descendre une belle pente (attention, grandes crevasses à franchir) pour parvenir au glacier, en visant la direction générale de la cabane de la Dent Blanche, bien visible par bonnes conditions. Il n'est pas forcément nécessaire de rester sur le bord supérieur du glacier, comme si l'on voulait aller à la cabane de la Dent Blanche (Rossier) : on peut viser le col vaguement marqué à l'aplomb de la cabane qui marque le véritable début de la descente. Arrivé à ce point, d'aucuns auront maudit l'itinéraire, en raison du grand faux-plat qu'il faut franchir, et qui peut être très pénible en cas de neige fraîche et d'absence de traces. Mais cela en vaut la peine, et même plus ! La pente à droite du rocher appelé Mota Rota est magnifique; mais attention de ne pas se laisser entraîner trop loin ! Sur un replat situé à peu près au bas du rocher de Mota Rota du point de vue de l'altitude il faut tourner franchement à gauche, vers la base du rocher. Il est impossible de donner des indications précises à cet endroit, car les conditions changent au gré des saisons et des conditions d'enneigement. Le but est de gagner le milieu du glacier de Ferpècle. Il est souvent nécessaire, après une traversée horizontale, de descendre sur une trentaine de mètres, une pente assez raide, tout en cherchant un bon endroit pour franchir un décrochement bien marqué qui permet d'accéder au glacier. Quelques gros séracs permettent de faire des photos très spectaculaires. Arrivé au milieu du glacier, il est permis de s'éclater à nouveau ! Simplement. lorsque la pente s'accentue, tirer à gauche pour quitter le glacier dans une pente assez raide et par un petit couloir encaissé. Le reste de la descente suit plus ou moins la route carossable menant aux Haudères par La Forclaz; quitter la route pour prendre le raccourci au plus tard à la hauteur du hameau de Seppec, sans quoi il faut remonter jusqu'à la Forcla. Le raccourci part à l'entrée du tunnel. Si vous traversez le tunnel, attention ! il y a un secteur complètement en glace au milieu, et des stalactites de glace de plusieurs centaines de kilos peuvent menacer votre tête... Arrivé aux Haudères, on peut reprendre la poste qui ramène soit à Arolla (voiture) ou à Sion. L'arrêt au restaurant de la Cordée s'impose naturellement en raison de sa proximité avec l'itinéraire d'arrivée d'abord, l'arrêt du car postal ensuite, et l'existence d'un parking à proximité immédiate enfin. Si vous êtes en voiture, vous pouvez pousser jusqu'à Evolène, au Refuge, où madame Vuignier se fera un plaisir de vous recevoir.


Tête Blanche, Tête de Valpelline et Tsa de Tsan, du col du Mont Brûlé

La descente de Tsa de Tsan est rarement faite sur l'Italie, mais souvent effectuée partiellement dans le cadre de la Haute Route pour gagner le col du Mont Brûlé. Le plus souvent, en fait, c'est dans le sens inverse qu'elle est effectuée, tant il est vrai que la Haute Route se fait de préférence d'Ouest en Est, pour des raisons de tradition d'une part, mais surtout de conditions de neige plus favorables. Cette descente constitue un passage vers la Valpelline, mais ce n'est pas forcément le plus évident, ni le moins dangereux ! Par contre, il s'agit d'un chemin relativement court pour parvenir au rifugio Aosta, point de départ de l'ascension de la Dent d'Hérens. L'accès par l'Italie, en hiver, est en effet très long, depuis Bionaz, et longtemps fastidieux le long de la route vers Prarayer. Descendre depuis le sommet en direction du col de Valpelline, puis en direction Ouest (à l'opposé de Zermatt) sur le haut glacier de Tsa de Tsan. On se dirige d'abord rive droite du glacier et on y reste jusqu'à dépasser la portion raide sous les rochers de Tête Blanche. De là, on peut traverser le glacier en direction Sud pour gagner le col de la Division. A ce niveau, on voit aussi le col des Bouquetins sur sa droite, qui permet de parvenir à cet endroit depuis Bertol sans faire Tête Blanche. Pour continuer sur le col du Mont Brûlé, on restera rive droite jusqu'à ce que la pente se redresse et force à remettre les peaux de phoque. En aucun cas on ne se laissera tenter par la pente attrayante qui mêne au sud, surtout en cas de brouillard ! Ce serait la dernière erreur... La remontée vers le col du Mont Brûlé est rapide et facile, mais la descente sur le Haut Glacier d'Arolla est très raide (D-) bien que pas trop exposée; on conseillera aux personnes dont on n'est pas sûr de descendre les skis sur le sac et le piolet à la main; éventuellement, on les encordera. Versant italien, les choses se compliquent sérieusement à partir du col de la Division, car il y a une barre de rochers de 70 mètres à franchir. Le couloir de descente part légèrement à gauche du col, mais la descente ne doit être entreprise que par conditions sûres. Le risque d'avalanches est considérable dans le couloir, et on peut le diminuer fortement en restant dans les rochers, mais la descente est alors pénible, en dévarappe en souliers de skis dans un rocher pourri recouvert de neige et de glace... En revanche, le reste de la descente sur le rifugio Aosta est exceptionnel par bonnes conditions. Tout le versant est sujet à des coulées de neige, en raison de sa forte déclivité; mais en neige de printemps, al dente, la descente est réellement somptueuse. Il s'agit de rester sur une arête assez large, raide mais offrant toute la place nécessaire pour évoluer à skis. Au moment où l'on arrive à distinguer le bas de l'impressionante chute de séracs de Tsa de Tsan, on parvient aussi au petit rifugio Aosta, une merveille de confort hélas non gardé en hiver. Pour continuer sur Prarayer et Bionaz, traverser le glacier de Tsa de Tsan à l'aplomb des séracs et descendre rive droite le vallon qui constitue l'extrémité de la Valpelline. De Prarayer, on suit la route carossable (en été) qui mêne à Bionaz.

