Le Grand Mountet est justement réputé pour constituer l'un des plus merveilleux sites des Alpes. Oui, mais voilà : il n'y a pas beaucoup de courses simples à faire dans les alentours, à part peut-être le Blanc de Moming qui demande tout de même une très bonne connaissance de la montagne. On peut bien sûr monter à la cabane et redescendre, mais c'est un peu frustrant : au moment où l'on débouche dans ce merveilleux cirque, la course se termine, alors que tout dans le paysage incite à aller plus loin... La ballade que je propose ici ne dépasse pas de beaucoup la cabane du Grand Mountet, mais permet tout de même de compléter la ballade par une petite escalade très facile, et donne le prétexte qu'il fallait pour passer une nuit en cabane; nuit qui peut-être éveillera l'une ou l'autre vocation ? L'excursion est à la portée de tout le monde, mais une personne expérimentée sachant manier la corde est fort souhaitable. Et puis, il faut bien quelqu'un pour faire le topo, non ?
De Zinal (1645m), station du car postal, traverser le village et se diriger vers le fond du vallon (30-45 minutes). Les randonneurs motorisés peuvent éventuellement mépriser le panneau d'interdiction pour parquer leur voiture au fond du vallon. Ils économisent plus d'une heure sur l'aller et le retour cumulé, mais courent le risque de voir leur voiture quelque peu malmenée par l'une ou l'autre vache... Le chemin monte ensuite par le Vichiesso en direction du Petit Mountet. Le Petit Mountet peut d'ailleurs être un but d'excursion en famille. Avant le Petit Mountet, traverser le pont sur la Navisence (1908m, panneau cab. du Mountet, Ar Pitetta), et prendre immédiatement après le pont à droite. Le chemin est bien marqué au-dessus du glacier. Avant de déboucher sur la crète qui ferme l'horizon (4 heures de Zinal), le chemin est équipé de cordes parfois bien utiles en arrière-saison, quand de la glace garnit le chemin.
On débouche dans le cirque du Mountet, l'un des plus beaux cirques des Alpes, dans un vaste pierrier fait de grandes roches empilées chaotiquement les unes sur les autres. Suivre le chemin marqué par des pieux surmontés de boîtes métalliques colorées; ce chemin, après être monté sur un promontoire, traverse horizontalement le pierrier pour passer à la base de l'arête du Mammouth; lors d'arrivées tardives par une nuit sans lune, se fier à l'altimètre pour conserver la même altitude, et longer la falaise du Mammouth vers le bas dès qu'on la rencontre. De là, le chemin redevient bien marqué, et la cabane (2886 m) est visible immédiatement après, à moins de dix minutes. Il est tout à fait possible d'enchaîner le Mammouth immédiatement, et c'est ce que l'on fera probablement si on envisage une course plus "sérieuse" le lendemain (mais qu'est-ce qu'une course "sérieuse" ?). En revanche, si l'on est arrivé ici au sommet de ses aspirations, on restera à la cabane pour admirer la tombée de la nuit sur le Mountet, une expérience riche en émotions pour le montagnard. Ainsi, le lendemain, frais et dispos, on suivra le chemin qui longe la moraine en direction du Rothorn de Zinal, en restant près de la crète de la moraine quand le chemin s'efface, et ceci jusqu'à parvenir au glacier. Un col bien marqué à gauche marque le début de l'arête du Mammouth, peu pentue, et souvent descendante même lorsque l'on la suit jusqu'au sommet. Le cheminement le long de l'arête devrait se faire encordé : certains passages sont assez aériens, et un faux pas est vite arrivé, surtout pour des débutants peu accoutumés à tutoyer le vide. On peut aussi utiliser l'une ou l'autre voie d'escalade qui mêne au sommet, mais méfiance, certaines sont très difficiles (D à TD+) !
Du sommet (3121 m), on contemple un spectacle peut-être parmi les plus beaux des Alpes, plus spectaculaire que le Gornergrat et ses touristes, plus majestueux encore que le glacier d'Argentières et ses faces Nord incroyables, ce qui n'est pas peu dire. Une pause silencieuse, assis sur un rocher au sommet du Mammouth en face de l'irréelle face Nord de l'Obergabelhorn et de l'austère face Nord de la Dent Blanche a, surtout en octobre-novembre, toujours un petit côté mystique. D'aucuns ont dit que le Mountet était une preuve de l'existence de Dieu; ça, je ne sais pas, mais c'est certainement une magistrale illustration de la splendeur de la Nature.
Il faut hélas redescendre "sur terre"... On le fera par le même itinéraire jusqu'à la cabane, ou en posant force rappels pour pimenter la descente si besoin est. La descente vers Zinal peut se faire par l'ancien chemin si nécessaire (se renseigner s'il est encore praticable, car bien qu'entretenu, il est exposé aux glissements de terrain, et peut être difficilement utilisable à certains moments). Il faut pour utiliser l'ancien chemin descendre sous la cabane du Grand Mountet, puis gagner le glacier que l'on traverse en suivant des pieux de bois alignés qui indiquent le départ du sentier. On parvient, après quelques échelles, et deux heures de descente, au Petit Mountet et on retrouvera le chemin de montée. La descente par le chemin de montée est bien sûr également possible, et peut-être plus simple.
Arrivé à Zinal, la Ferme, à côté du moderne et moche centre de loisirs récemment installé (supermarché, restaurant, boutiques), propose des plats très corrects, bien au-delà de la traditionnelle fondue-assiette valaisanne, permettant de rétablir son équilibre calorique pour un montant relativement raisonnable; et ceux qui préfèrent la solution liquide pour ce faire y trouveront également leur bonheur. Ceux qui ont choisi de faire la course en deux jours auront de plus le plaisir de pouvoir utiliser la terrasse avec sa belle vue sur le fond de la vallée de Zinal.