Commentaire :

Sommet connu entre tous, Tête Blanche est parfois considéré comme le coeur des Alpes Valaisannes. Prétention amplement justifiée, à mon humble avis, tant les émotions sont fortes, bien que nous ne soyions pas à 4000m (le sommet est tout de même à plus de 3600m d'altitude !). Il y a plusieurs manières de parvenir à Tête Blanche : de Zermatt par Schönbiel, du refuge des Bouquetins, des Vignettes, du rifugio del Col Collon ou du rifugio Aosta; Nous avons supposé ici que nous venons de la cabane Bertol et d'Arolla.


Anecdote :

Cette anecdote m'a été rapportée par mon copain Claude.

Lors d'une montée à Bertol au mois de mars, avec l'intention de faire la traversée d'Arolla à Zermatt, nous sommes arrivés à la cabane (non gardée à cette époque) avec le petit dortoir d'hiver déjà bien encombré par un groupe de jeunes. Ces derniers étaient accompagnés de deux moniteurs au look très professionnel, qui organisèrent le séjour avec autorité. En fait, ils étaient impressionnants de sérieux; restant debouts tard le soir penchés sur leurs cartes, et discutant le topo de manière fort détaillée. Ils avaient apparemment l'intention de faire la même course que nous le lendemain, mais n'excluaient toutefois pas une échappatoire sur la descente de Ferpècle en cas de météo douteuse. Nous ne connaissions à l'époque pas la fantastique descente du glacier de Ferpècle, mais le léger étonnement qui nous saisit à cet instant (cette descente nous semblait à priori plus difficile que la descente sur Zermatt) céda vite le pas à l'impression d'autorité qui se dégageait des deux moniteurs. D'ailleurs, ils se désignaient eux-mêmes comme guides Jeunesse et Sport, alors, hein !

Le lendemain, nouvelle leçon : alors que nous nous retournions sous les couvertures, ils avaient déjà organisé le petit déj, et quittèrent la cabane alors que nous nous demandions encore où étaient passés ces p... de godasses et ces b... de chaussettes, et puis je t'ai vu, c'est toi qui me les a piquées, espèce de... Enfin, vaille que vaille, nous finissons par quitter la cabane, apercevoir très loin de là sur le glacier du Mont Miné la caravane de nos compagnons d'une nuit, et nous désescaladons les échelles de Bertol. Les échelles de Bertol, tôt le matin, l'hiver de surcroît, tous ceux qui les ont essayées en gardent un souvenir... ému. Tout ça pour dire que lorsque nous fûmes enfin prêts au col de Bertol, nos compères étaient depuis longtemps invisibles.

Nous nous mettons en route, et avançons vite dans la belle trace laissée par nos collègues : avantage de traîner quelque peu sous les couvertures. Un bon alpiniste prévoit la météo; il sait qu'il va neiger la nuit, et il programme le réveil plus tard pour laisser les autres faire la trace. Hum... Bon, passons. Comme eux faisaient la trace, nous arrivons relativement peu après eux au sommet de Tête Blanche après deux heures et demie d'efforts modestes. Le temps était en train de se gâter nettement, et nous nous tâtons : aller sur Zermatt, ou revenir sur Arolla avec une belle trace qui nous évitera un éventuel recours à la boussole, vu le brouillard qui est en train de se former ? Le groupe des moniteurs prend une décision avant nous, et se dirige sur Ferpècle (ils avaient évoqué cette possibilité, rappelez-vous). Nous pensons que c'est une excellente idée, nous ne l'aurions probablement pas tentée, car nous ne connaissons pas l'itinéraire; mais avec deux moniteurs professionnels, pas de souci. Après une courte délibération, départ en direction du col d'Hérens, de Mota Rota et de Ferpècle. La descente est belle, mais petit à petit, un malaise se fait jour : Le glacier de Ferpècle et coupé en deux par une grosse falaise, appelée Mota Rota (le rocher noir); nos souvenirs de lecture nous disent qu'il faut viser tout à fait rive droite du glacier pour l'éviter, mais nos guides restent délibérément assez au centre du glacier; bon, nos souvenirs sont un peu vagues, alors on suit; mais à l'occasion d'une halte du groupe, nous nous rapprochons tout de même des deux guides. Nous sommes à l'aplomb de la cabane Rossier (cabane de la Dent Blanche), on la devine vaguement lorsque le brouillard se lève un peu. La Dent Blanche domine largement le paysage, silhouette caractéristique du vallon de Ferpècle. Le dialogue suivant s'établit :

- Dis donc, tu ne crois pas que tu es un peu trop au milieu du glacier ? - Non, non, c'est le bon chemin, il n'y a pas de problème. - Ah bon, tant mieux; parce que j'avais lu qu'il fallait passer à droite de Mota Rota pour descendre sur Ferpècle. - Ah mais nous, on ne descend pas sur Ferpècle ! - Ah non ? Vous allez où, alors ? - A Zermatt, bien sûr. Un long silence, un ange qui passe à tire d'ailes en vrombissant de toute l'énergie de ses réacteurs, et encore une question, un peu plus hésitante: - Ouais, mais là, on est en train de descendre sur Ferpècle ! - Non, non, pas du tout. D'ailleurs, tu vois bien, on est sous le Cervin. En désignant la dent Blanche, bien sûr. En fait, ces deux nullités entraînaient un groupe de jeunes sans avoir aucune idée de l'endroit où ils se trouvaient. Ils n'étaient jamais venus ici auparavant, et n'avaient certainement pas de brevet de guide, de quelque type que ce soit. Explication orageuse, prise à partie des membres du groupe de jeunes qui ne savaient pas trop qui croire; on finit par se rendre à l'évidence : on est mal. Entre temps, le brouillard s'est épaissi, et il est hors de question de poursuivre la descente sur Ferpècle dans le brouillard avec un groupe de jeunes inexpérimentés, alors que l'on ne connaît pas l'itinéraire par beau temps ! Donc remonter à Tête Blanche (bonjour l'ambiance !) pour retrouver les traces de montée et les suivre à nouveau jusqu'à Bertol. On profite d'un accès réseau GSM (toujours un peu aléatoire en haute montagne) pour signaler à toutes fins utiles notre position estimée, mais les organismes sont fatigués, le mauvais temps s'est installé, la trace doit être refaite en grande partie et la montée est fort pénible. Ce n'est que relativement tard que nous parvenons à nouveau à Bertol; quelques bénévoles d'Arolla sont montés suite à notre coup de fil "au cas où". Sympa ! On leur laisse le groupe et les deux "guides", et redescendons sur Arolla pour contrôler si ils savent toujours faire la fondue à l'hôtel du Pigne. Nous n'avons jamais eu de nouvelles de ce groupe, ni des "guides". Il faut espérer que les premiers n'aient pas été dégoutés, et que les seconds n'aient plus sévi par la suite.


Anecdote :

Avec mes deux meilleurs copains, nous avions décidé de passer une semaine en montagne, et comme par hasard, nous étions partis d'Arolla pour monter sur Bertol. Au départ, un temps assez douteux et des prévisions moyennement optimistes pour le lendemain. Enfin, zut pour la météo, nous voici partis pour Bertol dans un brouillard peu dense, avec de temps à autre des chutes de neige, parfois assez violentes mais relativement brèves. Arrivée pénible au col de Bertol, avec des coulées de neige qui commençaient à nous susurrer des promesses un peu trop intimes aux oreilles. Arrivée à Bertol, joie de rencontrer Fernand Audibert, guide indépendent de Chamonix avec un groupe, discussion tard le soir avec Jean Favre et le groupe de Parisiens. Réveil le lendemain, pas trop tôt, avec un temps magnifique. Fébrilité, salut Jean, merci de ton accueil, échelles de Bertol, peaux de phoque... et une constatation : il a pas mal neigé durant la nuit; les traces de montée sont invisibles. Il y a pourtant une silhouette, 500 mètres plus bas, qui fait sa trace rapidement. Bôf, avec ce qu'il brasse, en étant seul, on sera à Zermatt avant qu'il soit à Bertol. C'est parti; Fernand a pris la tête; faut dire qu'on ne s'est pas pressé; mais dés le milieu du glacier du Mont Miné, je prends les relais avec lui. Soudain, un espèce de TGV nous dépasse; j'arrive à peine à garder la trace derrière lui. Je n'ose pas comprendre de qui il s'agit; mais c'est bien le gars qui était en train de monter tout à l'heure. Tant bien que mal, au prix d'un gros effort, je reste dans ses skis, et nous arrivons au sommet de Tête Blanche. On se présente, Jean-Claude, Markus, salut, il m'explique qu'il vient d'Arolla, qu'il a mis deux heures pour monter (!!!en faisant la trace; nous, on a en a mis plus de quatre avec une trace!!!) et qu'il s'est arrêté un quart d'heure (!!!) à Bertol pour boire un thé chez Jean Favre. Tout le monde arrive, mais le TGV me prend à part et me dit : "Viens faire la tête de Valpelline avec moi, ça me ferait plaisir". Le moyen de dire non ? Nous voilà partis. Je ne sais pas du tout pourquoi il voulait que je vienne avec lui : l'ascension de la tête de Valpelline se résume pour moi à une montée hors d'haleine avec une perspective sur un cul de TGV devenant de plus en plus petit au bout d'une trace profonde de quelque vingt centimètres. Grâce au TGV chasse-neige, trente minutes suffisent pour relier la tête de Valpelline depuis le col du même nom. La tête de Valpelline est rarement effectuée à skis, simplement parce que les gens qui parviennent au col de Valpeline ou à Tête Blanche en ont ras le bol. Pourtant, ce sommet offre une vue époustouflante sur la face ouest de la dent d'Hérens, et sur la Valpelline. On domine le glacier des grandes Murailles, la chaîne de Breuil avec le château des Dames, autre descente exceptionnelle de la région. Pour descendre, TGV me propose une variante ouest qu'il prétend somptueuse. Ok. Mais avec cette variante, on débarque au milieu du glacier de Tsa de Tsan qu'il va falloir remonter en ... faisant une trace. Je vois bien que TGV commence à être fatigué (tout de même !), alors je me lance courageusement en premier. Et voilà que TGV me demande innocemment : "Dis, tu permets que je prenne ta trace ?". J'ai dû faire un gros effort pour ne pas répondre "Pas question, fais ta trace toi-même, touriste". Je ne suis pas sûr qu'il aurait pris ça comme une plaisanterie. Alors, je lui ai dit de manière beaucoup plus banale : "Mais je t'en prie, vas-y". Il est resté sagement derrière moi jusqu'au col de Valpelline où nous nous sommes séparés. Je suppose que mon rythme a dû représenter un sacré repos pour lui; peut-être qu'il a même dormi. Après qu'on se soit quittés, je l'ai vu remonter à toute vitesse vers Tête Blanche, pendant que je retrouvais mes copains qui s'étaient cuit une petite soupe en m'attendant. Bien évidemment, je n'ai pas pu me reposer, parcequ'à peine arrivé, les copains m'ont dit "Enfin !", et on a continué sur Zermatt...


Anecdote :

Cette fois-ci, c'est la descente de Ferpècle qui était au programme. Le soir avant, nous nous étions donnée rendez-vous dans un chalet aux Haudères, pour éviter un trop long voyage le matin. Charly avait préparé un gigot d'agneau, chacun avait apporté quelques bouteilles, il y avait aussi deux bouteilles de whisky qui avaient surgi d'on ne sait trop où... bref, ce qui aurait dû être une soirée où l'on se couche tôt pour se lever pas trop tard devint une soirée où l'on fait la foire jusqu'à 4 heures du matin, et l'on se lève à 8 heures pour monter à Bertol. Parmi nous, deux néophytes dont c'était la première sortie à peaux de phoque, en particulier Goufy. Au départ d'Arolla, personne n'était trop frais. Les pauses horaires avaient lieu toutes les vingt minutes, et au bout de deux heures, deux d'entre nous décidèrent que nous étions décidément trop barjos, et rebroussèrent chemin. Après quatre heures, nous étions encore loin de la cabane, Goufy commença à manifester de sérieux signes de lassitude. Claude resta avec lui, en arrière, pendant que je montai avec les plus vaillants, dont la petite Barbara qui avait complètement oublié d'être fatiguée. Je monte les échelles, installe les gens dans les dortoirs, on se prend une bière, et quarante-cinq minutes plus tard, Claude arrive avec Goufy. J'accueille Goufy, mais ce dernier ne répond à aucune de mes questions. "ça va, Goufy ?" -"...". On lui tend une bière, il la prend, la vide, toujours sans un mot. Même Barbara ne parvient pas à lui arracher un son. Ca dure ainsi un moment, on finit par se faire une raison ("il finira bien par arrêter de faire la gueule"). Au moment de servir la soupe, Goufy se lève soudain et crie dans le réfectoire : "Avis à tous amateurs ! J'ai un équipement de rando quasi neuf à donner au premier intéressé. Je dis bien donner. Moi, je reste ici jusqu'au dégel". Le lendemain, Goufy nous accompagna tout de même à Tête Blanche. Il en fut récompensé par l'incroyable descente de Ferpècle dans une neige vierge de toute trace que même James Bond n'avait jamais vu. En revanche, il n'a plus tenté l'expérience de la rando à peaux de phoque depuis, même s'il a arrêté de nous faire la gueule...


Anecdote :

Ce jour de mai, au cours d'une Haute route Chamonix - Zermatt, j'arrivai depuis le refuge des Bouquetins. Le temps était magnifique, mais extrêmement froid en altitude, en raison d'un vent polaire établi depuis plus d'une semaine. J'avais eu l'occasion, le jour précédent, au sommet du Pigne d'Arolla, de mesurer une température sur le thermomètre de ma montre-bracelet de l'ordre de 30 degrés sous zéro ! Inutile de dire que malgré l'effort de remontée de Tsa de Tsan depuis le mont Brûlé, j'avais sorti toutes les couches. J'étais seul, bien que plusieurs autres cordées étaient derrière moi, Le vent établi avait depuis longtemps balayé toute la neige sur le glacier, et les skis ne marquaient absolument pas; j'avais même renoncé aux couteaux, plus encombrants qu'utiles sur cette presque glace. Enlever les peaux de phoque au col de Valpelline, normalement l'affaire d'un instant, se révêla extrêmement pénible, le vent emportant pratiquement tout ce qui n'était pas solidement fixé quelque part, et déséquilibrant même les personnes. Je ne m'attardai donc pas trop à admirer la vue, et dés que possible je plongeai en direction de Zermatt pour regagner quelques précieux degrés centigrades. La descente était pénible sur une neige gelée, mais passé la Stockjimauer, le vent disparut pratiquement, et je me retrouvai pratiquement en été ! Longue pause au soleil, en T-shirt enfin. Survient un quidam montant à une vitesse remarquable; autre fait remarquable, il n'a PAS de sac, juste un léger coupe-vent noué à la taille. Je lui adresse la parole, et lui demande où il va. Il me dit : "je vais aux Vignettes, je m'entraîne pour la patrouille des Glaciers". Je remarque alors qu'il a des skis de fond. Je lui signale que les skis de fond ne vont pas tenir sur la glace du Stockji, et que là-haut, vêtu de son seul T-shirt, sans sac à provisions et vêtement chaud, c'est la mort assurée. Il part d'un grand éclat de rire, me dit qu'il sait très bien ce qu'il fait, qu'il n'a pas besoin de mes conseils, et me quitte. J'ai revu ce quidam quelques heures plus tard, à Zermatt; un hélicoptère d'Air Zermatt l'a déposé à l'héliport : apparemment, il avait tout de même pris au moins un téléphone portable avec lui. Il m'a vu, mais nous ne nous sommes pas parlé. J'ai vu qu'il avait des pansements sur les mains, et le pilote m'a confirmé les gelures. Coup de froid. Classique, pourtant; cela peut venir très vite, et en plein effort, on ne s'en aperçoit pas toujours assez tôt. Lorsque la douleur impose l'arrêt, les simples gestes nécessaires pour rebrousser chemin suffisent pour occasionner des dégâts parfois irréversibles. Encore heureux qu'il soit parvenu à téléphoner, car parfois, le coup de froid provoque une semi-paralysie des membres très rapide...